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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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22 septembre 2007

Livre voyageur

9782266162937Moi jaimerais bien que deux types se disputent mon corps comme ça aux quatre coins du département, mais à la différence d'Emile, tant qu'à faire, je préfèrerais que ce soit de mon vivant !
Bon trêve de plaisanterie, je vous engage à lire l'article de
VAL , pour voir de quoi il retourne.
Pendant ma lecture, j'ai échaufaudé mille hypothèses sur la chute. Peut-être l'intérieur du cerceuil nous réservait-il des surprises, s'agissait-il d'un rêve, avions-nous à faire à un délire psychiatrique, était-ce de l'écriture surréaliste, y avait-il quelque message subliminal, etc etc ????

Les excellentes critiques des magazines spécialisés n'hésitent pas à ranger ce livre dans la catégorie humour... noir, bien sûr. Ben moi je me fais des cheveux blancs, et je crois bien que je vais porter le deuil car j'ai dû perdre mon sens de l'humour tout court !
L'auteur étant ingénieur en économie et gestion, on lui pardonne. Et ces deux entités n'étant réputées ni pour leur frivolité ni pour leur imaginaire débridé, on comprend qu'il a sans doute beaucoup ri, Monsieur Paris, en écrivant cette histoire. J'ai même eu envie de prêter ce livre à mon banquier, juste histoire de vérifier !

Mocky ou Audiard auraient sans doute pu en tirer quelque chose de sympathique.
Moi j'ai même pas trouvé un extrait à exhumer.
Ce qu'il y a encore de mieux, c'est la citation en exergue. Elle est de Cocteau.

"Le vrai tombeau des morts, c'est le coeur des vivants."

Alors, y a-t-il toujours des volontaires pour accueillir la dépouille, ou bien on l'enterre une bonne fois pour toutes chez CATHULU ?

Pissenlits et petits oignons     Thomas Paris     Editions Pocket

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16 février 2008

Diablement romanesque !

9782742769315Gabrielle Demachy, orpheline d'origine hongroise, est élevée par sa tante Agota dans le Paris du début du XXe siècle. A l'automne 1913, à l'aube de ses vingt ans, elle s'engage dans une course poursuite afin éclaircir la mort de son cousin bien-aimé, Endre Luckacz, disparu en Birmanie cinq ans plus tôt.

Grâce au mystérieux Terrieux, employé au ministère de la Guerre, elle se fait embaucher comme institutrice chez les Bertin-Galay, famille bourgeoise dirigée de main de maître par Mme Mathilde, l'héritière de l'usine de biscuits Bertin.
Mme Mathilde a quatre enfants, dont Pierre, médecin, qui a lui aussi voyagé et travaillé pour l'armée en Birmanie, et qui a vraisemblablement cotoyé Endre, le cousin de Gabrielle. Il est veuf et père d'une petite Millie; c'est pour s'occuper de cette enfant triste et sauvage que Gabrielle est engagée. Elle part vivre avec Millie dans la maison familiale du Mesnil, alors la campagne parisienne, où passe et se retrouve régulièrement toute la lignée Bertin-Galay.
Tout en dissimulant les véritables raisons qui l'animent, Gabrielle, qui ne manque ni de charme ni d'aplomb, va mener son enquête et traverser cette dernière année de paix avant la Grande Guerre.

Anne-Marie Garat entraîne le lecteur dans un véritable tourbillon romanesque. De la bourgeoisie au petit monde des gens de maison, de la réalité ouvrière à l'univers balbutiant du cinématographe en passant par les coulisses du journalisme, des intrigues militaires aux événements qui nous parlent à tous, nous croisons une multitude de personnages qui tentent de s'adapter, pour le pire et le meilleur, à ce monde qui bascule dans la modernité.

Dans la tradition des romans-feuilletons du XIXe siècle, l'auteur sait faire rebondir son récit avec brio, le tout servi par une écriture tour à tour réaliste et poétique, voire parfois lyrique.
Contrairement à ce que peut laisser penser la 4ème de couv, l'action se situe essentiellement dans le Paris grouillant et riche de son peuple à jamais disparu, ce qui participe grandement au charme de ce roman.
Mais vous aurez quand même droit à une escapade dans la magnifique Venise, avec en prime une belle histoire d'amour sur fond de rebellion anarchiste...

"Dans le miroitement fastueux des toilettes, l'agitation des grands chapeaux d'été bouillonnants de tulle et de mousseline, cette société de toute l'Europe qu'attiraient Venise et son art, ses plages, la saison, le plaisir des bains, constituait un étrange mélange de corps et de physionomies dont, sous leur richesse et leur beauté, le raffinement de leur vêture et de leurs moeurs, émanait une mélancolie factice d'exil, une paresse compassée qu'en la traversant Gabrielle sentit, comme on devine, dans le parterre des fleurs et la senteur mariée de leurs essences flottant dans l'air, celle dont l'unique parfum à la fois exalte et dénonce leur instable et fortuite harmonie, trahit quel poison délectable les unit toutes."

1288 pages qui m'ont charmée et ont réussi à me faire oublier ma propre difficulté à m'adapter à un autre nouveau monde...
En attendant la suite, je laisse le mot de la fin à l'auteur qui, dans ses remerciements, a cette jolie formule que je lui retourne pour m'avoir entraînée si loin de mon quotidien (bien que l'Histoire soit un éternel recommencement) :

"Merci à celle, dont le nom m'est perdu, qui, en tamponnant les fiches de prêt d'une bibliothèque de mon enfance, bobinette et chevillette, m'ouvrait la porte des fictions."

Les avis de GACHUCHA et de SOLE

Dans la main du diable    Anne-Marie Garat    Editions Actes Sud Babel   

 

10086020_German_Troops_Return_to_the_Front_Kissed_and_Waved_Goodbye_from_Their_Womenfolk_Affiches

 

 

27 janvier 2008

A votre kirghiz !

djamSeït a treize ans en 1943, et il se souviendra longtemps de cet été là.
Tous ses frères sont partis défendre la Patrie. Si le nomadisme des tribus d'Asie centrale a cessé depuis déjà quelques années, les familles vivent encore selon les lois ancestrales.
C'est en qualité d'unique fils resté auprès des siens, qu'il se retrouve à veiller sur Djamilia, la très jeune et rebelle épouse de son frère aîné.
En ces années de guerre, il faut atteindre le plan drastique décrété par les soviets afin de nourrir les troupes. Femmes et enfants travaillent au kolkhoze, ainsi que les soldats convalescents revenus au village.

C'est ainsi que Seït et Djamilia font connaissance et équipe avec Danïiar, jeune Kazakh solitaire, rêveur, taciturne et encore tourmenté par les années passées au front.
Seït, à peine sorti de l'enfance, a dû arrêter l'école et la peinture pour laquelle il montre de grandes dispositions. Veillant jalousement sur Djamilia, Seït n'en est pas moins fasciné par Danïiar, son mystère et sa voix envoûtante.
Sous les yeux de l'adolescent qu'il devient, et dans le décor somptueux qu'offrent les montagnes kirghiz et la plaine kazakh, il va être l'unique témoin et complice de la relation qui se noue entre ses deux compagnons de labeur.
Débordé par les émotions et les sentiments qui l'agitent mais qu'il ne sait identifier et encore moins nommer, la nature et le dessin seront ses seules voies de salut.

"Là-bas, au-delà de la rivière, quelque part au bord de la steppe kazakh, comme la bouche d'un tandyr (four) brûlant, flambait langoureusement le soleil vespéral de la moisson. Il s'enfonça lentement derrière l'horizon, trempant d'une lueur d'incendie de petits nuages friables sur le ciel et jetant ses derniers miroitements sur la steppe mauve, déjà couverte en ses bas-fonds par le bleu de ténèbres précoces."

J'ai eu un coup de foudre pour cette longue nouvelle et pour Seït, son jeune narrateur.
Outre l'aspect historique et ethnologique, cette balade en Asie centrale est un hommage vibrant à la terre.
Seït y ancre sa fierté de petit homme, mais la beauté brute des éléments et les parfums portés par les vents brûlants de la steppe lui permettront aussi de s'aventurer dans des territoires plus intimes.
Ce gamin est craquant de naïveté et c'est avec tendresse qu'on l'accompagne jusqu'à la découverte du sentiment amoureux. Sur le chemin du grandir, on n'a pas envie de lui lâcher la main, mais pourtant il faudra bien.
Grâce à ses couleurs et ses pinceaux, il trouvera seul la ressource de transformer sa souffrance.
C'est ce qu'on appelle l'art, et il vient de le rencontrer...

