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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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7 juillet 2018

La petite dame de Saint-Lunaire

51jKJYK95GLRetrouvailles avec l'auteure que je n'avais pas lue depuis Julius aux alouettes.

Jeanne Devidal est morte centenaire et a eu une vie bien remplie. Née à Brest en 1908, elle y vécut jusqu'à ce que les bombardements de la Seconde Guerre mondiale l'y en chassent et qu'elle s'installe avec sa mère à Saint-Lunaire, à l'ouest de Dinard.  En disponibilité des P.T.T afin de s'occuper de cette dernière, elles tiennent un commerce de bimbeloteries et souvenirs. Est-ce à la mort de sa mère en 1954 que la solitude pousse Jeanne à se replier sur elle-même et à s'enfoncer doucement dans une forme de paranoïa qui l'incite à se protéger toujours davantage de l'extérieur ? C'est fort possible, sans compter qu'elle atteint l'âge où se développe cette pathologie. Toujours est-il que Jeanne commence à ériger une forteresse entre elle et le monde, truelle à la main, elle élève, consolide, renforce, isole, ce qui n'est au départ qu'un simple pavillon. Allant jusqu'à construire un mirador, qui causera d'ailleurs sa perte, elle scelle dans les murs des trophées aussi divers que variés ramassés sur la grève. Si elle se fiche du plan d'occupation des sols, sa maison empiétant sur le trottoir, elle n'en est pas moins respectueuse de la nature, se refusant à abattre le tilleul du jardin qui se retrouve au milieu du salon... Protégée par quelques personnalités haut-placées, les plaintes du voisinage resteront lettres mortes.

"Dès qu'il a vu la maison, l'homme en a compris la nature, il en a su l'usage. Des murs pare-feu contre la barbarie des hommes, contre leur incurie, leur puissance destructrice. Des murs écrans, blindés. Une armure pour faire barrage à leur démesure."

Côté barbarie, Jeanne a eu sa dose. Déjà hantée par les images des bombardements brestois, elle connaîtra la torture par électrochocs lorsqu'elle tombera aux mains de la Gestapo pour faits de résistance, d'où sans doute son délire autour des ondes qui lui vaudra plus tard un séjour à l'HP. Elle déplorera aussi la disparition de ses frères pendant la guerre. Seule survivante de sa fratrie, elle préfèrera la compagnie des morts, "ses Invisibles", à celle des vivants. Et la nature lui apportera bien plus de satisfactions que la fréquentation des humains.

"Aujourd'hui, la femme laisse son jardin en jachère. Et il en va de même pour sa mémoire. La nature invasive y fera son oeuvre. Elle l'emmaillotera dans un cocon d'herbes folles cousu de liserons blancs. Linceul parfumé. Elle, matière évidée, consentante, mêlée aux essences des arbres. Le front oint d'une pincée de pollen pour unique bénédiction."

J'ai retrouvé avec délectation l'écriture poétique de Fabienne Juhel, mise au service d'un double portrait émouvant, celui d'une femme tour à tour forte, cheminant vaille que vaille, mais tout aussi fragile funambule oscillant sur la corde raide tendue entre deux mondes, le réel et l'imaginaire. Je suis toujours subjuguée par la richesse des entrelacs que tissent les personnes délirantes, tricotant de petits arrangements entre leurs traumas et notre réalité afin de s'adapter et de se protéger "d'un monde qui chavire".   L'auteure s'y entend à mêler les deux univers . Et comment rester insensible à cette femme donnant droit de préemption à la nature, capable de rester assise sous son tilleul, guettant pendant des heures la chute de la dernière feuille avant de les ramasser toutes ? Jeanne Devidal est morte jour pour jour il y a dix ans, sa maison n'existe plus, le tilleul non plus.

C'est certain, ces deux-là étaient faites pour se rencontrer...Un grand merci à Fabienne Juhel de nous avoir permis de faire sa connaissance en lui rendant un si tendre hommage.

La femme murée     Fabienne Juhel     Editions du Rouergue

"Mirador. Pour regarder dehors. Regarder l'or du temps se coucher dans les draps ourlés d'écume."

Un court aperçu de "l'oeuvre" de Jeanne Devidal

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28 juin 2018

Gynécées

51EzDS5uh-LAvis mitigé pour ce recueil de nouvelles. C'est un genre que j'affectionne assez peu et sur les sept, seules deux ont retenu mon intérêt. Je ne sais pas trop ce que j'attendais de ce livre, peut-être plus de modernité, mais c'était sans compter que la première édition date de 1980, augmentée ici d'un texte de 2002, et que l'auteure siégeait à l'Académie française. Si la langue est souvent poétique, le style ne m'a pas complètement séduite. La chronologie est un peu brouillonne, et malgré un découpage annonçant "Aujourd'hui" et "Hier", je me suis régulièrement perdue.

Justement, "La Nuit du récit de Fatima", texte de 2002, est un de ceux que j'ai le plus apprécié. Récit à trois voix, entre transmission et évolution, il pointe la répétition d'un traumatisme et la lutte de la dernière génération afin d'y échapper. La modernité apportée par la colonisation y collisionne avec les traditions.

" Magdouda, ma grand-mère, m''embrassa, me garda sur ses genoux : je me souviens encore de son odeur, de son teint presque noiraud, de ses grands yeux allongés et globuleux qu'elle noircissait de khôl soutenu... Je fixai enfin son tatouage bleu qu'elle avait entre les sourcils : une rosace raffinée qui la rendait étrange. Avec ses multiples foulards de soie mauve et orange, elle paraissait une vielle reine sauvage, venue je ne savais d'où..."

"Femme d'Alger dans leur appartement"  date de 1978. Y sont évoquées ces femmes qui ont participé à la guerre de libération et qui en gardent encore des séquelles dans leurs corps, mais aussi dans leurs esprits, entre stérilité et folie, la prison et la torture se sont incrustées durablement. Fatma qui fut, avant de devenir la vieille masseuse et porteuse d'eau du hamman, une de ses porteuses de feu, nous offre à la fois un récit émouvant de sa vie et de sa douleur. Mais c'est aussi l'occasion de nous plonger dans une savoureuse évocation du rituel des bains publics, à une époque seule sortie au-dehors autorisée pour les femmes.

" Où êtes-vous les porteuses de bombes ? Elles forment cortège, des grenades dans les paumes qui s'épanouissent en flammes, les faces illuminées de lueurs vertes... Où êtes-vous, les porteuses de feu, vous mes soeurs qui aurez dû libérer la ville... Les fils barbelés ne barrent plus les ruelles, mais ils ornent les fenêtres, les balcons, toutes les issues vers l'espace..."

Enfin, la postface intitulée "Regard interdit, son coupé", nous ramène en 1832 lorsque Delacroix séjourne brièvement à Alger et pénètre dans l'univers interdit des femmes. "Cette abondance de couleurs rares, ces noms aux sonorités nouvelles, est-ce cela qui trouble et exalte le peintre ?" Ce tableau sert de point de départ à une fine analyse de la claustration féminine, rôle du regard interdit à l'étranger, limité au père, frère, mari, fils, ou limité par le voile pour la femme s'aventurant à l'extérieur. Le "dévoilement", lui, équivaut à une mise à nu. "Une femme - en mouvement, donc "nue" - qui regarde, n'est-ce pas en outre une menace nouvelle à leur exclusivité scopique, à cette prérogative mâle ?" . Seule la figure de la mère est sans danger, corps sans jouissance, elle peut regarder et être regardée. Quant à la voix, entre chants et papotages seuls autorisés, elle se fit entendre à l'extérieur lors de la guerre et par le biais des récits des viols commis à leur encontre, soudant de façon illusoire les deux sexes avant que le silence envahisse à nouveau l'espace.   

"- Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons !..."

Omniprésente dans ces nouvelles, la main mise de l'homme sur la femme, le père d'abord, présidant à la destinée des filles via des mariages précoces, les frères prenant le relais si besoin, et le mari, séducteur puis tyran. Cet univers oppressant d'enfermement et de parole castrée laisse des relents d'angoisse et d'amertume bien après avoir terminé ce livre, d'autant que s'impose à ma mémoire le silence de plusieurs tantes, pourtant nées en France mais mariées à leurs seize ans, contre rémunération, à des hommes inconnus d'elles et expédiées dans un pays dont elles ne savaient rien mais où mon grand-père retournait régulièrement. L'Indépendance fut également pour elles une libération ; divorce à la clef, elles regagnèrent la France avec une partie de leurs enfants et personne n'entendit jamais le récit de leur vie au pays de leur père, si ce n'est pour haïr les Arabes et voter FN...

Lu dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit

Femmes d'Alger dans leur appartement     Assia Djebar     Editions Le Livre de Poche

 

28 août 2018

Ostalgie

La-fille-qui-venait-d-un-pays-disparuSaskia Hellmund avait quinze ans en 1989 lors de la chute du Mur. Elle vivait près de la frontière bavaroise à Römhild, en Thuringe, le long du rideau de fer, côté RDA. On pourrait s'attendre à de la joie, de la reconnaissance, au lieu de quoi, l'auteure s'autorise à livrer sa tristesse, sa colère, sa gueule de bois des lendemains qui chantent, et à revendiquer sa souffrance face à la perte des valeurs et des acquis avec lesquels elle a grandi, balayant d'un coup son enfance.

