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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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10 mars 2011

Pestitude

9782253157533Edwin et Maureen ont chacun une fille quand ils se rencontrent après leur veuvage respectif.
Les fillettes n'apprécient guère ce remariage mais comprennent assez vite qu'elles ont plutôt avantage à s'allier pour le confort de leur petite vie. Tout va donc bien jusqu'au jour où une troisième laronne pointe son nez. Cette petite soeur va sceller l'alliance entre Livy et Emmy, pour le meilleur et pour le pire, tandis que toute la famille s'installe à la campagne chez la grand-mère qui carbure au gin sur ses vieux jours.

"Elle rit joyeusement, dans l'espoir d'égayer un peu la pauvre vieille dame, qui est devenue assez bizarre depuis la mort de son mari. Sa mère continue de la toiser, du regard mélancolique de la femme ménopausée."

Après deux tentatives pour se débarasser de cet petit être vagissant qui rend gagas les parents, Livy et Emmy se résolvent à entrer dans l'adolescence quand Pamela débarque d'Amérique, une tante plutôt turbulente qui ne prête aucune attention à Rosie mais prend délibérément le parti de Livy et d'Emmy. Jusqu'au jour fatal où les adolescentes fêtent la fin du lycée, fête d'où est évincée Rosie qui n'est qu'une gamine. Entre temps, la gamine a appris à diviser pour mieux régner.

"Rosie, postée derrière les portes et les doubles rideaux, observe et écoute ; c'est une ombre sur le palier, qui surprend des secrets échangés à mi-voix ; c'est un bruit de pas feutré dans le couloir mal éclairé près du téléphone. Une fois la fête passée, l'harmonie entre Livy et Emmy commence à se déliter. Des secrets sont éventés..."

Et la vengeance de Rosie sera terrible. Elle leur pourrira la vie, mais Livy et Emmy tiendront toujours bon et se serreront encore les coudes  quand sonnera l'heure de la retraite...

"- Emmy, nous, on était prêtes à la tuer par jalousie.
- Mais on avait dix ans, s'insurje Emmy. Je veux bien admettre qu'elle ait fait tout ça à l'époque par dépit, mais pourquoi ce coup de téléphone maintenant qu'elle en a quarante-cinq ? Tu ne vas pas me dire qu'elle est toujours jalouse de nous !"

Un vrai festival de pestitude made in England, cinquante ans d'humour grinçant, drôle, noir, cynique à souhait, en 243 courtes pages.
Par l'auteur du  Journal secret d'Amy Wingate.
Et on se réjouit de savoir que cette Anglaise, qui a commencé à écrire à 50 ans, a à son actif   une vingtaine de romans. Passant allègrement de la haine à l'amour, " Entre rires et larmes" et "Une semaine en hiver" sont publiés chez Pocket sous le nom de Marcia Willet.
On attend la traduction des autres de toute urgence, merci.

Cathulu et Keisha ont beaucoup aimé. D'autres avis à consulter chez  Kathel  qui n'a pas apprécié plus que ça.

Meurtres entre soeurs      Willa  Marsh      Editions  Le Livre de Poche

 

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26 février 2011

Chocolat light (Challenge Chocolat 10)

9782743600990Que celles et ceux qui, par le titre alléchés, salivent déjà, je suis au regret de leur dire qu'hélas ils ne friseront pas l'indigestion chocolatée en dégustant ce roman.

L'intrigue se déroule près de la frontière italienne, dans une Suisse à peine éclaboussée par les soubresauts de la Seconde Guerre mondiale, plus exactement à Chesa Silviscina, petit paradis entouré de lacs et de montagnes, où vit Madame Arnitz. Autour d'elle gravite toute une jeunesse insouciante dont elle aime à s'entourer, parmi laquelle ses filles Isabella et Margot ainsi que leurs amis.
L'équilibre doré se brise le jour où Isabella introduit Arturo, jeune professeur juif venu ici incognito, se mettre à l'abri des lois antisémites italiennes. Margot et Arturo vont s'amouracher l'un de l'autre ce qui provoquera un drame et précipitera leur fuite.
Des années plus tard, la fille d'Isabella va tenter de reconstituer cet épisode auquel sa mère, aujourd'hui disparue, a pris part.

Chassés croisés amoureux, dévoilements familiaux distillés au compte-gouttes, dédale de témoignages entrecroisés à diverses époques jusqu'aux dernières pages où, tel un nom de code, le chocolat chez Hanselmann tant attendu livre un ultime éclairage.
Ce roman est à l'image de la Suisse, à savoir une intrigue calfeutrée narrée sur un ton presque bénin mais lourd de sous-entendus et qui ne se révèle pas facilement.

"La bibliothécaire avait pris l'habitude ensuite de poser à côté de son livre une tablette de chocolat, de celle avec une vue de la Suisse, parce qu'elle avait compris qu'il avait des difficuktés pour se nourrir et que ces biscuits qu'elle lui offrait avec le thé elle les voyait disparaître en un instant. Elle restait là l'air satisfait à le regarder manger, carré après carré, sans cesser de lire. Mais un après-midi où Arturo avait glissé la tablette dans sa poche, elle s'était approchée et avec un sourire bizarre lui avait demandé s'il la mettait de côté pour quelqu'un."
 
Une histoire plutôt bien écrite même si le montage est complexe (je me suis plus d'une fois égarée dans les époques) pour, au final, une révélation qui n'en est pas vraiment une et n'a rien de fracassant.
L'atout de ce livre réside dans cette atmosphère particulière, un brin surannée, qui fait le fameux charme discret de la bourgeoisie et qui contraste avec le contexte dramatique de l'époque.

Je suis donc restée un peu sur ma faim tout en appréciant l'arrière-fond historique.

Un chocolat chez Hanselmann      Rosetta Loy      Editions  Rivages

 

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12 février 2011

In fine

9782221115824Réunion de famille pour un huis clos funèbre à Arden, propriété des Godley où le père, Adam, mathématicien réputé pour ses recherches sur l'infinité des infinis, est en train de s'éteindre. Ursula, sa femme, Adam, son fils aîné accompagné de sa belle épouse Helen, et Petra la cadette au psychisme fragile, attendent le dernier souffle du maître des lieux. L'arrivée de deux hommes, apparemment un ancien collaborateur et le pseudo petit ami de Petra, complète le tableau. Jusqu'ici rien que de très banal mais cependant alléchant.

Sauf que le narrateur se nomme Hermès, le fils de Zeus, observateur et acteur des curieux événements qui vont agiter les membres de cette famille. Pendant que l'esprit comateux du vieil Adam remonte le temps et divague vers son passé, les dieux s'amusent à brouiller les sens des vivants selon le mythe de l'Amphitryon qui tente de trouver ici une résonnance avec les théories mathématiques du vieil homme.

Bon, autant le dire d'emblée, ce roman m'a profondément ennuyée et ne doit sa lecture complète qu'au partenariat de Blog O Book. En lectrice consciencieuse, je me suis infligée cette farce jusqu'à la dernière page. Cela n'aura servi à rien, j'espérais un sursaut final et réconciliateur qui n'a pas eu lieu.

Ma déception est à la hauteur de l'enthousiasme qu'avait suscité en moi "La Mer". Le registre est certes bien différent mais même si l'on retrouve parfois des envolées poétiques qui faisaient tout le charme du précédent roman de Banville, celui-ci est vite rompu par le retour à une narration parfois à la limite du trivial ou, à l'autre extrême, sophistiquée lorsque l'auteur s'amuse à parsemer son texte de mots pompeux.

A l'exception peut-être de Petra qui n'en finit pas de liquider son Oedipe et d'Ursula à la fragilité secrète, les personnages n'engagent pas à la sympathie. Quant aux dieux facétieux et leur ton condescendant, ils m'ont aussi prodigieusement agacée de par leurs interventions intempestives qui viennent régulièrement briser un récit prêt à emporter le lecteur vers une veine plus dramatique et plus proche de mes attentes.

"Je sortis une boîte de tabac en fer-blanc de la poche gauche à moitié déchirée de mon veston, ainsi qu'un paquet de papier de la droite, et me roulai une cigarette d'une seule main. Pas facile. Quelles compétences ils acquièrent, dans leur petite durée de vie !"

Bref, mon imaginaire s'est lamentablement heurté au mur de Planck. Et je continue à m'entraîner à rouler mes clopes d'une seule main... J'attends avec impatience les avis des autres lectrices qui ont aussi reçu ce livre.

Je remercie malgré tout  logobob01   
Un mauvais point à l'éditeur qui surfe sur le succès de "La Mer" et nous ressert une couverture splendide et tentatrice mais qui a peu à voir avec le sujet.

Quant à JULES , elle a abandonné. Je me sens donc moins seule sur ce coup là, ouf !
Noann en parle avec humour et enfonce le clou sur Livrogne.com

Infinis     John  Banville    Editions  Robert Laffont

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L'Amphitryon de H. von Kleist
mis en scène par la compagnie Dulaang UP

31 octobre 2010

Finalement, la retraite... bof !

9782070787739Bienvenue au Trou, charmante bourgade d'un Sud enchanteur, ciel toujours bleu 365 jours par an, royaume médical de la famille Fenouil, père et fils spécialistes en tous genres, Le Trou, sa clinique, son crématorium flambant neuf, ses cimetières, moyenne d'âge des habitants 70-80 ans.

