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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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22 octobre 2011

L'art de faire la queue

9782743622497S'il y a une image qui symbolise l'Union Soviétique c'est bien celle des longues files d'attente devant les magasins.
Attente érigée en art car il fallait faire preuve, outre de patience, d'ingénuosité. Les gens s'organisaient, se relayaient, se gardaient mutuellement leur place, l'échangeaient, tout cela pour d'hypothétiques denrées ou produits car, bien souvent, on ne savait pas vraiment pour quoi on faisait la queue. C'était un réflexe de se glisser à la suite des autres et de s'enquérir ensuite de ce qui se vendrait peut-être.
Comme tout système, la file d'attente avait une vie. Autour s'organisait un microcosme, qui proposait du thé l'hiver ou des glaces l'été, quelques gâteaux, qui louait des pliants; certains lisaient, d'autres jouaient, des amitiés se nouaient, les rumeurs circulaient, les discussions allaient bon train, les engueulades aussi... et la milice veillait.

C'est ainsi qu'Anna et Sergueï apprennent qu'un célèbre compositeur dissident est invité à donner un concert exceptionnel dans ce pays qu'il a quitté cinquante ans plus tôt. Trois cents places sont mises en vente, un seul billet par personne sera accordé. Pendant une année entière la vie de ce couple va tourner autour de l'attente de cette mise en vente mille fois reportée. Mais chacun a de bonnes raisons d'obtenir ce fameux ticket.
Sergueï, fonctionnaire musicien frustré, s'estime de droit seul digne d'assister à cet événement. Pour sa part, Anna pense offrir la place à sa mère, vieille femme muette qui vit chez le couple. Ancienne danseuse des célèbres ballets russes, elle a connu la gloire, la vie à l'Ouest, l'amour. Tout fut ballayé par la Révolution, elle renonça à ses rêves et s'enferma dans un silence quasi total.
De son côté Alexandre, le fils adolescent, relaie ses parents dans la file d'attente avant de trouver quelques avantages aux rencontres insolites qu'il y fait, lui ouvrant d'autres horizons que le lycée et l'université...

Inspiré d'un fait réel, en 1962 Stravinsky fut invité par Khrouchtev a donné plusieurs concerts en URSS après quarante-huit années passées hors du sol natal, ce roman est l'occasion de remouer avec Olga Grushin que j'ai découverte avec La vie rêvée de Soukhanov. Délaissant le monde des apparatchiks pour celui des petits fonctionnaires du peuple, on retrouve une trame assez similaire à celle de son premier roman, à savoir un homme glissant inéxorablement vers le changement au détour d'un événement presqu'anodin, la peinture passant ici le relai à la musiquee. 
Cette petite déception mise à part, l'histoire n'en est pas moins originale, puisqu'elle plonge le lecteur dans le quotidien d'une famille soviétique dont l'obtention du billet de concert vire à l'obsession au point de leur faire perdre tout bon sens, à moins qu'ils ne se révèlent à eux-mêmes... Entre mille et une astuces dont font preuve les habitants pour vivre malgré rationnement et tracasseries administratives, on entre dans l'intimité des appartements exigus et vétustes où s'entassent plusieurs générations, chacun dissimulant ses souvenirs du temps d'avant ou ses rêves d'un hypothétique ailleurs. Solitude et incommunicabilité au sein de la famille côtoient allégrement les relations qui s'instaurent autour du kiosque, véritable phare de ce roman, où se retrouvent des personnages portés par leur amour de la musique et où tout un chacun s'échaffaude un espace d'espoir.

Même si l'effet de surprise n'est pas aussi jouissif que la première fois, j'ai poursuivi avec plaisir ma découverte de l'univers littéraire d'Olga Grushin placé indéniablement sous le signe des arts et du rêve.  En définitive, tout ce qui sauve les hommes...

"Allant et venant au travers de son sommeil, comme une aiguille d'argent racommodant vivement le tissu de l'obscurité, la voix cousait les heures ensemble, unissant d'une couture invisible ses histoires à ses propres rêves, ses propres pensées, de sorte qu'il se réveillait souvent la tête envahie d'un flot bourdonnant de visions, en se demandant s'il les avait bien toutes conçues lui-même - sirènes sirotant des boissons mousseuses dans de délicates petites tasses à des terrasses de cafés, cachant leur queue sous des jupes plissées à la coupe complexe; chansons extraites à l'aide d'une cuiller spéciale, incurvée, des spires rosées de coquillages vendus dans des marchés dissimulés au fond des ruelles; poissons rouges languides progressant dans des membres de mannequins de verre aux vitrines luxueuses de quelque grande ville - cette ville lointaine, fantastique, fantasmagorique que la voix hantait toujours, quand elle s'infiltrait dans ses nuits par les fissures les plus infimes."

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 que je remercie pour ce partenariat.

 

Le Kiosque     Olga Grushin      Editions  Rivages

 

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9 octobre 2011

En Bretagne il y a ...

Des troquets étranges

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Les serveuses y sont un peu différentes

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On y croise de drôles de personnages

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Passée une certaine heure
on aperçoit même d'étranges créatures

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Et on y mange délicieusement bien

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Si vous ne me croyez pas
suivez Guy La Serpe et Naphtaline
et poussez la porte de

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Dans les bistrots bretons, la réalité est parfois très proche de la fiction...
Ils sont tellement merveilleux que c'est dans l'un d'eux
que j'ai trouvé ce livre délirant.

Les Bistrots Merveilleux  Marc Le Rest & Cristian Esculier  Editions Terre de Brume

 

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29 décembre 2011

Décroissance... radicale

9782757811610Pour clore ma série "regardons les choses en face", j'achève cette année avec un bouquin que tout le monde ou presque a dû lire ou commenter. Je saute donc un énième résumé.

Alors, vais-je faire ma caractérielle anti-américaniste primaire ? Un petit peu... même si dans l'ensemble j'ai plutôt appprécié le style minimaliste qui colle parfaitement au contexte et la brièveté du récit dont l'action, survivre ou plutôt sousvivre, est déjà bien assez redondante.  Métaphore biblique un peu lourdingue, apocalypse, le bien le mal, les gentils les méchants, cannibalisme (léger, merci à l'auteur), caddisme et cocacolisme, ça fait beaucoup...  sans compter la fin euh... très américaine, limite happy end, qui m'a moyennement convaincue. Tant qu'il y a de la vie, y'a de l'espoir paraît-il. Etant du genre plutôt pessimiste, j'en doute.

 On pourrait tirer son chapeau à ce type qui se la joue Sisyphe dans le grand rien qui l'entoure. Je ne suis pas assez bio-addicte pour ça... surtout quand le cirque dure depuis trop longtemps. Ce livre aura le mérite de mettre le lecteur face à la question du suicide et, pour celles et ceux qui ont opté pour la descendance, il offre une belle digression sur la transmission.

"Question : Quelle différence y a-t-il entre ne sera jamais et n'a jamais été ?"

Si on arrête de se prendre pour le centre de tout, on parle de la fin D'UN monde, mais pas de la fin DU monde. J'ai tendance à considérer l'Homme comme un accident de la nature, comme toute espèce il sera de toute façon amené à disparaître. Et au regard de l'état où il laissera les lieux à la fin de son bail, j'en arriverais presque à dire que le plus tôt sera sans doute le mieux... Mais la Terre s'en remettra et continuera de tourner sans nous, heureusement.

Une note de poésie pour m'excuser des ces propos si biologiquement incorrects.

 

La route     Cormac McCarthy      Editions Points

 

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16 septembre 2011

Tout l'monde descend !

9782742799091Après quelques années passées à Rome, L. prend le train en compagnie de son jeune fils afin de rejoindre en Bretagne son amie d'enfance qu'elle m'a pas revue depuis vingt ans. Inévitablement, les souvenirs défilent derrière les vitres.

"Emmanuelle les attendrait à vingt et une heure sur le quai de la gare de Chateaulin. Si le temps le permettait, au cours du week-end ils passeraient une nuit dans la presqu'île de Crozon. Emmanuelle avait hérité du penty de ses grands-parents, une maison longue et basse au bord d'une falaise envahie par la bruyère et le vent, où les deux amies, à l'âge de neuf ans, avaient passé un mois de vacances, l'été."

Si c'est pas tentant tout ça ! J'aime beaucoup Chateaulin et les bords de l'Aulne, et le cap de la Chèvre, sans les touristes, c'est divin. Je me délectais donc de la suite et des turpides dans lesquelles les deux gamines allaient m'entraîner. 

Euh... seulement voilà, j'ai dû me tromper de train, rater la correspondance, oublier de composter mon billet, que sais-je encore ? Jamais lecture aussi courte (140 pages au format vertical, ce qui doit faire 80 en format poche, voire moins) ne m'a semblé si laborieuse.
Je suis restée totalement hermétique aux réminiscences du passé qu'évoque la narratrice, à sa rupture amoureuse, au devenir d'Emmanuelle. Et j'ai eu beau retourner tout le wagon, j'ai peiné à mettre la main sur la nostalgie qui habituellement va de pair avec ce genre littéraire. J'attends encore des nouvelles des retrouvailles entre copines et la scène de meurtre qui ouvre le roman ne m'a même pas fait tirer le signal d'alarme, pourtant c'est pas l'envie qui me manquait de descendre en marche...

J'aurais mieux fait de rester sur le quai ou de prendre le train d'avant, il paraît que le roman précédent semblait plus réussi. Bref, que l'auteur me pardonne, ce fut un voyage ennuyeux, sans émotion et qui n'encombrera guère ma mémoire.