"La chute du mur a détruit un huis clos. Ceux qui y ont été enfermés se sont réveillés dans un ailleurs où ils ont douloureusement appris que leur façon de voir et de faire les choses ne comptait plus. Ils se sont retrouvés en porte-à-faux, anachroniques, ridicules. Inadaptés à leur entourage."

Comme nombre de ses compatriotes, l'auteure pensait qu'on allait réformer la RDA, la vie comme avant mais la liberté en plus. Mais la réunification, réalisée à la va vite contrairement au plan initial, va précipiter le désenchantement. Lors des élections de mars 1990, le puissant CDU n'a pas permis aux petits partis d'opposition de défendre l'idée d'une période de transition plus longue, "le vote du ventre" l'a emporté et le pays a disparu.

La RFA a démantelé les entreprises, enrichissant au passage le patronat ouest-allemand, laissant dans certaines régions près de 20% de la population au chômage, population qui n'a alors que faire des nouveaux D-Marks qui lui permettent à peine de survivre plutôt que de profiter de denrées si longtemps convoitées. Pouvoir d'achat et économies divisés par deux, dépeuplement des zones rurales, aides sociales,  apparition de la délinquance, aînés et jeunesse déboussolés, repli sur soi, l'équation est classique. 

"On considérait tous les Allemands de l'Est déformés par un système corrompu, inadaptés à la démocratie, inadaptés au libre marché. Qu'ils avaient tous besoin d'être rééduqués. Ainsi,  tout un peuple dut avoir honte de son passé. Il était forcé de jeter du jour au lendemain ses connaissances et son savoir-vivre pour reproduire les schémas habituels de l Ouest."

La jeune fille a 16 ans, elle doit choisir une orientation professionnelle, chose impensable puisqu'avant le système décidait pour vous, mais elle se retrouve complètement désorientée face à des filières qu'elle ne connaît pas, des diplômes inconnus, les anciens n'ayant pas d'équivalence ou n'existant plus, elle fait partie de "la génération sans tuteur". Seul avantage pour elle, plus de performances sportives exigées, ni de service militaire et de maniement de fusils.

Si beaucoup de ses compatriotes se saisissent de ces nouvelles opportunités, les plus aventureux, les plus qualifiés, elle, elle pense quand même au suicide. Plus tard, elle finira aussi par partir à l'Ouest mais ne s'y sentira jamais à sa place. Alors tant qu'à être étrangère, elle pousse encore plus loin, jusqu'à la pointe de l'Europe et s'installe en Finistère où elle se sent en résonance avec le peuple breton et son fort sentiment d'appartenance qui remplace celui qu'elle a perdu.

Si elle ne glorifie pas la dictature est-allemande, lui reprochant principalement l'absence de libertés individuelles, elle regrette la solidarité qui existait alors, et rejette l'idéologie capitaliste et consumériste qui est devenue la norme. "Il y a 25 ans, les personnes dans la rue ont risqué leur vie. Pour se retrouver dans un supermarché géant ?" Les différences de mentalités et de convictions restent prégnantes, les familles séparées, passées les joies des retrouvailles, ont parfois du mal à se ressouder et les Ossis se sentent souvent discriminés. Le mur est tombé mais reste dans les têtes.

Elle retourne dans sa petite ville en 2009 et 2014. Il lui faudra attendre ce second voyage pour trouver que les choses se régulent un peu, les gens reprennent en main leur destin, moins de chômage, moins de jeunes désoeuvrés, reprise de la natalité. "Il fallait 25 ans. Il fallait une nouvelle génération. Il fallait beaucoup de patience et d'endurance. Il n'y a plus ce parfum de désespoir qui flottait partout autrefois. Qui a fait que j'ai quitté mon pays, qui m'a fait fuir pour pouvoir vivre."

 Ecrit en français, il s'agit d'un joli texte, simple, touchant et courageux pour rendre un hommage douloureux à un pays qui a dû se réinventer pour ne pas disparaître complètement.

Ce sera ma modeste contribution au Défi littéraire de Madame lit pour ce mois consacré à l'Allemagne.

La fille qui venait d'un pays disparu     Saskia Hellmund     Editions Les Points sur les i

 

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7 octobre 2018

Entracte

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Je serai peu présente en ce mois d'Octobre.

Programme chargé dès mardi avec un déplacement professionnel en bords de Loire ; cinq jours de formation entre château d'Amboise et jardins de Chaumont sur Loire, j'espère avoir le temps de quelques balades, et pourquoi pas un saut à Blois aux Rendez-vous de l'Histoire.

Puis, dernier petit chantier peintures et déménagement à préparer pour début Novembre, des tonnes de livres à mettre en cartons, grrrr...

J'espère trouver le temps d'honorer le mois anglais du Défi littéraire de Madame lit.

A bientôt !

5 octobre 2018

Initiales e. c.

nos richessesSur un fil tendu au-dessus de la Méditerranée entre 1936 et 2017, de Paris à Alger la blanche, alors française puis indépendante, l'auteur nous conte l'histoire d'une petite librairie fondée par une bande de jeunes gens fous de littérature, qui s'est ouverte le 3 Novembre 1936 au 2 bis rue Charras, sous l'égide d'Edmond Charlot, également éditeur. Albert Camus lui confie ses premières oeuvres, Jean Giono lui offre son nom "Les Vraies Richesses", Max-Pol Fouchet, Emmanuel Roblès, Jules Roy, Jean Sénac entrent à leur tour dans la danse. Rapidement, le lieu se transforme en vivier intellectuel et artistique, et même si l'on tire souvent le diable par la queue, les obstacles sont bousculés par la fougue de la jeunesse.

"Reçu hier une lettre de Jean Giono ! Giono, le grand. Je lui avait écrit sans trop d'espoir pour lui demander l'autorisation d'appeler la librairie Les Vraies Richesses en référence à son récit qui m'avait ébloui et où il nous enjoint à revenir aux vraies richesses que sont la terre, le soleil, les ruisseaux, et finalement aussi la littérature (qu'est-ce qui peut être plus important que la terre et la littérature ?)."

Hiver 2017, Ryad quitte provisoirement Paris pour l'Algérie. Sous prétexte d'une validation de stage, il se retrouve à devoir vider et repeindre une petite annexe de la Bibliothèque nationale, qui doit être transformée en commerce, au 2 bis rue Hamani. Sur le trottoir d'en face, quelque soit le temps, un homme observe, stoïque et silencieux. Le vieil Abdallah a vécu et travaillé vingt ans durant dans ce lieu minuscule avant de devoir céder la place.

"Peut-être que pour les gens comme moi, lire n'est pas naturel. Un livre, ça se touche, ça se sent. Il ne faut pas hésiter à corner les pages, à l'abandonner, à y revenir, à le cacher sous l'oreiller... Je ne sais pas faire ça. Aujourd'hui encore, mon premier réflexe lorsque j'en aperçois un, c'est de le ranger."

De l'effervescence de l'ouverture à la triste fin de ce lieu mythique algérois, en passant par les aléas de deux guerres, l'auteure nous entraîne dans le sillage de trois personnages attachants, chacun bien représentatif de son époque. Le vieil Abdallah, tel un passeur entre les générations, est de loin le plus touchant. Mais j'ai aimé découvrir et cheminer tout du long auprès d'Edmond Charlot dans son aventure, l'auteure ne manquant pas de la replacer subtilement dans un contexte historique qu'il est toujours bon de rappeler à notre mémoire. Les flèches qu'elle décoche sont brèves mais bien ciblées, tant envers la France qu'envers l'Algérie.

Poussez la porte du 2 bis rue Hamani, ancienne rue Charras, flânez entre ces quatre murs, témoins immobiles de merveilleuses amitiés, où l'écho de ces vraies richesses que sont les livres vous chuchotera une bien belle histoire. Et peut-être de relire Giono ?

L'annexe de la Bibliothèque nationale existe toujours, ouf !

Nos richesses     Kaouther Adimi     Editions Points

 

Bibl Hamani Hommage Charlot b

"Moi, j'aime publier, collectionner, faire découvrir, créer du lien par les arts !"

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30 septembre 2018

Tendre Septembre

music_instr_020J'ai toujours eu une tendresse particulière pour le mois de Septembre, sans doute une nostalgie de la rentrée des classes, la fin de l'effervescence estivale, les couleurs qui commencent à changer sous un soleil souvent encore généreux. Cependant, il faut bien se l'avouer, l'automne est là. Alors on pense à Vivaldi pour mettre un terme à ce mois italien du Défi littéraire de Madame lit. 

Pas d'images sur cette vidéo, alors fermez les yeux et laissez-vous porter par la voix de Philippe Jaroussky. Un pur moment de grâce...

 

  Bel automne à vous ! Et prochaine escale, la Grande-Bretagne.