C'est là que Nicole, une jeunette de 60 ans, a choisi de prendre sa retraite après trente ans passés au PTT de Moisy dans le Nord.  Trente ans à économiser pour un petit appart de rêve dans une chouette résidence et sous le soleil permanent  "ça se refuse pas" avait dit l'agence immobilière.

"Nicole aime le beau temps. Elle trouve que même les cons quand le soleil brille c'est plus facile à supporter."

Depuis trois mois qu'elle y est, Nicole découvre la population.

"Là, installées sur des bancs, des cohortes d'antiques, des brochettes de permanentes bleues, des colonies d'yeux aveugles et de cannes blanches. Un soleil froid illuminait la scène. Elle n'avait jamais vu ça. Des dizaines et des dizaines de créatures décrépites en plein conciliabule. Telles des mouches dans l'étable qui bourdonnent autour des pots remplis de lait, telles étaient-elles toutes en train de parler de leur tension, de leur coeur, de leur cataracte, des soins qui n'étaient jamais assez bien faits, des médecins qui n'étaient jamais assez attentifs, de tout cela qui, avant, ne se produisait pas, parce qu'avant, bien sûr, avant était l'âge merveilleux de leur jeunesse d'or."

Des femmes, beaucoup de femmes forcément... Mme Cointe et Mme Rousse qui carburent au porto sur fond de télé braillante, Mme Daspet qui compte ses amants, Mme Chiffe qui prie à longueur de journée, Mme Rouby qui vit nuit et jour dans le noir par crainte des voleurs, Lucette persécutée par les nombreux téléphones que lui installe son fils, Mamoune qui fait tourner son fils en bourrique, et puis la femme de Gilbert, mort il y a cinq ans, qui s'évertue à conduire la 106 aux aurores au grand dam de sa fille, et encore Ginette, Maguy, Mauricette, Paulette Marguerite, etc etc...

Côté hommes c'est plus restreint, ces dames n'ont guère le choix... Il y a THE mâle, Pierre-Martin, le coq de la basse-cour, bon pied, dans ses Nike, bon oeil, pour reluquer encore, 90 ans au compteur, "tout auréolé de gloire dans son short bleu" lorsqu'il s'entraîne pour le marathon de Londres.
Le jeune Kévin, qui chôme pas au crématorium et a un certain goût pour les vieilles, enfin les plus girondes.
Et le père Catelan qui supporte plus grand chose, prêche contre la télévision, les 4 x 4 et se prend pour Zorro.

Un événement planétaire va surprendre tout ce petit monde et boulverser les journées meublées de cancaneries, de jalousies, de bondieuseries, de rendez-vous médicaux, de parties de scrabble, rythmées par les bulletins météo, les infos et les feuilletons mièvres. Tout cela sous l'oeil bienveillant de Notre cher Président.

"Notre Président, qui se bat sur tous les fronts pour aider le peuple français, a proposé une réduction du prix de vente des propthèses de cinquante centimes d'euro."

On l'aura deviné, notre avenir n'est pas rose. C'est drôle, grinçant, affolant, voire même désespérant, mais émouvant et tendre. On rit jaune car on ne peut pas s'empêcher de se demander : " Et moi, quelle vieille ou quel vieux je deviendrai ?", sachant qu'inexorablement on s'achemine un jour ou l'autre vers le club des t'as mal où et des qui qu'est mort ?...

Finalement, les caisses de retraite et de prévoyance devraient envoyer ce livre gracieusement à tous les travailleurs qui s'approchent, inconscients, dangeureusement du grand âge fatidique; ça nous éviterait de descendre dans les rue vitupérer contre Notre cher Président et sa politique du grand capital mafieux. Parce que franchement, vue sous l'angle de l'auteur, la retraite ça donne pas envie...

A compléter par le livre du regretté Pascal Garnier " Lune captive dans un oeil mort" (pas de billet pour cause de plein de choses). Voilà, après tout ça, reste toujours une solution, le suicide !...

Un ton sarcastique, des portraits plus vrais que nature, un livre cependant réjouissant où l'on retrouve toute l'originalité de Pascale Gautier que j'avais déjà découverte et appréciée ICI

Pascale Gautier     Les vieilles     Editions Joëlle Losfeld

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15 janvier 2011

Grand Danois

9782070417780Impossible de résumer toutes les péripities de la famille Eriksson tant Askild, le grand-père, va entraîner femme et rejetons dans un tourbillon de déménagements entre la Norvège et le Danemark au gré de ses humeurs qui varient plus souvent que son taux d'alcoolémie qui, lui, est plutôt constant !

"Mon père n'est pas encore né. Ma grand-mère, qui est arrivée trop tard à la prison d'Oslo, et qui n'a pas pu dire au revoir à Askild, ne l'a pas encore épousé. Officiellement, ils ne sont même pas fiancés. Bref, toute mon existence ne tient qu'à un fil passablement ténu."

Asger, le narrateur, est l'un des petits-fils qui, après un exil à Amsterdam, s'en revient chez les siens alors que sa grand-mère est en train de s'éteindre. En effet, quand on est issu d'une telle lignée, il est parfois nécessaire de s'en extraire pour se réaliser.
Au fil du récit nous faisons connaissance du cocasse Askild, personnage sans scrupules et peintre à ses heures, de sa femme Bjork, à la tolérance extrême et grande lectrice de romans d'amour médicaux quand elle ne fréquente pas les salles de jeux, ainsi que de leurs trois enfants, dont le pauvre Feuilles de Chou, ainsi surnommé pour cause d'oreilles démesurées dans lesquelles les gamins s'amusent à fourrer tout et n'importe quoi ; c'est aussi le futur père d'Asger.

Nous les accompagnerons des années 30 jusqu'à nos jours au gré des aléas d'une existence riche en rebondissements. Et c'est à coup de sniffs  d'air frais de Bergen contenu dans des petites boîtes de sardines reconverties en gadgets touristiques, que la grand-mère Bjork, qui ne s'est jamais remise d'avoir quitté cette ville, livrera les dernières histoires de la famille.

Et croyez-moi, ce n'est pas ce qui manque !  Guerre des boutons, premiers émois amoureux, complicités fraternelles,  tromperies ou solidarités familiales, illusions et désillusions, tout défile à un rythme soutenu. Laissez-vous emporter dans les aventures tragico-comiques des uns et des autres et, à l'instar de leur auteur, vous vous prendrez de tendresse pour des personnages qui ont aussi les qualités de leurs défauts !

"Comme pour tant d'autres choses, Bjork essaya de cacher à son mari la disparition de son fils. Elle espérait que Feuilles de Chou allait réapparaître, et il s'écoula donc une semaine avant qu'elle n'envoie un télégramme pour informer son époux de la situation. Le lendemain, on vit arriver à l'arrêt de bus un homme sévère avec un perroquet sur l'épaule. Il n'adressa la parole à personne, ne regarda personne dans les yeux et demanda son chemin une seule fois. Il reprit sa valise et se dirigea vers la maison du directeur de la scierie.
- Bon sang de bonsoir, dit-il lorsqu'on ouvrit la porte, il n'a tout de même pas pris la mer ?
- Bien sûr que non, s'écria Bjork. C'est encore un enfant !"

(Je ne résiste pas à vous confier que Feuilles de Chou, sous le charme des aurores boréales, joliment décrites au demeurant, s'est perdu en forêt et erre pendant des jours, ne devant sa survie qu'aux baies sauvages et à quelques malencontreux champignons comestibles, certes, mais aux effets hallucinogènes. Je vous laisse imaginez la suite...)

Bref, voici une joyeuse et tendre saga familiale doublée de la découverte d'un auteur danois qui n'est pas loin d'avoir la grâce et le talent d'un John Irving, enfin celui du Monde selon Garp et de l'Hôtel New Hampshire.
465 pages que j'ai dévorées !

ICI  ce qu'en pense Mazel

Tête de Chien     Morten Ramsland     Editions  Folio

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(Aurore boréale au-dessus de Tromso, Norvège
Crédit photo & copyright Ole Christian Salomonsen)

 

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22 octobre 2010

Monologue d'une bibliothécaire

full_89Elle n'en peut plus cette bibliothécaire sur le retour, coincée dans son rayon géographie au sous-sol de sa bibliothèque de province, et où quasiment personne ne lui demande rien. Un matin, elle y trouve un homme enfermé là la veille au soir. Trop contente d'avoir quelqu'un sous la main pour l'écouter s'épancher sur les rancoeurs et ressentiments accumulés depuis des années.

Les vannes ouvertes, la logorrhée s'écoulera n'épargnant personne. Les auteurs, les lecteurs, les collègues, l'Histoire, la culture, l'amour, et elle aussi, avec sa névrose, sa solitude, ses révoltes et ses rêves...

64 pages pour un simple moment d'égarement, un délicieux "accès de fanfaisie".

