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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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11 juin 2007

Pièce nipponne

9782742767106Une jeune femme souffrant du dos se rend régulièrement à la piscine. Un jour, elle est attirée, par une femme assise dans les vestiaires et qui attend. Elle recroise Midori quelques temps après à l'extérieur. Toujours intriguée, presque aimantée par son attitude de "neutralité bienveillante" même lorsqu'elle est en compagnie, la narratrice décide de la suivre. Sa filature la mènera jusqu'à une loge de gardien d' une cité abandonnée. Là, des gens assis autour d'un poêle attendent posément eux aussi. A tour de rôle, ils rentrent dans "la petite pièce à raconter". Pour se parler à eux-mêmes. Chacun reste le temps qu'il veut et lorsqu'il ressort, il laisse une obole.

"On peut raconter tout ce que l'on veut ici, ça n'a pas d'importance, n'est-ce pas? Des histoires d'autrefois comme des rêves du futur, la réalité comme le fantastique."

Mi-divan, mi-confessionnal, la petite pièce à raconter recueille les mots et soulage les maux. Ce court texte est une parabole très poétique de l'acte de dire, de sa fonction symbolique et thérapeutique. On ne sait pas pourquoi ça marche, mais ça marche. C'est ce que les psychanalystes ont coutume de dire de leur pratique. Il en va de même pour cette petite pièce à raconter qui permettra à la narratrice de s'approprier une parole libératrice.

"Plus on est à l'étroit, plus on entend nettement sa propre voix, et l'on doit certainement avoir l'impression de se révéler dans la vérité de son coeur. C'est ce qu'il y a d'agréable dans le monologue."

C'est ma première rencontre littéraire avec cet auteur; ça ne sera pas la dernière car j'ai noté ça et là différents titres. Je crois qu'après celui-ci "Le Musée du silence" s'impose !

La petite pièce hexagonale     Yoko Ogawa    Actes Sud  Babel

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9 juin 2007

Popote grecque

9782742768653

Nana est mariée et a deux amants. Elle prend son pied uniquement avec des hommes sachant lui mitonner des petits plats exquis. Très vite, on s'aperçoit que ces deux hommes sont voisins de palier. Rapidement eux aussi, ils vont se rendre compte qu'ils aiment la même femme. Un combat culinaire va s'engager entre ces deux-là, mi-rivaux mi-complices, pour l'amour de la belle. Le livre se partage entre digressions galantes, ruminations jalouses et recettes de cuisine. La table des matières est un gigantesque menu.

Dans un premier temps, c'est la couverture un brin surréaliste qui m'avait accroché l'oeil. Bien que méfiante, car la gastronomie n'est pas un de mes thèmes de prédilection, le fait que l'auteur soit grec avait fini de me convaincre.
Ayant eu maille à partir avec la cuisine grecque, qui ne brille pas par son raffinement, j'étais assez dubitative quant au résultat. Et ce d'autant plus que l'auteur est de sexe masculin. En Grèce, derrière les fourneaux, ce sont inévitablement les femmes qui s'y collent !

Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vos piles et vos listes, ce livre ne m'a pas plu. J'ai eu l'impression d'être dans un très mauvais vaudeville. La donzelle et ses caprices culinaires m'ont fortement agacée, quant aux états d'âme des deux chevaliers, ils m'ont laissé de glace. La crédibilité même du récit est gravement entachée. Car pour qui connait les affres de la canicule athénienne, on peine à croire au plaisir de se délecter d'un pastitsio ou d'une soupe de poulet en plein mois d'Août, quand l'organisme ne réclame que des éléments liquides frais voire même carrément surgelés ! Et à mon grand désespoir, aucune recette de ces gourmandises dégoulinantes de miel, ni même une petite description du halva citronné et saupoudré de cannelle ...

On voit se profiler le dénouement aussi sûrement que l'Acropole au-dessus d'Athènes. Non décidément, pas une once de sensualité, aucun débordement orgiaque, nul épicurisme raffiné. Point de torride pillage frigorifique ni de gargantuesque grande bouffe, encore moins de bain chocolaté. La seule touche de poésie se trouve dans certains titres des chapîtres. Heureusement, car j'aurais été bien en peine de vous citer un extrait.

" Coraux d'oursins naufragés dans une cuillérée d'eau de la mer Egée "

C'est mignon ça, comme image, non ? Mais beurk ! je déteste les fruits de mer crus.
Ah qu'il est loin le magistral et fabuleux "Festin de Babette" ! Karen Blixen peut reposer en paix...

Les Liaisons culinaires     Andréas Staïkos     Actes Sud  Babel

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17 mai 2007

Le poids des secrets

9782742757909Encore ! me direz-vous.
Et bien oui, forcément, à force de les voir tourner sur différents sites, ils ont aussi fini par se poser chez moi.
La dernière fois que je les ai aperçus, ils étaient chez Bellesahi.

Ces deux petits livres ont la grâce et la fragilité des papillons.
Avec toute la simplicité d'un jardin zen, ils nous content une histoire d'amour irradiée par les liens du sang, sur fond de conflit nucléaire.

9782742765171

"Nous avons parlé ainsi pour la première fois dans le bois de bambous. Par la suite, il nous arriva de lire tranquillement un livre sur la pierre, l'un à côté de l'autre."

"Je vois sa jupe évasée s'agitant au rythme de sa marche et de ses longs cheveux noirs. Les couleurs des fleurs d'hortensia. Le bruit de la pluie, qui tombe sur le parapluie de papier huilé. Les escargots. La barbe noire de l'homme étranger. La silhouette de la petite fille s'éloignant avec son père. Et le bruit du coquillage."

Tsubaki     Aki Shimazaki     Actes Sud
Hamaguri                                 Babel

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13 mai 2007

Luminothérapie d'urgence !

9782264036346C'est un traitement qui, parait-il, a fait ses preuves. Dans les pays nordiques, il aide à lutter contre les dépressions saisonnières dues à l'absence de luminosité. Et c'est ce qu'il faudrait aux héros de ce roman, avant que cela tourne au drame.
Ce livre est étonnant car on est en permanence sur le fil du rasoir.
Je vous plante brièvement le décors. Nous sommes en Suède quelques années avant l'an 2000. Nous suivons cinq personnages entre Noël et la Saint-Sylvestre. A cette période de l'année la nuit tombe vers 14H30. Ajoutez à cela la baisse de moral que les fêtes de fin d'année ont souvent le don de déclencher chez certains, et vous êtes en plein dans le sujet. "Ciel gris et lourd sur la Suède. Aujourd'hui ça ne se lèvera jamais"

L'humeur de Pia vire au gris très foncé ! Solitaire, quinze kilos en plus depuis qu'elle a arrêté de fumer, une licence d'arts, au chômage et en sous-loc depuis treize ans, bon, normal qu'elle soit un chouia aigrie !
"La dernière fois que Pia est allée au café, elle s'est retrouvée assise près de trois adolescentes répugnantes qui remplissaient un test de personnalité dans une revue féminine. Elles lisaient les questions tout haut avec leurs sales voix aiguës, fumaient, mâchaient du chewing-gum, et pouffaient de rire.(...) Comment peut-on faire des tests de personnalité quand on n'a pas de personnalité à tester ! avait voulu crier Pia sans pour autant oser le faire. Au lieu de ça, elle s'était faite toute petite derrière sa tasse de café et avait eu l'impression d'avoir deux cents ans."

