Changement d'ambiance, après les délires viennois, place à la tragédie de Guernica, avec une exposition au Musée Picasso autour de l'oeuvre qui ne voyagera plus après sa restitution à l'Espagne en 1981. Depuis 1992, elle est exposée au Centro de Arte Reina Sofía à Madrid. 

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Le 26 Avril 1937, la ville basque de Gernika est bombardée par l'aviation nazie alliée des franquistes. Installé à Paris, Picasso s'attelle dès le 1er Mai aux premières esquisses de son oeuvre qu'il terminera le 4 Juin. Elle sera exposée dans le pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris la même année, avant de voyager à travers le monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Picasso laisse son oeuvre en dépôt au MOMA de New-York jusque dans les années 50. Picasso a toujours déclaré que Guernica ne reviendrait à l'Espagne qu'une fois "la République restaurée".    Il meurt en 1973, Franco en 1975.

C'est donc une exposition originale, sans l'oeuvre. Cependant, une reproduction grandeur nature sur bois gravé, signée Damien Deroubaix, orne un pan de mur. On suit pas à pas le processus créatif du tableau grâce aux nombreux dessins préparatoires et esquisses en couleurs réalisés, ainsi qu'au travail photographique de Dora Maar qui immortalise la construction de l'oeuvre. Egalement, beaucoup d'esquisses de taureaux, chevaux, minotaures.

Mais j'ai plus particulièrement apprécié la salle réservée à la série "Les Femmes qui pleurent"

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Etudes de Tête en pleurs et Têtes de femme en pleurs avec un mouchoir

 

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La Suppliante ( Décembre 1937)

Ailleurs, des archives d'époque, soutien de l'artiste à la jeune République et au Front populaire, affiches des Brigades internationales, photos de Gernika après les bombardement, réactions nationales et internationales, unes des journaux et lettres manuscrites, engagement de Picasso au PCF et auprès de nombreuses associations d'aide aux Républicains réfugiés, le tableau Monument aux Espagnols morts pour la France (1946-1947). Instructif et passionnant. On peut également visionner le court-métrage de Luis Buñuel "Las Hurdes" (1933), présenté initialement comme un documentaire, il s'avéra être un film de propagande communiste. Buñuel voulait déranger le spectateur en dénonçant la misère du monde rural de cette région d'Estremadure, c'est réussi. On peut le visionner ICI, âmes sensibles s'abstenir car si le réalisateur n'a heureusement tué personne pour les besoins de son tournage, il ne s'en prive pas avec les animaux.

Enfin, sont présentes de nombreuses toiles et sculptures des différentes périodes de l'artiste constituant le fonds permanent de ce musée que je n'avais encore jamais visité. C'est un lieu agréable, épuré et aéré, peu fréquenté en cette chaude journée et ça, c'était plutôt appréciable. Rien à redire sur l'exposition, si ce n'est saluer son montage depuis la genèse jusqu'àu retour en terre espagnole d'une oeuvre qui deviendra un symbole de pacifisme. A noter, le partenariat avec le musée Les Abattoirs de Toulouse qui présentera en 2019 une autre expo "Picasso et l'exil" à l'occasion des commémorations du 80e anniversaire de la Retirada.

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