" Moi aussi j'ai des angoisses. Cela ne se voit pas forcément, je sais me tenir, hein, mais j'en ai un paquet. La pire, c'est l'angoisse de la fantaisie. Elle m'assaille sans cesse. Il suffit que je vois un livre mal enfoncé dans une étagère, un peu de travers, un peu différent, un peu trop joli, un peu trop attirant, comme celui là-bas, pour que... J'ai peur qu'il tombe, j'ai peur qu'on le remarque trop, je ne parviens plus à me concentrer... ni à parler... avant d'avoir... Excusez-moi... Il faut que je le remette à sa juste place. Voilà. On ne le remarque plus. Il allait tomber, vous êtes d'accord ? Peut-être que j'exagère. Je suis un peu stressée par tous ces livres à ordonner, et en même temps ça me calme d'être ici."

 

La cote 400     Sophie Divry     Editions Les Allusifs

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17 novembre 2010

In nomine chocolate... amen (Challenge Chocolat 4)

9782253125556

Comme tous les ans, dans un bourg alsacien du Haut-Koenigsbourg, Les Vénérables sont réunis afin de décerner "La Cabosse d'Or", la plus recherchée des distinctions en matière de fabrication de chocolat.
Parmi les participants, Soeur Clothilde de l'Abbaye de Saint-Julien du Vaste Monde. Cette année, c'est elle qui repartira avec le chèque de 5 000 €. Et forcément, ça va faire des envieux...
D'où vient la fameuse recette des Soeurs et surtout quelles fèves de cacao utilisent-elles ?

"Tout ce qu'elle put dire, pour ne pas trahir leur secret, fut qu'elles obéissaient au voeu d'une des anciennes religieuses de l'Abbaye. Une étrangère, dont la famille avait développé la culture des cacaoyers au siècle dernier et qui avait accepté que la jeune femme prononce ses voeux et reste en France, à condition qu'elle puisse régulièrement venir les voir. La proposition d'une dot de fèves de cacao à l'Abbaye avait d'abord été un prétexte. Mais quand la religieuse avait rendu son âme à Dieu, la fabrication du chocolat était déjà devenue une réalité, un plaisir et une fierté. C'était aussi, aujourd'hui, ce qui faisait vivre la communauté."

Voilà pour la version officielle.

L'Abbaye a donc connu des jours meilleurs. Mais les bâtiments tombent en ruine, le nombre des moniales ne cesse de décroître, l'industrialisation a eu raison de la petite production et la chocolaterie est aujourd'hui en piteux état.  Il était donc inenvisageable de se rendre en Colombie pour les enchères annuelles des fèves de cacao afin de poursuivre la confection des délicieuses tablettes de chocolat dont seule l'Abbaye a le secret. Les 5 000 € tombent alors à point.
Pendant que nous faisons connaissance avec les membres de la communauté, Soeur Anne et Soeur Justine, une novice débrouillarde, se préparent pour leur périple. Béret de tricot, tailleur couleur boue, jupe sac et bottillons de cuir, allez hop elles s'embarquent pour Bogota... avec pas mal de monde à leurs trousses.

Des personnages sympathiques dans des aventures des plus cocasses au pays de tous les dangers... C'est La Grande Vadrouille version Cacao Connection mâtinée de Viva Maria...

"Mais dites-vous aussi que le baptême ne prend pas comme un vaccin... Pensez-y."

Un livre qu'on referme le sourire aux lèvres. Une tablette de bonne humeur pour se sortir du quotidien.

Soeurs Chocolat    Catherine Velle   Editions Le Livre de Poche

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28 décembre 2010

Double je

9782070437962Le suicide reste pour moi un mystère fascinant. Oui je sais, ce terme peut paraître excessif mais bon, boulot, Camus et histoire personnelle obligent, c'est ainsi.

"Se donner la mort. Mystérieux, insondable don."

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en achetant ce livre, si ce n'est que l'auteur est un rescapé. Comment peut-il en être autrement quand on est le fils de deux parents suicidés à un an d'intervalle, qu'ils sont célèbres, glorieux mais torturés par leurs propres démons, et qu'on n'a pas encore dépassé les 17 ans ? Tout ça vous plombe un homme en devenir. Sans compter la vie d'avant, où la stabilité n'a pas toujours été de mise, à l'exception de la précieuse Eugénie, sa presque mère, sa mère espagnole comme il l'appelle, qui l'a élevé mais disparait quand l'auteur a 14 ans. De là à penser que ce garçon n'est pas né sous une bonne étoile...

"Ce n'est pas une vie, c'est une rature. Mon existence ressemble à une succession de mots rayés jusqu'au sang, biffés jusqu'à la moëlle."

Perpétuellement en quête d'amour, l'alcool et le sexe, pour conjurer la mort, s'imposeront comme remèdes nécessaires. Mais l'amour de qui ? Au final l'amour et l'estime de soi, sans aucun doute, pour ne pas brûler  à son tour. Alors seulement viendront les mots, les vrais, l'écriture.

"Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux."

Fort de cette citation de René Char, l'auteur s'engage masqué (lui aussi) derrière un double dans un combat titanesque afin de se désengluer de ce panthéon fantomatique. Commence alors sur le ring de sa mémoire une lutte entre solitude et désespoir, les mots à la place des poings. Tour à tour pudique et impudique, jamais vulgaire, nous le suivons de Saint-Germain des Prés à Barcelone, où il nous entraîne entre virées débridées et errances nostalgiques au bord de soi, au bord d'Eux.

"L'homme de San-Sebastian s'installe à sa table, avec vue sur la mer. Il va écrire. Il n'a pas d'états d'âme. Il n'a pas peur des mots, il est en paix avec eux. Il va relater une histoire d'amour et de perdition."

Contrairement à ce que l'on aurait pu le craindre, le ton n'est ni larmoyant, ni cynique. Aucun jugement non plus. C'est plutôt l'inverse, il joue avec les mots comme il joue à cache-cache avec les ombres de son enfance, l'objet caché n'étant autre que lui-même. Non seulement le spectre du voyeurisme est tenu à distance mais l'auteur se révèle un brillant funambule sur le fil de ce qui n'aurait pu être qu'une banale autofiction.

"Il me fallait trouver une autre main. Dans l'urgence. Sinon, c'était quatorze dix-huit, tous les jours, la terreur dans les tranchées de l'existence. Peur depuis que je suis né, peur depuis que je suis seul."

La très belle 4eme de couv vous donnera sûrement envie de lire l'histoire de ce pauvre petit garçon riche... (l'argent ne fait pas le bonheur mais ça aide un peu quand même, si si !)

Dans une dernière pirouette, le fils du grandécrivain a trouvé le salut dans les livres puisque, outre celui-ci et ceux de son père, il vit aujourd'hui, au plus près de ses souvenirs, à Barcelone où il tient un café librairie.

S. ou l'espérance de vie    Alexandre Diego Gary    Editions Folio

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26 décembre 2010

Une valise peu diplomatique

9782842631925Enfant solitaire et rêveur, adepte de la méditation tapissière - entendez par là un goût prononcé pour se perdre dans la contemplation des motifs des papiers peints - le narrateur passe aussi de longues heures à voyager dans l'atlas offert par l'oncle Bertrand, rêveries sans doute à l'origine de sa vocation professionnelle.

Réussissant de justesse le concours du Quai d'Orsay, le voilà jeune homme embrassant une carrière diplomatique pleine de promesses et de grands espaces. C'est sans compter sur le cadeau empoisonné offert par sa môman pour fêter la réussite du fiston... Un attaché-case qui va se révéler, pour le coup, bien peu diplomatique et entraîner son malchanceux possesseur vers un placard de la diplomatie française, à savoir le bureau des pays en voie de création, vulgairement nommé le front russe, et dirigé par l'excentrique Boutinot.

L'aventure sera-t-elle au rendez-vous ? Je vous laisse le découvrir par vous-mêmes...

"Il me raconta aussi qu'ils avaient pris l'habitude, lui et sa femme, de partir chaque année dans un pays victime d'une catastrophe.
- Cela permet de bénéficier de prix très bas, précisa-t-il. Nous avons fait New York en 2001, Bali en 2002 et Madrid après les attentats de la gare d'Attocha. Sans oublier la Thaïlande, en 2006, juste après le tsunami.
Je n'osais rien répondre. J'imaginais l'album des photos de vacances de mon interlocuteur."

Un ton résolument drôle et léger pour nous narrer les tribulations d'un petit fonctionnaire entre missions loufoques, marasme amoureux et souvenirs d'enfance venant ponctuer son présent. L'épisode d'échanges de mails à propos d'un pigeon est hilarant et nous renvoie à quelque absurdité administrative, hélas, rencontrée par tout un chacun.

Un très bon moment pour accompagner ces fêtes.

Le Front Russe     Jean-Claude Lalumière     Editions  Le Dilettante

 

 

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15 décembre 2010

Lecture d'un nouveau genre

img_homeLe livre commence par l'arrestation de Claire sur son lieu de travail sous le regard jouissif de Marie, sa supérieure hiérarchique. Tout ça se passe dans une boîte de marketing et de com bourrée de wonderwomen prêtent à tout pour monter en grade. Beurk, tout ce que j'aime !!!
Au fil des chapitres, nous faisons connaissance de façon plus intime avec les deux protagonistes. L'une est mère de famille et s'ennuie dans son couple, l'autre est célibataire et a un passé pas très net.