Hakan et Anna en sont à peu près au même point, après dix ans de mariage et deux enfants, dans leur lotissement pavillonnaire ! Et le fameux modèle suédois ne peut rien contre leur crise conjugale.
"C'est ça la vie tranquille... Prenez des ceintures de sécurité, des freins ABS et un air bag. Mélangez avec des voyages organisés, la déclaration d'impôts simplifiée. Versez ensuite sur le tout un spermicide lubrifiant et faites dorer à four moyen pendant dix minutes à mi-hauteur dans un four conforme aux normes de sécurité enfants. Et si par malheur quelque chose tournait mal, on a dix jours pour retourner la marchandise, si on a gardé le ticket de caisse."

Henning, vieil ours solitaire, reste à minima en contact avec la vie, via le courrier des lecteurs d'un tas de journaux. Il donne son avis sur tout et en profite pour déverser son fiel. Mais il fête Noël malgré lui.
"Devant son rôti de porc froid, il allume une bougie. C'est tout de même Noël. Sur la boîte de bière, il est écrit "Bière de Noël" et sur le sachet de pain, il est écrit "Brioche de Noël". Même le conditionnement du beurre est garni d'ornementations et de grelots, et affublé du nom de "Beurre de Noël". Alors là, ça doit vraiment être Noël ! "

La  grand-mère, elle, s'efforce comme tous les ans de perpétuer la tradition, tout en luttant contre une angoisse permanente. Toute aussi ravie que le reste de la famille, au moins elle ne mâche pas ses mots devant les tristes mines des uns et des autres. Par son incessante agitation, elle les pousse au bord de la crise de nerfs.
"Vous m'avez l'air drôlement déprimés, y a quelque chose qui va pas ? gémit-elle. Qu'est-ce qui ne va pas ? Vous n'êtes pas contents ? Vous ne pouvez pas être un peu heureux, c'est le réveillon tout de même. C'est trop demander, après tous ces préparatifs, que vous soyez un peu heureux ? "

Vous avez sans doute deviner que ces cinq là vont se croiser.
Si l'auteur n'était pas un célèbre provocateur suédois, on pourrait se ruer illico sur la boîte d'anti-dépresseurs.
Mais grâce à son talent, Jonas Gardell nous fait rire en découpant au scalpel les aternoiements de ses personnages et les absurdités de la vie. D'un ton incisif et caustique il nous renvoie nos petites lâchetés, nos rendez-vous manqués, et il ne se gêne pas pour nous rappeler qu'on perd souvent beaucoup de temps à rêver sa vie plutôt qu'à la vivre.

Noël ne pointera pas son nez avant sept mois, et le temps que vous vous procuriez ce bouquin, le soleil sera revenu et l'été sera là. Alors vous pourrez plonger dans ses pages et flotter toujours entre émotion et dérision, sans crainte d'être happé par la dépression ambiante.

Et un jour de plus     Jonas Gardell     Editions 10/18

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9 mai 2007

La culture c'est ce qui reste quand on a tout oublié

9782842631260Si vous avez envie ou besoin de vous remonter le moral, lisez ce bouquin.
Vous rigolerez du début à la fin, en suivant les aventures de celui qui rêvait de devenir Jimi Hendrix.

Mais en attendant ce jour de gloire, notre héros doit bien vivre, et c'est sur un coup de bol qu'il réussit le concours de la fonction publique lui permettant de devenir "agent de contact". Quézaco ? Un mot nouveau pour dire gardien de musée, quoi !
Et commence alors une vie professionnelle passsionnante. " Il y a des fois où s'emmerder vaut de l'or."
C'est sûr que ce n'est pas un boulot physique, mais ne vous y fiez pas. Car outre les collègues déjantés, il s'en passe de belles dans ces hauts lieux de la culture !

L'auteur croque des portraits succulents de ces fonctionnaires qui regorgent d'activités annexes sur le lieu même de leur travail. Et en plus, ils osent se mettre en grève, prennent des touristes en otage et carburent à toutes sortes de substances.
Ah, quel dur métier que celui de "Casques bleus de la culture" !
Tout le monde y passe, le service du personnel, les syndicats, les visiteurs, les touristes, etc...

" Le contact se décompose en deux entités distinctes, quoique complémentaires: l'accueil et la sécurité.(...) La sécurité, c'était une autre paire de manches. On ne dirait pas comme ça, mais les visiteurs risquent gros dans un musée. Incendie, attentat, mouvement de panique, folie collective, geste désespéré d'un tireur fou..."

Ce livre a le ton de la bonne virée entre copains, sur fond de Doors et d'Hendrix.
Vous regarderez les oeuvres d'art sous un autre jour et vous ne vous adresserez plus à un gardien de musée de la même façon, la prochaine fois que vous pénétrerez dans l'antre du patrimoine de l'humanité.

Le Patrimoine de l'humanité     Nicolas Beaujon     Le Dilettante    

Et ça tombe bien, j'y vais demain. Je testerai et je vous raconterai les beautés que je verrai là

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3 mai 2007

LA REINE NUE

9782742766604Le clan Padovani est en émoi. Guilietta la reine mère, écrivain de renom, commence à perdre la boule !
Femme excentrique et indépendante, celle-ci a mené tambour battant sa vie, aussi bien privée que professionnelle. De ses trois maris, elle n'a gardé que ses septs enfants. Le succès de ses livres lui a permis de se faire construire La Villa sur la Riviera et d'y offrir une vie luxueuse à ses rejetons, puis plus tard à ses petits-enfants.

" D'une famille si peu orthodoxe, Guilietta avait réussi à faire une tribu qu'unissaient des liens étroits et au sein de laquelle régnait une parfaite concorde. Les frères et les soeurs vivaient dans un rayon de trente kilomètres autour d'un centre que figurait La Villa de leur mère. Ils ne s'étaient jamais quittés, se voyaient très souvent et se verraient plus souvent encore quand deviendrait manifestes les troubles mentaux de Guilietta. "

Aussi quand Guilietta annonce qu'il faudra la payer pour l'entendre raconter ses souvenirs, ses enfants ne doutent plus qu'elle s'enfonce doucement mais sûrement dans la démence. Ces septs-là n'hésitent pas un instant. Ils commencent par rentrer dans le jeu de leur mère, mais s'aperçoivent très vite que la situation ne pourra qu'empirer. Alors chacun se relaie un jour par semaine auprès de la vieille femme, n'hésitant pas à délaisser conjoints et enfants, voire même activité professionnelle.
Au cours des trois années que durera la déchéance de la mère tant aimée, chacun se retrouvera face à lui-même. Et se révèleront alors les vrais caractères des uns et des autres, ainsi que quelques pans cachés de la vie maternelle. Et certains ne s'en remettront pas.