 

10 juin 2018

Un dimanche à la page

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A défaut de plage, un petit dimanche sympathique parmi des auteurs que l'on retrouve avec plaisir de salon en salon, comme Marie Sizun, toujours aussi douce et lumineuse ; Fabienne Juhel, plus que jamais en verve et pas avare de confidences ; Jean-Luc Coatalem, à qui j'ai pu dire tout le bien que je pensais de " Le dernier roi d'Angkor ". Du côté des troublions, Erwan Larher paraissait un peu éteint (pour une fois) mais Guillaume Chérel, lui, semblait au mieux de sa forme. Sinon, du beau monde, Olivier Adam, Tobie Nathan, Véronique Olmi, Jean Teulé, Danièle Sallenave, Philippe Jaenada, Vladimir Fedorovski, Katherine Pancol, Bernard Weber, pour ne citer qu'eux...  Un mauvais point à Michel Onfray qui n'a pas voulu se casser la tête pour juste une heure de dédicaces en ce dimanche après-midi. Au rayon polars, point vus non plus Caryl Férey, Bernard Minier (pas grave, on a déjà discuté plusieurs fois avec eux, pff, blasées que nous sommes...) mais Olivier Norek était là et a toujours un flingue au bout des doigts entre deux signatures, vieux réflexe de flic sans doute. Par contre, j'ai fait connaissance avec la sympathique Sonja Delzongle dont j'ai adoré la trilogie (pas chroniquée). Et bien sûr, notre Johnny national qui a même un certain don d'ubiquité puisqu'il était présent sur deux stands à la fois, mais on ne l'a pas vu...  Au final, seulement quatre livres achetés, nous avons été plus que raisonnables. J'étais bien sûr accompagnée de Margotte qui, si elle ne blogue plus pour le moment, n'en a pas délaissé la lecture pour autant, bien au contraire... Pas de photos, désolée j'ai complètement oublié !

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23 juillet 2018

Colombinades

9782757836057Il y a de ça des lustres, mon premier véritable coup de coeur littéraire, fut je crois "Cent ans de solitude". J'ai hésité à le relire pour le mois consacré à la Colombie, peur de ne pas retrouver l'engouement  qui m'avait transportée à l'époque. Aussi ai-je jeté mon dévolu sur un auteur dont j'avais entendu beaucoup de bien à la sortie du présent ouvrage.

En 1996, Antonio Yammara, jeune avocat et professeur d'université, se lie d'amitié autour d'une table de billard avec un certain Laverde, homme mystérieux et taiseux dont on dit qu'il sort de prison. Un soir, ce dernier est assassiné en pleine rue sous les yeux du narrateur qui, lui-même blessé, va tenter quelques années après d'en savoir plus sur ce Laverde tout en gérant ses propres angoisses post-traumatiques. Aidé par la fille de Laverde, il remontera peu à peu l'histoire de cet homme dont la mort s'enracine quelques décennies plus tôt quand Pablo Escobar régnait en parallèle sur une Colombie qu'il mit bientôt à feu et à sang. La mort de Laverde risque bien de changer la vie d'Antonio qui vient de devenir père.

" Le bouleversement d'un passé qu'on pensait immuable est sans doute ce qu'il y a de plus difficile et de moins acceptable."

Que voilà un roman intelligent comme je les aime, mêlant petite et grande histoire. Cette plongée dans les années 70-80 est abordée sous un angle intéressant, loin des épopées sanglantes des cartels de la drogue, celui du quotidien d'un homme, Laverde, qui se retrouve à réaliser un rêve, à fonder une famille et à devoir choisir comment faire perdurer le tout. Il y est question d'amour, de transmission, de choix de vie, de disparitions et de mort (je vous laisse découvrir à quoi se réfère le titre), le tout sur un fond historique passionnant dont mes seules connaissances se résumaient aux bulletins d'informations de l'époque concernant la guerre des narcotrafiquants. J'ai énormément apprécié le talent de l'auteur à conjuguer la banalité des hommes et la tragédie de son pays pour laisser en héritage, à ceux qui n'ont pas connu cette époque, le soin de transformer ce fardeau morbide et crapuleux en élan de vie. Une bien belle et émouvante histoire, avec en prime, une balade parfumée et colorée entre Bogotá la montagneuse et la moiteur de la vallée du Magdalena.

"En lisant dans le hamac, j'éprouvais plusieurs sensations, certaines indéfinissables, mais j'étais surtout troublé de découvrir que cette histoire qui ne mentionnait pas mon nom parlait de moi à chaque ligne. Les émotions qui me gagnaient ont fini par se réduire à un terrible sentiment de solitude dont l'absence de motif apparent induisait qu'il était sans remède. La solitude d'un enfant."

Le bruit des choses qui tombent    Juan Gabriel Vásquez  (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

510Rp65PQ-LCharmée par le talent de Juan Gabriel Vásquez, j'enchaîne sur un second roman qui, cette fois, nous entraîne dans la Colombie du XIXe siècle. Miguel Altamirano, un personnage idéaliste et fantasque pris dans les remous des guerres civiles qui s'enchaînent en Colombie depuis l'Indépendance espagnole, décide de s'installer au Panamá, alors province colombienne, dans la ville de Colón où il fera la connaissance de son fils José, le narrateur parti à sa recherche. Le choix d'Altamirano n'est pas fortuit. C'est qu'à cette même époque, le début des années 1880, les travaux du canal de Panama sont en plein essor sous l'égide du célèbre Ferdinand de Lesseps. Fasciné par ce Français et son projet grandiose, Miguel se fait par voie de presse le porte-parole du Progrès et des avancées du chantier, toujours positives, destinées à rassurer les actionnaires. Il n'hésite pas à falsifier la réalité jusqu'au scandale qui vit s'arrêter les travaux en 1889 et Miguel courir à sa perte. La communauté française est très présente et c'est en son sein que José rencontrera son épouse, Charlotte. La débandade française qui succéda au scandale, les catastrophes naturelles, les maladies, laissent la ville de Colón exsangue et peu à peu désertée. Seul, José persiste à y vivre alors que se déclenche en 1899 1a guerre des Mille Jours qui voit s'affronter une fois de plus les libéraux et les conservateurs. Elle prendra fin en 1902. L'année suivante, l'Indépendance du Panamá sera acquise à coup de dollars par les Etats-Unis qui lorgnent sur le canal qu'ils achèveront en 1914.

"Ainsi passait le temps, comme on le dit dans les romans, et la vie politique faisait des siennes à Bogotá. Le président poète auteur de l'hymne glorieux avait juste eu à tendre le doigt pour désigner son successeur : don Miguel Antonio Caro, illustre spécimen de l'Athènes sud-américaine qui faisait d'une main des traductions homériques et de l'autre des lois draconiennes. L'occupation favorite de Miguel Antonio consistait à ouvrir les classiques grecs et à fermer les quotidiens libéraux. Et aussi à exiler tous azimuts."

Voici donc l'histoire que nous livre José Altamirano. S'il tient à le faire, c'est surtout pour rétablir une vérité et révéler la trahison dont il s'estime victime de la part du célèbre romancier Joseph Conrad, trahison qui porte le nom de Nostromo, roman paru en 1904. Conrad y raconte l'histoire du Costaguana, un état imaginaire caribéen, qui lui a été inspirée par le récit d'un exilé colombien...

"Aujourd'hui, 7 août 1924, alors que dans ma lointaine Colombie on célèbre les cent cinq ans de la bataille de Boyacá, l'Angleterre pleure cérémonieusement et en grande pompe la disparition du Grand Romancier. Alors qu'en Colombie on commémore la victoire des armées indépendantistes sur les forces de l'Empire espagnol, ici, sur le sol d'un autre empire, on vient d'enterrer l'homme qui m'a volé..."

Tout au long de Histoire secrète du Costaguana plane l'ombre de Conrad, dont l'auteur nous distille des éléments biographiques répondant comme en miroir à ceux de José Altamirano. D'hypothétiques correspondances qui liaient inexorablement les destins des deux hommes jusqu'au dénouement final. Une jolie trouvaille littéraire de la part de l'auteur qui non seulement rend hommage au célèbre écrivain voyageur, mais se réapproprie son histoire et venge ainsi son héros, José Altamirano !

Mêmes éloges de ma part que pour le précédent titre présenté. Un auteur qui tourne résolument le dos au réalisme magique sud-américain pour plonger sous les oripeaux d'une réalité historique où se dissimulent à la fois la force et la fragilité des personnages, de la Colombie et de son peuple. J'en redemande !

Histoire secrète du Costaguana     Juan Gabriel Vásques     (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

Lus dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

 

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31 août 2018

Déjà fin Août

music_instr_020 Un petit clin d'oeil musical pour clore ce mois consacré à l'Allemagne. En dehors des compositeurs et chanteurs classiques, je ne connais pas grand chose à la scène musicale allemande. A part Marlène Dietrich et Nina Hagen, seule la voix d'Ute Lemper m'est familière. Je vous invite donc à l'écouter dans la célèbre "Complainte de Mackie". On pourrait croire qu'il s'agit d'un standart américain tant ce morceau a été repris outre-atlantique (Louis Amstrong, Ella Fitzgerald, Frank Sinatra etc...). Extrait du célèbre Opéra de quat'sous, écrit en 1928 par Bertolt Brecht sur une musique de Kurt Weill. La république de Weimar et sa richesse culturelle n'avaient plus que quelques années à vivre avant que ne s'abatte sur la démocratie le rideau hitlérien.

 

 

3 juin 2018

Charisme, chavisme et charivari

41c-y4zZR2LPendant que les résultats de la dernière élection présidentielle au Vénézuela font polémique, Hugo Chávez s'en fout puisqu'il repose en paix, mais gageons que, s'il y a un ailleurs, il me manque pas de vitupérer à sa façon contre tous ces gringos qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, alléchés qu'ils sont par l'odeur du pétrole....