Voilà, c'était ma piètre contribution à la rentrée littéraire !

Inverno     Hélène Frappat     Editions Actes Sud collection Un endroit où ne pas aller

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30 avril 2011

Ce n'était pas gagné

9782081222809Voici un livre que l'on m'a offert pour son titre, titre qui résume joliment ce à quoi se confrontent les personnages de ce roman puisqu'ils "vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre".

Je n'épiloguerai pas ici sur les interprétations possibles qui ont poussé mes anciens collègues à le choisir. Je ne sais encore si eux comme moi avons perdu beaucoup à mon départ, mais ce qui est sûr c'est que le cadre de ce roman ne m'aurait pas spontanément attirée, contrairement à la très belle couverture. Quand je vous aurai dit qu'il y est pas mal question de football, vous comprendrez mon scepticisme...

Sylvia, jeune ado de 16 ans, vit à Madrid chez son père Lorenzo. Plutôt mature, tout en continuant le lycée, elle s'occupe du quotidien face à ce père qui, au chômage et dépressif depuis que sa femme l'a quitté, peine à donner le change. Elle n'en garde pas moins  les préoccupations de son âge. Pendant que sa fille se demande qui lui ravira sa virginité et l'enverra au septième ciel, pour Lorenzo c'est la descente aux enfers quand il tue son ancien ami et patron lors d'un cambriolage vengeur qui tourne mal.

"Lorenzo s'est enfui avec les yeux gris de Paco cloués dans les siens. Ce n'est pas facile de tuer un homme qu'on connaît, de se battre avec lui. C'est sale. Ca tient du suicide, de sa propre mort, on tue quelque chose de soi, tout ce qui a été partagé."

Tout ne va pas pour le mieux non plus pour les parents de Lorenzo. Alors que la santé de la mère se dégrade, le père, Léandro, ancien professeur de piano respectable, est saisi du démon de midi à 73 ans et dilapide les biens familiaux auprès de prostituées.

Une nuit, Sylvia se fait renverser par un bolide conduit par un jeune et séduisant joueur de foot argentin, Ariel, recruté depuis peu par le club madrilène pour son talentueux coup de pied. Elle s'en sort avec une jambe cassée et une idylle improbable naît entre les deux jeunes gens.

Si j'ai douté pouvoir arriver au terme de ce livre de 445 pages, mes craintes se sont envolées à mon insu malgré les intrusions fréquentes sur les terrains de foot et les tribulations sexuelles d'un Leandro souvent pathétique. C'était sans compter sur le talent de l'auteur qui distille subtilement la progression de son intrigue, donnant alternativement voix aux quatre protagonistes, et sur laquelle vient se greffer  une multitude de personnages secondaires à la fragilité émouvante. Il nous sert sur un plateau un roman social et réaliste où un modernisme plutôt noir se dispute à une nostalgie sépia.

Exit le mélo, la jeunesse des uns fait la nique à la solitude des autres mais les générations en devenir font preuve d'une lucidité que préfèrent estomper leurs aînés, tout occupés qu'ils sont à colmater les désillusions de leurs vies. Roman du désir et de l'argent qui mènent les personnages par le bout du nez entre nécessité et culpabilité, les hommes n'y ont pas le beau rôle. Déboussolés, ils tentent maladroitement de s'adapter à la force des femmes. Le footballeur Ariel est à l'opposé des clichés habituels et réussit même à s'attirer la sympathie du lecteur (en l'occurrence la mienne, un exploit...), l'auteur dénonçant la marchandisation des sportifs.

"Le désir travaille comme le vent. Sans effort apparent. Voiles déployées, il file à une vitesse folle. Portes et volets clos, il cogne en quête de brèches ou de rainures pour s'infiltrer. Le désir associé à un objet nous condanne à lui. Mais il peut prendre une autre forme, abstraite, déconcertante, qui nous enveloppe comme un état d'âme et annonce que nous sommes prêts. Il nous reste alors juste à attendre, toutes voiles dehors, qu'il souffle vers nous. C'est le désir de désirer."

Au final un grand brassage sociétal balayant large, du sport ultra médiatisé à la prostitution (la frontière est parfois ténue), de l'émigration clandestine au chômage en passant par le luxe et la précarité érigés en art de vivre, tout nous parle de la fugacité des choses, de la fatalité et du hasard, de l'amour et de la mort. Un brillant instantané de l'Espagne de ce début de siècle où chacun, les nantis comme les moins bien lotis, perd sa vie à la gagner, à moins que ce ne soit l'inverse... N'attendez pas de happy end, la réalité tout simplement.

"Le professeur de mathématiques développe sur le tableau un problème de vecteurs. Le début du cours a été magnifique, la passion intacte après de années d'enseignement. Tout est mathématiques, leur a-t-il dit. Quand vous achetez, quand vous vendez, quand vous grandissez, quand vous vieillissez, quand vous partez de chez vos parents, quand vous trouvez un travail, quand vous tombez amoureux, quand vous écoutez une chanson inconnue, tout est mathématiques. La vie est mathématiques, additions et soustractions, divisions, multiplications, si vous comprenez les mathématiques vous comprendrez un peu mieux la vie."

 Savoir perdre     David Trueba      Editions  Flammarion

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25 août 2011

Casse-tête balkanique

9782742770328Au risque de vous lasser , mais j'assume, je poursuis ma balade littéraire balkanique. Cette fois, c'est du côté de Dubrovnik que ma lecture m'entraîne.
Le livre s'ouvre en 2002 sur le décès de Regina, à quatre-vingt dix-sept ans, alors qu'elle a sombré dans la folie depuis quelques mois et qu'elle rend impossible la vie de sa fille Diana et de ses petits enfants.

Le lieu : Dubrovnik donc, principal théâtre de l'intrigue, même si c'est aux quatre coins d'un territoire pris, tour à tour, dans les remous de l'Autriche-Hongrie et de l'empire ottoman puis dans les découpages et redécoupages géopolitiques du XXe siècle, que se réroule cette remontée dans le temps jusqu'à 1905.
Les acteurs : cinq générations de personnages marqués par la violence, l'amour, l'absurde, pour comprendre ce qui a forgé le caractère de Regina et de quoi se nourrit la folie furieuse qui la frappe soudain et si tardivement.

"Cet après-midi-là, les femmes se comportèrent de façon particulièrement odieuse avec leur mari, les jeunes filles s'enfermèrent dans leur chambre et, la tête sous l'édredon, pleurèrent amèrement en espérant s'étouffer. Ce soir-là, aucun des maris qui habitaient le long du trajet menant de la maison des Sikiric à l'hôpital n'eut à dîner. Cette nuit-là, aucun enfant ne fut conçu. Les hommes de la ville étaient stupéfaits. Seuls ceux qui cachaient la honteuse graine de l'homosexualité savaient de quoi il s'agissait. Quant aux femmes, elles avaient trouvé un motif commun, qu'elles n'exprimeraient jamais, pour alimenter la jalousie et la haine qui allaient accompagner l'ombre de Regina jusqu'à sa mort."

 Foisonnant, baroque, tragique et extravagant à la fois, ce roman est impossible à résumer tant il y a de personnages et de destins qui s'entrecroisent. Enrichis des diverses cultures et religions qui composent la mosaïque balkanique, naissent alors un style mouvementé et un imaginaire violent, pulsionnel, parfois cru, et qui n'est pas, par certains aspects, sans rappeler Cent ans de solitude.

"Il vaut mieux ne pas avoir affaire aux fous et nous autres, nous sommes fous, nous n'arrivons pas à vivre avec nous-mêmes, alors avec les autres, encore moins."

Tout à la fois fresque historique et saga familiale, c'est aussi le roman de la honte et de la culpabilité qui s'enracinent dans l'esprit d'une femme pourtant née sous d'heureux auspices. Pour le comprendre, il vous faudra plonger dans cette histoire qui s'ouvre sur le chapitre XV et remonter le temps jusqu'au chapitre I qui baigne dans une étonnante douceur et nous dévoile enfin le pourquoi du titre . Le début est un peu destabilisant, aussi rien ne vous  empêche de commencer par la fin (mais ça serait vraiment dommage), sachez alors seulement que les apparences sont souvent trompeuses !

"La conscience s'avère un bon révélateur face à la mort. Meilleur que les larmes et que n'importe quelle douleur, exprimée ou non. Les vivants nourrissent un sentiment de culpabilité envers les morts et c'est lui seul qui les relie au monde des ombres. Ce sentiment de culpabilité, les morts le lèguent à leurs enfants et, s'ils deviennent adultes, c'est grâce à lui. S'il n'y a pas de culpabilité, c'est qu'il n'y a eu ni père ni mère. (...) Le jour où son père mourut, elle n'avait pas encore vingt ans et elle reçut en son âme une peine lourde et difficile à porter, d'après laquelle on reconnaît le véritable, l'authentique malheur. Mais la noblesse du malheur tient à la façon dont on le porte tout au long de la vie."

La richesse et le lourd passé de la Yougoslavie  font éclore de biens beaux romans sous la plume de ses auteurs. Qu'ils soient croates, serbes, bosniaques, ils ont tous une griffe balkanique inimitable au bout de laquelle pointe une autodérision salvatrice.