"La vie de Loretta s'est mise à filer. Comme un bas qu'un ongle, malencontreusement, vient d'accrocher: plusieurs mailles sautent, une échelle se met à courir, descend le long de la jambe, rien ne peut la stopper, le dégât est irréparable."

Tout au long de courts chapitres, l'auteur nous promène d'un personnage à l'autre, sautant de l'esprit embrouillé de la mère aux périgrinations et déconvenues de ses enfants, en passant par les fragments du journal intime de  Guiellieta. Fidèle à son style, Anne Bragance réussit sur un ton léger, délicat et non dénué d'humour, à nous faire avaler une pilule qui aurait pu, n'en doutons pas, s'avérer bien plus amère.

La reine nue     Anne Bragance     Editions  Actes Sud

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5 mai 2007

PENSER SANS LIMITES

9782842059989" Il est grand temps, si toutefois il n'est déjà trop tard, d'ouvrir les digues que l'on continue d'opposer à la marche de l'esprit humain, en dépit du spectacle que l'on a devant les yeux, si l'on ne veut pas qu'il les trompe violemment et qu'il jette la dévastation dans les champs d'alentour. Vous pouvez tout sacrifier, ô peuple, oui tout, pourvu que vous n'abdiquiez pas la liberté de penser (...) mais gardez seulement ce céleste palladium de l'humanité, ce gage qui nous permet un autre sort que celui de souffrir, de tout supporter, d'être écrasés à jamais.
Donc, criez sur tous les tons aux oreilles de vos princes, jusqu'à ce qu'ils entendent, que vous ne vous laisserez pas ravir la liberté de penser, et prouvez-leur par votre conduite combien cette déclaration est sérieuse.
Et surtout, vous tous qui vous en sentez la force, déclarez la guerre la plus implacable à ce premier préjugé d'où dérivent tous nos maux, à ce fléau qui cause toute notre misère, à cette maxime enfin que la destination du prince est de veiller à notre bonheur. "

Voilà le cri lancé en 1793 aux sujets des monarques européens, par un jeune philosophe allemand. La Révolution française étant passée par là, Johann G. Fichte exorte les peuples à se désinfantiliser, à s'autonomiser et à s'autodéterminer. Et ce, par le plus bel outil hérité du siècle des Lumières, la pensée et les idées qu'elle fomente et surtout qu'elle transmet.

" C'est le privilège de l'homme de résister par son activité, et de donner au cours de ses idées une direction déterminée par sa force propre, suivant sa libre volonté; plus on maintient en soi ce privilège, plus on est homme. La faculté qui en rend l'homme capable est précisément celle par laquelle il veut librement. La manifestation de la liberté dans la pensée, tout aussi bien que dans le vouloir, est un élément essentiel de sa personnalité; elle est la condition nécessaire qui seule lui permet de dire : je suis, je suis un être agissant par lui-même."

J'ai eu envie de vous rappeler ce texte d'une extraordinaire modernité, en réponse au projet scandaleux de notre prince moderne dont je vous faisais part hier dans la revue de presse.
Et puisqu'il était aussi et surtout question d'économie, ce subversif opuscule ne coûte que 2,50 € .
Merci donc aux éditions des 1001 nuits de participer à peu de frais à la diffusion des idées et à l'agitation de nos neurones.

De la liberté de penser     Johann G. Fichte     Editions des 1001 nuits

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4 mai 2007

L'éternité est amoureuse des oeuvres du temps...

9782264040602Si cette phrase vous bouleverse, précipitez-vous sur ce livre.
A quinze heures trente je me suis affalée dans une chaise longue, pour ne me relever que trois heures et quinze minutes plus tard. Juste le temps de lire d'une traite ce roman.
Résultat, un coup de soleil, un coup de blues, un coup de coeur.

Vous souvenez-vous du 21 Septembre 1969 ? Moi oui.
Jonas ne s'en souvient que parce que c'est le jour où Paul, son frère aîné, est décédé. Il avait 15 ans. Mais Jonas n'était pas encore né; ce sont ses parents qui lui ont raconté. Car ce n'est pas un sujet tabou, même si c'est douloureux.
" 502 jours séparent le dernier jour de ta vie du premier jour de la mienne. (...) Il y a 12 058 heures entre nous.(...) Au moment de ma naissance, 722 880 minutes s'étaient écoulées. "

Et puis un jour, alors qu'il a treize ans, Jonas cherche quelque chose au grenier et tombe sur des albums photos qu'il n'a jamais vus et sur une vieille veste ayant appartenu à Paul. Dans une des poches se trouve une lettre... A partir de là, le discours officiel ne lui suffit plus. Non pas qu'il soupçonne ses parents de lui cacher une quelconque vérité, mais il pressent qu'il y en a une autre.

Aidé par un ami de sa mère qui a bien connu Paul, Jonas se lance à la recherche de ce frère qui parfois le visite dans ses rêves mais dont il ne connait pas la voix. Il bouscule un peu les adultes et leurs souvenirs, il fouine, il prend son temps, il recoupe, et ... il trouve.
" J'avais trouvé le coffre à trésors de Paul. Je souris en direction du carton comme s'il s'était agi d'un être vivant. Un être aimé. Je soulevai alors le couvercle. Et là, parmi quelques lettres, photographies et autres papiers, je vis ton journal. Ce carton m'avait attendu dans l'obscurité pendant près de dix huit ans. Dix huit années de poussière et de saleté avaient presque obstrué l'ouverture de la cachette de Paul. Mais je l'avais découverte. "

Moi, ce genre de situation me file des frissons. J'ai une âme de chercheuse de secrets, de réponses, de révélations ... Et celles que découvrira Jonas sont magnifiques.
Tout en fougue et en pudeur, sentiments propres à l'adolescence, l'auteur nous tisse une superbe histoire.
Délicatement, il nous entraîne sur les chemins intimes que les ados savent si bien dissimuler aux adultes.
Et Jonas est la preuve que, bien souvent, ils sont plus forts que nous.

" C'est l'éternité qui tire un feu d'artifice, commenta Paul. Un feu d'artifice éternel qui envoûte quiconque le regarde. Un feu d'artifice toujours présent au-dessus de nos têtes, même si nous n'y prêtons pas toujours attention. C'est le feu d'artifice de l'éternité.(...) J'étais occupé à penser à l'éternité, aux étoiles, à l'amour."

Mon frère et son frère     Hakan Lindquist     Editions 10/18

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1 mai 2007

UNE COQUINE ...

9782876734470de 91 ans, voilà ce qu'est Geneviève Briand-Lemercier !
Et elle lutte vaillemment contre le vieillissement sous la férule de l'odieuse Mme Bertrand, prof d'astrologie transcendantale, dont elle suit l'enseignement depuis douze ans et qui, non contente de la dépouiller financièrement, veut aussi la déposséder de ses écrits. Sa théorie est simple; le thème astral de Geneviève se rapprochant dangeureusement de ceux de certains écrivains morts prématurément, il devient impérieux de se débarrasser de tous ces mots qui encombrent les placards de notre héroïne.