Mais revenons en arrière. Juin 2011, à deux reprises le Commandant se fait opérer à Cuba, puis annonce qu'il est tiré d'affaire. La révolution bolivarienne peut continuer entre deux bulletins de santé. Certains s'en réjouissent, d'autres le déplorent. Octobre 2012, Chávez est réélu. Le 8 Décembre, il repart à Cuba annonçant que c'est plutôt son cancer qui a gagné la grande élection, sans doute grâce au soutien de l'Empire yankee qui tente, au moyen de technologies novatrices, de décimer les leaders sud-américains les uns après les autres, Cuba, Guatemala, Argentine, Brésil (voir article ICI ). Puis ce fut silence radio, bien que les nouvelles se succèdent via les officiels qui informent, rassurent, rectifient, contestent les rumeurs, mais plus de Chávez à l'écran, plus de discours-fleuves. Le grand vide. Enfin, le 18 Février, le "lider" rentre à Caracas mais personne ne le voit, ni lui, ni l'ambulance censée le conduire à l'Hôpital militaire. Le 5 Mars son décès est annoncé (mais il serait mort fin décembre).

"Il tenait un registre qui rendait manifeste la façon dont Chávez avait, dès le début, en 2011, mis en marche la sacralisation de sa maladie."

Ce condensé chronologique va nous être distillé tout au long du roman par l'intermédiaire d'une poignée de personnages vivant à Caracas. Le docteur Sanabria, cancérologue à la retraite qui se retrouve dépositaire de vidéos compromettantes, et sa femme Beatriz suivent les événements d'un oeil sceptique ; Fredy Lecuna, journaliste au chômage, voit là l'occasion de chasser le scoop qui lui permettra d'écrire un best-seller ; Andreína Mijares, exilée à Miami rentre au pays et tente de récupérer un appartement dont elle est propriétaire ; Aylín Hernández, cubaine et camarade coopérante à Caracas  espére bien trouver un mari vénézuélien qui lui permettra de quitter définitivement Cuba ; Madeleine Butler, journaliste européenne qui a suivi la dernière campagne présidentielle ; Maria, une fillette de 9 ans, déscolarisée par une mère obnubilée par la violence de la ville qui vit quasiment cloîtrée dans son appartement. Et la télévision, personnage à part entière, qui fonctionne quasi en continu par ces temps d'incertitude, et dont Chávez a su faire bon usage, se rendant ainsi omniprésent dans les foyers. Son cancer va déclencher un charivari dans l'existence de chacun, et l'absence du Commandant plus encore.

"Tout cela n'est pas une révolution. C'est juste un simulacre, marmonna Sanabria sans quitter des yeux l'écran de la télévision."

Un roman choral animé qui a de quoi séduire par son air de ne pas y toucher, un ton plutôt léger utilisé pour nous décrire un quotidien pas très gai. Déliquescence d'un pays, violence et corruption, que l'on soit pour ou contre Chávez, car il faut être pour ou contre*, on est assez fasciné par l'engouement que le personnage génère. Militaire mégalomane, provocateur, démagogue, logorrhéique, il a su créer un mythe.

"Les gens l'écoutaient, émus, les larmes aux yeux. Ce qu'il disait était vrai, d'une vérité affective, irrémédiable. Cette relation était le charisme. Ce lien que Chávez avait réinventé. "Tu es Chávez" avait été l'un des slogans pendant la campagne électorale de cette année-là. Il est Chávez, elle est Chávez, les enfants sont Chávez, les mères sont Chávez, nous sommes tous Chávez. "Parce que je ne suis plus Chávez" avait-il crié en poussant sa voix au plus fort, pendant l'un des meetings de clôture de campagne. " Je suis un peuple, bordel ! "

Le vide qu'il laisse est à la hauteur de son omniprésence. Et le talent de l'auteur réside bien dans l'analyse du charisme de ce personnage adoré ou haï. Pendant que le Commandant agonise, deux gamins tombent amoureux via Internet, se raccrochant l'un à l'autre afin de se protéger du charivari tourneboulant les adultes, ce qui ne les empêche pas de se poser la même question qu'eux. " Alors, qu'est-ce qu'on va faire ? Où est-ce qu'on va aller ? "

Le marasme actuel est la réponse et la suite logique du roman. Un joli livre, sous forme d'une émouvante balade au coeur de la société vénézuélienne tout au long de laquelle transparaît la tendresse de l'auteur pour son peuple. Un livre qui donne envie de se pencher sur le sujet de façon plus approfondie.

* Il a pu au début développer des programmes sociaux et éducatifs envers les plus pauvres grâce au pétrole, le niveau de vie du pays a été relevé et les inégalités réduites pendant une période ; il a ainsi permis à une frange de la population de retrouver sa fierté. Ses prises de positions anti-impérialistes l'ont également rendu sympathique aux yeux des divers courants de gauche et/ou altermondialistes. Mais il a été aussi l'ami de gens peu recommandables, a confié la sécurité intérieure de son pays aux Cubains, n'a lutté ni contre la corruption ni contre le narco-trafic, bien au contraire, et mené des réformes économiques désastreuses ; et s'il a enrichi surtout les militaires, il s'est mis lui aussi pas mal de pétrodollars dans les poches. Une de ses filles est actuellement la personne la plus riche du Vénézuela, 850 milliards de pétrodollars détournés dont une partie du pactole placé aux Etats-Unis, pendant que la paupérisation affecte 83% de la population (info tirée de l'article de Laurence Debray, qui n'est pas complètement neutre puisque fille d'une mère vénézuélienne et qu''elle prend le contre-pied de son ex-révolutionnaire de papa. Je rigolais en lisant sa bio sur wkpd, arf, faites des mômes ! ). Bref, comme souvent, c'est beau au début la révolution, mais ça vieillit mal et trop vite, comme toujours. Et quand ça fonctionne, on l'étouffe... Impression qu'on s'en sortira jamais, et ça m'attriste, ça m'énerve tout ce gâchis.

Les derniers jour du Commandant     Alberto Barrera Tyszka   (traduction  Robert Amutio)      Editions Gallimard

 

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(source Libération)

21 mai 2018

Rafales

indexJe poursuis ma découverte d'Almudena Grandes avec ce roman paru en 2002, avant Le Coeur glacé. Epoque, ambiance, intrigue, personnages totalement différents. Histoire d'un trio que rien ne prédisposait à se rencontrer, et pourtant...

"Mais les vies difficiles font des adultes difficiles, et la facilité est fluente, onctueuse, confortable, utile, et ne coûte presque rien, elle est souvent imprévisible et laisse dans la mémoire une empreinte profonde, durable."

Juan, médecin madrilène approchant la quarantaine, quitte la clinique réputée où il exerçait et vient s'installer dans un lotissement cossu d'une banlieue balnéaire du golfe de Cadix. Il est accompagné d'Alfonso, son frère cadet handicapé mental, et de Tamara, sa nièce de 11 ans, orpheline suite à la disparition de ses parents par accident. "Depuis qu'il avait admis qu'il ne lui appartenait pas de décider, Juan Olmedo ne s'était jamais attardé à planifier sa vie privée."

Sara, discrète retraitée madrilène, célibataire et quinquagénaire, est d'origine modeste. Mais dorénavant à l'aise financièrement, elle est arrivée depuis peu dans la région et occupe la maison qui fait face à celle de Juan. "Jusqu'à ce moment-là, elle avait vécu pour se venger. Désormais, il lui fallait apprendre à survivre aux conséquences de la vengeance."

Maribel est la femme de ménage de Sara, elle est gironde, nature, peu cultivée mais enjouée malgré une vie laborieuse. Elle élève seul Andrès, son fils de 11 ans qui sympathise vite avec Tamara. Maribel devient également l'employée de Juan. "Vous voyez, j'en sais, des choses, tout un tas... Mais si je vis avec tout ce que je sais, j'en crève, c'est là le problème, mon problème."

Du passé de chacun, au gré des "vents contraires" qui balaient la côte, émergent petit à petit blessures, mensonges et trahisons qui nourrissent ces trois solitudes. Telles des boules de billard, leurs trajectoires, lorsqu'elles se croisent, permettront aux protagonistes de se révéler dans des chamboulements peut-être salutaires.

Ce roman est encore un pavé de presque 900 pages, si je lui ai trouvé quelques longueurs, je n'ai pu pour autant le lâcher. J'ai retrouvé le talent de l'auteure à décortiquer les âmes, à fouiller les conséquences des choix et des petits arrangements avec la vie permettant aux personnages de poursuivre leur chemin. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire de vents, le Levant et le Ponant, qui perturbent les humeurs des humains (et des mouettes !) dont le souffle va modeler cette grande histoire d'amitié.

" ̶  Pour que vous vous fassiez une idée, dans les tribunaux de cette région, on admet le levant comme circonstance atténuante dans les procès pour coups et blessures, mauvais traitements, et même homicides. Et le pourcentage de malades mentaux sur le littoral de Cadix, plus particulièrement dans la zone du détroit, où les vents soufflent encore plus fort qu'ici, crève le plafond des statistiques nationales, exception faite de la Costa Brava, où souffle la tramontane (...)."

Je ne vous conseille pas de lire les critiques de Babelio, dans l'ensemble elles sont bonnes, mais certaines en dévoilent beaucoup trop. Et pour les réfractaires, sachez que la Guerre civile y est évoquée de façon parcellaire. Ce n'est pas non plus une gentille histoire à la Gavalda, la narration est parfois complexe, la chronologie capricieuse et les bons sentiments absents. C'est une lecture qui se mérite et dont on n'oublie pas facilement les personnages.