Le Palais en noyer     Miljenko Jergovic     Editions  Actes Sud

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(timbre croate 2010) 

9 août 2011

Un doux dilettante

9782742795314Villa Maranese, sur les bords du lac de Côme,  propriété de la fondation Rockfeller.
Hors du temps, des tourments du monde et de ses contingences matérielles, ce lieu accueille en résidence scientifiques, universitaires et artistes de tous pays, afin de leur permettre de mener à bien leurs travaux. C'est  là qu'un matin le narrateur se réveille avec une sacrée gueule de bois. Après une soirée bien arrosée, il a quitté la veille son ex-pays, la Yougoslavie, en plein éclatement, pour se retrouver dans ce décor magique avec pour vague projet d'écrire un roman. Très vague car, mis à part boire plus que sérieusement, ce jeune serbe aborde la vie en dilettante y compris l'écriture, activité à laquelle il s'adonne mollement sans aucune intention d'être un jour publié. Fidèle à lui-même, pendant que grosses têtes et petits génies triment comme de bons élèves, lui compte bien s'octroyer une parenthèse de farniente aux frais de la princesse d'autant plus que cave et buffet sont à volonté...

" J'ai passé tout l'après-midi seul dans mon bureau.
Je n'avais aucun projet.
Je n'avais pas de désir.
Je me sentais bien.
Je regardais par la fenêtre.
Je lisais."

 Après quelques premiers jours apathiques passés à donner le change à ses hôtes et autres invités, à explorer le domaine de la colline Tragedia où trônent les villas de la fondation et à sonder la carte des vins et alcools, le narrateur va élargir son champ d'action et, tels des cercles concentriques, s'éloigner du cocon pour partir à la découverte du village de Bellagio (et de ses bars, forcément) puis de la campagne et des montagnes environnantes pour finir par rejoindre la richissime ville de Côme.

"Je n'avais d'ailleurs rien d'autre à faire, et j'ai toujours aimé ça, n'avoir rien à faire."

Heureux homme ! Quel luxe  ! Mais ne nous y trompons pas, ses journées ainsi que ses soirées seront bien vite remplies. Car même s'il noue des relations privilégiées avec les serveurs de la fondation qui deviennent rapidement ses complices lui permettant d'échapper à certaines obligations ennuyeuses, notre écrivain n'en dédaigne pas moins les échanges avec les autres résidents, échanges parfois moqueurs, souvent tendres comme avec M. Sommerman et sa femme Mme Rosemary. Mais c'est encore avec les villageois, représentants de la vraie vie et plus proches de son monde, qu'il se sentira le plus à l'aise et entretiendra des relations pleines d'émotions.

 Hymne à la contemplation de cet environnement idyllique, la nature occupe une place de choix dans le roman. La rencontre au sommet du mont San Primo, à l'initiative de M. Sommerman trop âgé lui-même pour  en faire l'ascension, est un des moments magiques qui croisent la vie de notre héros. Et certaines de ses réflexions botaniques sont savoureuses.

"J'ai demandé s'il allait falloir abattre celui-ci et ils m'ont dit qu'ils n'en étaient pas sûrs, peut-être pas encore. Alors, le châtaignier va d'abord se faire soigner, me suis-je dit. Puis les médecins sont montés dans leur camionnette et sont repartis. Sur la portière du véhicule, on pouvait voir une grande image d'un arbre et une inscription en petites lettres, en italien. C'était une sorte d'ambulance forestière. Je suis resté un moment à côté de cet arbre, ce n'est jamais facile quand on est malade de se retrouver seul. On aurait dû planter un autre arbre à côté de celui-ci, pour lui tenir compagnie. Une petite mésange s'est posée sur une branche, je pouvais partir."

Passées les soixante-dix premières pages peu palpitantes, que l'on peut voir comme un exercice d'entraînement pour le personnage qui peine à trouver sa place dans cet univers surfait, faisant fi des masques la personnalité décalée de ce jeune serbe plein d'humanité éclate enfin et nous entraîne ensuite dans un jeu de ping-pong entre le dehors et le dedans, les nantis et les petites gens, pour donner au final une très belle galerie de portraits entre satire et véracité.
Le lecteur ne boude pas son plaisir et le narrateur, car il lui faudra bien retrouver la tourmente, repartira avec dans ses valises une bonne dose d'espoir et de quoi, sans doute, en tirer un roman succulent plein d'inventivité.

Décidément, la littérature de l'ex-Yougoslavie n'en finit pas de me séduire.

 Côme     Srdjan  Valjarevic     Editions  Actes Sud

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copyright Ramon Arambarri

22 septembre 2011

Ballade pour Yllka

cafedyllkaAprès quinze ans passés en Allemagne, Emina revient à Skopje dans sa famille maternelle.
A l'âge des premiers émois amoureux lorsqu'éclata la guerre en Bosnie, elle vit son père partir rejoindre les combattants et sa vie basculer le jour où il lui fallut quitter sa maison. Commença alors un périple qui la mena d'abord à Sarajevo puis en Croatie et enfin en Allemagne.
Si Emina et son petit frère arrivèrent sains et saufs chez des cousins d'Yllka en Allemagne, celle-ci ne les rejoignit pas et ses enfants ne surent jamais ce qu'il advint de leur mère restée à Sarajevo pour attendre son mari. 

"Le bras de sa mère soulève la petite casserole de cuivre où elle fait le café du matin. Elle voit l'avant-bras sortir de la manche brodée qui retombe... Lisse, doux, si doux. Et puis, plus rien. Seule l'odeur du café lui revient. Le reste a disparu. Gommé, évanoui... Des tonnes d'heures l'ont ensevelie de poussière. Des minutes, des secondes qui s'émiettent sans fin... Et la voix retentit parfois depuis le fond de la nuit, là où des arbres s'égouttent sous une pluie d'été. La voix d'Yllka, sa mère... A-t-elle cessé d'appeler sa fille ? Elle entrevoit un pan de sa robe lilas. Une vision qui s'attarde dans un jardin mouillé... Parce qu'au-delà de sa mémoire, Yllka fait peut-être encore le café du matin dans une cuisine quelque part à la surface de cette terre..."

Je vous invite à découvrir, si ce n'est déjà fait, une écriture toute en délicatesse, celle de Cécile Oumhani qui, partant d'un visage croisé dans un aéroport "l'ombre d'une tragédie logée au fond des yeux", a su décliner une variation pudique sur la guerre et les déchirements propres à l'exil. Un thème auquel s'associent les inévitables interrogations liées au sort des disparus, au travail de deuil, au retour sur les lieux de souffrance à la recherche de la mémoire. Retour redouté, questionnements sans réponse, fragilité des souvenirs d'enfance, c'est à l'odeur du café que sa mère préparait que s'accroche Emina dans un improbable espoir de la retrouver.

Les petits arrangements que passent les enfants avec l'absence et la violence sont particulièrement émouvants et sont autant de petites notes de sensibilité auxquelles le lecteur se cramponne avec eux afin de faire face à la tragédie. Le pire n'est jamais loin mais toujours suggéré avec sobriété.
Un petit livre de 124 pages que j'ai refermé la gorge nouée.

Le café d'Yllka      Cécile Oumhani     Editions Elyzad  

 

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Cimetière de Sarajevo
Source http://www.paixbalkans.org

13 juin 2011

Verba volant, scripta manent

69tiroirsOn a coutume de dire que la lecture est une activité solitaire. Rien n'est moins sûr...
Adam Lozanitch, étudiant en lettres et correcteur à ses heures, se plonge dans la lecture de "Ma Fondation", ouvrage publié à compte d'auteur en 1936 par un certain Anastase Branitza. Pour une somme mirobolante, un homme propose à Adam d'apporter des corrections conséquentes à l'ouvrage. Soulever la couverture de maroquin rouge va s'apparenter à une originale traversée du miroir et confirmer l'étrange sensation qui envahie le jeune homme depuis quelques temps.

"Depuis un an, en lisant, il lui semblait parfois rencontrer d'autres lecteurs. De temps en temps, peu souvent, mais toujours plus nettement, il se rappelait ces autres personnes, pour la plus part inconnues, qui lisaient en même temps le même livre que lui. (...), il arrivait à la conclusion que sa personnalité vacillait dangeureusement à l'extrême limite de la raison. Ou n'était-ce qu'une illusion due à un excès de littérature et à une carence de vie ?"

Cette fois encore, Adam s'aperçoit qu'il n'est pas seul à lire "Ma Fondation", livre pour le moins étrange puisqu'aucun personnage ne l'habite, qu'aucune intrigue ne s'y déroule. En effet, ce n'est, qu'une suite de descriptions minutieuses d'un domaine somptueux, de la villa qui y trône et de son riche mobilier.
Dans ce décor improbable, Adam va croiser une kyrielle de personnages qui ont tous plus ou moins à voir avec le fantasque Anastase. Au premier rang desquels la très attendrissante Natalia Dimitriévitch, fille de libraire qui, en son temps, a réussi à sauvegarder quelques exemplaires de "Ma Fondation". C'est aujourd'hui une vieille dame excentrique qui entretient un rapport fusionnel non seulement avec son passé - "Il me manque un souvenir... Je ne retrouve plus un souvenir de mon père... Comment ai-je pu, mon Dieu, comment ai-je pu l'égarer ?" -  mais aussi avec la lecture. D'ailleurs, elle vient d'embaucher la jeune Iélina pour l'assister dans son activité de prédilection. Mais Iélina n'est-elle pas justement cette jolie fille qu'Adam a aperçue un peu plus tôt dans la réalité ? 