Car Geneviève suit depuis toujours les conseils de son père : tenir chaque jour son journal et noter ses rêves. S'attelant à ce travail de désécriture, c'est l'occasion pour Geneviève de relire ses anciens cahiers et de nous faire partager l'histoire de sa vie. Elle en profite aussi pour nous faire partager ses autres marottes. Toujours dans un but profilactique et scientifique, elle tient à jour deux sortes de chroniques nécrologiques dans des grands répertoires. Quand elle n'écrit pas, Geneviève est une adepte forcenée des achats par correspondance et de petits calculs en tout genre, pour bénéficier de super cadeaux et autres chèques de gros lots.
Mais comme vous vous en doutez, loin de l'enrichir, cette activité n'est guère lucrative. Alors, avec la complicité de son concierge, elle devient la championne du trafic de friteuse, d'appareil à fondue et autres ustensiles dont elle ne se sert pas et qu'elle entasse dans son appartement. Elle est aussi la reine des emprunts auprès des membres de sa famille, pour lesquels elle ne nourrit pas le même amour qu'elle a pour les mots !

Sur la pointe des pieds, je me suis introduite dans l'entrée de Geneviève et j'ai fureté dans "son placard aux écritures". Voici ce que j'ai trouvé :
"Dans la partie supérieure, des cahiers d'écolières. Leur apparence varie un peu selon les époques et les modes. Certains sont décorés sur la page de couverture.(...) Sur la dernière page, il y a presque toujours les tables de multiplication.(...) Sur l'étagère du milieu, il y a les dix sept cahiers de quatre cents pages plus récents.(...) Au dessus des cahiers récents, il y a les dossiers des rêves."

Et là, perdue dans ses récits oniriques, je me suis faite piquer par Geneviève. Mais peu perméable aux discours sécuritaires, elle ne s'est pas précipitée sur son téléphone pour composer le 17 ! Au contraire, elle m'a proposé de poursuivre ma visite en sa compagnie ...
" Sur l'étagère au-dessus des rêves, c'est la documentation que j'accumule sur les cas de très grande longévité. Il y a un peu de tout là-dedans : des coupures de presse, des photos, des notes recopiées, et même des lettres.(...) Les deux derniers éléments à inscrire à l'inventaire de mes écritures sont le Grand Répertoire Rouge et le Grand Répertoire Noir. Ils sont rangés dans le tiroir du placard, toujours fermé à clef."

L'heure passant, j'ai refusé le goûter qu'elle me proposait (vous comprendrez pourquoi, si vous lisez ce livre) et après lui avoir souhaité longue vie, je suis rentrée chez moi pour écrire cette critique. J'ai passé un agréable après-midi en compagnie de cette espiègle petite vieille, craquante de naïveté et qui a plus d'un tour dans son sac ...
Mais est-elle si naïve qu'elle en a l'air ?

Pour une critique à un degré supérieur, voir la critique d'Oedipe. Car l'auteur est un linguiste émérite, qui ne pouvait que faire des ponts avec la discipline psychanalytique. Et ce sera aussi l'occasion de découvrir un autre de ses romans, plus ancien celui-ci.

Une très vieille petite fille     Michel Arrivé     Editions Champ Vallon

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25 avril 2007

A TIRE D'AILE

9782878582062Alouette est fille unique, elle a 35 ans et elle est laide.
Ses parents, petits bourgeois de province, désespèrent de lui trouver un mari.
Chacun, sans se l'avouer, c'est fait une raison. Et la vie, ô combien ritualisée, de cette famille suit son cours.
Jusqu'au jour où Alouette part une semaine chez un oncle à la campagne, et laisse en tête à tête ses vieux parents.
Les préparatifs du voyage donnent à eux-seuls une idée de "l'obsessionnalité" de cette famille !

D'abord désemparé au premier soir, le couple va devoir s'organiser pour "survivre" aux sept jours d'absence de leur fille chérie.Trés vite, une seconde jeunesse s'emparera d'eux. Restaurants, sortie au théâtre, rencontres, retrouvailles, tout va s'enchaîner avec le naturel propre à la vie.
Le père renouera avec ses anciens compagnons, Les Guépards, dont la devise est de "populariser la consommation des boissons alcoolisées tout en cultivant l'amitié virile". Ce qui nous vaudra une description savoureuse de leurs agapes et d'une fort sympathique partie de tarots.
La mère retrouvera des gestes simples de séduction toute féminine et rejouera même du piano.
Mais la veille du retour de l'enfant prodige, la crise éclate. Le père craque, aidé il est vrai par une alcoolémie en forte hausse ! Et le sujet tabou, la laideur de la fille, arrive enfin sur le tapis. Les parents videront leur sac lors d'une nuit blanche telle qu'ils n'en ont sans doute jamais connue.
Au retour d'Alouette, l'ordre reprend sa place.
Les parents redeviennent vieux, banalisant l'insouciance retrouvée pendant ces quelques jours. Et la fille rentre plus laide encore, car le régime crème et beurre de la campagne lui aura été profitable.
Parents et enfant s'enferment à nouveau dans leur souffrance et leurs mensonges, chacun se persuadant qu'il a manqué à l'autre.

Que les amateurs de romans au rythme trépidant passent leur chemin, ce livre n'est pas pour eux. N'attendez pas non plus un jeu de massacre, ni un ton acerbe et décapant. On est plus proche de Balzac et de Flaubert, n'oublions pas que ce livre parut pour la première fois en 1924.
L'auteur nous décrit la vie d'une petite ville de province et de son microcosme, et dépeint à merveille la vie étriquée de ces trois personnages que les rituels aident à lutter contre l'angoisse. Et gare à la vie si par hasard elle tentait de s'immiscer dans cet univers figé !

A n'en pas douter, de nos jours, ce couple et sa fille bénéficieraient d'une indication de thérapie familaile ! Ce roman illustre parfaitement les théories systémiques. A savoir que le symptôme d'un des membres de la famille a une fonction pour l'individu, mais aussi et surtout pour l'entourage. Et qu'un tout petit changement en entraîne d'autres, parfois majeurs, qui en retour agissent sur le symptôme. Mais pour que cela dure, encore faut-il que la fonction symbolique de la parole puisse opérer, sinon chacun continuera à porter son fardeau...
Merci MUSKY qui a conseillé et aimé ce livre. Il trouvera donc sa place dans mon mémoire et, par la même occasion, me déculpabilise de consacrer si peu de temps à ce dernier !!!

Alouette     Dezso Kosztolanyi     Editions Viviane Hamy

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23 avril 2007

Rêver ...

Dimanche soir je suis allée me coucher de mauvais poil, 30% en travers de la gorge.
A cela s'est rajouté une discours fleuve (forcément, faut ratisser large) et soporifique et je me disais qu'on était mal barrés pour le débat TV et donc, le 6 Mai. Et encore, je n'avais pas l'image, heureusement car j'aurais souffert davantage.
Dans le fond, ce  n'était pas inintérressant, seulement je venais à peu de choses près et sous une autre forme, d'entendre des propos similaires de la bouche de celui qui jouait dans sa voiture à faire la nique au vieux (JC).