Seconde contribution au mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Vents contraires     Almudena Grandes (traduction G. Iaculli)   Editions Le Livre de Poche

 

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31 juillet 2018

Juillet, c'est plié !

music_instr_020Déjà la fin d'un mois d'été où le Souk a tourné au ralenti sous le soleil. Je travaille et lorsque je suis en repos je fais quelques escapades dans ma nouvelle maison encore en chantier et sans internet, beaucoup de kilomètres aussi et le soir, je pique rapidement du nez sur mon bouquin... Mais je tiens particulièrement à remercier Madame lit qui, grâce à son Défi littéraire, m'a permis de découvrir un nouvel auteur colombien pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur. J'ai deux autres de ses romans sous le coude et j'attends avec impatience la sortie poche de "Le corps des ruines", paru l'an dernier. Juan Gabriel Vasquez sera je crois, pour moi, la découverte de l'année.

Pour conclure ce voyage dans une Colombie qui peine à retrouver la sérénité, j'ai trouvé ce petit morceau léger et entêtant, interprété par ces artistes de la jeune scène colombienne. J'avoue craquer pour le côté chabadabada sirupeux de cette mélodie aux allures de tube de l'été. En duo ici Juan Pablo Vega  etCatalina García.

 

En route pour la prochaine étape, l'Allemagne est au programme, une autre musique...

25 février 2018

Une coquetterie littéraire

cvt_Grains-de-beautes-et-autres-minuties-dun-collecti_5139Afin de réaliser des portraits de famille, la Marquise Adélaïde des Ailleurs fait mander au château de Chamarande monsieur Zérène, célèbre miniaturiste de l'Académie de Saint-Luc. Nous sommes en Avril 1764, Madame de Pompadour vient de s'éteindre à Versailles et la Marquise, veuve depuis un an, porte toujours un deuil qui ne semble pas l'accabler plus que nécessaire. Elle n'est pas insensible au charme du peintre, et affiche ses humeurs par le biais de mouches qui ornent différents points de son visage. Car, le saviez-vous, les mouches ont un langage. Moi, je l'ignorais. Mais Zérène, en homme de son temps, connaît la signification de ces petits bouts de velours ou de taffetas que l'on colle ça et là afin de faire passer un message, la Galante, l'Effrontée, la Majestueuse, la Discrète etc... Les hommes aussi pouvaient s'en affubler car leur fonction première était de dissimuler les traces de variole.

Zérène tombe sous le charme de la Marquise. Il caresse ses feuillets du bout de ses pinceaux et de ses craies, comme un amant caresserait du bout des doigts les courbes de sa belle. Des ondes de sensualité s'échappent, flottent entre ces deux êtres, si fortes qu'elles deviennent insupportables. Convenances obligent, la Marquise des Ailleurs honore son patronyme et envoie le peintre à l'autre bout du monde, vers ce pays de Siam qui la fascine tant, le mettant au défi de rapporter des grains de beautés de ces contrées lointaines. A son retour, elle s'offrira à lui.

"Nous voguons en plein midi turquoise. Soleil fiché sur le grand mât comme un gros kaki mûr."

Car bien sûr, Zérène relève le défi et s'embarque alors pour une folle traversée en mer de Chine sur la jonque de l'étrange capitaine Tuan. Périple des plus sensuels et merveilleux entre les îles Somnolentes, "Trois îles patientes attendent les hommes, en désir de s'éprendre, en désir de s'éperdre." , et d'autres aux noms évocateurs, l'Empourprée, la Ténébreuse, la Miroitante. Toutes recellent des trésors d'onirisme, sur lesquels veillent des personnages fantasques et des créatures fabuleuses qui promettent des rencontres magiques.

"Nuit du 11 février. Ciel de draps froissés. Mouillés. Insomnie. Toujours ce maudit mal de mer. Toujours cette nuance de céladon sur mon visage, digne des plus vieilles patines des porcelaines de Chine, craquelé de thé, de sel et de sueurs."

Zénère s'en reviendra-t-il au port de Canton avec, dans sa petite boîte à mouches en galuchat, les grains de beautés et de folie convoités par Adélaïde ? Voulez-vous découvrir l'Eau de Pâmoison, la Maison des Volutes de Thé ? Lisez ce bijou de poésie et de sensualité, à l'écriture brève comme des petits coups de pinceau, aux mots chamarrés et aux évocations truculentes. Plongez dans cet imaginaire capiteux qui laisse, quand on referme ce petit livre, comme un baume bienfaisant dans l'esprit.

"Allée nappée. Je m'engage. Cerisiers gourds de fleurs. Lourds de pollen. Sourds de silence. Je marche à pas d'échassier, levant haut les pieds, gêné de froisser ce sol enneigé de pétales."

 YUEYIN avait succombé à sa sortie en 2007. Ce livre a toutes les qualités requises pour devenir voyageur, si cela vous tente faites-le savoir.

Grains  de  beautés  et autres minuties d'un collectionneur de mouches     Frédéric  Clément        Editions Actes Sud

 

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17 avril 2018

Partances

cvt_Les-derniers-planteurs-de-fumee_1844Un petit recueil de sept textes poétiques entre souvenirs d'enfance et hommage à la région de l'Ardenne située au carrefour de trois pays et dont le sol, en d'autres temps, fut foulé par des noms célèbres.

"L'Ardenne est bien ce pays dont on ne revient pas. Qu'on soit du centre ou des lisières, ou qu'on ait fui à cent lieues de là, l'Ardenne vous tient et ne vous lâchera plus. Car elle existe et n'existe pas, comme le jardin sauvage, inquiétant et merveilleux à la fois, le concentré de rêves et d'images, qui trempa notre enfance comme une aube à pieds nus ou comme une mer longtemps promise."

Enfant, l'auteur imaginait la mer au fond de son jardin, porté par la présence de son grand-père et ses souvenirs de marin, casquette sur la tête et pipe d'écume à la bouche. Devenu adulte, c'est dans une caravane immobile, baptisée Partance et remisée au fond de son jardin, qu'il poursuivra ses voyages à deux pas de chez lui.

"Demain, le jardin du monde va refleurir, qui rend ses couleurs aux plus vieilles images, toute sa lumière à celui qui, regardant, voit plus loin que ses yeux et met la mer en bouteille en marchant dans un livre."

Guy Goffette n'a pas son pareil pour faire renaître les ambiances des dimanches pluvieux des enfants solitaires dont l'ennui s'échappe vers l'ailleurs des rêves. Mais à l'âge adulte, ils rebrousseront chemin, recherchant la magie de ces instants porteurs de tous les possibles. Comme si, adultes ayant pourtant parcouru le monde, ces moments restent leurs plus beaux voyages. L'auteur a l'art du raccourci, un bout de terre, un morceau d'horizon, le flot d'une rivière, des odeurs de plans de tabac qui sèchent et "C'est l'heure des souvenirs qu'on tait et qui montent tout seuls dans l'air comme un nuage léger, âcre un peu, parfumé, vers les clignotantes lumières du fond des âges."

Guy Goffette est le poète de l'enfance, de la nostalgie, du temps et des rêves perdus. Je l'avais déjà découvert dans "Une enfance lingère" (billet  ICI) qui dans mon souvenir était plus léger, moins mélancolique que Les derniers planteurs de fumée qui, comme pour ralentir le temps, se fait l'éloge des voyages immobiles et de l'imaginaire. Cela se lit avec délectation.

 Cet opuscule est extrait de Partance et autres lieux suivi de Nema problema chez Gallimard

Les derniers planteurs de fumée     Guy Goffette     Editions Folio

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30 juin 2018

Juin, c'est déjà la fin !

music_instr_020Exceptionnellement, un morceau de musique dont j'ignore le titre et l'interprète pour clôre ce mois de Juin consacré à l'Algérie, pays à l'honneur du Défi littéraire de Madame lit.

Le dernier livre chroniqué m'ayant entraînée du côté de la peinture et de l'Orientalisme, voici un florilège d'oeuvres, dont malheureusement les auteurs ne sont pas cités non plus, sur une très jolie musique. On y retrouve entre autres Delacroix, Renoir, Bridgman. Si ces peintures rendent hommage à la beauté des femmes algériennes, elles n'en véhiculent pas moins une idée fantasmée, un imaginaire masculin avide d'érotisme en ces siècles pudibonds. L'exotisme de l'Orient débride leurs désirs de femmes indolentes et lascives toutes vouées au plaisir de ces messieurs. Mais la vie des femmes était loin de n'être que paresse et attente, elles étaient peu à rester allongées sur des divans à fumer le narguilée, boire du thé ou faire de la musique à longueur de journée, comme ces instantanés pourraient le laisser croire... Reste que d'un point de vue artistique, ces peintures sont des réussites. Colorées, sensuelles et chaleureuses, elles invitent au voyage, c'était le but. N'oublions pas qu'afin de motiver l'engagement des hommes dans la guerre coloniale, les autorités ont vanté la nécessité d'apporter "la civilisation" à "ces terres vacantes, peuplées de sauvages paresseux et où des femmes aux moeurs relachées se languissent de plaisirs" (je cite de mémoire ces mots tirés du bréviaire historique sur l'état du pays remis aux soldats). Si ça, ça ne motive pas l'instinc de mâles conquêtes !..

 

Promenade en musique et peinture dans la Casbah d'Alger avant de traverser l'Atlantique et de débarquer en Colombie pour le nouveau Défi littéraire de Juillet.

25 mai 2018

Du premier au dernier.

281747_11558576Je n'ai lu que trois livres d'Annie Ernaux. Les armoires vides, que j'avais acheté en 1984, sans doute pensais-je au début, plus pour sa couverture au regard de la page 99 cornée qui laisse supposer que je n'étais pas allée au-delà ; Les Années, que j'ai dévoré mais non chroniqué ; et Mémoire de fille, que je viens de terminer, lu sans ennui mais sans enthousiasme excessif non plus, m'attendant peut-être à retrouver le plaisir de lecture du précédent. J'ai ressorti Les armoires vides et l'ai lu, cette fois en entier.