Pour ARAGON, qui a participé à la traduction et en signe la jolie préface, "c'est la plus belle histoire d'amour du monde".
Je ne suis pas loin de penser de même. C'est aussi un très beau portrait de femme libre. Et cette lecture fait un bien fou après les méandres nombrilistes dans lesquels je me suis fourvoyée il y a peu... C'est tout ce qu'il me fallait pour me purifier l'esprit !

Un petit tour au Kirghizstan ?  C'est ICI et vous en saurez plus aussi sur cet auteur.

Djamilia   Tchinghiz Aïtmatov   Editions Folio

 

 

 

2848b 

 

19 mars 2007

Chaines en chaine !

Décidément les jours se suivent et les gags pleuvent, voici celui reçu ce soir :

Chers amis.

Ceci n'est pas un spam, si cette lettre t'arrive, ce n'est pas par hasard, rien n'est dû au hasard.

Marie P. a voté Bayrou en 2002, deux jours plus tard, sa maison a brûlé et tous ses enfants sont morts de combustion spontanée. Pierre F. a voté Bayrou lui aussi, il s'est noyé dans la mare aux canards de sa ferme, on n'a jamais retrouvé son corps. Catherine K. a voté UDF aux dernières législatives, une semaine plus tard, elle a dû se faire poser un anus artificiel. Joseph D. a pensé à voter Bayrou, depuis il purge une peine à vie dans les prisons turques; le pire c'est qu'il avait pris un billet d'avion pour Namur, il a été victime d'une erreur à l'embarquement.

NE VOTE PAS BAYROU, ou tu finiras comme eux.

Envoie ce message à 10 personnes que tu aimes ou tes dents tomberont.

Si tu ne votes pas Bayrou, tout ira bien, tout le monde te trouvera sexuellement désirable, tu n'auras jamais le cancer du foie ou des poumons et tu gagneras plein d'argent.

Un ami

Bon, vous savez ce qu'il vous reste à faire ...!

Et si vous ne savez pas pour qui voter parce que vous ne savez plus de quel bord politique vous êtes, c'est fastoche, faites un test ici

boisson_015    Et ça c'est pour Patch !!!

1 avril 2008

L'art du rêve ou rêve d'art ?

9782757801277

En 1985, exit les erzats brejnéviens, Gorbatchev arrive au pouvoir et la Péristroïka en est à ses premiers balbutiements.
Anatoli Pavlovitch Sukhanov ne s'en émeut pas plus que ça, sûr qu'il est de son assise sociale et de son appartenance à la classe des apparatchiks. Une vie de privilégié depuis les années soixante, père de deux grands enfants prometteurs, marié à la encore très belle Nina, fille du peintre Malinin qui siège à l'Académie des beaux-arts et vante depuis 1947 la gloire de la Patrie et du régime, grand appartement, voiture avec chauffeur, et directeur de la revue d'art la plus influente du pays, à savoir L'Art du Monde (merci beau-papa pour le poste).
Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes soviétiques...

Mais au soir de l'anniversaire de son beau-père, fêté en grande pompe avec, pas moins, discours du ministre de la Culture en personne, Sukhanov va glisser, d'abord imperceptiblement, dans une drôle de faille spatio-temporelle qui l'entraînera sur les rives de son enfance, puis inéxorablement vers celles de sa jeunesse perdue et de ses engouements artistiques, et inévitablement vers l'âge mûr et ses compromis.
C'est la rencontre avec Lev Belkin, ancien camarade de jeunesse et peintre clandestin comme lui dans les années cinquante, qui mettra le feu aux poudres de l'esprit, jusque là, équilibré de Sukhanov.

De flashback en flashback, nous remontons l'histoire personnelle d'Anatoli tout en suivant parallèlement les soubresauts de l'Histoire de son pays. L'appartement communautaire, la guerre, un père étrangement absent, la terreur des années de purges, les rencontres avec quelques vieux professeurs, le choc artitistique du surréalisme, le dégel des années cinquante, le rêve, enfin proche, de sortir de la clandestinité et de voir sa peinture reconnue... Mais, principe de réalité oblige, le cours de sa vie s'infléchira dans un sens imprévu pour l'amener là où il siège aujourd'hui, et ce depuis vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans qui lui auront permis d'ériger un mur de béton entre passé et présent, afin de maintenir à distance certains souvenirs bien dérangeants mais qui reviennent pourtant tel un boomerang.

"Et d'extraordinaires feux d'artifice jaillissaient dans toute leur gloire de lumière, des ciels radieux mêlaient le pourpre des soleils levants et le vert des soleils couchants, des amants flottaient sur les ailes de la musique et du bonheur au-dessus des toits bleus, des poètes errants inondaient la nuit de paroles en forme d'étoiles, la terre féconde jetait au jour des fleurs gorgées de pluie et des chevaux farouches - devant cette vision de la vie tout à la fois épanouie et dissoute en mille formes et milles teintes inédites, je me perdis éternellement dans les flammes de la couleur la plus pure, dans l'harmonie bénie de la touche d'un pinceau, dans les rêves les plus intimes de l'âme..."

Et il n'a pas fini de rêver Anatoli !
Sa conscience de l'année 1985 n'en peut plus de s'accrocher à des petits riens qui sont autant de sauts dans le passé. Des allers-retours de plus en plus fréquents qui ne lui permettent plus de distinguer le rêve de la réalité, l'hier et l'aujourd'hui. Il glisse, dérape, tout se délite autour de lui, sa maison, ses enfants, sa femme, son boulot, et même son passé qui n'est peut-être pas tout à fait celui qu'il croit.
Comme nous, lecteurs, qui croyons entrer dans un livre austère, témoin d'un monde froid et révolu, nous nous retrouvons à composer une toile, à mélanger des couleurs, des sensations, passons du tragique au comique, et baignons dans un surréalisme délicieusement orchestré par la plume de l'auteur, croisant au passage les palettes de Dali, Chagall et Kandinsky, égarés avec nous dans le Moscou aussi bien somptueux du pouvoir que celui crasseux des vieux quartiers.

Alors, Anatoli Pavlovitch Sukhanov sombre-t-il dans la folie ou tout simplement vers sa vraie vie ?
Il vous faudra tourner les pages et vous laissez séduire par ce livre pour le savoir...

La vie rêvée de Sukhanov     Olga Grushin     Editions Point Seuil

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Le rêve
Chagall 1939

Quid des peintres russes d'aujourd'hui ?
Voici quelques toiles contemporaines et modernes, piochées ici et là.

b9917
La fille au livre
Vyacheslav TAMANOV 1995

b927
Vue de la fenêtre
Nikolay ARZHANOV 1993

b5308
N° 97
Vadim SUSHKO 1965

b15485
Nuit
Arseniy LEPINE 2006

b6293
Hiver
Boris KLEVOGIN 2004

Et encore Chagall pour le plaisir !

7089_Vie_paysanne_1925_Affiches
Vie paysanne 1925

91828_CT_The_Creation_of_Man_1956_58_Affiches
Création de l'homme 1956

 

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30 mars 2008

ВОДА ! ВОДА ! ВОДА ! *

9782742755240Sur une des îles qui forment la ville de Saint-Pétersbourg, vivent modestement Sophia et Trofim Ivanytch. Mariés depuis plusieurs années, l'enfant tant désiré se fait attendre.
Tout naturellement, ils accueillent Ganka, une jeune adolescente qui se retrouve soudainement orpheline.

Si au début ce trio cohabite sans heurts, Trofim Ivanytch ne reste pas insensible à la beauté de la jeunette...
Sous le regard mortifié de Sophia, alors qu'en cet été lourd et orageux les eaux de la Néva gonflent et débordent, le drame couve.

"Toute la nuit, le vent de la côte avait battu la fenêtre, faisant tinter les vitres. Les eaux de la Néva montaient. Et le sang, comme relié à elles par des veines souterraines, lui aussi montait. Sophia ne dormait pas. Trofmin Ivanytch, dans la pénombre, trouva à tâtons ses genoux et resta longtemps en elle. Mais il y avait de nouveau quelque chose qui clochait, il y avait de nouveau comme une fosse."

Ce court texte de 1929, à l'écriture réaliste et concise, est considéré comme "le chef d'oeuvre absolu" de l'auteur.
Mais, même si j'ai aimé le ton percutant et si je reconnais la prouesse littéraire qui consiste à plonger dans un esprit féminin rongé par les affres de la jalousie, du désespoir, et finalement de la folie, l'histoire de cette femme en mal d'enfant m'a laissé de marbre.