Là, j'ai failli arrêter ma lecture pensant m'être fourvoyée dans un de ces romans chick lit qui ne sont pas du tout la tasse de thé de la vieille que je suis. Mais grâce à la personnalité trouble de Claire, dont le passé se dessine peu à peu au fil des pages, j'ai poursuivi. La suite s'emballe un peu dans quelques rebondissements imprévus. Au final, cette histoire d'usurpation d'identité, qui demanderait à être plus étoffée, n'est pas mal ficelée.

Certes, au regard de mon attirance pour les marginaux un poil amoraux, Claire m'a été d'emblée sympathique. Assez aisé face à cette Marie, caricature de la femme s'ennuyant tellement dans son bonheur qu'il faut bien qu'elle y jette une poignée d'emmerdes qui, forcément, lui reviendront dans la figure. La fin, un peu facile, n'est pas celle à laquelle je m'attendais.

Bref, un roman, ou plutôt une longue nouvelle, qui servirait à merveille de trame à un bon gros polar, voire à une adaptation cinématographique. L'auteur sait se glisser à merveille dans certains esprits féminins, aucun doute là dessus, et il nous livre là un bon portrait d'une femme borderline. Le format particulier du livre explique peut-être celui du style un peu synthétique de cette histoire.

Livre d'un nouveau genre puisqu'intégralement lu sur mon écran. Ce fut laborieux, je l'avoue. Heureusement, à la fin de certains chapitres, sont intercalées de petites vidéos où l'auteur nous parle de ses personnages, ça repose les yeux !

Si ça vous tente, rendez-vous ICI. L'auteur y explique les raisons de son choix éditorial.
Vous y laissez la somme de votre choix, ce qui vous donne le droit de télécharger le livre.

J'ai tenté cette sympathique aventure mais, comme je l'écrivais à l'auteur, y'a rien à faire... le bruit des pages me manque !

La voleuse de vies     Gaël Chatelain     Editions  Euh... lui-même

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12 décembre 2010

Insomnie

9782714448200Une femme trentenaire a tout pour être heureuse. Mariée, mère de famille, vie confortable et réglée comme du papier musique, elle tombe brusquement dans le cycle de l'insomnie. Mais s'agit-il vraiment d'insomnie d'ailleurs ?...

Loin de souffrir de la fatigue à laquelle elle serait en droit de s'attendre, cette femme, qui n'a rien dit à personne à propos de son trouble, va voir là l'occasion de s'offrir un espace de liberté, une vie parallèle à côté des siens, et retrouver ainsi des plaisirs qu'elle ne s'était pas permis depuis longtemps.

"Moi, je voulais seulement retourner à mon roman le plus rapidement possible. M'allonger sur le canapé, et manger du chocolat en tournant les pages d'Anna Karénine. Je n'avais pas cessé de penser à Vronski pendant que je faisais la vaisselle. Je me demandais comment Tolstoï s'y prenait pour contrôler si habilement ses personnages. Ses descriptions étaient merveilleusement précises. Et c'est exactement cette précision qui les empêchait de trouver le salut. Et ce salut, justement..."

Mais le corps et l'esprit peuvent-ils sortir indemnes de dix-sept jours et dix-sept nuits sans sommeil ?

"C'était mon vrai moi qui se révélait. En arrêtant de dormir, j'avais élargi ma conscience."

Une nouvelle entre rêve et réalité, thèmes chers à l'auteur, mais d'une facture beaucoup moins poétique que ses romans. Telle l'héroïne qui peu à peu s'observe vivre comme à distance, je le suis restée moi aussi sans pour autant éprouver de déplaisir à ma lecture, sans doute grâce aux reflets métalliques et glacés des illustrations  qui accompagnent le texte y renforçant ainsi l'effet hypnotique et onirique... La chute reste ouverte, à chacun de conclure à sa guise.

Une belle idée de cadeau pour cette édition originale.
Cette nouvelle est extraite du recueil intitulé "L'éléphant s'évapore" (Editions Belfond et 10/18)

Sommeil     Haruki Murakami     Editions Belfond

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Illustrations de Kat  Menschik

 

 

10 décembre 2010

Un joyeux diable au corps

9782757802205La guerre a aussi ses bons côtés... On peut parfois en douter mais c'est ainsi.
Pour Nenè, jeune garçon au sortir de l'enfance, elle lui permet de découvrir l'empire des sens ! Cet empire, c'est la villa qui abrite la Pension Eva, pudique appellation pour désigner le bordel du petit bourg de Vigàta.
Et forcément, lorsqu'en plus, on a pour copain Jacolino, le fils du nouveau gérant, ça ouvre des portes, surtout celles de la pension pas faciles à franchir quand on n'a pas encore atteint l'âge légal, et ça aide à lier connaissance avec la gente féminine et la vie tout simplement.

"Souvent Nenè rêvait que là-dedans habitaient les gentilles fées, celles qui courent te sauver quand tu as fait un faux pas et que tu appelles terrorisé et désespéré."

Mais Nené n'a pas attendu Jacolino pour découvrir que les garçons et les filles ne sont pas tout à fait pareils, voire même qu'anatomiquement, ils seraient plutôt complémentaires ! Sa cousine Angela puis la veuve Argiro vont progressivement lui montrer le chemin qui mène aux mystères du corps et du plaisir.
Finalement, ce que Nené trouvera à la Pension Eva ne sera pas forcément ce qui, longtemps, l'aura fait fantasmer.

Un savoureux roman d'apprentissage, plein d'humour, de naïveté et de tendresse, qui permet de gommer les angoisses et les réalités de la guerre dans l'Italie fasciste. Un court texte empreint d'humanité, des personnages attachants, le tout garanti sans vulgarité.

"Manger, vivre et écouter le ressac. Avec l'ami retrouvé. Qu'y avait-il de mieux dans la vie ?"

Première découverte pour moi. Je n'avais jamais lu cet auteur, célèbre pour son commissaire Montalbano, personnage récurrent d'une série d'enquêtes que je vais sans doute m'empresser de lire.

L'avis de CATHE

 

La Pension Eva     Andrea Camilleri    Editions Points

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3 décembre 2010

Combien tu m'aimes ?

9782874490897Une fille se retrouve soudainement confrontée à la fin de vie de sa mère dans l'ombre de laquelle elle a toujours vécu.
Elle espère, enfin, voir la reine-mère tomber le masque de fierté derrière lequel cette femme narcissique s'est réfugiée pour mieux camoufler, peut-être, ses propres souffrances.

Jusqu'au bout, la narratrice essuiera les rebuffades maternelles et les petites humiliations d'un jeu pervers aux règles si bien rodées.
Mais un mot, un geste de tendresse peuvent-ils s'échapper de cet organisme qui s'empoisonne d'un trop plein de bile et de fiel ? Qui cèdera la première ?

"- Pourquoi tu pleures ? me demande ta voix essoufflée quand je reviens près de toi.
- Mais je ne pleure pas. Pourquoi veux-tu que je pleure ? "

Quand la maîtrise changera de camp, la dernière quête aura pour décor les fragments d'une vie bien comptée, rangée, archivée, où la fille n'aura pas d'autre choix que de plonger. Entre nécessité et espoir d'une rencontre, afin d'atteindre enfin cette femme inaccessible, pour s'y trouver elle-même et y démêler l'emprise qui les a toujours liées. Jusqu'à un ultime accaparement.

Comme une suite, ou peut-être une fin, aux deux précédents livres, "Le grand menu" puis  "Ma robe n'est pas froissée" , on  retrouve dans ce court roman le style impeccable de précision de Corinne Hoex qui décoche les vérités sans fioritures ni ménagement.

Une trilogie entre haine et aime, figée dans l'ambiance glacée de ces familles où les sentiments ne peuvent s'exprimer autrement que dans le conflit ou la soumission. En lisant ce dernier opus, j'ai eu plus d'une fois envie d'houspiller cette fille, jamais à la hauteur des espérances maternelles mais qui pourtant ne lâche pas prise, tant cela me renvoyait à des situations que je suis loin de m'être imposées, et je me demandais, finalement, qui de la narratrice ou de la lectrice est la plus apaisée à ce jour...

Cruel dilemme qui pourrait exister entre "La douleur de perdre ce qui n'a pas été" et, comme le disait un écrivain dont j'ai oublié le nom, "Mes parents sont morts, voilà une bonne chose de faite !" ...

Corinne Hoex     Décidément je t'assassine     Editions Les Impressions Nouvelles

 

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29 novembre 2010

La femme chocolat (Challenge Chocolat 5)

9782070418992Apolline, 170 cm pour 130 kg, a connu dès l'enfance les affres de l'embonpoint.
Elle grandit entre un père trop tôt disparu, une mère tyrannique, un poil perverse, et un jeune frère rebelle qui prendra bien vite la poudre d'escampette. Restée seule avec sa mère, elle passe l'agrégation de philo avec succès, traverse les années 70 et prend à son tour son envol. Elle quitte maman pour un petit pavillon en banlieue et devient prof dans un lycée.

A 47 ans, Apolline partage sa vie entre son boulot - elle est adorée par ses élèves -, sa passion pour le cinéma, Fellini bien sûr, un amant de passage et les visites hebdomadaires à sa mère qui continue perfidement à entretenir la gourmandise de sa fille sans oublier de la morigéner au passage.