"Natalia Dimitriévitch ayant prescrit que l'on devait alimenter le poêle de la bibliothèque le matin, le midi et le soir, on s'affairait autour du feu, on descendait à la cave chercher des bûches déposées là depuis longtemps, et l'on sortait jeter les cendres de la veille. Les jours de gel, la vieille dame vérifiait elle-même si chaque livre était bien enveloppé de sa jaquette ou remis dans son coffret de protection, si aucun signet ne dépassait...
- L'an dernier, un recueil de nouvelles a échappé à mon attention et quand je l'ai ouvert au printemps, je n'en revenais pas, il avait une extinction de voix, se plaignait-elle."

Les déambulations livresques d'Adam et de ses comparses vont nous livrer l'histoire tragique mais fabuleuse d'Anastase Branitza. Mais pas seulement. Car, roman à tiroirs par excellence, c'est aussi à un voyage dans l'histoire de Belgrade auquel nous convie Goran Petrovic. D'une plume alliant humour, poésie et merveilleux, il nous offre une fantastique ode à la mémoire, à la transmission et donc inévitablement aux livres. C'est également l'occasion, mais en doutons-nous, de nous rappeler que les livres sont de grands magiciens. Outre les voyages multiples dans lesquels ils vous embarquent, ils scandent sans doute les événements de votre vie, mais surtout ils peuvent se révéler de précieux magiciens de l'âme, quand ils ne vous changent pas radicalement.

Lorsque l'imaginaire chevauche si talentueusement la réalité, ne nous en privons pas.

" Un secrétaire en bois de rose et de citronnier. Il est vrai que vous n'allez peut-être pas le comprendre d'emblée, car il s'agit d'un vrai labyrinthe de compartiments secrets. Mais, si l'on ouvre chacun des soixante-neuf petits tiroirs dans l'ordre voulu, le double fond du soixante-dixième donne aussitôt sur un espace sans fin."

Un livre que l'on se doit de lire !

Soixante-neuf tiroirs      Goran Petrovic      Editions   Le Serpent à Plumes

tiroirs

 

22 mai 2011

Bijou cailloux

9782265092570Elsa Préau, institutrice et directrice d'école à la retraite, revient vivre en région parisienne après avoir passé une dizaine d'années dans le sud. Elle réintègre son pavillon meulière qui, tel un vestige du passé, persiste à témoigner de ce que fut ce coin de banlieue en pleine restructuration. Caché derrière de hautes haies, le jardin devient vite le refuge des chats errants et, depuis l'étage, les fenêtres sont un magnifique poste d'observation pour cette vieille dame un brin fantasque et solitaire.

"Le dimanche était un terrible jour. Les enfants ne revenaient pas de l'école en chantonnant sur le trottoir, le facteur ne circulait plus en faisant teinter* la sonnette de son vélo, le ballet des camions-bennes et tracto-pelles travaillant sur des chantiers avoisinants cessait brutalement, les vitres de la maison de Mme Préau ne vibraient plus à leur passage, la rue était déserte, le quartier comme siphonné de toute clameur, pas même un matou borgne pour traverser en fraude le jardin couvert de rosée, le silence épaississait jusqu'à l'insoutenable.
Alors Mme Préau regardait chez ses voisins."

Fort de son expérience auprès des enfants, Elsa ne tarde pas à détecter que quelque chose ne tourne pas rond dans le comportement d'un des garçons de ses voisins. Contrairement à son frère et à sa soeur plus jeunes il ne joue pas, se contentant seulement de manipuler quelques brindilles et cailloux, il a un air malingre et négligé et ne communique pas avec les autres.

Tout en continuant son petit trin-trin quotidien, entre visites de son fils et de sa femme de ménage, Elsa va mener sa petite enquête d'autant plus que les bizarreries se multiplient... 

Je n'en dirai pas plus. Je vous laisse vous perdre dans les méandres de la vie d'Elsa, entre cauchemar ou réalité. L'auteur vous trimballera par le bout du nez distillant çà et là, et de façon désordonnée, des indices qui vous éclairent pour mieux vous faire douter l'instant d'après.

Décidément les vieilles dames indignes ont le vent en poupe et leur fréquentation est jubilatoire !

Allez traîner dans La Ruelle Bleue  pour faire davantage connaissance avec Elsa, vous ne le regretterez pas.

(* Il y a du laisser-aller chez les correcteurs, "tinter" aurait été plus approprié...)  

L'enfant aux cailloux      Sophie Loubière      Editions Fleuve Noir

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14 septembre 2011

Mise en boîte

9782916589282La famille Tot se met en quatre pour recevoir le commandant Varro sous les ordres duquel leur fils Gyula combat sur le front russe.
Le militaire ayant les nerfs fragiles, toute contrariété doit lui être évitée pendant le séjour qui, s'il lui donne entière satisfaction, verra sans doute le sort de Gyula s'améliorer et ce dernier bénéficier de quelques privilèges non négligeables en ces temps de guerre. Mr et Mme Tot vont voir leur vie chamboulée, renier tous leurs principes, ramper devant l'imprévisible Varro, accepter  ses lubies les plus loufoques.

Sauf que.... entre chaque chapitre nous viennent des nouvelles du front. On apprend très vite que Guyla est mort. Un facteur délicat, voulant épargner la douleur des parents Tot, subtilise le courrier qui annonce son décès et le jette au puits.

 Moins connu que Ionesco ou Beckett, l'auteur a pourtant sa place dans la littérature et le théâtre de l'absurde. Car nous sommes ici dans le grotesque le plus complet. Que le lecteur soit détenteur d'une réalité que les personnages ignorent renforce le ridicule des situations auxquelles se plient les Tot, comme la fabrication des fameuses boîtes.

"- Et qu'est-ce que vous faîtes ?
- Le soir, comme ça, quand il n'y a rien de mieux à faire, on fait des boîtes.
Les yeux du commandant brillèrent.
- Des boîtes ? répéta-t-il. Mais c'est fichtrement intéressant ! s'écria-t-il. De quelles boîtes s'agit-il ?"

Métaphore d'une vaine servilité et de l'abnégation de l'être humain face au pouvoir, cette brève farce recule les limites de l'acceptable jusqu'à l'issue inévitable. La transgression, la révolte, la folie ou la mort ?  La réponse dans une fin surprenante de dignité !
Istvan Örkény est né en Hongrie et fut victime de la censure pour avoir participé à la révolution de 1956. 

"Rompu de fatigue, il regardait fixement devant lui. Il déroula le souvenir du jour précédent et, s'imaginant les jours à venir, dit d'un air sombre :
- Ca va mal finir, Mariska, je le crains."

Les Boîtes      Istvan  Örkény      Editions  Cambourakis  

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12 mai 2011

Au bord du vide

9782742796779Une maison au bord d'une falaise qui menace de s'effondrer à tout instant, une mère aux nerfs fragiles et à la main leste, un père souvent absent, un pépé canne à pêche et une mémé gâteaux, un bon copain, un vélo et des zéros à l'école. On a l'impression d'avoir déjà lu ça une centaine de fois, mais quand l'auteur s'appelle Claudie Gallay on s'embarque sans hésitation pour la cent unième.

 D'un côté il y a des saveurs de tartines de pain beurrées couvertes de copeaux de chocolat, des séjours chez les grands-parents comme des petites percées de paradis quand ça tangue trop chez les parents, des courses à vélo dans la campagne ou la joie d'un voyage à la mer, de l'autre le sentiment de ne pas compter, que la vie peut ressembler à un château de sable, le corps qui parle quand les mots manquent... Bref, une histoire simple aux effluves de parfums d'enfance mêlés, les plus doux comme les plus amers.

"Je prends une feuille dans le tas et je fais un dessin. Quand j'ai fini, je lui montre.
- C'est une montagne ? il demande.
- C'est là-bas que je veux aller quand je serai grand, quand j'en aurai fini avec ici.
Il pose le dessin bien à plat sur le bureau et il le regarde attentivement. Il secoue un peu la tête.
- Dans ton dessin, il n'y a personne, pas de maisons, pas de routes. Où habitent les gens ?
- Il n'y en a pas, je dis. C'est que du silence.
Le silence, c'est quelque chose de grand, de rond, on peut s'enfoncer. Je lui montre avec mes mains. Je n'ai pas besoin de mots. Il comprend. Il note dans son cahier.
- C'est tout pour aujourd'hui, il dit, on a bien travaillé." 

Laissez-vous toucher par ce petit héros pris dans les bourrasques des adultes et qui, tel un funambule, se balade sur la corde raide des émotions et tente tant bien que mal de conserver son équilibre tandis qu'autour de lui le monde s'écroule.
Entre nostalgie et mélancolie, ce livre résonnera chez ceux qui ont encore un peu mal à leur enfance mais qui gardent au fond d'eux quelques instants magiques qui leur ont donné la force de grandir.

Les années cerises      Claudie  Gallay     Editions Babel Actes Sud

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3 septembre 2011

Salade de livres

c075zivkovicE_v2bouquineuseLes uns grignotent du chocolat en bouquinant, d'autres sirotent un thé ou un café, certains cumulent et complètent le rituel en allumant une cigarette - ajoutez un chat qui ronronne pas loin et vous saurez comment j'aime lire...  Mlle Tamara, son truc c'est de manger des pommes minutieusement préparées à l'heure sacrée de la lecture, chaque bouchée devant durer le temps d'une page...
Le jour où elle s'aperçoit qu'elle a avalé son morceau de fruit alors qu'il lui reste encore deux paragraphes avant la fin de la page, la belle mécanique s'enraye, son quotidien bascule... de l'autre côté des livres.

"Si elle tournait la feuille, si elle passait à la page suivante... elle mourrait.
(...) Bien que rien de semblable ne lui eût jamais auparavant effleuré l'esprit, Mlle Tamara ne songea même pas à mettre en doute le pressentiment de la mort qui la guettait si elle poursuivait sa lecture. Cela lui semblait indiscutable et certain."

