samedi 16 juin 2007

Mémoire salée

9782221105528Suite au décès de sa femme Anna, Max revient cinquante ans après sur les lieux de son enfance. Il s'installe aux Cèdres, une maison qu'il a bien connue à l'époque, et qui aujourd'hui est tenue par Melle Vavasour.
Autrefois "Les Cèdres" était une maison qu'on louait aux vacanciers. La famille Grace est venue y passer quelques semaines durant un été qui marqua à jamais le narrateur.

"Lorsque Melle Vavasour me laissa dans ce qui désormais allait être ma chambre, je jetai ma veste sur une chaise, m'assis sur le bord du lit, inhalai profondément l'air renfermé et eus le sentiment qu'après avoir voyagé depuis longtemps, depuis des années, j'étais enfin arrivé là où, depuis toujours et sans le savoir, je devais arriver et où je devais rester, ce lieu étant maintenant pour moi le seul endroit possible, le seul refuge possible."

Durant son séjour, Max se livre sans concession à une introspection qui lui permettra enfin de se confronter aux événements qui l'ont façonné en tant qu'homme.
Le récit s'étoffe alternativement de souvenirs d'enfance, de fragments de la vie avec Anna et de moments présents. La mer est toujours là, omniprésente sous ses mille aspects, faisant remonter à la mémoire de Max les émois amoureux de l'enfance, les sentiments de vide et de manque liés au deuil et les angoisses des années incertaines qui s'ouvrent devant lui.

"Les vaguelettes devant moi, à la lisière de l'eau, babillent d'une voix animée, évoquent avec des murmures passionnés une ancienne catastrophe, le sac de Troie, peut-être, ou la disparition de l'Atlantide. Tout est débordement, saumâtre et étincelant. Au bout d'une rame, des perles d'eau se rompent et dégringolent en un chapelet d'argent. Je vois le bateau noir au loin, qui, de minute en minute, se rapproche imperceptiblement. J'y suis. J'entends ta sirène. J'y suis, j'y suis presque."

Tel le flux et le reflux, le narrateur et le lecteur sont entrainés dans un mouvement incessant de va et vient entre passé et présent, rêve et réalité, calme et tempête, espoir et désespoir. Comme lors d'un véritable travail psychanalytique, les associations s'enchaînent, les évidences s'imposent et les liens se tissent.
La fin du récit est assénée comme un coup de théâtre et laisse face à l'immensité de l'horizon. Comme quand la vie s'impose devant la mort, il faut malgré tout continuer à naviguer.

C'est un texte magnifique et d'une richesse telle que l'écriture se dispute à la peinture ces évocations tour à tour tendres et douloureuses de la mémoire.
Ce livre a obtenu le Booker Prize.

La mer     John Banville     Editions Robert Laffont

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Posté par Moustafette à 11:43 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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