"Donc Apolline reste, et dîne d'un énorme plat de tagliatelles au chocolat noir que sa mère a confectionné devant elle sur la paillasse de la cuisine, tout en poursuivant la conversation.
- Je n'arrive pas à les faire aussi bien que toi, dit Apolline, assise à la table et la tête appuyée sur une main, comme en contemplation.
- C'est pourtant tellement facile, ma pauvre fille : 500 grammes de farine, 5 oeufs, du sel, un peu d'eau, un peu de cannelle, 250 grammes de chocolat fondu, tu mélanges tout ça, tu laisses reposer une bonne heure, tu étales, tu découpes tes tagliatelles, tu les laisses sécher au moins une demi-heure, tu les plonges deux minutes dans l'eau bouillante et c'est prêt."

Une mystérieuse soirée, donnée en son honneur par un ami, va voir la vie d'Apolline prendre un nouvel élan.

Rhaaa.. le chocolat (qu'elle range dans sa pharmacie !) et ses vertus antidépressives et aphrodisiaques ! 

Emaillé de clins d'oeil cinématographiques, de petites réflexions philosophiques et de références aux idéologies des années traversées, nous suivons le parcours d'une femme peu ordinaire qui cache derrière sa bonhomie et ses rondeurs bien des secrets et des souffrances.

"Dès lors que vous assumez un physique hors du commun, ce qui me semble être votre cas, ce physique qui vous fait quitter le terrain de la banalité braque sur vous les yeux qui vous entourent, et parmi ces yeux il y en a forcément qui ne peuvent se détacher de vous. La beauté, la laideur, la grosseur, la maigreur, tout cela n'a aucune importance. La malédiction, c'est d'être banal, c'est de ne posséder rien qui fasse rêver quelqu'un d'autre."

 Je n'ai pas encore testé la recette des tagliatelles, si quelqu'un se lance qu'il en donne des nouvelles !

Le chocolat d'Apolline     Michel Cyprien     Editions Folio

 

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5 décembre 2010

La vieille aux mots dormants

la_vieille_342x509Quelque part au fond du Poitou en un temps figé du début des années 60, trois personnages vont tenter de sortir de leur solitude et de s'ouvrir aux autres pour l'amour des mots.

"On communia. Corps du Christ, amen. La vieille se surprit à penser, comme jeune fille elle faisait, liant en écholalies les mots, cyclamen, quand l'archiprêtre lui déposa sur la langue telle une fleur blanche qui lui serait poussée dans les entrailles, dans le creux de la faim, petite fleur dense, riche de paroles, éclose sur ses lèvres en motet Renaissance, comme, au printemps, donne à siffloter la tige de folle-avoine, mâchonnée dans les prairies."

Une vieille originale - qui préfère encore la lampe à pétrole à l'électricité, la messe en latin et soliloque, malgré elle, dans son jardin sous son buisson de roses - recueille un chien errant avec lequel s'impose un drôle de dialogue. L'animal servira de trait d'union avec un vieux marquis loufoque, philologue et linguiste vivant, parmi ses livres, dans un manoir délabré, et qui roule encore en Juvaquatre, modèle 1939, laquelle automobile le conduira sur les routes pour récupérer le chien qui, soit disant, lui appartiendrait.

"Vaisselle dans l'évier. Café, celui du matin, réchauffé au bain-marie. Puis cette espèce de vide qui suit le ventre plein. Somnolence. Il y a, pour ça, contre un mur de la bibliothèque, une méridienne, qui mérite bien son nom. Olivier de Cruid aime à trouver à tout de la signification; et, comme son stoïcisme aristocratique est tempéré d'épicurisme, il n'irait pas gâcher ce moment de langueur en épluchant un courrier cause, fréquemment, de soucis."

 Voilà prétexte à un délicieux voyage au coeur de la langue et du temps. Dans un style rare de nos jours, entre simplicité et préciosité, les mots chantent au fur et à mesure qu'ils défilent sous nos yeux. Ils nous parlent d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, s'amusent d'associations dans les esprits farfelus des personnages et nous laissent sur la langue un petit goût de nostalgie de ce qui a été et ne sera plus.

Des mots plein la bouche entre roman de la chair et du verbe et conte tellurique, entrailles mêlées des hommes et de la terre. Un exercice de style anti-moderniste qui nous entraîne sur des sentiers littéraires où l'on n'y croise plus grand monde. Une dernière promenade, pour les protagonistes et les lecteurs, comme pour conjurer le mauvais sort de l'immédiateté et de la mort.

"On sent bien que ces mots lisses n'ont pas le grand âge ni l'usure des nôtres: ni biscornus, ni fêlés, ni rabougris. Ce sont des mots dans leur première fleur, un composé de blancheur et d'innocence. Quand on les a sur la langue, on a l'impression de sucer un lait tiède qu'on laisserait doucement couler: une libation de paroles."

Une magnifique découverte faite dans La Ruelle Bleue  et que je remercie ! 

La vieille au buisson de roses     Lionel-Edouard Martin     Editions Le Vampire Actif

 

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(photo Lilizen)

 

28 novembre 2010

De ver en vers

5196iEnfant déracinée, adoptée, incestuée, endeuillée, bref, plutôt malmenée par la vie, l'auteur a su se réconcilier avec sa part d'ombre grâce à l'écriture et plus particulièrement à la poésie. Ses textes narrent son vécu et son parcours.

Je dis "textes" car je n'arrive pas à coller le terme de poésie à ce recueil. Je m'attendais à des cris de révolte, à des flots d'agressivité, à des emportements violents. Non, il s'agit d'un constat froid et concis des ravages, parfois discrets mais toujours tenaces, que sème la maltraitance, des flashs de la vie quotidienne, avec ses peurs, ses peines, ses colères et ses angoisses. Beaucoup de pudeur, de retenue, mais des mots justes qui ne s'embarrassent pas de détails sordides pour faire mouche.

Extrait de "La grasse matinée"

Un dimanche matin
Dans son lit en rotin
Grasse matinée
Avec petit déjeuner

Quand soudain
Il a glissé sa main
Il a caressé ses seins
Doucement, a dessein

Sous le regard
De grand-mère
Qui n'a rien deviné
A un pas, le dos tourné

 

J'ai eu envie de partager ce recueil avec quelques une des ados cabossées dont je m'occupe. Je peux vous dire que ça a résonné à fond, mais toutes ont eu parfois le même ressenti. Je cite celui d' E...., 17 ans, maltraitée par un père alcoolique, à propos du poème Je hais les pères !.  E... s'est écrié : "Elle est gentille la dame, elle dit ça d'un air tranquille, moi je leur cracherais plus de saloperies !". Et moi bien sûr, qui n'attendais que ça, de saisir la balle au bond : Allez hop, E... écris donc quelques lignes envenimées pour notre prochain rendez-vous !

C'est vrai qu'on sent une forme d'apaisement dans le style d'Emilie Fédou. Apaisement qui cède à la rage et à la douleur quand on peut enfin dénoncer, accepter d'être aidé et apprendre à transformer en force ce qui aurait pu détruire.  C'est encourageant pour ces ados même si  pour certaines le chemin qui les y mènera est encore bien long.

Mes remerciements tout professionnels donc à l'auteur et à Blog O Book pour ce partenariat de lectures.

Nue comme un ver(s)     Emilie Fédou     Editions Publibook

 

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25 mars 2009

Ricochet de Gallay (4)

9782742782123Un père qui boit, une mère qui trime, deux enfants, Marc et Simone qui se serrent les coudes tant bien que mal, telle est une des dernières familles vivant dans le village du Haut. Les autres, ils sont partis ou descendus au village du Bas. En Haut, coupés de tout dès que tombe la neige, ne restent que les vieux et les bêtes.
Le froid, les coups, la crasse et la vermine composent l'ordinaire. Le seul îlot de tendresse, c'est chez M'mé Coche que les enfants en trouve quelques miettes, sous forme de petit gestes ou de chiches gourmandises

Lorsque le ventre de la mère s'arrondit pour la troisième fois, le père embauche une jeunette du village du Bas, Mado, qu'il ne tarde pas à engrosser aussi. Elle prendra vite la poudre d'escampette, non sans dérober les maigres économies du couple mais laissant en échange nuitamment sur le pas de la porte le fruit des amours adultères, Manue.
Résignés, tous acceptent cette bouche de plus à nourrir. Marc plus que quiconque. Un amour fou et protecteur va croitre au fils des années et l'entraîner au-delà du sordide quotidien.

 

L'office des vivants    Claudie  Gallay     Editions Actes Sud  Babel

26 septembre 2008

Végétariens, s'abstenir !

9782876734876Fin des années 50, dans une bourgade du Sud-Ouest, les Croquard règne sur un petit paradis de boustifaille et cochonnaille diverses et variées; spécialité, les pieds de cochon.

"Toque blanche, casaque bleu ciel, gilet bleu ardoise, parfois, Croquart était plus rond que gros, de fait presque aussi large que haut. Plus précisément rond et carré à la fois, une quadrature du cercle."