A partir de là, Mlle Tamara va commencer à travailler du chapeau. Elle va abandonner les pommes pour les citrons, puis les citrons pour les mûres et ainsi de suite. Parallèlement de curieux événements se produisent, des lettres s'échappent, des mots disparaissent, des livres se vident de leur contenu, d'étranges coïncidences se produisent et de mystérieuses rencontres ont lieu.

Voilà encore un bel exemple de l'originalité qui nous vient des Balkans.
Un délicieux méli-mélo de fruits et de saynètes pour aborder avec légèreté quelques angoisses qui, j'en suis certaine, traversent un jour ou l'autre les amoureux des livres, la vue qui baisse, la mémoire qui flanche, l'isolement etc...

"Elle venait de porter une nouvelle tranche à sa bouche, les yeux dirigés vers l'étagère de livres accrochée au mur en face de la fenêtre, lorsque surgit une autre question étrange. Quel serait le dernier livre qu'elle lirait ?
Qu'étaient donc ses pensées qui lui venaient à l'esprit ? Il était encore plus difficile de répondre à cette question. Se souvenir de son premier livre n'était peut-être pas impossible, mais savoir quel serait le dernier était inconcevable."

Pfff va falloir que je me penche sur ce problème qui ne m'avait encore jamais traversé l'esprit !
Mais rassurez-vous, Mlle Tamara a des solutions à tout et vous prouve que, loin de vous enfermer dans la solitude, la lecture vous ouvre des horizons infinis vers les autres.
Entre réalité et merveilleux, une petite fable farfelue se cache sous la couverture un brin surréaliste. Les livres nous montent parfois à la tête, c'est certain. Et ils ont une vie en dehors de leurs lecteurs...

La bouquineuse      Zoran  Zivkovic      Editions  Xenia

labouquineuse

(La bouquineuse Diane Ethier)

13 août 2011

La croisière s'amuse

zonafrigidaDirection le Grand Nord pour un interlude rafraîchissant ?
Il vous faudra embarquer sur Le Ewa en partance pour l'archipel du Spitzberg sous le commandement de Sigmund et Georg, vieux loups de mer respectivement capitaine et pilote des glaces. La croisière réunit, équipage compris, une vingtaine de personnes de toutes nationalités dont la fantasque Bea, caricaturiste de profession, la trentaine alerte et la répartie cinglante.
On sait bien vite que cette croisière est pour elle l'occasion de régler un vieux compte avec un des passagers et de liquider un traumatisme de jeunesse.

Si l'écriture n'est pas bouleversante, l'intrigue est bien rythmée et on se laisse facilement enfermer dans ce huis-clos réfrigéré aux rebondissements divers et variés. Pas de suspense insoutenable mais une dissection correcte d'un microcosme privilégié face à l'immensité grandiose et fragile de ce petit bout de la planète. Pas de grandes réflexions philosophiques sur l'écologie non plus, mais une ébauche de questionnements qui laisse le lecteur libre de les approfondir ou pas. Par contre, des descriptions de paysages à couper le souffle avec en bande son le chant de la glace qui craquelle et les cris des fulmars boréals, ce qui, inévitablement, donne très envie d'aller traîner ses snow boots et son gilet de sauvetage du côté de la Terre du Nord-Est en compagnie des gros nounours et autres bestioles sympathiques.

"Je m'étais toujours représenté un ruisseau de montagne quand je pensais à de l'eau parfaitement pure. Un ruisseau dont l'eau courant sur les cailloux ferait un doux clapotis. Je m'y serais penchée pour en recueillir dans mes paumes et connaître enfin le goût de la pureté...
 J'ai dû revoir ma copie, car en contournant la banquise, j'ai vu ce que nous avait promis Sigmund : des cascades alignées les unes à côté des autres, issus du sommet du glacier et tombant à pic dans la mer. Là où la cascade touchait la surface de l'eau, ça regorgeait d'oiseaux."

N'ayant pas encore lu la Trilogie des Neshov qui a fait le succès de l'auteur norvégienne, je recommande celui-ci pour une lecture dépaysante, qui vous permettra de relativiser notre été frisquet et nuageux, 6 ou 7° maxi en juillet-août, mais ne vous laissera pas un souvenir littéraire impérissable. Cela dit, je suis prête à replonger dans l'oeuvre d'Anne B. Ragde qui fait preuve d'un talent narratif indéniable.

Pour une balade au Spitzberg c'est  ICI

 Zona frigida     Anne B . Ragde     Editions  Balland

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21 août 2011

Cinémascope

sousuncielliv_901980 a marqué un tournant dans l'histoire de la Yougoslavie.
Pour le narrateur, cela a eu lieu à l'Uranie, salle de cinéma de Kraliévo, une petite ville de Serbie. Pour lui comme pour les autres spectateurs, il y aura un avant et un après cet après-midi de Mai.

"Il s'est fait un grand, un total silence. Celui qu'on appelle un silence de mort. De tous les sons il est seulement resté le murmure des écaillures qui se détachaient du ciel de la salle... Un peu plus tôt, sous un certain angle, on pouvait voir dans le faisceau lumineux du projecteur tomber d'en haut, du Soleil et de la Lune stylisés, des planètes et des constellations, une impalpable poussière laiteuse, plus blanches et plus légère que la plus fine poudre de riz... Cette bruine devait certainement continuer de tomber, persistante, fantomatique, même une fois la projection interrompue... Comme si elle cherchait à tout couvrir, à dissimuler toute trace, à adoucir les rides autour des yeux et des lèvres, à gommer nos visages."

Projet ambitieux construit et inauguré en 1932 par le futé et original Laza Iovanovitch, l'hôtel Yougoslavie sera revendu en 1939, la salle de bal et de spectacle étant alors transformée en cinéma, cinéma qu'on nationalisera après la guerre. L'histoire du bâtiment suivra celle du pays et des hommes. 
Balayant du pinceau de son projecteur littéraire les rangées de la salle en ce dimanche de Mai 1980, le narrateur nous dresse une galerie de portraits des habitants de Kraliévo pris dans les changements perpétuels de cette mosaïque balkanique qu'un homme réussira pourtant à unifier pour un temps. La construction particulière du roman sert à merveille ces personnages loufoques, attachants, souvent déboussolés, mais réussissant malgré tout à s'adapter car ils n'ont guère d'autres choix, à l'image du vieux Simonovitch, ouvreur de son état et mémoire de l'Uranie, ou d'Ibrahim, propriétaire de la pâtisserie Mille et une délices.

Comme une métaphore du passé et d'un futur annoncé, le plafond de la salle s'écaille, l'éclat des peintures de la fresque représentant l'Univers se ternit, le ciel s'effrite lentement mais sûrement sur la tête des spectateurs. Le ciel, le vrai, attendra les années 90 pour tomber définitivement sur la tête des hommes. A moins que ce soit l'inverse...

"Ibrahim n'a rien dit. Il s'est dominé. Le lendemain, il est parti avec Yasmina et sa femme. Sur la vitrine réfrigérante il avait laissé une note avec des indications détaillées : "Les millefeuilles sont frais, il vaut mieux manger d'abord les baklavas..."

Un petit roman très original qui tourbillonne dans tous les sens tel un film qu'on rembobine, qu'on laisse sur "pause" pour mieux le faire repartir en accéléré  mais qui, malgré tout, se joue toujours des soubresauts de l'Histoire.

Sous un ciel qui s'écaille     Goran Petrovic     Editions  Les Allusifs

 

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18 juin 2011

Marie-Blanche ou l'oubli !

arton25005-5aa22Qu'il était passionnant cet entretien avec l'auteur ! (vous pouvez l'écouter ICI.)
Et qu'elle semblait touchante l'histoire familiale qui devait nous narrer le destin tragique de la mère de l'auteur qui fut victime d'une filiation trouble, d'une mère plutôt toxique, d'un oncle incestueux et de déracinements successifs qui conduisirent rapidement Marie-Blanche à noyer ses blessures dans l'alcool et à séjourner dans des établissements psychiatriques pour finir par s'échapper définitivement de la vie en passant par une fenêtre.

Tous les ingrédients étaient réunis pour une fresque familiale comme je les aime. Seulement voilà, il suffit de pas grand chose pour qu'une mayonnaise ne prenne pas, et là la sauce a tourné rapidement. Je n'ai pas réussi à mettre la main sur "la puissance romanesque" d' "une saga familiale bouleversante" et "splendide" qui s'apparente au "chef d'oeuvre" et autres qualificatifs dithyrambiques qui parsèment la 4ème de couverture.

L'ennui m'étant tombé dessus très rapidement suite à une narration sans émotions ni intensité dramatique, à un style des plus banals, à une succession de faits qui laisse peu de place à l'introspection, j'ai jeté ce pavé l'éponge, à la page 229 (sur 606), ravalant ma déception, ruminant ma colère (22 € quand même) et ronchonnant qu'on ne m'y prendrait plus.

Des avis sur Babelio qui vont dans le même sens. Attendons de voir ce que donnera le partenariat de Newsbook. 

Après ça, comment voulez-vous que je me réconcilie avec les auteurs américains ?