HONTE à moi...
Je n'ai toujours pas réussi à être touchée par la grâce de la littérature classique russe, ni par celle de la maternité !

* approximativement, que d'eau, que d'eau...

L'inondation     Evgueni Ziamatine     Editions Actes Sud

Samovar

 

28 mars 2008

Botanique (suite)

9782264042903R1Sur une immense propriété de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, un homme légèrement monomaniaque vivant seul comme un roi en son royaume, se met en tête d'y planter toutes les espèces d'eucalyptus répertoriées sur la planète.
Holland, nouveau venu dans cette contrée, ne tarde pas à susciter curiosité et commérages, jusqu'au jour où il vient accueillir à la gare une fillette qui n'est autre que sa fille.
Suite au décès de sa femme, morte en donnant le jour à des jumeaux, Holland élève seul Ellen, l'autre enfant ayant suivi sa mère dans la tombe.

Le temps passant et les eucalyptus poussant, Ellen se transforme en une superbe adolescente. A l'approche de ses vingt ans, son père décide de la marier à l'homme qui sera capable d'identifier les quelques quatre cents espèces d'eucalyptus qui peuplent sa propriété. La réputation de la beauté d'Ellen n'étant plus à faire, commence alors un défilé de prétendants plus ou moins érudits qui, sous le regard impassible de la princesse, tentent de passer l'épreuve, épreuve quasi insurmontable inutile de vous le préciser.

Ellen n'est pas loin de croire qu'elle finira vieille fille, peut-être même s'en réjouit-elle ?, lorsqu'arrive Roy Cove, spécialiste de chez spécialiste, la force tranquille, sûr de lui et bien décidé à remporter "le trophée". Ne prendrait-il pas même un malin plaisir à faire durer les choses, parfois sur le point de trébucher mais se rattrapant toujours in extremis (aux branches évidemment) ?
Tout absorbés qu'ils sont par leur botanique, Holland et Cove ne voient rien de ce qui se trame dans leurs dos. Car Ellen, qui en a ras-l'arrosoir des eucalyptus et ne s'imagine aucunement l'épouse de ce Cove se pourléchant déjà prématurément les babines, sûr qu'il est de croquer sa proie, Ellen la soumise va ENFIN se réveiller !

"Le mot eucalyptus vient du grec, "bien" et "couvert". Il décrit quelque chose de spécifique à ce genre. Jusqu'à ce qu'elles s'ouvrent, prêtes à être fertilisées, les fleurs d'eucalyptus sont protégées par un opercule, ce qui, de fait, place un couvercle sur les organes reproductifs.
Tout cela est très prude. En même temps - et nous voyons ici que le paradoxe est une carctéristique majeure de l'eucalyptus -, les feuilles qui les entourent affichent des moeurs presques dissolues, vu la façon dont elles exhibent tout un tas de différences d'épaisseur, de forme, de couleur et d'éclat: "un caractère changeant", pour formuler les choses à la manière botanique."

Pour les amateurs de contes modernes.
Pour les thésards ès calyptus.
Pour les asthmatiques et autres catarrheux chroniques.
Pour ceux qui envisagent d'en planter, à condition que le sol soit acide et humide.
Pour la belle couverture.
Pour un moment de lecture simple, pudique, mi-poétique mi-ironique, et parfumé.

Eucalyptus      Murray Bail     Editions 10/18

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23 mars 2008

Histoire d'histoires

9782264044983Une petite fille d'une dizaine d'années, Vif-Argent, est recueillie par Pew, vieux gardien de phare et conteur intarissable.
Depuis 1828, il y a toujours eu un Pew au Phare de Cap Warth, à Salines au nord de l'Ecosse. De père en fils, les Pew ont vieillé sur les bateaux et les âmes de marins. Au fil des générations, ils ont recueilli les histoires d'amour ou de naufrages.
Ils se sont aussi transmis un handicap, la cécité. Le Pew d'aujourd'hui n'échappe pas à la règle. Mais justement, parce qu'il est aveugle, Pew voit au-delà du temps.
Le vieil homme choisit Vif-Argent pour prendre le relais, celui du phare mais aussi celui de sa mémoire. De sa nuit éternelle, au rythme du fracas des vagues qui balaient Cap Warth et son édifice témoin imperturbable, chaque soir Pew revisite l'histoire de Salines et de ses habitants.

"Pew, raconte-moi une histoire.
Quel genre d'histoire, petite.
Une histoire qui finit bien.
Cela n'existe pas.
Quoi, les fins heureuses ?
Les fins."

Ainsi allons-nous croiser Josiah Dark qui construisit le phare avec un ami, un jeune ingénieur nommé Robert Stevenson, et surtout Babel Dark son fils, premier pasteur de Salines, un être double aussi fougueux que tourmenté, l'esprit partagé entre la Bible, ses métaphores et les rondeurs de la belle Molly O'Rourke.
S'inviteront dans la danse, Wagner et son "Tristan et Iseult", Darwin et son "L'Origine des espèces" et  Robert Louis Stevenson, le fils de l'ingénieur, avec son "Ile au trésor" et son "Dr Jekyll et Mr Hyde".
Pew nous balade, nous emberlificote, car il n'a que faire de la chronologie, ses histoires s'emboîtant dans sa tête comme des poupées russes.
Mais les fins semblent pourtant bel et bien exister. Vif-Argent devra s'en aller poursuivre sa vie vers d'autres ailleurs, riche des enseignements du vieux Pew mais toujours un peu plus prompte à défendre sa liberté pour réaliser ce qu'elle sait faire de mieux... raconter des histoires.

"Il vaut mieux que j'envisage ma vie de cette façon: un mélange de miracle et de folie. Il vaut mieux que je me résigne à ne pouvoir contrôler aucune des choses essentielles. Ma vie est un chemin jonché de naufrages et d'appareillages. Il n'y a ni arrivées ni destinations; juste des bancs de sable et un naufrage; et puis, un autre bateau, une autre marée."

Me croirez-vous si je vous dis que j'étais triste d'avoir terminé ce livre ?
Il fait partie de ceux dont on a envie qu'ils durent toujours, comme les histoires du vieux Pew, de ceux dont on veut tourner encore et encore les pages afin de se laisser bercer par les vagues d'imagination qui se succèdent et retenir l'empreinte de leur poésie bien longtemps après avoir lu le mot FIN.
Bref, une très belle histoire d'amour et d'amitié sous le sceau de la transmission.
Je vous le conseille vraiment.

Garder la flamme     Jeanette Winterson     Editions 10/18

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20 mars 2008

Clin d'oeil, Tshan !

9782877307666Quand le désir de devenir moine naît chez un gamin de huit ans, les parents ont le droit de penser que ça lui passera. Quand il entre au collège et qu'il réitère sa demande, les mêmes parents peuvent encore se bercer d'illusions, espérant que l'adolescence et ses convulsions auront tôt fait de ravir leur rejeton. Mais quand celui-ci, qui décidément a du mal à se faire entendre, commence à faire tout et n'importe quoi (c'est à dire plus grand chose), son père, qui est loin d'être idiot, se dit qu'il ferait peut-être bien d'écouter son fils et de le confier à l'abbesse du monastère qu'il fréquente tous les dimanches et où il pratique lui-même le zazen.

"Voyez-vous, Kimura-san, il existe à mon avis deux façons de vivre dans la voie religieuse. La première  consiste à devenir un moine remarquable, la seconde un moine admirable. Celui qui appartient à la catégorie que j'appelle remarquable est appelé à accéder à un rang toujours plus élevé et finit par se voir confier un haut poste au Bureau des affaires religieuses. L'autre, c'est la catégorie des moines qui se donnent entièrement à la pratique de la Voie et finissent par détenir un grand rayonnement. Si je vous demande de choisir, pour quelle catégorie allez-vous opter ?
- Pour le moine admirable, bien entendu.
- Bien. Mais je vous préviens que les moines admirables n'ont pas le sou ! dit-elle en éclatant de rire."

C'est qu'elle s'y connait l'abbesse qui, malgré son âge avancé et les clopes qu'elle fume à la chaîne, a une pêche d'enfer. Le Zen conserve... chouette !
Mais elle sait aussi se montrer impitoyable et verse peu dans le sentimentalisme. On ne transige pas avec les traditions religieuses.
Qui croyez-vous en souffrira le plus, le jeune bonze ? Pas si sûr.
Déplacez une pièce sur l'échiquier familial et tout ce petit monde appréhendera une autre réalité. Un peu comme le battement d'ailes du papillon qui déclenche un cataclysme.