Pendant que Monsieur orchestre, découpant, soupesant, conseillant ses clientes, toutes en admiration devant le ballet excécuté par le maître-boucher, entre grâce et dextérité, arabesques des grands coutelas et doux chuintements du papier d'emballage, Madame, née Paupier, dans ses blouses fantaisie, cheveux et ongles impeccables, trône comme il se doit derrière la caisse tout en consultant des catalogues de vente par correspondance. Au gré des saisons, elle s'exerce à l'art en décorant la vitrine et, en cachette, elle s'essaie même à la littérature à ses moments perdus sous l'oeil énamouré de son faux caniche nain. "Divinité Civa Ardhanari, sur tabouret, de la caisse et du hors d'oeuvre cuisiné, elle était comme affligée par instants, indéchiffrables pour la plupart, d'une sorte de gêne mêlée d'inquiétude."
A l'arrière et en coulisses officient un timide commis boucher et un laborantin "[qui] semblait toujours préoccupé, avait l'air taciturne et fatigué, affichait une peau d'alcoolique léger-gros fumeur en instance de divorce."

Les Croquart ont le loisir modeste. Quelques soirées entre amis autour des rings pour assister à des combats de catch, quelques virées à bord du break id 19, bref une petite vie tranquille et bien huilée.
Jusqu'au jour où deux événements vont venir gripper la machine.
D'abord la mort d'un vieil ami de Monsieur Croquart, le célèbre Merlin, "abatteur aux abattoirs" , qui ne se remettra jamais de la modernisation de son métier !
Puis dans la foulée, sans doute pour oublier sa peine, la décision de Monsieur Croquart d'étendre son activité aux marchés de la région, histoire d'investir et de s'enivrer du doux sentiment de liberté que lui procure la conduite de son fourgon réfrigéré dans les petits matins frisquets.

A partir de là, tout dérape. Et c'est le grand pétage de plomb, tant aux abattoirs que sur les marchés, et à la boutique... peut-être bien que ça va saigner aussi !
Grandeur et décadence de la maison Croquart... Un drôle de premier roman où les "morceaux" remplacent les chapitres, des personnages hauts en couleur, deux scènes d'anthologie, l'ambiance années 60 en filigrane et une chute surprenante.

Une vraie boucherie    Bernard Jannin    Editions Champ Vallon

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21 septembre 2008

La mémoire qui flanche

9782070787265On a toujours vingt ans quand on est amoureux... et ce n'est pas Mado qui dira le contraire.
Mado, la vieille demoiselle qui vit seule avec son canari dans un petit pavillon de banlieue. Mado, qui a pour seule occupation la photographie des détails au ras du sol. Mado, dont la seule amie, Nala, la cartomancienne aux cheveux de feu, s'en retourne dans son pays.
Nala veillait sur Mado, inventant des tas de combines pour que Mado puisse continuer son chemin malgré sa mémoire qui fout l'camp.
Nala partie, c'est à sa nièce Judile, qu'elle confie Mado.

Arrive en ville l'Indien, ainsi nommé car il ne connait pas le vertige. Son royaume ce sont les toits du haut desquels il se noie dans le ciel, tentant peut-être d'apercevoir par delà les horizons lointains le pays qu'il a laissé derrière lui depuis longtemps.
Lui, là-haut, elle, si bas, leurs regards se croiseront pourtant, faisant naître des futurs jusque là inespérés.
Espoirs d'une vie sans plus aucun départ, pour l'Indien. Rêves d'une première douceur amoureuse, pour Mado.
Mais du ciel à la terre, la focale est immense, ouvrant la porte à toutes les illusions. Illusions d'optique surtout, qui peuvent se révéler fatales.
Au milieu de tout ça, Judile se sent flouée, rejetée, renvoyée à ses tristes amours.

"Elle ne sait pas combien de temps elle fixe ce ciel dont l'image lui restera toujours en mémoire. Chaque fois qu'elle a l'impression de basculer, elle songe au regard de l'homme et s'y retient comme à un fil, et ce fil est sans fin et l'emmène aussi loin qu'elle le veut. A quoi cet inconnu peut-il penser en observant le ciel avec une telle attention, se demande-t-elle; puis brusquement elle se rappellle son propre regard posé la veille au soir sur la terre en friche du jardin, les éclats du mica, cette impression d'immensité inversée, elle se souvient des mots de Judile : C'est votre histoire mais à l'envers. Et, de fait, il y a quelque chose d'infiniment familier dans la façon dont il regarde le monde."

Avec toujours autant de délicatesse, l'auteur sait aborder les thèmes les plus difficiles, notamment ici, la fuite de la mémoire et l'exil.
Une poésie tout en nuance, teintée de larmes et d'émotions, dans laquelle se diluent les souffrances et les différences. Un joli terreau d'où jaillit une fragile passerelle qui tente de relier les êtres et qui s'essaie à modifier la carte du tendre. Un imaginaire entre enfance et fin de vie sur le fil duquel se balancent tous les regrets et tous les possibles.
Un magnifique roman d'amour qui s'enroule sur les spirales des âges comme un éternel recommencement.

L'avis de  SYLIRE

Je voudrais tant que tu te souviennes   Dominique Mainard   Editions Joëlle Losfeld

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10 novembre 2010

Je chante donc je suis

9782847201741Le début de ce livre c'est Perfect Life. Belle maison, grand jardin, une femme aux qualités multiples, un mari pilote de ligne qui ressemble à Paul Newman, quatre enfants irréprochables, même le chien s'appelle Beau... bref tout va pour le mieux pour Clothilde sous le soleil de la Bourgogne. Elle a même la chance d'avoir une amie qui lui procure un boulot alors que pointe l'angoisse des journées vides maintenant que les petits derniers sont aussi scolarisés, elle rafle une affaire immobilière au vu et au su de tout le monde, trouve des artisans disponibles en un rien de temps et lorsqu'elle a besoin d'une consultation chez un spécialiste, c'est dans la semaine qu'on lui en propose un. De quoi se plaint-elle, hein ?.. Oui mais voilà, suite à un terrible stress, Clothilde perd soudainement sa voix.

Tout ça commençait à me lasser et je regrettais déjà d'avoir cédé aveuglement à l'achat du nouveau livre d'Anne Delaflotte Mehdevi. J'avais tellement aimé "La relieuse du gué" et son ambiance intimiste que je n'imaginais pas un instant être déçue par ce second roman. Et je pensais comme la cousine bourguignonne "T'as bien des soucis de riches toi..."

Heureusement, alors que la mécanique familiale s'enraye pour mieux se recaler suite à cet événement, entrent en scène le chant et la musique. Et, contre toute attente, me voilà embarquée dans le parcours de cette femme à la recherche d'un désir profond d'exister.

A une analyse psychologique fouillée, l'auteur privilégie une approche de front. Point de grandes plongées dans le passé, l'auteur laissant, s'il le souhaite, le lecteur tirer lui-même les fils anciens qui ont pu se nouer au point de former cette grosse boule dans la gorge qui obstrue la parole et, au- delà, le désir. L'ici et maintenant sont sur le devant de la scène, avec en toile de fond une sensualité omniprésente.

"Cecilia Bartoli en était au titre 6, Caldo sangue de Scarlatti, Clothilde distinguait les paroles juste assez pour comprendre qu'il s'agissait de sang et d'adieux.

Chant : intonation particulière de même nature que la parole, à la différence que dans le chant, la voix s'élève.

Titre 9, Scarlatti, Qui resta... L'alta Roma.

Sur son radeau, Clothilde à la parole empêchée se préparait à explorer la voix en musique. Avant de se lancer, elle écoutait, dressée sur les accords du violon, cette Romaine qu'elle guettait et craignait comme un feu."

Au final, un texte sympathique, mais pas bouleversant, pour aborder l'histoire d'un tournant de vie et l'affirmation de soi.

Pour vos yeux, l'avis d'Aifelle ainsi que d'autres liens. Et pour vos oreilles et bercer votre lecture, le magnifique Caldo sangue.

 

Cecilia Bartoli, Scarlatti, "Caldo sangue"

 

 

Fugue     Anne  Delaflotte  Mehdevi     Editions  Gaïa

 

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27 octobre 2010

Imaginaire

9782755700954Un matin d'Avril 1976, le monde bascule pour Harry, 10 ans, et son petit frère, dit le Lutin, 5 ans, tous deux fils d'un avocat et d'une universitaire. Raison : parents dans le collimateur de la junte de Videla qui, le 24 Mars, vient de renverser le gouvernement d'Isabel Peron, la troisième épouse du celèbre président Peron.

Sortie de classe en plein cours sans repasser par la case maison, la famille s'installe à la campagne, non loin de Buenos Aires, dans une planque. Une nouvelle vie de quelques semaines commence alors, nouvelle identité pour tous, nouvelle école pour les enfants, répétitions de stratégie "branle-bas de combat" en cas d'urgence, questions réponses, correctes incorrectes....

Mais autour de quoi tourne le monde quand on a 10 et 5 ans ? Ses séries télé, ses copains, ses magazines, ses jeux pour l'un, son doudou Dingo, son pyjama, son Nesquik, sa tasse à bec verseur pour l'autre... Ouf, presque tout cela peut se racheter, sauf les copains évidemment. Même la vieille 2 CV tient le coup, ce qui permet quelques escapades, loin de là, chez les grands-parents.  La vie reprend son cours même si la situation ne fait qu'empirer pour la liberté des adultes jusqu'au jour où la planque n'est plus sûre et où les parents doivent se résoudre à mettre les enfants à l'abri.