Pure autofiction, comme on dit aujourd'hui, puisque qu'Annie Duchesne s'y nomme Denise Lesur, l'auteure n'en décrit pas moins l'univers dans lequel elle a grandi, l'épicerie buvette de ses parents, l'absence d'intimité, son parcours scolaire, son adolescence et le fossé qui se creuse entre elle et les siens, son avortement et surtout la honte qu'elle éprouve envers ses parents et le milieu dont elle est issue. Et puis, en relisant la 4ème de couverture, "(...)Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi.", je me suis dis que ces mots, plus que la couverture, avaient sans doute motivé mon achat de l'époque car il est difficile, enfant déjà, d'être confronté à l'existence d'un ailleurs auquel on souhaiterait appartenir, de garder pour soi la répugnance que vous inspire la femme qui vous a mis au monde et l'incompréhension que deux êtres aussi dissemblables puissent être, au moins un temps donné, vos parents. Alors oui, il y a les livres, l'école et la réussite scolaire qui procurent une certaine fierté, effacent ces si mauvaises pensées et restaurent un peu l'estime de soi. Mais ne changent rien à l'affaire, on reste la fille de et le travail est long à s'en désengluer et à se découvrir autre. Le principal étant, plus tard, de transformer la honte, de la sublimer, comme l'a si bien réussi Annie Ernaux de par son travail d'écriture.

41jAp94nzYLL'année 58 voit l'auteure aborder ses dix-huit ans, l'éloignement physique du milieu familial qui caractérise cet âge et l'entrée dans la sexualité. On n'est plus dans l'autofiction, l'auteure a fait de sa vie son oeuvre et tente ici de combler des blancs laissés entre 58 et 60, entre ELLE et JE.

Il y est aussi question de honte, non plus tant celle de ses parents, que la sienne dont elle prend conscience quelques années après. Honte de désirer, d'être désirée, d'être objet plus que sujet, confrontée à un corps qui vie sa propre vie et ne se contrôle pas. C'est encore grâce aux livres (S. de Beauvoir), aux films, à la philosophie, qu'elle va apprivoiser ce que féminité signifie.

"Une honte historique, d'avant le slogan "mon corps est à moi" dix ans plus tard. Dix ans, une durée faible au regard de l'Histoire, immense dans la vie à son début, représentant des milliers de jours et d'heures où la signification des choses vécues reste inchangée, honteuse."

Entre idéal de soi et réalité, Annie Ernaux balaie le début des années 60, écrit comme on pense, d'association en association, passant d'un extrême à l'autre, accompagnant la fille de 58 dans un long travail de maturation et de recherche d'identité qui ne peut s'inscrire que dans le temps. Et puisant toujours dans la mémoire car "c'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture."

Malgré la différence de générations, et un contexte d'informations et de lois bien différent de nos jours, le devenir femme reste encore difficile et parfois  douloureux. Le corps, l'image, la nourriture, la sexualité, le prix de la réussite, autant de questionnements féminins intemporels, auxquels les filles de 68 se sont attaqués mais qui en laissent encore pas mal démunies en 2018.

J'aime l'honnêteté de cette auteure mais son style, désaffecté, observateur, neutre, sociologisant, dit-on, qui sied si bien à un livre tel que Les années, me laisse moi aussi à distance et toujours ambivalente face à ma lecture. Absence d'émotions dans l'écriture, certes, mais qui a cependant le don d'en faire surgir à foison par ce mélange de l'intime et de la temporalité collective. J'ai finalement plutôt apprécié ces deux livres, le premier et le dernier, mais n'ai pas pour autant l'envie de découvrir l'entre-deux.

Aifelle en parle , et Cathulu ICI

Les armoires vides et Mémoire de fille      Annie Ernaux     Editions Folio

 

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31 mai 2018

¡ Adios Mayo !

music_instr_020Je n'ai pas été très productive en terme de livres lus pendant ce mois de Mai consacré à l'Espagne. Seulement deux titres, cependant, le nombre de pages compense, près de 2200, ce n'est pas si mal. Et j'ai été ravie de découvrir Almundena Grandes grâce au Défi littéraire de Madame lit.

Alors pour conclure, toujours un peu de musique. J'aurais pu choisir un air de Carmen, verser dans le flamenco ou les chansons engagées de la Guerre civile, mais j'avoue un faible pour ce petit mec sympatique et militant qui, à bientôt 57 ans, a toujours le sens de la fête et la même pêche qu'à ses débuts (vu l'an dernier aux Vieilles Charrues, je confirme).

 Parfait pour mettre Madame lit dans l'ambiance et lui souhaiter un beau voyage ! Et de l'Espagne à l'Algérie, il n'y a qu'un pas. Prochaine étape en Juin du Défi littéraire.

9 mai 2018

Morte la bête, mort le venin ?

51SGsB1qYfLDepuis l'édition poche en 2010, je lorgne sur la photo de Robert Capa qui illustre le premier livre inaugurant cette saga, hésitant toujours à franchir le pas ; c'est enfin chose faite. 

En deux tomes, et sur plus de 1300 pages, est retracé le destin de deux familles espagnoles, l'une républicaine, l'autre franquiste, lors d'une traversée du XXe siècle passionnante. Le pont qui les relie est incarné par une jeune gestionnaire à la Caja Madrid, Raquel, qui fut la maîtresse d'un vieillard de 83 ans puis, à la mort de ce dernier, de son fils Alvaro, physicien et prof de fac. Curieux héritage, me direz-vous. C'est qu'il recouvre bien d'autres choses lorsqu'on sait que Raquel est issue d'un clan républicain, exilé en France suite à la victoire fasciste, et qu'Alvaro est le dernier fils du vieil homme qui a fait fortune sous la dictature de Franco. A partir de là, les conjectures qui président à leur rencontre et alimentent leur liaison, sont nombreuses...

41cIs9NkV+LEt c'est avec brio, et dans un complexe montage chronologique, que l'auteure va nous livrer les éléments qui nourrissent cet amour pour le moins inattendu. De la bataille de Madrid en 1936 en passant par les camps de réfugiés républicains du sud de la France en 1939 et le front de l'Est où la División azul, composée de phalangistes, partit se battre en 1941 sous uniforme de la Wehrmatch contre les armées de Staline, puis des maquis où durant la dernière guerre syndicalistes et républicains luttèrent au côté des Français, jusqu'à la mort de Franco en 1975 et les années suivantes qui virent le retour des exilés, c'est une plongée passionnante dans l'Histotre que nous offre Almudena Grandes. Histoire espagnole certes, mais aussi Histoire française, guère à notre honneur au regard du traitement inhumain que l'on infligea aux réfugiés qui n'hésitèrent pas pour autant à nous aider à vaincre le fascisme allemand avec l'espoir déçu qu'ensuite les Alliés les débarrasseraient de Franco.

Deux figures sont omniprésentes, Ignacio, grand-père de Raquel, "Ignacio Fernández Muños, alias l'Avocat, défenseur de Madrid, capitaine de l'Armée populaire de la République, combattant antifasciste lors de la Seconde Guerre mondiale, rouge et espagnol, décoré deux fois pour avoir libéré la France." et Julio, père d'Alvaro, "Plus jamais Julio Carrión González ne retournera auprès de ceux qui perdent, se promit-il à cet instant. Jamais, plus jamais". Forts de leurs convictions ou de leurs promesses, ces deux-là se croiseront peu de temps, juste assez pour préparer le terreau sous lequel s'enracinera le destin de leur descendance.

Une histoire parmi tant d'autres, histoire d'une ville, Madrid, histoire de guerre et de paix, de deuils et d'amours, de solidarité et de pouvoir, de trahisons et de vengeance, c'est surtout une fresque foisonnante où la fiction se nourrit de la réalité comme l'attestent les notes de l'auteure qui sont tout aussi passionnantes. De plus, l'écriture fait la part belle à l'introspection de la jeune génération et nous invite à réfléchir à la notion de transmission et d'héritage, ou comment gérer l'ambivalence de nos attachements à des êtres aimés tout autant que détestables et assumer le poids du passé.

"Le temps a fait son oeuvre, me direz-vous, et vous aurez raison, mais nous portons tous encore la poussière de la dictature sur les chaussures, vous aussi, même si vous ne le savez pas."

L'exposition de Guernica, vue récemment, et notamment les archives présentées, m'ont enfin donné envie de lire ce roman.

 

Pendant l'Occupation, de nombreux réfugiés ont contribué à la construction du Mur de l'Atlantique et des bases sous-marines de Brest ou de Lorient, d'autres étaient réquisitionnés pour le STO en Allemagne, beaucoup furent envoyés dans d'autres camps, allemands ceux-là. A la Libération, ce sont encore les républicains et les anarcho-syndicalistes qui sont entrés les premiers dans Paris avec La Nueve, la 9ème compagnie de la 2ème DB du Gal Leclerc, ce que curieusement les livres d'histoire ne mentionnent jamais. Et puis d'autres sont restés là où La Retirada les avait emportés, comme les familles de la video, tout près de chez moi, devenues un peu bretonnes... Un article à ce sujet ICI.