Un texte sobre, tour à tour drôle et tendre.
Exactement ce dont j'avais besoin pour me remettre de mes dernières déceptions.
Bien. Je m'en vais de ce pas méditer devant le sanctuaire de mes piles à lire afin de déterminer sur quelle nouvelle voie littéraire je vais m'engager. Et si en plus je peux faire ça tout en tirant sur ma cigarette... le nirvana !
Ah, ça vous déculpabilise le Zen, j'en redemande !

Les avis de CHIMERE et du BIBLIOMANE

Je veux devenir moine zen !    Miura Kiyohiro    Editions Picquier poche

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11 mars 2008

Qu'est-ce que tadjik ?

8monoJ'ai dit que c'est dommage que ces monologues de femmes aient été écrits par un homme !

Huit textes pour dire la vie de quelques femmes.
Qu'elles soient comblées ou trompées, dans la mouise ou du côté du pouvoir, mère, épouse, amante ou prostituée, elles ont toutes plus ou moins la même vision d'elles-mêmes, une image souvent dépréciée. La faute aux hommes violents, alcooliques, absents, volages ?
Pas seulement. Ces femmes savent aussi se mettent des claques, se moquer d'elles-mêmes et des autres, se secouer, pour mieux rebondir ou supporter leur quotidien.

"Qui aurait dit que j'en arriverais là ? Parce que, entre nous, j'ai l'air fin de me retrouver ici, avec un fils de vingt ans, presque fiancé, une fille de seize, elle aussi à marier bientôt... Dire que je ne vais pas tarder à être grand-mère. Grand-mère ! A même pas quarante ans... Mais sans un cheveu blanc, s'il vous plaît. Si, si, vous pouvez venir voir vous-mêmes: ce n'est pas de la teinture, c'est ma couleur naturelle. Et presque pas une ride, avec ça. Juste une ou deux, peut-être, autour des yeux. Mais ça, c'est la vie qui le veut."

Une écriture résolument moderne, tonique et réaliste.
Est-ce un fait de la traduction ou le ton propre à l'auteur ? En tout cas, c'est une belle surprise que ces monologues tadjiks qui font souffler un vent de fierté venu d'un pays dont j'aimerais entendre plus souvent parler.
Merci à l'auteur de combler ce manque et de prêter sa plume aux femmes de son pays.

Les articles de SYLIRE  et  NAINA

Huit monologues de femmes    Barzou Abdourazzoqov    Editions Zulma

Tajikistan
image Unesco

4 mars 2008

Chili con carne

arton517_c40f6En matière de boucherie, nul ne doute que le Chili en connaisse un rayon...
C'est aussi ce que doit penser Tomaseo qui a perdu sa mère, morte à sa naissance, et qui grandit entre Juan, son père, et les clients de la boucherie tenue par celui-ci.
Il y a aussi les voisins, le coiffeur Chico, le chauffeur de taxi Paco, José, Antonio, les copains, tout ce petit monde qui se retrouve dans l'arrière-boutique à l'heure du couvre-feu pour picoler, taper le carton et refaire le monde.
Et puis il y aussi Dolores, l'institutrice spécialisée de la classe qui accueille Tom.

Car Tom est "un enfant aux yeux de nuit". Mais loin de l'handicaper, sa cécité lui ouvre les portes d'un monde plein de poésie. Il ne serait même pas loin de croire qu'il pourrait être un petit peu magicien, "car Tom avait un secret"...
Quoiqu'il en soit, c'est grâce à lui que Juan et Dolores se rencontrent et deviennent amants.

"Au petit matin, l'enfant Tom fut le premier réveillé. Son père était encore enfoncé dans un sommeil lourd, ronflant comme un révolutionnaire bienheureux.
Il avait plu toute la nuit, et ça continuait de tomber dru.(...)
Mais l'enfant regardait la nuit; Tom adorait la pluie. Il sortit de la boucherie et se mit à gambader comme un fou. Là où d'autres se seraient perdus, comme égarés par ce labyrinthe de gouttes furieuses, lui savait d'instinct s'orienter, déjouant les pièges de notre bon orage chilien.
Et à voir ainsi le gamin danser sous l'eau belle, faisant du déluge une joie de marelle, on eût dit que la pluie lavait tous les méfaits des hommes."

Tout irait donc pour le mieux, seulement voilà, nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes puisqu'au Chili où, même si la dictature tire à sa fin, il ne fait pas bon dire ce que l'on pense et encore moins rêver de révolution.

Une très belle surprise que cette fable douce-amère qui fleurit et s'épanouit sur le fumier des hommes. Et un joli tour de force que de réussir à marier poésie et cruauté, humanité et répression.
De bien belles métaphores, une vraie douceur dans un monde de brutes !

MUSKY  et  SYLIRE  ont également été séduites.

La boucherie des amants     Gaetaño Bolàn     Editions La Dragonne

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26 février 2008

L'effet Breizh

9782266156851Le livre de Sylire est venu apporter chez moi ses odeurs de varech et de sarrazin mêlés.
Et pour que je sois bien dans l'ambiance, il pleut et vente...
Mais je m'en fiche car je suis au coin du feu, à relire quelques pages avant d'écrire ce billet et à rêvasser qu'un jour, peut-être, j'habiterai en Bretagne.

En attendant, ce recueil met en appétit.
Une quinzaine de nouvelles qui nous plonge dans les aspects divers et variés de cette terre et de ses habitants.
J'ai été particulièrement séduite par "Les bonnes" et "Comment ne pas perdre la tête".
La première nous conte l'histoire de trois soeurs qui, chacune à leur tour, iront faire la bonne chez les bourgeois. Un texte simple pour dire la réalité d'une époque et de femmes résignées.
La seconde est l'histoire d'un rendez-vous manqué à Notre-Dame de Grainfollet au début du siècle dernier. Mais la Bretagne semble pouvoir faire des miracles, Madelon en fera l'expérience quelques soixante ans après. Un récit plein de nostalgie sur l'air de la chanson de Lucienne Delyle "Mon amant de Saint-Jean".

"Et, pareils à des cordes volantes, des sentiments dont ils ne soupçonnaient pas l'existence ont débordé de leur corps pour aller s'emmêler, faire des boucles, faire des noeuds, se nouer et se dénouer dans le coeur bouillant du feu de la Saint-Jean."

KATELL et  LE BIBLIOMANE l'ont lu, ainsi que bien d'autres.
ELFE également, et en plus elle nous offre une belle surprise.
Et merci à SYLIRE pour ce prêt et les photos de son Finistère.

Elle fait des galettes, c'est toute sa vie    Karine Fougeray    Editions Pocket

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24 février 2008

Fantaisie pédopsy !

9782290004494Je ne sais pas ce qui m'a pris d'acheter ce livre.
J'achète rarement des poches dans les éditions "J'ai lu".
Je n'aime pas cette couverture.
Je donne peu dans le genre "paranormal".
J'ai trois kilomètres de pal qui m'attendent.

Une fois commencée la lecture, j'ai lu ce roman d'une traite.
C'est pas d'une écriture renversante, mais comme pour tous ces livres dont l'on sait bien que "ça ne se peut pas", si l'intrigue est bien menée et originale, et bien, on s'assoit sur ces invraisemblances et on tourne les pages sans s'arrêter, surtout si on est en vacances et qu'on peut lire jusqu'à trois du mat !
Evidemment, j'ai surtout apprécié les séances du petit héros chez son psy. C'est drôle et très juste.
L'auteur rend à merveille ce petit truc qui fait que les enfants prennent au pied de la lettre les propos des adultes,vous en livrent une interprétation parfois très fantaisiste, ou s'en font tout un film qui, la plupart du temps, n'a strictement rien à voir avec la réalité. Sauf que des fois...

"Maman m'a détesté avant de m'aimer à cause du premier accident. Celui de ma naissance. Ca s'est passé comme pour l'empereur Jules César. Ils enfoncent un couteau dans la dame jusqu'à ce que son ventre éclate et puis ils te sortent de là, tout hurlant et couvert de sang. Ils croyaient que je n'arriverais pas à sortir normalement."