" La dernière chose que papa m'a dite, le dernier mot que ses lèvres m'adressèrent fut : "Kamchatka". Il m'embrassa en me piquant avec sa barbe de plusieurs jours et il monta dans la 2 CV. La voiture s'éloigna sur le ruban ondulant de la route, une bulle verte qui apparaissait et disparaissait avec chaque colline, de plus en plus petite, jusqu'à ce que je ne la vois plus. Je restais là un moment, la boîte de Risk sous le bras, avant que grand-père pose une main sur mon épaule et dise on rentre.  Et ce fut tout."

Ne vous fiez pas à ces premières lignes qui pourraient vous faire croire qu'on va tomber dans le pathos. Il n'en est rien. Grâce aux ressources dont savent faire preuve les enfants, Harry, le Lutin toujours dans son sillage, va traverser ces quelques semaines en s'appuyant sur ce qui a toujours fait son univers, les superhéros, le jeu Risk, le feuilleton Les Envahisseurs, dont père et fils sont fans, et Harry Houdini, le célèbre magicien évasionniste, dont il découvre les exploits dans un livre abandonné sur une armoire sans doute par les précédents occupants de la maison, et dont il se met en tête d'égaler les exploits.

Beaucoup d'humour vous attend malgré la gravité du sujet. J'ai adoré le choix de la nouvelle identité de la famille, le père devient David Vicente, hommage aux Envahisseurs, le Lutin choisit Simon, comme Simon Templar, faut dire que le petit fait une fixette sur les saints, et Harry, comme Harry Houdini. La mère deviendra Flavia mais ne veut pas donner la raison de son choix....

De l'originalité dans la présentation du roman dont les parties se décomposent comme les heures d'un emploi du temps d'écolier en écho aux changements que tous vont rencontrer.

"Première heure ; Biologie n.f. - Science qui a pour sujet les êtres organisés."

Des références à la mythologie et ses héros, au cinéma, aux grandes questions de l'univers, des portraits drôles et touchants comme seuls les enfants peuvent en faire (la grand-mère Mathilde est hilarante et la relation qu'Harry noue avec Lucas Tout Court, jeune clandestin qui rejoint la famille à la campagne, très émouvante). Bref une délicieuse parenthèse avant la tourmente, se dire l'essentiel, se dévoiler, oser, Risker imaginer un ailleurs et un avenir, loin là-bas comme au Kamchatka sur le plateau d'un jeu.

Un joli roman d'initiation qu'il ne faut pas laisser passer. Le narrateur sait nous faire partager avec justesse et pudeur les ressentis des enfants, tout en sous-entendus, mêlant habilement au passé son regard d'adulte. Je souhaiterais que  l'imaginaire soit encore ce qu'on ne peut ôter aux hommes.

Rappelons que le coup d'état de Mars 1976 a vu rester au pouvoir la junte jusqu'en 1983. La répression a fait 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants et 500 bébés kidnappés aux desaparecidos (sources 2002). Et les Mères de la place de Mai manifestent depuis 33 ans avec une seule question " Donde estan ? ". Celles de Flavia et de David Vincente sont ou ont sans doute été parmi elles.

Message personnel au cas où ses yeux tomberaient sur ces lignes : Elsa Nani, professeur d'espagnol qui a, elle aussi, quitté l'Argentine, elle m'a fait découvrir pêle-mêle Mafalda, le maté, le tango, Garcia Lorca, Guernica et les anarchistes espagnols. Elle m'a aussi donné le goût des voyages et appris à revendiquer différence et originalité. Elle a marqué à jamais mon adolescence. Un précieux tuteur, selon la formule consacrée de Cyrulnik. Merci à elle où qu'elle soit aujourd'hui.

Kamchatka     Marcelo Figueras     Editions du Panama

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28 mars 2009

Perpète

9782879296302Qu'écririez-vous à votre amant emprisonné à vie ?
Les faits de la vie quotidienne, les joies et les colères, les souvenirs d'enfance et d'amour, les réflexions sur l'humanité, l'absence. Et aussi les projets malgré la perpétuité. Voire quelques dessins ?

"Tu m'as dit que tu stotches à ton mur, juste sous la fenêtre, les dessins de mains que je fais pour toi - de là, elles peuvent voler où bon leur semble, tu m'as dit.
Ces mains veulent te toucher, elles veulent t'aider à tourner ta tête quand tu regardes ailleurs, elles veulent te faire rire."

Avec tour à tour poésie, révolte, humour mais toujours avec amour, Aïda, insuffle la vie à Xavier, détenu de la cellule n°73 de la prison de Suse. Des mots qui grignotent les mailles des grillages et rongent l'acier des barreaux, laissant s'insinuer dans l"espace confiné un souffle de dignité et de liberté.

"Le sommeil est la première maison, une maison sans toît, sans murs, sans lit. Les toîts, les murs, les lits sont venus plus tard, inspirés par le sommeil. Ce soir je t'emmène, mon amour, dans la première maison. Je l'introduis sous la porte monstrueuse et tu me trouveras dedans."

De son côté Xavier parsème le dos des lettres d'Aïda de citations, d'anecdotes de son quotidien ou de commentaires concernant l'actualité internationale.

Outre le fait d'être un objet original, puisqu'il est agrémenté de dessins et de deux magnifiques portraits, ce livre est inclassable. Tout comme son auteur d'ailleurs, homme touche à tout et engagé, qui mêle ici, et avec talent, les mots d'amour et les cris de lutte des opprimés leur permettant de garder la tête haute.
Une histoire de survie et un bel ailleurs d'humanité, vraiment. Et certains en auront besoin...

De A à X   John Berger   Editions de l'Olivier

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22 août 2008

Et si c'était vrai...

9782070341924Une jeune femme au métier singulier, elle est "accompagnante", revient sur ses jeunes années passées dans un établissement de rêve, Halisham, dirigé par une mystérieuse Madame. Les enfants qui y grandissent ne sont pas loin de penser qu'ils forment une sorte d'élite.
Elle évoque les liens d'amitiés tissés avec d'autres résidants, liens qui se transformeront au cours de leur adolescence. Chacun choisit sa voie, leurs chemins se séparent mais pour se croiser à nouveau en de curieuses et funestres circonstances.
Ces retrouvailles sont l'occasion de s'interroger sur leur place et rôle respectifs dans la société d'une Angleterre futuriste.
On comprend rapidement qu'Halisham est un établissement qui se consacre à l'éducation d'êtres clonés et que les élèves sont destinés à devenir des donneurs et/ou des accompagnants.

"Alors vous attendez, même si vous ne le savez pas vraiment, vous attendez le moment où vous vous rendrez compte que vous êtes réellement différent d'eux; que, dehors, il y a des gens comme Madame, qui ne vous détestent pas et ne vous souhaitent aucun mal, mais qui frissonnent néanmoins à la seule pensée de votre existence - de la manière dont vous avez été amené dans ce monde et pourquoi - et qui redoutent l'idée de votre main frôlant la leur. La première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d'une personne comme celle-là, c'est un instant terrifiant."

J'avoue avoir trouvé la lecture de ce roman assez laborieuse.
Non pas que le thème soit inintéressant, bien au contraire, mais le rythme du récit a failli à plusieurs reprises avoir raison de mon attention. A mon goût, trop de redondances dans les deux premiers tiers du texte qui malgré tout n'ont pas réussi à m'émouvoir.
Il m'a fallu attendre la dernière partie pour sentir enfin poindre une compassion réelle pour ces êtres humains que la société utilise tout en ne voulant pas en entendre parler.

La façon dont l'auteur choisit d'aborder le thème du clonage est originale. Point de science-fiction, mais une oeuvre littéraire proprement dite, un récit intimiste à l'écriture emprunte d'une certaine obsessionnalité qui m'avait déjà fait abandonner un précédent ouvrage de l'auteur, "Les vestiges du jour" .

Et, réflexe sans doute défensif de ma part tant le sujet est dérangeant, la résignation prégnante des personnages  m'a été difficilement supportable. Lors de la prise de conscience de leur triste sort, un vent de révolte de la part des principaux intéressés sur l'instrumentalisation de l'humain n'aurait pas été pour me déplaire.
Reste que ce livre donne matière à moultes réflexions éthiques sur le statut identitaire de ces êtres qui n'en seraient pas moins nos... semblables !
Vaste question...

Les avis d' ANNE , de KATHEL ainsi que quelques autres.

Auprès de moi toujours    Kazuo Ishiguro    Editions Folio 

 

clonage02

 

26 juillet 2008

Ricochet de Gallay...(3)

9782841569342Mais de Venise, je pris un billet pour les sables émouvants de La Hague.
Et de séduite, je deviens envoûtée par l'écriture lancinante de l'auteure...
Voilà près d'un mois que je couve ce billet.
Il y a des auteurs comme ça, qui laissent dans l'impossibilité d'écrire la moindre ligne tant l'émotion submerge, tant la pudeur fait craindre de se dévoiler plus qu'il ne faut.
Il y a des livres comme ça, dans lesquels on s'enveloppe, on se vautre. Des livres qu'on croit écrits pour soi, qui vous renvoient vers des temps douloureux. Des livres dont les pages brûlent les doigts tant on sait que les tourner mènera à la réminiscence, à la frontière de l'absence avec la tentation vertigineuse du vide. Des livres qu'on lit les larmes au bord des cils. Des livres où la lenteur devient un art de vivre à défaut de mourir et où le temps s'écoule au rythme nécessaire des renaissances.