Lu dans le cadre du mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Le Coeur glacé     Almudena Grandes    (traduit par Marianne Millon)   Editions Le Livre de Poche

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30 avril 2018

Fin de mois belge

music_instr_020Avec succès, il me semble, la Belgique était à l'honneur en ce mois d'Avril qui s'achève, aussi bien chez Anne et Mina que de l'autre côté de l'Atlantique chez Madame lit. J'ai envie de clôturer ce mois belge avec un artiste, poète à sa façon, qui incarnait si bien les mots de tout son être, de la grande et belle chanson vivante. Bien sûr, j'aurais dû choisir Bruxelles. Le Gaz n'est pas la plus connue, mais c'est unes de mes préférées. J'aime cette valse qui débute sobrement puis s'emballe au fur et à mesure. J'aime toute cette chaude sensualité qui s'en dégage, portée par le coffre et la plasticité incroyable de Brel. Une superbe chanson d'amour charnel, un vibrant hommage aux filles de joie, comme elles s'appelaient à cette époque... Que je regrette de n'avoir jamais vu cet artiste sur scène !

 

5 mars 2018

Ouf !!!

51yNML5AqkLJe viens de "terminer" ce livre et je suis bien contente. Je mets des guillemets car ce que j'ai trouvé chouette dans ce bouquin c'est qu'on peut sauter vingt, trente, cinquante pages, sans jamais perdre le fil de l'histoire, tellement tout est prévisible. Au début, j'ai tourné les pages consciencieusement mais très vite un gros nuage d'énervement m'est tombé dessus avant que je l'identifie plutôt comme une petite angoisse à m'imaginer à la place de monsieur Budaï. Je déteste les situations kafkaïennes qui rendent fou.

Aussi vite fait que ma lecture, mon résumé, pour une fois, sera bref. Un brillant linguiste, qui pense atterrir à Helsinki pour un congrès, se retrouve dans une ville inconnue, surpeuplée, où l'on parle une langue incompréhensible, sans bagage ni argent ou presque, où pour le moindre truc on fait la queue pendant des heures, et où tout le monde se fout royalement de son petit problème. Voilà. Il va s'adapter et se débrouiller, risquer sa vie même, pour finir par trouver une solution. D'ailleurs, on se demande pourquoi il n'y a pas pensé plus tôt, pfff, ces intellectuels... Un point positif pour moi, si la bouffe locale est insipide, au moins dans ce pays on peut encore fumer tranquille, même dans les chambres d'hôtel, wahou quasi un paradis !

285 longues, très longues pages. J'ai réglé le problème en 15 minutes. Juste l'occasion de lire ça et là qu'à un moment, il avait mal aux dents, situation anxiogène extrême pour moi, hop encore 50 pages de sautées ; il croise sur sa route un zoo avec des animaux très très mal en point, je ne lis jamais les descriptions qui font mal et ne supporte pas la maltraitance animale, encore 70 pages de virées en râlant ; je poursuis en sautillant quand, soudain, j'aperçois, page 197, des mots qui me causent, "Vie théâtrale", inscrits sur un journal qu'un autochtone lit dans le métro, là je compatis fortement avec Budaï et me dis, ça y est il est sauvé ! Faut pas rêver, dans le grand absurde, point de salut. Dégoûtée, je saute de la page 201 à la 264, manifestation, barricades, mitraillettes, chars, bain de sang, bof, suite normale, pas de surprise. Je lis les quatre dernières pages par curiosité, va-t-il mourir ? survivre ? Arf... je dirai rien, un peu de suspense que diable !

Bien sûr, je suis de mauvaise foi. Bien sûr, ce livre écrit en 1970 par l'auteur hongrois se veut une formidable critique de l'enfermement, de l'indifférence, de l'incommunicabilité et des sociétés totalitaires où prévaut le collectif sur l'individu, et voire, de façon visionnaire, de l'évolution de nos sociétés modernes, même de la mondialisation où le totalitarisme revêt d'autres masques. Bien sûr, les gens souffrent, cherchent à comprendre, se révoltent, se résignent, se suicident ou se battent, se soumettent, changent, adhèrent, luttent, se révoltent à nouveau etc, etc... Mais 150 pages auraient largement suffit pour nous faire passer le message. Ce registre n'est pas fait pour moi. Je lui préfère les 126 pages de Iouri Bouïda et son Train zéro (billet ICI )  La différence ? il a était publié en 1997, laissons donc Épépé dans son contexte et passons à autre chose.

 Épépé     Ferenc Karinthy   (traduit du hongrois par Judith & Pierre Karinthy)     Editions Zulma

 Va quand même trouver sa place dans

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30 janvier 2018

Un portefeuille bien garni !

51beeHah8RLQuelle bonne surprise de pouvoir à nouveau pousser la porte de l'atelier de reliure de Mathilde Berger ! Je ne savais pas qu'il y avait une suite à La relieuse du gué et j'ai replongé avec plaisir dans cette nouvelle aventure. Nous retrouvons Mathilde, toujours à Montlaudun, en Dordogne, entourée de ses sympathiques amis commerçants. Un jour, une femme étrange et hautaine, elle-même relieuse, la sollicite pour une collaboration. Astride Malinger est entrée en possession d'une pépite littéraire dénichée dans une brocante pour une bouchée de pain; elle propose à Mathilde de nettoyer le papier, tandis qu'elle-même se chargera de la reliure. Le personnage étant peu sympathique, Mathilde hésite. 

"- N'exagérons rien, soixante kilomètres entre deux relieurs, c'est la distance minimum requise. D'ailleurs mettons les choses au point tout de suite. Vous êtes "relieuse", c'est ainsi que vous vous présentez n'est-ce pas ? Moi je suis relieur-doreur. C'est mon titre. Une relieuse, mademoiselle, c'est une machine, comme une lieuse sert au fourrage."

Mais les réticences de la relieuse cèdent lorsqu'elle se retrouve face à un Premier Folio de Shakespeare. Elle s'installe pour une semaine chez Astride afin d'effectuer son travail. Commence alors une curieuse cohabitation, mêlée d'attirance et de répulsion pour cette belle femme au comportement lunatique voire paranoïaque, vivant seule avec ses chiens à l'écart des autres, entièrement centrée sur son métier, obnubilée par sa dernière acquisition et la valeur qu'elle représente.

Un désaccord éclate entre les deux femmes alors qu'Astride doit rémunérer Mathilde pour le travail accompli. Mathilde repart sans un sou mais avec, en compensation, un portefeuille rouge acquis en même temps que les écrits de Shakespeare et dont se désintéresse complètement Astride. Le portefeuille n'est pas vide et va entraîner la relieuse dans une merveilleuse aventure. Qui a écrit les feuillets contenus à l'intérieur? Quels liens ont-ils avec le Premier Folio ? Aidée de personnages secondaires bienveillants, Mathilde se lance dans cette quête avec naïveté et détermination, loin de se douter où la mènera sa découverte, ni qu'Astride Malinger n'est pas prête à sortir de sa vie. 

" Comme j'avais fait connaissance avec Shakespeare, je prenais congé, page après page, contrôlais mon travail, libérant le Premier Folio des dernières traces de taches et poussières. Sur mon cerveau, je gravais son image, dans mes mains, son volume, sur le bout de mes doigts, sa matière."

J'ai tourné, moi aussi, les pages de ce roman, avec tant l'avidité qu'en deux soirs l'affaire était pliée ! Ce fut une lecture douillette et distrayante, et ça m'a fait un bien fou de me laisser emporter par la plume romanesque de l'auteure. J'adore ces histoires de vieux papiers. En dehors de toute valeur marchande, et quelque soit le propos, je suis toujours émue de découvrir d'anciens écrits. Cela vous est-il déjà arrivé ?

 

Le portefeuille rouge      Anne Delaflotte Mehdevi     Editions Babel  Actes Sud  

 

2018-01-29-20-07-21-

3 mars 2018

Gemme, tu aimes, il aime...

001311698Je poursuis mes promenades littéraires dans les Balkans. Cette fois, c'est en compagnie de Stanislav Dugi, vieux professeur de littérature, en deuil d'une épouse assez fantasque. Celle à qui il vouait un amour indéfectible s'en est allée emportant avec elle son mystère. Mariés depuis trente ans, Višnja a toujours été une épouse aimante et attentive malgré leur différence d'âge, elle n'exigeait qu'une chose, s'octroyer, une fois l'an, une semaine de liberté dont Stanislav ne saurait rien. Taraudé par la jalousie, il se plie malgré tout à ce "caprice". Seul témoin de ces escapades, le collier qui orne le cou de Višnja et dont elle ne se sépare jamais, un collier de pierres multicolores dont le nombre varie au gré de... on ne sait trop quoi.

"Parfois le professeur avait l'impression que le collier de Léontine s'était rallongé ou raccourci, que les pierres changeaient de couleur, qu'elles étaient différentes, et que chaque année, suivant une règle qui lui était propre, Léontine le recomposait."

Lorsque la mort s'en vient ravir la belle, elle laisse un Stanislav désemparé face à l'absence et à ses questionnements définitivement sans réponse. L'écriture sera sa planche de salut. Égrainant le fameux collier tel un chapelet, l'imagination le porte une dernière fois vers son épouse. Sous forme de fictions à peine déguisées, il invente pour chaque pierre un fragment de possible et, telles des perles qu'on enfile, il aligne sur le lien de son récit des fantasmes colorés qui viennent donner du sens au mystère et combler l'inconnu.