Louis Drax, enfant précoce de neuf ans à l'imagination fertile, a une facheuse tendance aux accidents. Le jour de son anniversaire, lors d'un pique-nique avec ses parents, il tombe dans un ravin. Malgré la réanimation, force est de constater qu'il ne répond plus; il est déclaré mort. Mais quelques heures plus tard, il se réveille à la morgue, avant de sombrer dans le coma.
Une enquêtrice et un médecin vont se pencher sur son cas.
Des choses de plus en plus bizarres vont se produire...

Voilà, ça mange pas de pain de se laisser prendre par cette histoire abracadabrante, au rythme enlevé et qui se lit comme un polar.
Les critiques parlent de best-seller et un film est en préparation.

FLORINETTE l'a aussi lu.

La neuvième vie de Louis Drax     Liz Jensen     Editions J'ai lu

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19 octobre 2007

La vie du moment

9782848050546Dans le mythique Transsibérien, une femme partage ses pensées avec le lecteur.
Elle roule vers Gyl, ancien amant exilé près du lac Baïkal. Leur échange épistolaire s'étant soudainement interrompu, elle décide de partir à sa recherche.
Momentanément, elle laisse derrière elle Clémence, sa vieille voisine du dessous, dont la mémoire défaille et à qui elle passe régulièrement faire la lecture. Les deux femmes partagent, sur le canapé rouge, le goût pour les femmes insoumises et les confidences amoureuses.

"Je pensais à Gyl, à cette maxime tibétaine disant que le voyage est un retour à l'essentiel. Et puis je m'étais tue, absorbée par l'inquiètude qui me poussait si loin, seule.
A quoi pensez-vous ? avait demandé Clémence Barrot.
A quelqu'un, avais-je répondu.
Vous avez de la chance de pouvoir penser à quelqu'un, avait-elle murmuré."

Ce livre fut, pour la contemplative et la nostalgique que je suis, un vrai bonheur.
J'aime cette femme qui voyage seule avec quelques livres et qui regarde défiler les paysages russes, bois de bouleaux, isbas, usines en ruines et gigantesques portraits des dirigeants déchus, paysages auxquels se mêlent sa vie passée, ses utopies révolues, ses amours défuntes, ses affinités liitéraires et son amitié pour Clémence.
J'aime cette idée d'un long et lent voyage ouvert à toutes les rencontres et dont le terminus n'est pas celui que l'on était parti chercher.

"Pendant plusieurs jours, tout se mêle, la pensée se trouble, divague entre deux langues, le monde se déchire, puis peu à peu le voyage trouve sa place dans la mémoire, dans les jours ordinaires, tout s'estompe, reste l'essentiel, ces endroits où les souvenirs vont et viennent et nous entraînent dans des rêveries nomades."

J'aime la fragilité et la disponibilité auxquelles on s'expose lorsqu'on accepte la solitude et que l'on chamboule ses repères.
J'aime ces petits morceaux de soi que l'on laisse chez l'autre ou que cet autre nous abandonne.
J'aime la mélancolie des pensées vagabondes et de ce face à face avec la fin des choses.
J'aime la possibilité de choix parfois inéluctables.
J'ai aimé ce livre qui m'a parlé de tout cela.
Et j'ai aimé la joie d'être triste quand je l'ai eu refermé.

"J'allais bientôt quitter ces rues, ce pays où je ne reviendrais jamais, mais j'étais enfin dans ce bel abandon, cette façon de respirer et de penser différemment dans une ville étrangère, d'être en apesanteur avec le sentiment d'appartenir au monde, à cette humanité rêvée que je cherchais sur les visages, dans la musique de la langue, les gestes, les détails infimes qui nous relient les uns aux autres, malgré tout."

D'autres avis  ICI  et  LA

Le canapé rouge    Michèle Lesbre     Editions Sabine Wespieser

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19 février 2008

Bas les masques !

9782221109625Dans la famille "Tout dans l'apparence", je voudrais... Personne !
C'est la première idée qui me vient en refermant ce livre.
En ce jour anniversaire du patriarche, on a droit à une belle brochette de personnages, puisque toute la tribu est réunie avec femmes et enfants, masques et colifichets Prada, complexes et vanités, rancoeurs et regrets.

Un ange trublion passe, Gabriel, très vieil ami de la famille, et dépose son cadeau enrubanné de mauvais augure.

On prend les mêmes moins un, le patriarche, et on recommence une semaine plus tard pour la grande comédie des funérailles. Les masques tombent, les complexes s'exposent, les vanités se ravalent, les rancoeurs se dévoilent mais les regrets restent.
Mais point de jeu de massacre, non, car chez ces gens-là on cause pas, on compte, et chacun de se confesser dans son coin, avare de partager ses émotions, de protéger ses vérités. C'est moins dangeureux de parler au mort, plutôt qu'aux vivants...

"Puis, gravissant le perron, traversant le hall, je suis entré dans le salon, comme quelques jours auparavant, où je les ai tous retrouvés, mais dans une configuration différente, comme une cellule dont les atomes auraient été mélangés, dans une répartition anarchique des plus et des moins, des noirs et des blancs.
Oui, c'est exactement cela que j'ai ressenti en les voyant, l'anarchie, le désordre, le renversement des valeurs, comme si l'unité et l'harmonie de ta famille avaient disparu en même temps que toi, parce que tu en étais le garant."

Un récit polyphonique, à huit voix, qui apportent chacune leur tour une pièce supplémentaire à ce puzzle double-face. Celui qui inaugure le jeu, en posant la première pierre, détient aussi le pouvoir de faire voler le tout en éclats en tirant prématurément sa révérence.
Bref, une famille pas très sympathique, mais à laquelle, grâce aux dernières pages, j'abandonne tout de même un peu de compassion, et tous mes respects au patriarche...
Roman de la maîtrise, il en va de même pour le style et l'écriture de l'auteur, masculine, concise et pragmatique, sans bavure.

Un grand merci à SOPHIE qui n'a pas craint de faire traverser les mers à ce livre, afin de me faire découvrir son auteur. Je lorgne déjà sur son précédent !
L'avis de TAMARA et de  FLO
Le blog du livre  ICI

De manière à connaître le jour et l'heure   Nicolas Cauchy   Editions R. Laffont

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1 décembre 2007

Iran...donnée !

9782742760237Ce n'est malheureusement pas à une promenade de plaisir que nous convie l'auteur.
1983, quelques années après la chute du Shah et le retour de Khomeyni (1979), la révolution est, comme bien souvent, confisquée au peuple iranien assoiffé de démocratie. La mollarchie remplace la monarchie vieille de deux mille cinq cents ans.
Suite à l'arrestation de son mari et après un bref séjour en prison, Sorour décide de fuir son pays avec sa soeur aînée revenue de France pour se marier. Il leur faudra trois mois pour rejoindre clandestinement la frontière du Kurdistan et passer en Turquie via "La vallée des Aigles", avant de pouvoir s'envoler pour Paris. Rendez-vous manqués, passeurs véreux, aléas de la résistance kurde, ce n'est que contretemps, longues attentes dans les planques, falsifications de papiers, d'identités, découragements, mais aussi des rencontres humaines rudes, chaleureuses, inattendues.

"Une heure plus tard nous arrivons sur un haut plateau en terrasses. Devant nous s'ouvre une grande et magifique vallée. Une vallée longiligne établie dans une brêche profonde entre deux parois rocheuses, lisses et verticales. Les paysans nous ont averties: "Elle est surveillée des deux côtés. D'un côté les pâsdârs, de l'autre les askars, les soldats turcs qui traquent les clandestins. Des deux côtés, on a l'ordre de tirer sur tout ce qui bouge, même sur les aigles, nombreux dans les parages. Si vous la traversez saines et sauves, plus rien ne pourra vous arriver. Vous deviendrez immortelles."

Arrivée en France, où elle retrouve ses parents qui ont pu exiler légalement, Sorour s'inscrit en fac de langue et de littérature russe. Elle se saisit de l'occasion qui lui est offerte de partir étudier une année à Moscou. C'est là-bas qu'elle perdra à nouveau son passeport et devra, une fois encore, se confronter à la clandestinité et à la fuite.
Enfin de retour en France, elle affrontera, bien des années après,  l'administration ubuesque du consulat iranien afin de refaire ses papiers de citoyenne iranienne. Le besoin et le courage de rentrer dans son pays par la grande porte lui auront pris vingt ans. En 2004, elle peut enfin revoir la Vallée des Aigles. Sa fuite prend fin.