Autour de La Griffue, maison posée sur une pointe de terre au-dessus de la mer, gravitent des personnages poussés là par les vents du hasard ou les souffles de la mémoire.

"Les histoires se ressemblent.
Il y a toujours d'autres histoires. Il suffit d'un rien, parfois, un angélus qui sonne, des êtres se rencontrent, ils sont là, au même endroit.
Eux qui n'auraient pas dû se croiser. Qui auraient pu se croiser et ne pas se voir.
Se croiser et ne rien se dire.
Ils sont là."


Les exilés. La narratrice, une ornithologue comptant, dessinant les oiseaux, et parsemant la lande de son chagrin; Raphaël, jeune sculpteur des mains duquel naissent des oeuvres tourmentées telles Les Suppliantes, La Mendiante, La Couturière de la mort; Morgane, sa jeune soeur pétillante malgré la vie qui s'effrite; Lambert, revenu sur les traces de l'enfance, et à la recherche de la vérité sur sa famille disparue en mer.

Et ceux d'ici, ceux qui sont nés les deux pieds dans la vase et la tête chamboulée par les rafales des vents violents et leurs tragédies. Théo, l'ancien gardien du phare amoureux des oiseaux et entouré de chats, qui expie quelque faute dans la solitude de sa bicoque; la Mère, sa femme, qui s'accroche à son amour perdu comme à son déambulateur et aux maigres restes de sa vie contenus dans un petit sac à main; Nan, la rivale, porteuse du mauvais oeil et brodeuse de linceuls, celle qu'on dit à moitié folle quand elle erre sur les côtes les jours de tempêtes en hurlant le nom des disparus; et enfin Lili, la fille, qui accueille en son bar la misère de tous ces écorchés pour mieux camoufler la sienne.

Enfin il y a les poètes, les funambules qui traversent tout cela le rêve aux lèvres. Max, épris des mots et de Morgane, un simple d'esprit qui, quand il n'oeuvre pas au cimetière, retape La Marie Salope afin de partir un jour pêcher son premier requin taupe; la Cigogne, l'enfant sauvageonne au bec de lièvre, qui observe les adultes à travers l'oeil grossissant d'une bille de verre; monsieur Anselme, vieux dandy qui ressasse à loisir les souvenirs qui le lient à l'arbre de Prévert, à la maison de Prévert, à la famille de Prévert...
Oui, car il y a aussi Prévert, le vrai, celui qui vécut là et aima ce petit bout de terre malmené. Prévert tel une bouffée d'oxygène ou un lancer de confettis, pour maquiller la rouille et les idées noires.

"La maison de Prévert était là, au milieu des arbres, une maison entourée par un jardin. On s'est appuyés à la barrière. La végétation était luxuriante, les rosiers, les tournesols en fleur, des plantes aux feuilles géantes et aux noms impossibles à prononcer. Un petit ruisseau traversait le jardin et passait sous le petit pont devant l'entrée."

Un livre somptueux et des personnages débordants d'humanité, le tout porté par une écriture dépouillée mais poisseuse de sel et d'eau mêlés, croquant la fragilité des côtes et des êtres d'où suintent l'absence, le manque, le deuil, la mort.
Grâce aux poètes, et au détour d'un rayon de soleil, émergent de la tourmente des percées de ciel bleu qui révèlent ce que la terre et les désespérés ont aussi de meilleur tapi sous leurs souffrances.
Est-ce justement parce que ce bout de monde est si inhospitalier aux hommes qu'il attire tant de naufragés de la vie venus s'échouer là comme pour mieux épuiser leurs peines ?
A moins qu'en fin de compte, ils viennent y retrouver l'inspiration de vivre...

Une lecture éprouvante mais envoûtante.
Plus de cinq cents pages où j'ai souvent cru me perdre tant ce texte génère une sorte d'îvresse des profondeurs. Le livre refermé, je me suis retrouvée échouée et suffocante comme après un dernier réflexe de survie, celui qui vous donne la force de remonter à la surface aspirer une énorme goulée d'air, de reprendre souffle, et alors...

"Je me suis assise jusqu'à ce que l'espace m'avale. Fasse de moi un être minéral en contemplation devant le monde."

Un très bel extrait et des avis chez  CATHULU.

Les déferlantes    Claudie Gallay    Editions du Rouergue

 

mrJack035

   

21 mars 2009

Amour, magie, chocolat y revolucion (Challenge Chocolat 3))

9782070379477Outre le fait d'avoir été l'invité d'honneur du dernier salon du livre, le Mexique s'est dernièrement illustré par la visite de notre zorro national tentant d'arracher de ses petits poings rageurs et rolexés une de ses compatriotes retenue dans des geôles cucarachesques. En vain jusqu'à ce jour, mais gageons qu'une confortable contre-partie commerciale, nucléaire et autre, aura raison de cet imbroglio ganstero-politico. Mais je m'égare.

Approche plus consensuelle, le Mexique est aussi connu pour être le berceau d'un certain nombre de substances, pour certaines au demeurant fort sympathiques, à haut pouvoir addictif parmi lesquelles le pétrole, la tequila, la desperados, le peyolt, la marijuana, le chili con carne, le café et bien sûr le cacao. Mais je m'égare, encore que...

A Pedras Negras, au nord du Mexique, la propriété de la famille de La Garza est encore épargnée par les soubresauts de la révolution menée par Pancho Villa.
Entourée de ses trois filles, Rosaura, Gertrudis et Tita, Mama Elena règne de main de maître sur la petite communauté. La cuisine est le domaine de Nacha et de Chencha, respectivement cuisinière, servante et nourrices de Tita la benjamine qui a trouvé refuge en ces lieux plus chaleureux que les bras de sa mère.

"L'unique qualité de Mama Elena semblait être de savoir traquer les défauts."

Tita grandit donc entre les tintements de casseroles et les battements de fouets, des fumets aussi divers que variés chatouillent très tôt ses petites narines et tout aussi vite ses yeux s'habituent aux picotements provoqués par les épices, les piments et les oignons. Inutile de vous dire qu'elle acquiert comme personne des talents culinaires exceptionnels, talents qui, au fil des ans, s'enrichissent de recettes de bonne femme prodiguées par la vieille Nacha qui n'a pas son pareil pour détourner l'usage et utiliser les propriétés cachées de certains ingrédients.

 A quinze ans Tita tombe amoureuse de Pedro. Don Pascual Muzquiz, accompagné de son fils, vient faire sa demande en mariage. Mais Mama Elena, qui a élevé ses filles selon le célèbre manuel de Carreña lequel préconisant que la benjamine se doit de rester célibataire afin de veiller sur les vieux jours de sa mère, Mama Elena donc oppose un refus catégorique et en profite pour refiler à Pedro la main de l'aînée, Rosaura.
Nacha et Tita se chargeront de confectionner le pantagruélique repas de noce au cours duquel d'étranges phénomènes se produiront...

"Une curieuse nostalgie s'emparait des convives dès la première bouchée. (...) Ce ne fut pas tout. Les sanglots furent les premiers symptômes d'une intoxication alimentaire rare, liée à la mélancolie et à la frustration (..). Aucun n'échappa au sortilège; seuls quelques chanceux eurent le temps d'arriver jusqu'aux toilettes; les autres prirent part au grand vomissement collectif qui s'organisa au beau milieu de la cour."

Pendant que Rosaura donne naissance à une jolie petite Esperanza, l'amour de Pedro pour Tita ne faiblit pas. Mais le cerbère Elena veille au grain.
Un autre repas ensorcelé voit Gertrudis fuir ce climat devenu étouffant, tous sens en éveil et éperdue d'amour, elle part se réfugier dans les bras d'un partisan de la révolution qui se rapproche de Pedras Negras.
Divers événements culinaires, tous aussi farfelus les uns que les autres, viendront ainsi donner un tour inattendu au destin d'une ribambelle de personnages hauts en couleur, et ponctuer les principaux cycles de la vie familiale.
Méfiez-vous tout particulièrement des cailles aux pétales de roses, certains effets peuvent être dévastateurs...

"Détachez soigneusement les pétales de roses. Attention de ne pas vous piquer; non seulement ça fait mal, mais si les pétales s'imprègnent de sang, ça altère la saveur du plat et provoque de dangeureuses réactions chimiques."

Vous apprendrez à confectionner une pommade au chocolat pour des lèvres toutes douces, vous saurez comment ôter des taches grâce à de l'urine chauffée, à lutter contre la mauvaise haleine, mais aussi à confectionner le chorizo, le dindon aux amandes et au sésame etc, etc..
Bref, vous passerez un réjouissant moment en compagnie de ce "Roman-feuilleton où l'on trouvera des recettes, des histoiresd'amour et des remèdes de bonne femme", sous-titre suffisamment évocateur pour ce journal retraçant sur douze mois la vie de femmes se transmettant de génération en génération, certes des recettes, mais aussi les petits secrets de famille.
Une narration originale qui s'inscrit dans la pure tradition littéraire sud-américaine, mêlant sensualité, merveilleux et drôles de mélodrames.
Des chroniques familiales succulentes à picorer parcimonieusement ou à dévorer gloutonnement !

Mis a posteriori dans le Challenge Chocolat !

Chocolat amer    Laura Esquivel     Editions Folio

 

 

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