Le roman s'ouvre sur le décès du professeur trois mois après celui de sa femme Il laisse en héritage un manuscrit dans lequel se mêlent aux éléments autobiographiques de courtes nouvelles aux tonalités variées. Une pour chaque pierre qui, il n'en doute pas, a été offerte par un amant. En préambule, un petit aparté nous renseigne sur la couleur, l'origine, le symbolisme, la mythologie, les pouvoirs et les bienfaits de ces pierres semi-précieuses. A charge pour Balaban, l'assistant de recherche du professeur Dugi, de gérer cet héritage littéraire et de nous livrer une chute réjouissante !

Une couverture pour le moins originale, un sujet traité de façon inattendue, entre légèreté et fatalisme, des fictions dans la fiction, un petit traité de lithothérapie, un style tour à tour gouailleur, trivial, pudique, poétique. Un petit bijou qui s'inscrit bien dans l'originalité de la littérature balkanique moderne. Une coquette et pétillante digression qui réhabilite ce sentiment mal aimé qu'est la jalousie !

Un extrait consacré à la pierre de Lune : " (...) sous la clarté lunaire, dans ses bras, elle scintillait telle une sirène jaillie de cette mer obscure, de cet océan nocturne. (...) C'était beau, de voir le monde comme on le voit de la Lune."

Un grand bravo à l'illustratrice JULIA DASIC dont une de ses Vénus callipyges orne la couverture du roman. Je vous invite à découvrir son univers peuplé d'Odalisques, de créatures éthérées ou inquiétantes, femmes organiques ou fantastiques,  "sirènes névrosées", sur son site ICI , ainsi que quelques animations vidéos pleines de poésie  LA.   

 Autour de ton cou  Mirjana Bobić  (traduit du serbe pa S. Despot & S. Milošević-Valenti) 

Editions Xenia

Va trouver une petite place dans

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12 janvier 2012

Chut !

9782864248392Depuis plus de huit ans Mwanito, jeune orphelin de mère, grandit dans une humanité qui se résume à quelques hommes, son frère aîné Ntunzi et Zacharia Kalash, ancien militaire et homme à tout faire de Silvestre Vitalicio, ce père étrange, enfermé dans sa folie et qui a décidé un jour de s'isoler avec ses deux fils et un domestique dans une ancienne réserve de chasse. Il baptise ce lieu Jésusalem et décrète qu'ils sont les derniers survivants d'un monde ravagé par la guerre. La seule présence féminime tolérée est celle de Jezibela, ânesse de son état, et l'unique  intrusion permise est celle de l'oncle Aproximado qui vit loin du campement à l'entrée de la réserve et ramène régulièrement des denrées de "l'Autre-Côté". Usant le soir de son plus jeune fils comme d'un neuroleptique pour baillonner sa folie, le père les entraîne tous le jour dans son délire mystique et paranoïaque.

"Mille fois Ntunzi m'a rappelé pourquoi mon père m'avait élu son préféré. La raison de ce favoritisme était survenue d'un seul coup : à l'enterrement de notre mère, Silvestre ne sachant pas étrenner son veuvage se réfugia dans un coin pour éclater en sanglots. Je m'approchai alors de mon père et il s'agenouilla pour affronter la toute-petitesse de mes trois ans. Je tendis les bras et, au lieu d'essuyer son visage, je plaçai mes petites mains sur ses oreilles. Comme si je voulais le transformer en île et l'éloigner de tout ce qui avait une voix." 

Mwanito ne se souvient pas de la vie d'avant contrairement à Ntunzi qui va peu à peu ouvrir les yeux naïfs de son cadet et saisir l'arrivée inattendue dans cet univers masculin de Marta la Portugaise pour multiplier les transgressions et se rebeller contre ce père autocrate.

"Petit à petit, cela devenait clair : Ntunzi entrait en grève d'exister."

Voilà un contexte des plus foutraques, me direz-vous, et je vous vois déjà faire la grimace. Pourtant cette balade de l'étrange a quelque chose d'envoûtant et l'ambiance dans laquelle baigne ce roman est chargée d'une poésie tour à tour primitive et violente, naïve et émouvante.

Mwanito nous livre l'histoire de ces personnages déboussolés sans le tragique auquel on pourrait s'attendre. Toujours bienveillant envers ce père insaisissable et en quête des souvenirs d'une mère oubliée, nous assistons là à un très joli roman initiatique sur fond d'imaginaire africain mâtiné du mélancolique parfum de la saudade. De l'éveil à la curiosité et au savoir, passant par l'apprentissage secret de l'écriture et de la lecture, à celui des sens au travers la figure inattendue d'une femme, Mwanito réussira à surgir du néant, à s'affranchir progressivement de la tyrannie paternelle et à faire la lumière sur sa folie.

"Le voir s'escrimer ainsi dans le vide me fit de la peine. Mon père voulait enfermer le monde à l'extérieur de lui. Mais il n'y avait pas de porte avec laquelle se barricader de l'intérieur."

Allégorie de toutes les tyrannies, on pense aux dictateurs africains (ou pas), aux prédicateurs illuminés des églises évangélistes ou des sectes millénaristes qui fleurissent toujours sur le chaos des hommes, s'il dénonce implicitement tous les embrigadements, ce roman est surtout un bel hommage de son auteur à son pays et à sa double culture face aux déchirements des guerres et au difficile chemin qui mène à  l'émancipation. L'Afrique se cacherait-elle derrière toute la sagesse de Mwanito et la hardiesse de Ntunzi ?.. on l'espère.

"Personne n'a de race. Les races, dit-il, sont des uniformes que nous endossons."

En prime et en exergue des chapitres, de très belles et multiples citations.

L'avis de  AIFELLE   NADEJDA

L'accordeur de silences     Mia Couto     Editions  Métailié 

mozambique

Maputo Septembre 2010
source AFP / Sergio Costa

30 mars 2018

La cuisine totalitaire

cvt_La-cuisine-totalitaire_2826La 4ème de couverture nous apprend que l'auteur est né en 1967 à Moscou et qu'avec sa femme Olga, qui signe aussi ce livre, ils ont fait partie des derniers Russes à obtenir la nationalité est-allemande avant la réunification. On ne nous dit rien de ce qui les a poussé à s'intaller en RDA ; toujours est-il qu'ils ont fait le choix d'écrire en allemand ce drôle de bouquin qui, s'il nous parle de l'art culinaire de ces pays qui ont un jour appartenu à l'URSS, c''est avant tout l'occasion de nous glisser un mot sur l'histoire de ces anciennes républiques et d'évoquer avec humour et bienveillance les us et coutumes de leurs habitants, sans oublier de nous livrer en fin de chapitre quelques recettes du cru.

Nous découvrons ainsi l'Arménie, la Biélorussie, la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan, la Sibérie, l'Ouzbékistan, la Lettonie, le Tartastan et la Russie du sud (Tchétchénie et Caucase).

     Nous apprenons que "La pomme de terre biélorusse est la plus grosse du monde.(...) Sans oublier les centrales nucléaires biélorusses qui fournissaient de l'électricité à la moitié de l'Union soviétique. D'année en année, les pommes de terre ne cessaient de grossir, la population rayonnait ". Dans les recettes géorgiennes, les noix sont omniprésentes et le khartcho "Ce n'était pas de la soupe, c'était un poème, un poème très pimenté ! ". En Ukraine, " Les mariages ne comportent en général qu'un seul repas, mais celui-ci peut durer jusqu'à trois jours ". Au Tatarstan on cuisine les pis des vaches tandis qu'en Sibérie les baies et les champignons accompagnent viande de renne ou poisson. Les Ouzbecks carburent au thé vert (et souvent à l'huile de coton - ça c'est moi qui rajoute - que nos intestins occidentaux n'apprécient pas du tout) et pratique la transpiration intérieure lors des périodes de canicule. Quant à la Lettonie, elle a toujours une dent contre l'ancienne URSS, " La plus grande montagne du pays ne fait aujourd'hui plus que 312 mètres de haut, sûrement parce que les communistes se sont amusés à la piétiner. Seule la météo s'en est relativement bien sortie après cinquante ans d'occupation soviétique. Elle est restée stable : chaude en été, froide en hiver ". Ne pas se fier à la politesse qui caractérise les peuples de Tchétchénie et du Caucase : " Même un ami, on ne le salue pas quand il a le dos tourné, cela pourrait l'effrayer et il pourrait réagir de manière inappropriée".

Les auteurs ne pouvaient pas faire l'impasse sur les deux emblèmes nationaux russes que sont la vodka - " qui est bien souvent considérée comme un plat principal en soi " - et le caviar, objet de propagande pour l'étranger et que les Russes boudent pour les mêmes raisons que nous, à savoir son goût ou son prix, mais pas seulement. Ils préfèrent simplement les cornichons." Ils ont mangé tout le hareng et les cornichons, mais ils ont laissé le caviar ", se plaignait toujours la mère de l'auteur quand elle recevait des invités.

Un livre rassérénant, après tous les tourments slaves traversés au fils de ce mois, sympathique et drôle, à savourer comme un bon digestif !

La cuisine totalitaire    Wladimir & Olga Kaminer  (traduit de l'allemand par M. Stadler & L. Clauss)  Editions Gaïa

Dont les effluves vont embaumer

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22 mars 2018

Vous avez dit printemps ?

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1905 - Natalia Gontcharova (1881-1962 Russie)

J'aime beaucoup la peinture au style éclectique de cette femme dont vous pourrez admirer quelques oeuvres dans la vidéo ci-dessous, notamment les décors et costumes pour les Ballets russes de Diaghilev. Elle est morte à Paris où elle et son compagnon s'étaient installés en 1918.

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