"Tout est confrontation avant-après: le temps passé, le temps présent. J'ai parfois l'impression d'être une momie, une revenante, un fantôme.(...) Le présent s'écoule en dehors de moi. J'appartiens au passé. Un passé si lointain que je commence à douter de son existence. Il n'a été peut-être que le fruit de mon imagination. Je n'ai qu'une envie: chercher des indices, des lieux réels. Quant aux individus, je ne les cherche même plus. Ils sont tous morts ou partis ailleurs, ce qui revient presque au même. Je suis la seule rescapée d'un temps révolu."

Ma rencontre avec l'auteur a donné encore plus de poids à ce récit autobiographique qui m'a littéralement transportée. J'ai eu beaucoup de mal à lâcher ce livre, cette femme si combative et sa famille abonnée au cycle infernal des exils et des retours.
Si la première partie du livre est riche en péripéties diverses et variées, la seconde, bref témoignage de la vie moscovite en pleine Perestroïka, autre révolution confisquée, a comblé ma curiosité. Mais j'avoue avoir été particulièrement émue par le récit du retour au pays. J'ai éprouvé avec l'auteur l'émotion qui étreint lorsqu'on remarche sur les traces de son enfance, que l'on croise à nouveau des lieux qu'on ne croyait revoir et qu'on retrouve des inconnus qui ont à jamais décidé de votre destin.

Je suis heureuse d'avoir pu rencontrer et écouter cette femme qui porte haut et fier la belle force dont le déracinement l'a nourrie. Tout cela me donne envie de découvrir plus avant la littérature de son pays et de ses soeurs de lutte.
Le beau sourire de Sorour est ICI

La Vallée des Aigles    Sorour Kasmaï     Editions Actes Sud

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22 janvier 2008

P M D *

9782234059030Pour Mère Défaillante,
Ou comment un simple acte notarié fait rebrousser chemin à la mémoire et parcourir des sentiers où l'enfance peut craindre de se perdre à jamais, risque d'autant plus grand quand on a une mère  psychiquement malade mais que personne ne vous le dit.

Afin de signer une donation de leur vivant, un couple et ses deux filles adultes se retrouvent devant notaire, mot, dailleurs, qui à lui seul en dit long sur l'histoire ! Pour la narratrice, une des filles, c'est l'occasion de conjuguer le verbe "hériter" et de décliner les mots don, abandon, pardon.

Elle sait dire l'insécurité et le mystère qui entoure les fréquents séjours en maison de repos, la fragilité du sentiment de vie face aux sautes d'humeur et à la raison qui vacille, la culpabilité devant l'impuissance à aider cette mère imprévisible et l'effacement de soi afin de ne pas accabler davantage un père désemparé.
Quel ressenti éprouve l'enfant lorsqu'il constate qu'un jardin ou de vieux meubles, bien mieux que les relations familiales, comblent une mère qui sait alors trouver les mots pour dire son attachement et les gestes pour prendre soin des arbres ou de quelque commode, mais reste en apparence insensible à la présence des vivants ?

"La version de Papa était toujours la même: "Votre mère est une personnalité haute en couleur. Elle a, comme tout le monde, des hauts et des bas, mais comme c'est une Italienne, les hauts sont plus hauts et les bas plus bas..." Stop, c'était fini, ça s'arrêtait là. Il n'aimait guère parler en général. C'était un méditatif, un silencieux. Au fil du temps, il s'effaçait peu à peu lui aussi."

L'auteur aime les mots justes, en joue souvent avec humour et s'en délecte. Un point à l'endroit, un point à l'envers, passé et présent se répondent pour tisser un récit à la trame sensible et pudique, mais également d'une grande justesse clinique. Avec en arrière-fond, la crainte d'avoir reçu et, peut-être celle aussi, de transmettre ce petit gène qui fait la différence.
Entre réalité matérielle et inscription dans la chaînes des générations, la symbolique de la donation s'inscrit ici comme un révélateur. Celui d'un acte enfin posé par une mère qui n'a pas encore dit son dernier mot...

"Je me suis dit qu'en effet, nue-propriétaire ça n'était pas si mal. On a et on n'a rien. "Tout ce qu'on a , c'est ce qu'on n'a pas." Et rien n'empêche de bâtir sur ce manque, comme dans la vie. Finalement, cette métaphore me convient, ai-je pensé. Je la garde..."

 

* Ces trois lettres furent, dans un temps pas si lointain, signe d'un funeste diagnostic.
Depuis l'avènement du dsm IV, la bible de la psychiatrie américaine qui tend à classifier l'esprit humain et ses dérives via des grilles de symptômes, on parle de troubles bi-polaires; ça fait moins peur que Psychose Maniaco-Dépressive. C'est une pathologie caractérisée par une alternance de phases d'exaltation, d'agitation, et de périodes d'abattement, de dépression.
Funeste diagnostic car qui dit PMD, dit traitement à vie, avec les inévitables et désagréables effets secondaires des médicaments.
Autre inconvénient majeur, le caractère héréditaire de cette maladie.

La donation     Florence Noiville     Editions Stock

notaires

11 janvier 2008

Bonne nuit !

9782742761289Sébastien Ponchelet est un petit braqueur au coeur d'artichaut. Un premier hold-up raté et le voilà en prison pour quatre ans. C'est là qu'il fait la rencontre de Sholam Rubin, célèbre détrousseur de musées et grand amateur de livres. Sébastien devient "le domestique" de Sholam qui bénéficie d'un régime de faveur et d'une cellule VIP. Grâce à quelques magouilles, Sholam facilite la libération sous conditionnelle de son protégé, lui trouve un toit chez France, une ancienne prostituée, et un boulot d'homme à tout faire chez Condorcet, une des plus grandes maisons d'édition de Paris.

"Au magasin, je travaillais avec Gabriel, l'autre manutentionnaire. Un ballot flasque et sans âge, à l'air perpétuellement égaré. Sa blouse grise, sa bedaine qui débordait de sa ceinture évoquaient l'instituteur des années 1950."

Et à cause d'une blague dont il a le secret, ce benêt va entraîner Sébastien dans une drôle de galère. En effet un soir, celui-ci trouve dans sa sacoche le manuscrit égaré que toute la maison Condorcet recherche frénétiquement, et que Gabriel y a dissimulé.
Peu versé dans la littérature, Sébastien se contente d'en lire la première phrase et le laisse traîner chez France, où vont et viennent ses deux grands ados glandouilleurs et Raymond, son amant régulier et fidèle ami du Sholam. Le lendemain, le manuscrit s'est envolé.
La disparition du mamuscrit est prétexte à un enchaînement de faits qui changeront le cours de la vie de Sébastien. A moins que ce ne soit cette première phrase qu'il relit sans cesse : "Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

Un roman à double fond, comme sait si bien les écrire l'auteur des célèbres Neutralité bienveillante et Mortel transfert. Une histoire, en apparence simple comme de l'eau de roche, qui mène son héros et les lecteurs par le bout du nez et se termine par une pirouette.
Je n'en garderai sans doute pas un souvenir impérissable mais les personnages sont originaux, se balader dans une maison d'édition est toujours instructif, et pour qui aime la peinture, on croise dans ce livre de très beaux spécimens d'oeuvres d'art ainsi que de savoureuses analyses.

"C'est de toi que parle une peinture, tu y reconnais une image inédite de toi, un désir que tu portes depuis toujours, la clé d'une énigme, même -et surtout- si tu n'en as pas conscience. Tu crois t'emparer d'un tableau. Foutaises ! En réalité, c'est le tableau qui s'empare de toi. Le vrai coupable, c'est lui, les juges n'ont rien compris. On ne vole bien que ce qu'on aime. Forcément, on le négocie bien, on fait payer au client la douleur de s'en séparer. Le voleur s'enrichit d'arrachements successsifs. Il porte en lui une douleur inextinguible, il vole et il vend. C'est sa damnation particulière."

Y'a pas à dire, l'art est l'avenir de l'homme !

CHIMERE  et  PAPILLON  vous donnent leur avis

Longtemps, je me suis couché de bonne heure   J-P Gattégno   Editions Actes Sud Babel

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9 janvier 2008

Tic-tac Tic-tac

9782070336357Anne arrive dans une petite bourgade, non loin de la mer, où elle a rendez-vous avec un agent immobilier afin de visiter une énième maison. En fait, c'est la trentième et ce sera la dernière car de toutes les façons, Anne n'est pas acheteuse.
Alors pourquoi ces visites et pourquoi demande-t-elle à chaque fois à pouvoir rester seule quelques heures dans ces maisons vides et dans leur environnement, que cherche-t-elle ?
Tout simplement un peu d'elle-même.