Elle m'a fait de la peine la dame; car la construction médiatique de sa candidature, qui n'émanait pas d'elle mais à laquelle elle s'est prêtée et prise au jeu, lui balançait une grande claque dans son joli visage.
Je lui reconnais le courage d'avoir affronté seule le machisme de ses pairs, car on ne peut pas dire que ses copines l'aient beaucoup soutenue. Et ces messieurs, eux, se retrouvaient coincés, car comment dire à tous ces militants enthousiasmés par l'audacieux changement,  que la manip médiatique les avaient un brin aveuglés. Certains ont pu croire que la sauce prendrait, mais on n'apprend pas aux vieux singes à faire la grimace. Alors ils ont fait les cons... normal. Et comme ils étaient les plus nombreux ... pas de bol. D'autres ont senti le vent tourner et l'ont suivi ... C'est terrible d'être mal entourée à ce point.

Les médias ont moins géré FB et ses électeurs. Et en fait pour l'instant, c'est lui le gagnant, le trublion de l'année, comme JMLP l'a été en 2002, à la différence près qu'il a raté la deuxième marche du podium, mais finalement la troisième est beaucoup plus confortable que celle qu'occupait JMLP. Je me prends à rêver qu'il mette la zizanie aux législatives avec son nouveau parti, à défaut de basculer du bon côté dès le 6 Mai. Nous prépare-t-il un truc dans le genre nouvelle cohabitation ? Je dis "il", mais je devrais dire "les français", qui sont capables de se faire des frayeurs et puis de faire marche arrière, une fois qu'ils ont le nez dedans,  c'est du déjà vu, non ?

Oui, je rêve, car j'ai horreur qu'on fasse des rêves pour moi ! Petit ns, tu t'es trompé de rêve. Celui dont tu nous parles, c'est le tien. Celui de parader dans ton beau costume, faire le paon avec les plus grands, t'en mettre au passage dans  les poches et dans celles de tes copains, et décider, décréter, exiger. Ton égo a raison, qu'il gonfle, qu'il gonfle, qu'il gonfle et que tu éclates, voilà c'est ça aussi mon rêve à moi ! J'ai aussi pensé à toi, petit ns, cet après-midi, en travaillant avec des enfants en Atelier contes. Je leur ai raconté Les habits neufs de l'empereur; tu sais comment il se termine... ça nous a un peu remonté le moral.
Les précaires et les chômeurs, ils n'en ont rien à foutre de rêver, eux ils veulent de la réalité, bosser dignement, bouffer ailleurs qu'aux restos du coeur et avoir un toît au dessus de leur tête. Après, ils pourront peut-être s'autoriser à rêver. Et ils seront assez grands pour, eux seuls, choisir leurs rêves ... Et arrête de te prendre pour un symbole américain, tu ne lui arrives pas à la cheville. Qu'est-ce que tu y connais toi, à la discrimination, entre ton VII ème arrondissement et Neuilly ?

En relisant son discours, je me demande comment on peut encore gober tout ça, après avoir vu l'homme oeuvrer ces dernières années et en connaissant la fourberie de l'individu . Ce matin, dans la rue où je bosse, sur le trottoir, il y avait une télé posée à côté d'une benne à ordures. Et je me suis dit qu'elle avait bien trouvé sa place celle-là, et que son ancien proprio avait décidé d'arrêtez de se faire rincer le cerveau. Je me console toute seule aussi, petit ns. Et pendant que je vous écris, j'entends Enrico Macias chanter "qu'on est bien dans les bras de Nicolas" et le traître ex-socialo Besson crier "Forza Nicolas". Au secours !!!!!!!!
Et l'autre, le petit ns de "demander un peu d'ouverture d'esprit et de tolérance"; je ne demande que ça moi, qu'il en ait un peu d'ouverture d'esprit, ce psycho-rigide, et qu'il conjugue le verbe tolérer à la première personne du singulier pour commencer !

Les médias, encore eux, n'ont rien trouvé de mieux à nous pondre qu'un retour d'un bon vieux match gauche-droite. Euh, svp, c'est par où la gauche ? Elle est où Ma gauche ? Parce qu' à moins d'être devenue dyslexique, je ne sais plus dans quelle direction m'orienter. Je crois plutôt voir un match centre-extrême, car comme disait Higelin, lors d'un concert mémorable à Mogador et en des temps plus cléments, " en faisant le tour par la gauche, on revient forcément par la droite " !

Certains diront que je suis bien pessismiste et se demandent ce que j'écrirai au soir du 6 Mai. Et bien, je n'écrirai rien puisque ça sera déjà fait.
Par contre, moi je me demande ce que Coluche et Desproges diraient de ce bordel. Ils me manquent ces deux là...
Allez, je vais bouquiner un peu. En ce moment je lis " Alouette " de D . Kosztolanyi; c'est un auteur hongrois, conseillé par Musky. Tiens un hongrois ! Alors espérons que SR, elle le plumera, l'autre, le petit ns, on peut toujours rêver !...

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9 avril 2007

En cours !

arton71Vous vous doutez bien qu'avec une telle couverture et un titre pareil, ma main n'a eu d'autre choix que de se saisir de l'objet !
Je ne l'ai vu traîner sur aucune page de mes sites favoris. Quelqu'un en a-t-il entendu parler ?
Je n'ai lu qu'une quarantaine de pages, mais déjà je ne résiste pas à l'envie de jouer les tentatrices, et de vous citer quelques mots de ce pavé.

" Lorsqu'on a nettoyé la route, son livre a été piétiné à plusieurs reprises. Les ordres étaient de dégager seulement les gravats, mais le bien le plus précieux de la fillette a été jeté dans la benne à ordures. Je n'ai alors pu m'empêcher de monter à bord et de le prendre, sans savoir que je le garderais et que je le consulterais un nombre incalculable de fois au fil des ans. J'observerais les endroits où nos chemins se croisent et je m'émerveillerais de ce que la fillette a vu et de la façon dont elle a survécu. C'est tout ce que je peux faire - remettre ces événements en perspective avec ceux dont j'ai été témoin à cette époque. (...)
Venez avec moi, si ça vous tente. Je vais vous raconter une histoire.
Je vais vous montrer quelque chose. "

Et comment que je vais venir ! Faut pas me parler comme ça, non mais ! Même si celle qui m'invite ainsi, la narratrice, s'appelle la Mort !!!! Le premier chapitre s'intitule " Mort et Chocolat ", de quoi prolonger les agapes du week-end ...
Encore quelques mots pour vous mettre l'eau à la bouche, si ce n'est déjà fait :

" Une histoire simple, en fait, où il est question, notamment :
- D'une fillette ;
- De mots ;
- D'un accordéoniste ;
- D'Allemands fanatiques ;
- D'un boxeur juif ;
- Et d'un certain nombre de vols.
J'ai vu la voleuse de livres à trois reprises. "

Si vous voulez en savoir plus, tournez cette page ! Moi, j'y retourne. La Mort m'attend pour 484 pages encore. Ouf, c'est férié ....

squel

 

7 avril 2007

ULYSSE

9782070780983Né après-guerre, Peter passe toutes ses vacances en Suisse, chez ses grands-parents paternels.  Leur seul fils est mort à la fin de la guerre. Peter n'a pas connu son père. L'enfant vit en Allemagne avec sa mère. Lors d'un retour de vacances, Peter s'aperçoit qu'il a emporté les épreuves d'un roman que ses grands-parents corrigeaient. C'est l'histoire de Karl, un soldat allemand, qui tente de rentrer dans son pays, après s'être évadé d'un camp de Sibérie où il était prisonnier. Mais il manque des pages.