Marie-Blanche     Jim Fergus      Editions Le cherche midi   

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7 juin 2011

Marche ou crève

La_diagonale_du__4dc2b5c2490c6Un homme d'affaires à qui tout réussit ou presque, sa femme l'a quitté et son associé est décédé brutalement, plaque tout du jour au lendemain pour se réfugier dans un gîte isolé sur un plateau ardéchois le long d'une ligne imaginaire au nom ensorcelleur, la Diagonale du vide. Cette ligne fictive s'étend grosso modo des Landes aux Ardennes et détient le record de la plus faible densité humaine au km². Voilà qui ne saurait déplaire à la sauvage que je deviens en vieillissant, et de me dire que je me suis peut-être trompée de destination en venant me perdre au fond du Finistère, mais passons...

"Ne plus bouger. Ne plus partir. Surtout ne plus parler. Trouver au plus vite un endroit retiré. Avec du silence. De la lenteur. Peut-être un brin de tristesse. De préférence dans une région sauvage."

Marc Travenne macère donc dans sa solitude quand surgit une blonde randonneuse qui n'a de cesse de l'intriguer. Pensant saisir une occasion de donner un tournant à sa vie, il décide de partir à sa recherche quelques jours après le départ cette femme mystérieuse. Il la retrouvera et s'embarquera dans un curieux périple, alors que parallèlement une ancienne et brève maîtresse entre à nouveau en contact avec lui et que sa vieille mère, elle aussi solitaire, lui réclame une dernière virée au village de son enfance.

Que dire de ce livre ? J'ai d'abord accusé une légère déception à la rencontre des protagonistes. Pierre Péju nous a habitués à des personnages à la marge, des paumés, des tourmentés, des exclus. Ceux croisés sur la diagonale du vide n'échappent pas à la règle mais, car il y a un mais, ils évoluent dans des milieux bien différents de ceux où l'auteur nous entraîne d'ordinaire. On a ici en toile de fond le monde du business, de la presse, de l'armée et des services secrets, ça pue donc le fric, la facilité, le pouvoir et les magouilles à plein nez.

La route de Marc Travenne dévie donc rapidement des GR français pour emprunter des chemins bien plus scabreux et plonger dans des ambiances de 11 Septembre new-yorkais et de guerre d'Afghanistan, ce qui n'est pas vraiment des randonnées de tout repos, vous vous en doutez, et pas spécialement mes road-movies favoris.

Fidèle à lui-même, Pierre Péju a toujours la grâce et le talent de nous peindre les grands espaces désolés qu'il affectionne tant. Y errent sur des fils fragiles, qui finiront par s'entre-mêler ou rompre, des personnages à la dérive mais envers lesquels j'ai eu du mal à éprouver l'empathie naturelle qui me saisit en général à la lecture des romans de l'auteur.

"Mais là-bas après chaque journée étouffante il y a ce que j'appelle la récompense du soir, ce moment de pure clarté afghane, lorsque les choses semblent posées dans la transparence et comme nimbées par un poudroiement doré, une pluie de particules d'or, poussière ou pollen autour des corps, tandis que les ombres des maisons, des hommes et des bêtes, ombres épaisses et brunes comme du feutre, s'allongent démesurément sur le sol encore brûlant jusqu'à ce que le soleil disparaisse et que le poudroiement ne soit plus qu'une nuée lasse et soudain cendreuse, soulevée par les sabots des bêtes qui ne bougent presque plus dans la nuit qui tombe, ou par les pneus d'un de ces magnifiques camions afghans, qui surgit tout à coup, surchargé, avec des images naïves, souvent drôles, peinturlurées partout sur son capot et ses portières."

J'aurais aimé retrouver davantage de ces envolées lyriques, de celles qui m'ont tant fait aimer "Le rire de l'ogre", mais l'auteur privilégie ici les ressorts d'une intrigue un peu convenue, à la fois facile et tirée par les cheveux, qui résonne plus avec l'actualité et moins avec l'anonymat. Il est beaucoup plus aisé d'être à la marge quand on est un nanti au portefeuille bien rempli, ce qui donne un aspect improbable à ce roman et une rédemption un peu surfaite. Un invisible aimant m'a cependant tirée jusqu'à la dernière ligne malgré la mise à distance de mes émotions.

L'avis de Krol plutôt enthousiaste  LA
Et celui de Bellesahi qui vous en parlait ICI 

La Diagonale du vide      Pierre Péju       Editions Folio

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30 mai 2011

A quels seins se vouer ?

9782709634472La petite Agatina voit toujours arriver le 5 Février avec joie. Ce jour est synonyme de réjouissances culinaires en compagnie de sa grand-mère, elle aussi prénommée Agata, laquelle  met un point d'honneur à célébrer la sainte du même nom afin d'assurer la protection des femmes de la famille et de leurs précieux atours. Pour cela rien de plus simple, il suffit de confectionner les fameux gâteaux, les tétins de sainte-Agathe, spécialité sicilienne de Catane, sans doute la plus coquine et la plus suggestive des pâtisseries comme l'atteste la photo ci-contre.

Ce moment partagé est aussi l'occasion pour la grand-mère de préparer la fillette à sa future vie de femme et de lui asséner quelques maximes de son cru afin de la mettre en garde contre la gente masculine, tâche non négigeable dans l'univers machiste sicilien. Une femme avertie en vaut-elle deux ? Rien n'est moins sûr...

"Au moment du café, les cassatelle étaient accueillies par des applaudissements. Le grand plateau débordait de ces petites montagnes invitantes, disposées deux par deux. Elles incitaient d'abord à toucher, puis à lêcher le sucre glace et enfin à mordre avec délicatesse, pour ne pas les blesser. Quand je croquais, la crème à la ricotta, au sucre et au chocolat envahissait ma bouche, je la sentais s'étaler sur mon palais ; je fermais les yeux et le plaisir s'étendait à tout mon corps de petite fille (...)"

Mais pour la narratrice, cette cérémonie culinaire est surtout une délicieuse occasion de revisiter l'histoire familiale et de nous conter ce qu'est devenue la petite Agatina. Au fil des pages, nous nous embarquons pour un savoureux voyage au pays de la ricotta, des boulettes de thon à l'orange et au thym, des artichauts panés et de la gelée au café et à la cannelle ! Préparez-vous à une explosion de saveurs et de parfums qui viendront chatouiller vos papilles et vos narines tandis que vous cheminerez sur les chemins caillouteux ou les rues poussièreuses de la Sicile en compagnie de personnages hauts en couleur et aux caractères bien trempés !

"Assunta avait rencontré son mari, mon arrière-grand-père, à l'époque de la moisson : un bandit de passage qui battait la campagne en évitant les routes fréquentées et les places des villages. Ils s'étaient croisés une nuit d'août, avant l'aube, quand l'air condense les rêves sur les hommes et les transforme en désir. Le ciel était un pan de tissu sombre tendu entre les étoiles qui en trouaient la trame."

Dotée d'un talent évocateur indéniable, l'auteure nous offre une vision sans fioriture de la société sicilienne où, si les hommes n'ont pas le beau rôle, les femmes ne sont pas en reste non plus... Entre dévotions et autres bondieuseries, les langues de vipères vont bon train tandis que mafiosi machos font la loi et chavirer le coeur des femmes, même celles les plus émancipées ou les plus averties... La cuisine et l'amour ont toujours fait bon ménage, la fillette Agatina n'échappera pas à son destin. Le Sirocco balaiera de son souffle torride sa vie adulte, un souffle qui peut rendre fou, mais la sensualité qu'il génère vaut peut-être la peine de s'y laisser emporter.

Comme le pendant italien à "L'illustrissime gâteau café café d'Irina Sasson " de Joëlle Tiano, "Les tétins de sainte-Agathe" viennent lui faire une douce et sympathique concurrence. Ils trouveront leur place sur les étagères de votre bibliothèque ou de votre cuisine, c'est au choix, car bien sûr la recette y figure mais, comme pour le précédent, ne comptez pas sur moi pour la divulguer ici... Ne me remerciez pas de prendre soin de votre ligne ! 

Merci à l'équipe de     Logo-Partenariats-News-Book    pour ce délicieux premier partenariat !

Les tétins de sainte-Agathe      Giuseppina Torregrossa      Editions JC Lattès

ste-agathe
Sainte-Agathe de Catane
(Francisco de Zurbaran
1630-1633
Musée Fabre Montpellier)

17 mai 2011

Gadjo tovarich

9782841115433Perdus au fin fond des montagnes de Transylvanie, les villageois de Baia Luna, Roumains, Hongrois, Saxons et Tziganes, cohabitent sous la protection de la Vierge du Perpétuel Secours. Tout va presque bien à Baia Luna. Car, bien qu'oubliés du progrès socialiste de l'après-guerre, les habitants n'en fêtent pas moins le succès de Spoutnik 2 qui bip-bipe au-dessus de leurs têtes en cette nuit du 5 Novembre 1957.

Si cette fameuse nuit consacre la supériorité soviétique en matière aérospatiale à grands coups de zuika et de sylvaner, elle signe aussi le début d'une série d'étranges événements dont Pavel Botev, quinze ans à l'époque, va être le témoin.  Le suicide apparent de son institutrice suivi de la mort du père Johannes et de sa gouvernante, puis la disparition de la statue de la Vierge du Pertpétuel Secours, viennent troubler la vie de la communauté et alimenter les conversations du café-épicerie tenu par Ilja, le grand-père de Pavel.

"Et je fus littéralement foudroyé par l'abondance des produits disposés sur les rayonnages hauts comme des tours qui s'élevaient derrière le comptoir. Dans ce magasin, constatai-je, on trouvait quatre marques différentes de dentifrice et deux fois autant de sortes de savons, dont le noble Luxor à l'essence de roses, que réclamait régulièrement cette vieille bique de Vera Raducanu, pour humilier grand-père. Alors qu'Ilja n'avait qu'une étagère de conserves dont on ne savait jamais exactement ce qu'elles contenaient parce que les étiquettes étaient complètement défraîchies, dans l'espace de vente de la coopérative de consommation populaire socialiste s'empilaient, en pyramides artistiques, d'innombrables boîtes de fer-blanc contenant tous les légumes imaginables."