"Nous sommes sortis sur la terrasse. Accoudés à la rambarde, nous étions comme sur le pont d'un navire. C'était la dernière maison que je visitais, mais la première située au bord de la mer. J'avais presque l'illusion du tangage, l'impression d'un départ en croisière. Des voiliers au loin ressemblaient à des mouettes vagabondes, les vagues venaient mourir sur le sable avec ce bruissement délicat des bâtons de pluie africains."

Se laissant imprégner par les atmosphères, les souvenirs refluent. L'enfance d'abord, entre une mère distante et un père délaissé et malade, la compagnie du chat, complice réconfortant face à l'impuissance de la narratrice à aider ses parents. Puis plus tard, ses amours de femme et sa passion pour le théâtre. Et enfin, sa vie du moment, d'autres hommes, d'autres chats.

Anne reviste sa vie et s'en va à l'encontre du sens des aiguilles d'une montre, accompagnée par le tic-tac régulier du temps qui s'écoule. Car c'est surtout la mort du père, à l'adolescence, qui lui a laissé une fragile cicatrice que la décrépitude maternelle vient soudain chatouiller et réveiller par le biais de la montre paternelle qu'Anne retrouve au fond d'un tiroir. Une montre muette et figée depuis bien longtemps.
Les rythmes oubliés du tic-tac et de la course des aiguilles vont relancer la vie d'Anne à la manière d'un choc électrique qui réanime un coeur absent ou qui libère du joug des inhibitions.
Mais il lui faudra pousser les portes de trente maisons pour accepter certains rendez-vous manqués... afin, peut-être, de ne pas rater le prochain !

"La vie sait des choses qui ne sont pas encore arrivées."

J'avoue avoir succombé une fois de plus au charme de l'auteur, à son écriture, à son ton délicatement mélancolique. Je crois même avoir été encore plus touchée par ce roman que par Le canapé rouge. La fuite du temps et de la mémoire, abordée ici sous l'angle de la relation filiale, a su titiller les souvenirs de la fille que j'ai été, et le tic-tac s'est parfois un peu emballé au fil des émotions que Michèle Lesbre sait si bien distiller.
Merci aussi à elle pour les quelques belles références littéraires qui parsèment ce livre.

La Petite Trotteuse     Michèle Lesbre     Editions Folio

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6 janvier 2008

Huis clos

ciel_cageJohannes Betzler naît à Vienne en 1927; il a donc onze ans en 1938 au moment du référendum sur l'Anschluss qui entérinera l'annexion de l'Autriche par le Reich. Il est enrolé dans les Jungvolk, subit endocrinement et entraînement, participe à la Kristallnacht et, les mois et les années passant, gravit les échelons des Jeunesses hitlériennes et devient le parfait patriote fanatisé prêt à donner sa vie pour son Führer, au grand dam de ses parents fortement opposés aux thèses nazies.

Pour Hitler, Johannes ne donnera qu'un bras et la moitié de son visage, et à dix sept ans, il se verra contraint de regagner ses foyers après avoir été blessé par une bombe. Et là, quelle n'est pas sa surprise de constater que ses parents cachent une jeune Juive dans leur grenier. Commence alors une partie de cache-cache et de non-dits entre lui, sa famille et Elsa Kor, personne ne disant qu'il sait et qu'il sait que l'autre sait. Un parfait cocktail pour faire germer dans l'esprit de Johannes, déjà fortement perturbé par sa pré-adolescence et ses mutilations, puis d'instaurer dans la réalité une curieuse relation mêlée de répulsion et de fascination avec la belle Elsa.
La fin de la guerre verra la famille de Johannes décimée et le laissera seul avec sa grand-mère dans leur grande maison où va se jouer désormais un étrange huis-clos, puisque Johannes n'avouera jamais à Elsa que l'Allemagne a été battue...

"Le danger du mensonge, ce n'est pas sa fausseté, son irréalité, mais au contraire le fait qu'il devienne réalité pour autrui. Il échappe au menteur comme une graine lâchée au vent, d'où germe une vie autonome dans un recoin inattendu, jusqu'à ce qu'un beau jour, le menteur se retrouve confronté à un arbre solitaire dont la vigueur se dresse au-dessus d'un à-pic vertigineux, un arbre qui le sidère autant qu'il l'éblouit. Comment s'est-il retrouvé là ? Comment réussit-il à survivre ? Sa solitude confère une grande beauté à ce fruit d'un mensonge, stérile et pourtant vert et gorgé de sève."

Récit d'une descente aux enfers de deux esprits perturbés pris dans une spirale infernale où les rôles peuvent bien s'inverser et l'amour remplacer la haine, ce livre est aussi un précis clinique sur le sentiment d'emprise, généré par la claustration tant physique que psychique. La dépendance réciproque, du bourreau et de sa victime, à une relation perverse que le temps se charge d'entretenir et de transformer, nous est ici narrée d'une plume suffisamment habile pour contraindre le lecteur à tourner les pages et assister à la douce violence de cette folie.

Point de torture physique dans ce roman, il y a même quelques pages d'humour grâce au personnage de la grand-mère, juste une subtile mais inéxorable mécanique de perversion décrite du point de vue du bourreau.
J'aurais aimé que le récit donne alternativement voix aux deux protagonistes de cette histoire afin de peut-être trouver la réponse à l'inévitable question, qui est la véritable victime ?

Le ciel en cage     Christine Leunens     Editions Philippe Rey

 

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31 décembre 2007

Bad trip

9782742771523Délire ou réalité, cette traduction du Livre blanc se veut une cosmogonie des petits peuples sibériens de l'Arctique.
L'auteur nous explique les circonstances assez rocambolesques qui ont présidé à la découverte de l'ouvrage sur l'île de Vaïgatch.

"Les tribus locales donnaient à Vaïgatch le nom de "Kheïdidia-no", ce qui signifie "terre sacrée (ou interdite)". Les aborigènes venaient même des contrées les plus reculées d'Asie polaire pour s'incliner devant les fameux objets sacrés.
La chasse, l'abattage des morses et la pêche étaient strictement interdits dans ces territoires. Ce tabou a perduré pendant des siècles et a commencé à être violé de façon systématique seulement dans les années 1950, à la suite de l'installation d'une base atomique soviétique dans l'ïle."

Le Livre blanc, composé de six chants, nous présente les figures emblématiques de la mythologie de ce peuple de la mer de Barents. Koutkh le corbeau qui vit dans le monde d'En-Haut. De son île céleste, il est aux premières loges pour assister au triste spectacle que lui offrent les hommes peuplant le monde du Milieu. Un jour, n'en pouvant plus, il décide d'envoyer le Libérateur Er Sogodokh, Oreille d'ours. Ce dernier est chargé de faire revenir l'ordre entre le monde du Milieu et celui des Ténèbres où vivent les morts toujours plus affamés.
Les chamanes font la navette entre les trois univers afin d'aider à ce grand nettoyage, genre pulp fiction à la sauce polaire, où les lances et les amanites tue-mouche remplacent allègrement les flingues et la cocaïne ! On dépèce, tranche, dévore, rote, fornique. La banquise change de couleur et prend des teintes révolutionnaires...

"A la fin, ils étaient complètement désespérés. Et lui, il continuait à les tuer. Il en avait déjà tué beaucoup. Des guerriers s'étaient sauvés. Tous les hommes s'étaient sauvés. Il a embroché deux hommes. Leur coupe la tête. Leur transperce la cervelle. Les agite au bout de sa lance. Il crie : Ne vous sauvez pas comme ça ! On peut se battre encore un peu !"

Le Petit Chaperon rouge et Barbe bleue ont l'air bien palichon à côté !
Entre tradition et parodie, l'auteur s'en est donné à coeur joie pour revisiter la Sibérie primitive.

Le Livre blanc     Ilya Strogoff     Editions Actes Sud

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27 octobre 2007

Peur bleue

9782755401202Imaginez, nous sommes en 2052. La Terre n'est plus la planète bleue, mais la Ville bleue, les nations sont devenues des districts, les villes des faubourgs, la Pensée Unique Totalitaire (P.U.T) a triomphé, les Zenbas (rappelez-vous, la France d'en bas...) ont remplacé les bobos, les sdf ont mystérieusement disparu laissant la place aux SDF, grands patrons itinérants sans bureaux fixes si ce n'est les suites somptueuses de grands hotels. Dans la Ville bleue, exit chômage et pauvreté, "le capitalisme conduisait à la gratuité tellement l'abondance était grande". Les normes ont remplacé les lois, rien ne se fait sans avocats ni psys, les logiciels régissent tout, puces et messages subliminaux sont omniprésents et tout se monnaie d'une simple empreinte de pouce.