C'est le début d'un puzzle captivant qui va occuper Peter une grande partie de sa vie. Il cherchera d'abord ces pages manquantes, mais très vite il comprendra que la clef est du côté du héros. Qui est Karl ? Pourquoi ce roman est-il construit en miroir de la célèbre Odyssée ? Est-ce qu'il s'agit d'un simple plagiat littéraire ? Pourquoi ses recherches le ramènent-elles si souvent aux croisées de sa propre vie ? Que lui cache sa mère ? Rapidement, Peter acquiert la certitude que Karl est son père. Mais ses convictions se dérobent; dès qu'il s'approche d'une vérité, une autre émerge.

Quête des origines, confusions identitaires, fresque historique, ce roman nous promène du temps mythologique à la chute du Mur. Dans quels contextes l'individu se révèle-t-il à lui-même et aux autres ? Quelle part du Mal qui nous compose fuyons-nous, refusons-nous de voir ? La vérité, le mensonge, la responsabilité, la justice, ces concepts sont-ils aussi tranchés qu'ils en ont l'air ? Les propos d'un auteur n'engagent-ils que lui ? Quel rôle est dévolu au lecteur ? Toutes ces questions jalonnent le roman, mais les réponses et les réalités sont multiples .

Les 50 premières pages passées, on se laisse embarquer dans les aternoiements des différents personnages et l'Histoire défile parallèlement à l'intrigue. Un vrai régal !

" Seul demeure le fait que, d'un mythe archaïque de départ, d'aventure et de retour qui était un événement hors du temps et de l'espace, l'Odyssée a fait une épopée, une histoire se déroulant en un temps et en un lieu. Elle a créé les grandeurs abstraites que sont l'espace et le temps, et sans lesquelles nous n'aurions ni l'histoire ni aucune histoire. "

" Peut-être était-ce un retour qui n'avait encore jamais été raconté, jamais été écrit, jamais encore été pensé. Peut-être était-ce le retour par excellence."

Le retour     Bernhard Schlink     Editions Gallimard

METZ_ULYSSE

15 mars 2007

interim

homme_033 Pendant que mad'moiselle est partie boutiquer à la ville, c'est moi, Chub, qu'assure la permanence. C'est quoi ce truc, j'y comprends rien à son blouque ! Tu parles d'une quincaillerie... quel foutoir là d'dans !

Des fakirs, ici, chez nous, f'rait beau voir ! Des gauchos ? des branleurs oui ! J't'enverrais tout ça à l'armée, ça s'rait vite réglé...

Tiens, qu'est-ce qu'elle a après Napoléon, ah non c'est l'autre ! Moi, c'est Chasse Pêche Nature et Traditions, c'est pas compliqué !

Allez, des plumeux et encore des plumeux; quand j'l'invite au Thé Dansant, la Moustafette, elle dit toujours " non, non merci, j'ai des trucs à lire ", l'est pas prête de s'trouver un mari dans ses livres !

Tiens, des fatmas maintenant. L'Algérie, qu'ça m'rappelle... J'me doutais bien qu'elle avait des origines la drôlesse, rapport à sa musique qui gueule au d'sus des f'nêtres l'été ! Elle dit qu'c'est pour embêter l'autre raciste d'à côté, mon oeil ouais ! En attendant, nous a cassé les oreilles tout l'week-end avec sa tondeuse !

Ben dis donc, elle peut dire que j'picole ! Doit fumer des trucs bizarres pour voir des fakirs et des grenouilles danser autour d'la mare !

Et ça, c'est quoi ? Ah parce qu'en plus elle est pas toute seule là d'dans ! Y'en a qui lui répondent !!! Non mais, pourraient pas téléphoner comme tout l'monde. C'est ça son blouque, ben z'ont pas inventé l'eau chaude ces binioutes.

Allez, c'est pas tout ça, faut aussi que j'm'occupe des matous. Y s'en font pas ceux-là, à s'pavaner dans les canapés. J't'en foutrais moi, o f'rait plutôt des bons civets !!!

Si y'a quelqu'un dans c'te machine, lui direz qu'j'suis passé hein ? Rentre d'main soir Moustafette.

Faut qu'j'y aille, c'est l'heure d' l'apéro !!!

9 mars 2007

Précipitations

9782841148516Je compatis avec les quelques Charentais qui ont les pieds dans l'eau. Mais la pluie a aussi ses poètes. C'est le cas de Martin PAGE qui, avec un nom pareil, n'a pas pu s'empêcher d'en réunir quelques unes et d'y coucher un tas de mots charmants sur mam'zelle la pluie.

" La pluie est le mot de passe de ceux qui ont le goût pour une certaine suspension du monde. Dire que l'on aime la pluie, c'est affirmer sa différence"

Et moi, j'adore les points de suspension... J'adore aussi la pluie qui nous permet de rester au sec, sans mauvaise conscience, pour lire. La lecture n'est-elle pas une autre suspension du monde et du temps !

" La pluie tombe comme nous tombons amoureux: en déjouant les prévisions."  C'est pas mignon ça !

La pluie nous ramène vers l'enfance. On saute dans les flaques, on s'éclabousse...et l'auteur est persuadé "qu'il existe des boutons secrets provoquant le tir des nuages: le coin d'une plaque d'égout, un bord de trottoir, l'intersection de deux pavés (...) Les nuages ont quelque chose des chiffons blancs des magiciens."

Les métaphores de la pluie sont nombreuses et Martin Page en tire de succulentes de son riche imaginaire. Un bien bel ouvrage que ce petit traité, avec sa couverture grise et brillante comme un ciel mouillé, et de ci de là, des petits dessins qui tombent comme des gouttes. Allez, encore une dernière citation et je m'arrête là, sinon je vais finir par recopier le livre entier !

" On dit: la pluie tombe. Et personne ne voit le drame derrière cette banale constatation. Est-ce un accident ou un suicide? On ne saura pas. En tout cas, la pluie ne se relèvera pas. "

Et croyez-le ou pas, le temps que j'écrive tout cela, eh bien... le soleil est revenu !

De la pluie     Martin PAGE     Ramsay

1meteo10e

 

7 mars 2007

Pluie, psy & polars

1meteo8eQuand vais-je pouvoir aller travailler au jardin ? Maintenant l'orage est de la partie . Les choses s'arrangent... Donc pas de complexe à plonger dans la bibliothèque, c'est toujours ça !