Suite à un tas de circonstances, Pavel se retrouve en première ligne, embringué dans une aventure qui durera pas moins de... trente deux ans ! Et c'est l'histoire encore toute récente de la Roumanie qui nous est magistralement servie là sur un plateau, car il faudra à Pavel traverser les années 60 et bien au-delà, jusqu'à la chute du Condutador et de sa femme à la fin de 1989, pour connaître le fin mot de l'histoire de ces trois morts qui ont marqué son adolescence et orienteront toute sa vie.

Si vous aimez le cinéma de Kusturica ou de Tony Gatlif, ce livre est pour vous !

Vous y croiserez un couple de vieux copains extravagants, Dimitriu l'érudit chef du clan tzigane et Ilja le gadjo illétré, liés à la vie à la mort et qui, quand ils ne sont pas fâchés, consacrent leur temps à traquer la mère de Dieu; Johannes Baptiste le curé fédérateur au passé pas très net, l'institutrice la Barbu qui noie sa déprime dans l'eau de vie de prunes, un photographe féru de Nietzstche, Buba la belle et jeune Tzigane au troisième oeil redoutable et un tas d'autres personnages truculents qui pataugent, joyeusement résignés, dans la gadoue et la brume hivernales de Baia Luna  quand ils ne s'étripent pas au nom du collectivisme ou de la Securitate devant un antique téléviseur qui déverse des propos aussi solennels qu'hilarants.

Si vous ajoutez un entonnoir en guise de cornet acoustique, du barbelé en place et lieu d'antenne, des reliques lactées en provenance directe des seins de la Vierge, des théories scientifiques farfelues, un mystérieux cahier vert et de troublantes photos, vous obtenez un capharnaüm explosif qui poussent nos héros à cavaler de la terre à la lune et des montagnes à la ville à la poursuite de la vérité dans un thriller politico-satyrique unique en son genre.

"La carte, écrite dans une calligraphie chargée, proposait des plats multiples, qui nous parurent plus que suspects. De toute évidence, cet établissement servait des spécialités culinaires qui n'étaitent pas présentées l'une à côté de l'autre, mais l'une sur l'autre, comme un "Artichaut sur vinaigrette", qui ne correspondait à rien de concret dans l'esprit de grand-père. De plus, les prix étaient astronomiques. Sur la dernière page, sous la rubrique " Plats roboratifs du patrimoine culinaire populaire", nous découvrîmes enfin des mets à notre goût." 

Un immense merci à  logomassecrtitique pour cette découverte rocambolesque et osée qui mêle adroitement l'humour et la tendresse à la triste réalité de la folie d'un homme...

 Le jour où la Vierge a marché sur la lune      Rolf Bauerdick      Editions NiL

 

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8 mai 2011

Mea culpa

4141iconfessionsJ'ai tardé à rendre ma copie car j'ai voulu relire les cinq nouvelles qui composent cet opus, la première lecture n'ayant pas été des plus convaincantes. Hélas, je suis au regret de constater que la seconde ne l'a pas été davantage.

A l'instar de la photo de couverture, cinq hommes seuls tentent de briser la paroie de verre qui les sépare de leurs semblables, enfermés qu'ils sont dans la banalité et la monotonie de leur vie.

"Il se sentait seul sans être malheureux ; en fait, seul sans être heureux. C'était un mélange contrasté de confort et d'inconfort."

Loin de nous plonger dans les affres tourmentées ou  les illuminations géniales que génère la solitude, l'auteur opte pour une analyse plutôt froide et détaillée des états d'âmes d'hommes ordinaires qui peinent à trouver le chemin qui mène aux autres. L'écriture est parfois d'une précision quasi clinique qui laisse peu de place à la fantaisie. Les personnages ruminent leur piètre condition d'hommes seuls, sans pour autant ni en souffrir réellement ni en jouir. A moins d'aborder le sujet sous l'angle de l'absurde, petit clin d'oeil à Camus, je suis complètement passée à côté de ce livre.  J'ai regretté l'absence d'émotion et de sentiments qui m'ont rendu les personnages ennuyeux voire antipathiques, et j'ai attendu à chaque fois en vain une chute qui, en un subtil retournement, m'aurait fait changer d'avis.

Bref, un livre bien écrit mais d'une écriture trop sage, trop polie, qui, à mon goût, manque cruellement d'une poésie ou d'une révolte dont la solitude n'est pourtant pas avare. J'espère ne pas être cynique en disant qu'on n'a pas très envie de fréquenter ces personnages et que, finalement, leur isolement n'est peut-être pas le fruit du hasard...

Désolée pour ce premier partenariat en forme de flop avec Les Agents Littéraires.

Confessions solitaires     Andrea Della Vecchia      Editions Publibook   

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3 mai 2011

Parenthèse

9782848050959Ces cent courtes pages  nous plongent dans l'intimité d'un couple de fermiers irlandais qui accueille, par un été caniculaire, une enfant dont les parents n'ont guère le temps ni l'envie de s'occuper.
La fillette va se retrouver pendant quelques mois fille unique, objet de toutes les attentions de cet homme et de cette femme plutôt bienveillants à son égard, et appréhender un monde adulte à l'opposé de celui qui fait habituellement son quotidien.

"J'aimerais être dehors, en train de travailler. Je n'ai pas l'habitude de rester tranquille et je ne sais pas quoi faire de mes mains. Une partie de moi voudrait que mon père me laisse là pendant qu'une autre partie voudrait qu'il me ramène, vers ce que je connais. Je suis dans une situation où je ne peux ni être ce que je suis toujours ni devenir ce que je pourrais être."

Beaucoup de pudeur, de délicatesse dans le récit de cette rencontre toute en tendresse retenue sous laquelle se cache un drame que la fillette découvrira petit à petit.  Une narration minimaliste où la sobriété sied à ce temps en suspension, une parenthèse où les réminiscences des uns ouvrent à de nouveaux sentiments chez l'autre.

Un saut dans l'enfance bien agréable !

Les trois lumières     Claire Keegan      Editions  Sabine Wespieser

valise

20 mars 2009

Amour, magie et chocolat (Challenge Chocolat 2)

9782917559024Si vous avez aimé "Chocolat"*, vous dégusterez sans doute avec gourmandise la suite des aventures de Vianne Rocher et de sa fille Anouk quittées à Lansquenet où Vianne, en plein Carême, avait semé un plaisant vent de panique en ouvrant une confiserie, "La Céleste Praline", et en créant le premier festival du chocolat, et ce au grand désespoir du curé Reynaud qui perpétuait comme il se doit la célèbre doctrine catholique : pourquoi se faire plaisir alors qu'on peut souffrir...
A Lansquenet, Vianne avait aussi rencontré l'amour en la personne de Roux.
Mais un vent mauvais souffla, et Vianne dut fuir à nouveau.
Fin du premier épisode.

Quatre ans ont passé. La naissance de Rosette transforme le duo en trio, et de rafale en rafale le vent  pousse Vianne et ses filles jusqu'à Paris. Plus exactement sur la Butte Montmartre où la vieille propriétaire d'un minuscule café cherche quelqu'un pour l'aider et finalement lui succéder. Vianne est embauchée et transforme peu à peu l'estaminet en... chocolaterie.
Vianne ayant renoncé à ses pouvoirs secrets, le commerce est lent à démarrer..

"Nous n'avons pas de licence pour la vente d'alcool mais l'exquise odeur du chocolat chaud, des pâtisseries fraîches, des biscuits et des macarons, sans parler, bien sûr, de l'arôme enivrant des truffes amères, des chocolats à la liqueur, à la fraise, à l'abricot ou aux noix sont des invitations auxquelles il est bien difficile de résister."

Jusqu'au jour où l'exubérante et troublante Zozie de l'Alba pousse la porte de la chocolaterie bien décidée à la faire prospérer.
Et cette Zozie, croyez-moi, elle sait y faire pour embobiner son monde. Peu à peu "Le Rocher de Montmartre" ne désemplit plus, Zozie au comptoir et Vianne aux fourneaux.

Zozie n'emberlificote pas que les clients, même les plus revêches. Anouk aussi est séduite par la truculence du personnage, sa beauté, ses tenues extravagantes et sa bonne humeur.
Effectivement, alors que Vianne semble se dessécher dans la chaleur de sa cuisine, Anouk s'engouffre avec bonheur dans l'amitié que lui offre Zozie. Mystérieuse complicité d'ailleurs puisque peu à peu, au gré de petits événements, Anouk ne tarde pas à découvrir que Zozie possède elle aussi le don, des dons hérités de son Mexique natal et qu'elle utilise sans aucune mauvaise conscience... mais chut... car Vianne ne veut plus qu'on évoque cet aspect des choses.

Eternelle lutte entre le Bien et le Mal, richesse de la mythologie mexicaine, galerie de personnages attachants, avec en prime le pittoresque village de Montmarte, le tout saupoudré d'un brin de mystère et d'une très grosse pincée de magie, voilà une recette vite fait bien fait mais qui fonctionne presqu'autant que dans "Chocolat".
Et l'auteur est toujours en verve côté sensualité, tout n'est que parfums, saveurs, couleurs. Laissez-vous tenter, c'est garanti zéro calorie !