C'est dans ce paradis cauchemardesque que vont se rencontrer deux êtres aux antipodes l'un de l'autre. Pierre-Paul, richissime et talentueux SDF, homme d'affaires trouble et père du mystérieux projet Amadeus, et Myriam, maquettiste de renom recrutée pour l'assister et qui, tout en en profitant, regarde ce monde d'un air sceptique et n'hésite pas, à l'occasion, à se ressourcer dans la prière.
Le projet Amadeus serait-il un nouvel outil préparant la LDP (Lecture De la Pensée) ? Quels liens Pierre-Louis entretient-il avec Les Saigneurs, ces dirigeants de La Ville que personne ne connait et sur lesquels courent toutes les rumeurs ?

Quand Amadeus et LPD se transforment en Antéchrist, j'ai refermé définitivement ce catalogue de tous les poncifs. Le libéralisme, surtout lorsqu'il est mâtiné de morale catholique, n'est pas si terrible que ça ! Car bien sûr, qui sauvera le monde si ce n'est le Bon Dieu, évidemment...
Amen... ez-moi un autre livre, vite !

La luxure régnait sur la ville      Michel de Poncins     Editions F-X de Guibert
et la ville était bleue

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26 décembre 2007

Déboires russes !

9782879293516En une quarantaine de nouvelles nous embrassons l'âme russe dans tout ce qu'elle a de fatalisme, d'absurde, de tragique et de drôle à la fois.
Les personnages de l'auteur ont bien retenu la devise de feu leur grand pays, "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !". Certes "Vodka, corruption et système D" pourrait en être le corollaire indispensable pour s'assurer une vie supportable, et générer des grands éclats de rire là où n'importe qui se tirerait une balle dans la tête !

"En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance." (Les Voisins)

Quarante-trois clichés, parfois très courts et répartis en six grands chapitres, pour brosser des portraits réalistes du peuple de la Russie profonde, pas les nouveaux riches moscovites, mais celui des travailleurs ou des petits chefs  qui tentent de s'adapter, tant bien que mal, à l'évolution de leur pays. Les stygmates de l'étatisme et du communisme aidant, c'est pas une mince affaire !

"La tante Klava était une gardienne de la vieille école, experte en surveillance. Avant de travailler au foyer elle avait été ouvreuse dans un cinéma, et avant encore elle avait été responsable d'étage à l'hôtel Intourist. Sa figure n'exprimait jamais la moindre émotion, et sa réserve lexicale se limitait à deux phrases : "Où allez-vous ?" et "C'est interdit !". Mitia, qui n'était pas inscrit sur la liste des résidents du foyer, avait bien imaginé différentes ruses, mais sans jamais réussir à abuser la tante Klava. Enfin, si : un jour, il avait presque réussi." (Le Tank)

Les grandes interrogations existentielles concernent le quotidien (l'avenir se limitant souvent au lendemain), le fonctionnement de la machine à laver, l'absence d'éclairage et d'asphalte dans les rues des villages ou la bonne cohabitation entre voisins. La version russe de la réduction du temps de travail, la compréhension ou l'assimilation de concepts venus de l'Occident et l'entrée dans la société de consommation occupent suffisamment les personnages pour qu'ils évitent de se poser les questions primordiales : qui suis-je? où vais-je? dans quel état j'erre? .

Taïga Blues, titre original déjà évocateur, n'a pas perdu au change dans l'édition française. Cela aurait pu être un récit noir et désespéré. Au contraire, c'est avec humour et tendresse que l'auteur nous présente son pays et ses compatriotes.
Une évidence s'impose, seule une pénurie de vodka empêchera le monde russe de tourner...

Dernières nouvelles du bourbier   Alexandre Ikonnikov   Editions Points Seuil

 

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28 mars 2007

A TABLE !

2879292824 " Papa et Maman, ce ne sont pas leurs vrais noms (...). Mes parents n'existent pas. Ils se tiennent dans un lieu que je ne peux pas connaitre (...). Je veux qu'il y ait une histoire. Des parents dans une chambre qui se penchaient, confiants, sur un berceau bleu. Et Papa et Maman sont entrés une nuit en brisant la fenêtre et ont enfoncé leur couteau. Cela s'est fait très vite. Il n'y a pas eu de lutte. Ensuite, Papa et Maman ont très soigneusement découpé les visages au moyen de ciseaux aux longues lames fines et les ont cousus sur les leurs comme des masques. Sans faux plis, ni coutures. Ils les portent depuis avec grand naturel et tout le voisinage est dupe."

Une petite fille solitaire observe le monde de ses parents. Elle ne les comprend pas et n'ose pas poser de questions. Alors elle se rassure en trouvant elle-même les réponses aux comportements parfois bizarres des adultes. Entre un père original et parfois sévère, et une mère peu encline à la tendresse, cette petite fille survit grâce au pouvoir de son imagination. Elle mène son enquête sur la pointe des pieds, et par petites touches poètiques et imagées, elle tente de s'approprier cette famille et de se faire aimer.

Un court texte qui réveille en nous les petites filles que nous avons été. Partagé entre humour et émotion, inquiétude et étrangeté, ce récit se lit d'une traite. Je ne sais pas pourquoi, mais je m'imaginais que cette sage observatrice aurait très bien pu être Amélie Nothomb. Sans doute parce que l'auteur est Belge !

" C'est au fond des penderies que Maman se tient le plus fort. Des corps entiers sont là, debout comme elle. C'est dans cette grande penderie que j'entre. Dans sa vaste bouche d'ombre. Sous les cintres qui grincent et les tringles qui plient. Je progresse dans le noir et les robes titubent et leurs corps s'entretouchent. Parfois, elles font des voltes, des chutes, des plongeons, elles glissent, elles s'abandonnent, elles croulent dans mes bras, des corps bouleversés me débordent et m'embrassent. Maman enfin permet que je l'approche."

 Le grand menu     Corinne Hoex     Editions de l'Olivier

 

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21 décembre 2007

Plongeon irlandais

9782264042002A la mort de son père, Imogen hérite d'une malle remplie de photos, de papiers personnels, journaux intimes, articles de presse, correspondance diverse.
Après quelques hésitations, elle se décide enfin à en entreprendre la lecture, espérant peut-être ainsi comprendre la disparition de son frère Johnny, survenue trente ans plutôt.
Comment ce nageur émérite a-t-il pu se noyer ? Imogen ne croit pas à cette mort accidentelle survenue alors qu'elle-même était internée dans une clinique psychiatrique, suite à un accès de mutisme soudain.

Nous plongeons avec la narratrice dans l'océan du passé familial. Et la pèche sera fructueuse car, si elle n'obtient pas explicitement la réponse à sa question, Imogen y trouvera cependant de nombreuses révélations concernant les générations précédentes.
Non-dits, secrets, traumas, répétitions, tout cela balaiera d'un éclairage nouveau l'absence de Johnny.
Entre deux plongées en eaux troubles, nous refaisons surface dans le présent pour entendre enfin ce qui a plombé la langue d'Imogen en 1970.

"J'ai une photo de Johnny prise l'année où il remporta le championnat scolaire interrégional de natation. Il n'a pas l'air triste. A dire vrai, il a un sourire satisfait. Je lui avais dit alors: "Regarde comme tu as l'air content de toi, imbécile.
- J'ai gagné, avait-il rétorqué. Pourquoi ne serais-je pas content de moi ?"
Mettez-lui un uniforme, avec sa casquette soigneusement serrée sous le bras droit, effacez l'air de contentement de son visage, et c'est le sosie de l'oncle Harry."

Sans trop de surprise quant à l'intrigue, l'auteur nous dépeint, d'une écriture limpide et sans aternoiements, l'Irlande puritaine où solitude et fuites sont les seules issues de secours face aux conventions et à l'enfermement qui en découle.
Un roman qui ravira aussi les amoureux(ses) des ambiances de bord de mer.

"J'habite aujourd'hui une maison coquette à Sandycove, sur une route qui mène à la mer. J'ai besoin de vivre près de la mer; je ne veux pas être dedans ni dessus, mais il m'est difficile de vivre sans son bruit, son odeur, sans les reflets du ciel, des nuages, de la nuit, des gris, des bleus, et j'aime le tumulte des tempêtes."

J'avais piqué cette idée de lecture chez CATHULU.

Ceci n'est pas un roman     Jennifer Johnston     Editions 10/18

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