J'ai envie de vous faire découvrir un auteur plus connu pour son activité psychanalytique que pour sa prose policière. Il s'agit de Michel STEINER. Né à Toulouse, psychologue de formation, ancien membre perturbateur du laboratoire de psychologie sociale expérimentale du CNRS, animateur de conférences à HEC et aux universités de Paris VII et Paris VIII, Michel Steiner est aujourd'hui psychanalyste. De son parcours professionnel et de ses propres névroses, il a su tirer un passionnant fil littéraire. Il est lui-même un personnage attachant. Fumeur, joueur d'échecs, de pocker, flambeur, amateur de vieilles voitures aux formes rondes comme les 203, pilote d'ULM, il ne supporte pas les aubergines, pas les légumes, les autres celles qui mettent des prunes. Ses interrogations sur la capacité de l'Homme à obéir, sa haine des censeurs et des manipulateurs, la terreur que lui inspirent les neurosciences, me le rendent d'autant plus sympathique !

Voici un bref aperçu des trois livres de l'auteur que j'ai dans mes étagères.

9782070425914"Petites morts dans un hôpital psychiatrique de campagne" est en fait un manifeste anti-psychiatrique. Les meutres de plusieurs psychiatres sont l'occasion pour M. Steiner de nous relater l'histoire de cette discipline médicale aussi fascinante que rebutante. Celle aussi de nous faire partager sa crainte concernant la prescription à outrance et banalisée de médicaments psychotropes, et la dérive toujours possible vers un outil de répression et de contrôle des déviants de nos sociétés. Ce livre m'a ramenée vers les folles années où j'ai exercé à l'hôpital Sainte-Anne. J'ai moi aussi distribué ces petites pilules, j'ai assisté aux séances d'électrochocs, certes sous anesthésie, j'ai participé à la mise sous camisole de contention, j'ai même aidé à décrocher un pendu, ma pire expérience, j'ai été confrontée à la folie d'êtres fascinants, terrifiants, attachants . Et un jour, j'ai démissionné... Qui sont les plus fous ?  Les patients ou les soignants ? Plein d'érudition, mais grâce à la présence d'un flic passionné d'histoire médiévale, l'auteur sait nous rendre très digeste cette plongée derrière les hauts murs asilaires.

9782070425907

"Mainmorte" nous ramène à la digestion ! Dans Paris, sont découverts des morceaux de corps humains, délicatement cuisinés et découpés "façon puzzle" comme dirait un des Tontons Flingueurs ! Lorsqu'on sait qu'il s'agit  de restes d'huissiers, on jubile ! Commence un jeu de chat et de la souris entre " le chef " de ces mets originaux et un journaliste qui mène l'enquête. Enigmes psychanalytiques et mathématiques, coups de pocker, Michel Steiner s'amuse des théories lacaniennes et ne cache pas son plaisir à régler leur compte à ces serviteurs de l'Etat qui ne semblent pas plus trouver grâce à ses yeux que les aubergines !

A vos fourneaux !  Petite cervelle au beurre blanc, cou farci, foie hâché aux petits oignons, coeur sauté et persillé, ragoût de poumons, tripes à la mode de Caen, jambe rôtie au romarin, bras en croûte, pénis et testicules au caramel...  Et avec ça, qu'est-ce qu'on boit !!!

9782070766475" La machine à jouir " nous entraîne dans le monde de l'entreprise, celle de l'industrie pharmaceutique. Michel Steiner connait bien les deux. Il a lui-même travaillé pour un labo lorsqu'il faisait ses études et est passé distribuer ses bonnes paroles à HEC.

Pimol Pharma va être côté en bourse; son directeur sur le point d'être élu "Manager de l'année"; ses employés,  une vraie petite famille. Bref, tout irait bien dans le meilleur des mondes si une série d'attentats burlesques ne venait gripper la machine. Un anarcho-syndicaliste désespéré , des secrétaires bcbg victimes d'attaques d'orgasme, des ordis en plein délire, des sous-fifres soumis qui partent en vrille etc, etc... Ce bouquin est une vraie partie de rigolage et un réquisitoire génial contre le marketing. Le MEDEF n'a qu'à bien se tenir !

Petites morts ... et  Mainmorte     Michel Steiner     Folio policier

La machine à jouir     Michel Steiner     Gallimard   Série noire                        

5 mars 2007

ETIENNE ETIENNE !

9782910233945J'ai passé une mauvaise nuit. Il n'est jamais bon de se coucher en colère !

M'est revenu en mémoire ce petit bijou d'Etienne de La BOETIE "Discours de la servitude volontaire " paru en 1576. Voilà qui ne nous rajeunit pas, mais ce cexte est d'une étonnante actualité. L'auteur y pose la question de la légitimité de l'autorité et y expose les stratégies des "maîtres" afin de se maintenir au pouvoir. Sanction et répression certes, mais surtout habitude des peuples à se soumettre. Et pire, la capacité qu'ont les dominés à entretenir la domination des tyrans !

Extrait: " Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l'élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race.(...).Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu'il devrait être plus supportable; il le serait si dès qu'il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu'on appelle grandeur, il décidait de n'en plus bouger.(...) Il est étrange de voir combien il surpasse en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans. Il ne trouve pas meilleur moyen pour assurer sa nouvelle tyrannie que de renforcer la servitude et d'écarter si bien les idées de liberté de l'esprit de ses sujets que, pour récent qu'en soit le souvenir, il s'efface bientôt de leur mémoire(...).Ceux qui sont élus par le peuple le traitent comme un taureau à dompter "

La Boétie ne regardait pas TF1, mais confirme qu'abêtir les masses est la clef de voûte de tout assujettissement: " ...Ainsi les peuples abrutis, trouvant beaux tous ces passe-temps, amusés d'un vain plaisir qui les éblouissait, s'habituaient à servir aussi niaisement que les jeunes enfants apprennent à lire avec des images brillantes. ". La Boétie illustre son discours d'exemples grecs et latins; les jeux du stade sont devenus cathodiques, les farces ont pris des allures de Paris plage et les paillettes de la consommation, jetées aux yeux du  peuple, l'aveuglent . Notre père qui êtes à la caisse, donnez nous nos crédits quotidiens, et nos politiques gouverneront tranquilles !

La Boétie est né à Sarlat, on peut encore y visiter sa maison. Il fut l'ami de Montaigne. Ils se rencontrèrent grâce à ce texte qui circulait sous le manteau. Il était censé être écrit par un jeune homme de 18 ans. Il ne fut publié que 13 ans après la mort de l'auteur. La Boétie est considéré comme le précurseur de la désobéissance civile. Ne désespérons pas de notre jeunesse ....

Discours de la servitude volontaire     E . de La BOETIE     Editions des 1001 nuits

 

4 mars 2007

DEPLACEMENTS qui ne vaut pas le détour

11008894_pUne couverture qui m'évoque l'enfance, quand on s'ennuie en voiture et que l'on s'amuse à regarder défiler dans le rétroviseur la vie que l'on laisse derrière soi. Stop. Marche arrière. On rembobine le film. Mais, illusion ! Déception ! Et on comprend que ce qui est passé le reste à jamais. La 4ème de couv confirmait qu'il s'agissait bien d'un retour en arrière : " une jeune femme revient dans son ancienne maison prendre des photos. Dans le jardin, il y a six ans, elle a surpris une scène impossible qui reste une énigme pour elle. La narratrice a vu, mais elle ne sait pas ce qu'elle a vu. Alors elle cherche.. Que du bonheur ! se dit Moustafette déjà prête à farfouiller dans la mémoire de l'auteur, à la recherche d'un quelconque traumatisme qui viendrait alimenter les références de son mémoire...