"En fondant, le chocolat devient luisant, la vapeur s'élève de la casserole de cuivre. Le parfum s'enrichit de cannelle, de poivre de Jamaïque et de muscade. Il développe de sombres harmonies d'anis et de café et des notes plus lumineuses de vanille et de gingembre. Tout est presque fondu à présent. Une vapeur légère monte de la casserole. Ce que nous avons ici, maintenant, est le Theobroma à l'état pur, l'élixir des dieux sous sa forme volatile. Et, dans cette vapeur, je peux presque apercevoir..."

Mis a posteriori dans le Challenge Chocolat !

*Chocolat Editions  J'ai lu
Le Rocher de Montmartre   Joanne Harris   Editions Baker Street

 

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14 avril 2011

Attachements

000888400Quoi de mieux qu'une vieille voisine excentrique pour se tirer d'une déprime conjugale ?
Bien malgré elle, Georgie va en faire l'expérience et se transformer en ange gardien, celui de Mrs Shapiro qui, lorsqu'elle ne traîne pas clope au bec en robe de chambre et gros chaussons Roi Lion, sait se montrer très séductrice. 

"Elle était à l'âge où l'on porte des bottines extra-larges à scratch, mais elle trottinait comme une reine de l'élégance, coquettement perchée sur des escarpins à bouts ouverts, d'où émergeait l'extrémité crasseuse de ses chaussettes d'un blanc douteux."

Mrs Shapiro a aussi la chance d'être propriétaire d'une grande maison à Londres, bâtisse évidemment très convoitée par des agents immobiliers à l'affût de vieillards fragilisés qu'ils rêvent d'envoyer fissa au mouroir afin de réaliser de juteuses opérations... Sans famille, et vivant dans un taudis indescriptible avec ses sept chats, Mrs Shapiro est le parfait pigeon. Mais c'est sans compter sur la solidarité qui va s'établir entre les deux femmes et quelques autres personnages tout aussi originaux dont le sympathique Mr Ali.

La personnalité de cette vieille dame indigne fait tout le charme de ce roman, son accent, ses petites manies culinaires et autres, son amour des chats, ainsi que son passé un peu trouble. Car comme tout un chacun, Mrs Shapiro camoufle dans son capharnaüm londonien quelques secrets bien gardés que cette fouineuse de Georgie va se faire un plaisir de découvrir. Ce sera aussi pour elle l'occasion de se confronter à l'histoire d'autres cultures, de revenir sur celle de sa famille sous l'ère thatchérienne et d'appliquer aux êtres humains les théories techniques de la colle et les adhésifs, sujets sur lesquels elle planche parallèlement pour une revue.

"Parfois, quand j'essaie de comprendre ce qui se passe dans le monde, je me surprends à penser à la colle. Chaque adhésif interagit à sa manière avec les surfaces et l'environnement. (...) Vendredi, j'étais devant mon ordinateur, méditant cette profonde dualité philososphique, quand une idée subtile s'est fait jour dans mon esprit. Ce qu'il me fallait pour entrer en contact avec Mrs Shapiro, c'était un agent de durcissement. Et quoi de plus dur que Mr Wolf ?"

Souvent au bord du drame, l'auteur opte définitivement pour la pirouette et l'humour  afin de survoler pêle-mêle les thèmes les plus graves ( le sionisme, les grèves des mineurs anglais) comme les plus légers (dont un roman dans le roman dont on se réjouit de ne pas connaître la fin). Ce qui donne au final un livre sympathique et distrayant que l'on pourrait situer entre Pancol et Gavalda, et qu'on a très envie de retrouver sur un grand écran dans une comédie dont les Anglais ont le secret.

2693581074  Merci  ! 

Des adhésifs dans le monde moderne     Marina  Lewycka     Editions des Deux Terres

 

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30 mars 2011

Passe à ton voisin

9782749115788Pour rien au monde je ne souhaiterais ré-habiter dans un immeuble, mais lorsqu'il s'agit d'y déambuler via la littérature, je n'ai rien contre, bien au contraire. D'autant plus que les murs de celui-ci sont joliment décorés...
Patrick Cauvin nous fait cavaler dans les couloirs, grimper et redescendre, frapper aux portes des uns et des autres pour nous introduire chez des voisins imaginaires inspirés par les personnages des toiles d'un ami peintre.

C'est fou ce qu'on loge de monde dans un immeuble ! Soixante très courts portraits pour soixante petites tranches de vie entassées les unes sur les autres dans les hauts du XVIIIe arrondissement. Du petit notable au commerçant, du sauvage taciturne à l'expansif bruyant, provinciaux exilés, émigrés ou vieux parigots, petits vieux retraités ou jeunes actifs, chacun à ses marottes ou ses manies, son heure de gloire ou de drame, ses secrets, mais tous sont uniques. Il n'y avait qu'un écrivain pour imaginer que toutes ces vies pourraient être des romans. Patrick Cauvin réussit à glisser une touche d'originalité dans la banalité de ces vies calfeutrées derrière leurs portes.

Jouons à toc toc toc et entrons chez :

 M. et Mme Perdurier qui vivent dans un 80 m² dont seuls quatorze mètres sont dévolus à leur habitat, le reste étant transformé en jardin potager... "M. Perdurier dit souvent que s'ils avaient habité dans un arrondissement plus méridional de la capitale, le 14e ou le 15e, il aurait tenté l'ananas, mais cela reste un rêve pieux.". Madeleine, la fleuriste qui lutte contre la concurrence du haut de son balcon . M. et Mme Dugoin, marionnettistes pour adultes au Théâtre de la lune sanglante. La famille Békélé qui joue des percus "à la parisienne", c'est à dire en sourdine pour ne pas indisposer les voisins qui pensaient être plus tranquilles quand la fille de la famille se mit au violon.  Elisa Boudin, la danseuse qui délaisse le palais Garnier car "elle estimait aussi que le tutu coupait sa silhouette et lui conférait l'apparence d'un abat-jour" et qu'elle est bien assez douée pour les boîtes de strip-tease de Pigalle. M. Delardieu, passionné de westerns (je vous laisse découvrir ce qui se cache chez lui) et qui fête chaque année la victoire de Sitting Bull sur le général Custer . Fanny la Récup "elle fait partie de la génération 68 tendance fromage de chèvre." . Et bien d'autres encore comme ce dernier chez qui je passerais volontiers mon temps si j'habitais moi-même cet immeuble, M. Bronsky, ancien libraire, qui nous bat toutes et tous avec ses trente mille volumes entassés dans trois pièces et dont le chat, Bébert, joue les équilibristes au sommet des piles de livres, mais pas n'importe lesquelles...  

Voilà un livre parfait pour les périodes d'errances littéraires, quand rien ne vous tente ou que votre esprit à du mal à se fixer sur la moindre fiction. On picore ces portraits tendres et drôles au hasard et à son rythme sans se soucier du début ou de la fin.

Un mot sur les dessins qui les illustrent. Ils sont l'oeuvre de Jordi Viusà, un original qui délaissa le métier de libraire pour se consacrer à la peinture. Sombres ou colorés, le coup de pinceau naïf, parfois destructuré, leur confère  une poésie à l'image de ces deux hommes qui se sont embarqués pour une dernière aventure. Patrick Cauvin est décédé en Août 2010 en nous laissant ce joli kaléidoscope en guise de testament. 

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Un des chats de l'immeuble

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Madeleine la fleuriste

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La famille Békélé

Un joli cadeau pour les amateurs du genre. Merci à celles qui me l'ont offert !

L'Immeuble      Patrick Cauvin      Editions Cherche Midi

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26 mars 2011

Clopin-clopant

9782757821626C'est ainsi que j'ai cheminé pendant trois semaines tout au long de ce livre.
Non pas que l'histoire de ce chirurgien de soixante-six ans venu expier une faute professionnelle sur une île déserte de la Baltique m'ait rebutée. C'est plutôt faute à mon incapacité à lire plus d'une demi-heure avant de sombrer dans les bras de Morphée. Du coup, je nai pas eu l'impression de me délecter à sa juste mesure de cette très belle histoire de solitude et de renaissance.

"Les bruits, ici, apparaissent contraints de faire la queue avant d'être autorisés à entrer dans le silence."

Il n'en reste pas moins que ce roman nous entraîne avec talent au travers du labyrinthe des sentiments d'un homme qui a fui ses semblables et dont le passé revient, tel un cheval au galop, balayer sa routine mortifère. Cherchez la femme... Elle apparait par un petit matin neigeux sous les traits d'un amour de jeunesse, Harriet aujourd'hui vieille et malade, qui débarque et met en demeure Fredrik Welin d'honorer une promesse faite quarante ans plus tôt. Welin se voit contraint de quitter son île. Mais une femme peut en cacher une autre...

Dans une ambiance glacée, on évolue au rythme des réchauffements et des refroidissements qui vont peu à peu réveiller la vie figée du narrateur  et lui insuffler, parfois douloureusement, le goût des autres. Des personnages tous plus émouvants les uns que les autres au contact desquels il verra se fendiller la glace qui entoure son coeur. Le chant de la vie pourra alors s'immiscer dans le silence de la culpabilité et de la lâcheté.

"Je crois savoir à quoi ressemble cette musique. A des voix humaines, quand elles sont vraiment limpides. Quand des êtres humains chantent sans peur."

Il n'est heureusement pas d'âge pour apprendre à renaître et repousser la ligne d'horizon de notre finitude.

DASOLA a été déçue. Un tas d'autres liens chez  CLARA 

Les chaussures italiennes      Henning  Mankell     Editions  Points

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