   D'emblée, la description de la scène impossible; puis, des phrases courtes, sujet, verbe, complément; des paragraphes qui s'enchaînent sans lien apparent; on passe de Toulouse à l'Ethiopie, de Paris à Angkor, de l'Antiquité à nos jours, du présent au passé. Oui, je sais, ça s'appelle "déplacements" ! Ce fouillis reflète bien la quête de l'auteur, les méandres que parcourt sa pensée. Mais STOP ! je n'arrive plus à suivre. Récit désaffecté, aucune émotion ne transpire, ne m'atteint. Discours décousu, procédant sans doute par associations , réminiscence obsédante de la fameuse scène. Très vite, tout comme moi, l'auteur constate: " J'ai pensé que c'était un tort de vouloir à tout prix faire une histoire totale des morceaux amassés ".

   Donc déception, d'un point de vue romanesque. Mais réussite, si l'on se place derrière le divan ! Ce texte rend compte du cheminement laborieux de la pensée en quête de sens et de la force des résistances. Et la froideur émotionnelle ? Peut-être pour ne pas sombrer, seule défense face au vide et à l'incompréhension, ou au contraire, dernier voile qui dissimule l'inadmissible.

   Autres textes de Marie Cosnay, Que s'est-il passé (2003), La scène perdue (2005), Villa Chagrin (2006). Une lente élaboration, je vous dis ! Et encore de nombreuses séances à venir...

Déplacements      Marie Cosnay      Editions Laurence Teper 

10 avril 2018

A fleur de mots

9782369141839-48d3bUne originalité littéraire, où l'auteur se joue des mots et des émotions, invente des images étonnantes dans des associations inhabituelles et crée au final un langage poétique qui arrondit les angles de cette tragédie.

Une mère, un père, un petit frère, une soeur aînée, une ferme, des animaux, une famille normale dans un monde normal. Sauf que maman trime sous les coups de papa, grande soeur, douze ans au début du livre, essayant déjà de protéger chacun.

"Dans mon dictionnaire, je cherche la langue de Papa, comment la déminer, où trouver la sonnette pour appeler. Mais la langue de Papa n'existe qu'à la ferme, hélas. Il nous conjugue et nous accorde comme il veut. Il est notre langue étrangère, un mot, un poing, puis retour à la ligne jusqu'à la prochaine claque."

Si Marthe, soeur et narratrice de cette histoire, au lieu d'aimer les mots et l'écriture qui lui permettent de sauver sa peau, avait eu le goût de la peinture, elle aurait étalé sur sa toile les couleurs au couteau, un couteau dont la lame les transformerait, comme par magie, en aquarelle au contact de la trame. Mais elle a choisi les mots qui lui viennent de son père d'avant la violence "Je ferai des études pour être professeur de grenier et de livres anciens", et y restera fidèle jusqu'au bout malgré...

C'est un joli travail d'équilibriste que nous offre l'auteur, jeune agrégé de philosophie, sous l'égide d'Eschyle qui, nous apprend wkpd, fut treize fois vainqueur du concours tragique, c'est dire si le bonhomme s'y connaissait en dramaturgie. Si j'avais lu Eschyle, je dirais que l'élève a dépassé le maître, mais comme les Grecs anciens ne font pas partie de mon répertoire, je me garderai bien de faire l'érudite. J'applaudis simplement à la polysémie et à la syntaxe, mots empruntés à la préface car, bien que les connaissant, ils ne me viennent pas spontanément à l'esprit quand je concocte un billet (n'est pas prof qui veut !). Bref, c'est innovant et séduisant, à tel point que la tragédie se dilue et passe un peu au second plan, mais c'est juste mon humble ressenti.

"Aujourd'hui, c'est la grève de la douleur."

Merci à Margotte de m'avoir collé, quasi d'autorité, ce petit livre entre les mains !

 

Sauf les fleurs     Nicolas Clément     Editions Libretto

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12 mars 2018

Huis clos au Kosovo

cvt_Une-petite-guerre-parfaite_456824 Mars 1999, dans un appartement du quartier de Dardania, à Pristina, une bande d'amies fêtent tant bien que mal l'anniversaire de Rea. Cadeau offert par l'OTAN qui, le même soir, lâche ses premières bombes sur les installations serbes du Kosovo et les hommes de Milošević. Les invitées ne s'éternisent pas, pressées de fuir la ville avant le début des frappes. Ne restent que Rea, Nita et Hana qui vont vivre enfermées, ou presque, quatre-vingts jours, ne sortant qu'en de très rares occasions, reliées à l'extérieur par la télévision quand l'électricité n'est pas coupée et par quelques appels téléphoniques venus de l'étranger. Les Américains avaient prédit une guerre propre et rapide. Elle fut sale, comme toujours, et trop longue, une guerre c'est toujours trop long.

Seizième jour. "Mais cette guerre est une guerre parfaite. Aucun soldat américain n'est mort jusqu'à présent, parce que cette fois, on combat depuis le ciel. Point. C'est une nouvelle méthode, autant changer un peu de temps en temps, autrement les guerres se ressembleraient toutes, et cela ne voudrait plus la peine de les raconter dans les livres d'histoire : une fois qu'on en aurait décrit une, on serait tranquille pour toutes les autres. Mais on la racontera celle-ci, et comment : la guerre parfaite, sans soldats morts. Les civils crèvent par milliers, la terre se vide de ses habitants pour être remplie ensuite de Serbes exclusivement. Celui qui a inventé ce plan à Belgrade a dû penser qu'il avait affaire à une piscine, pas à une patrie. C'est un raisonnement hygiénique, ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça du nettoyage ethnique. Videz la piscine de son eau sale puis remplissez-la avec de l'eau propre."

Parallèlement au quotidien des trois femmes, on suit le périple de quelques uns des membres de leur famille et de leur entourage, plus ou moins épargnés car utiles, raflés ou échappés tentant de rejoindre qui l'Albanie, qui la Macédoine ou le Montenegro. A l'étranger, d'autres Kosovars en exil, frères ou amis, essaient de concilier les futilités de leur vie avec la réalité morbide que délivrent les journalistes ou les organisations humanitaires. Cauchemar et barbarie pour les uns, angoisse et attente pour les autres ; au milieu, quelques actes isolés d'humanité, de solidarité.

"Elle sort dans le couloir. La lune est pacifique, de celles qui mettent le monde en extase. Le linge étendu flotte légèrement, baignant dans cette si belle lumière, sur fond sonore de dérapages de camions et de rafales de mitraillettes. C'est un cauchemar magnifique."

Une lecture assez éprouvante, même si l'auteure ne se complet pas dans les scènes de viols ou d'exécutions. Elle porte la voix des femmes qui ont pour mission de protéger les hommes, celles qui n'ont pas voulu fuir ni dire au revoir : "Je ne t'ai pas embrassé donc nous ne nous sommes pas quittés donc rien de grave ne peut arriver." Elle transpire la tension et la peur, l'isolement, l'enfermement et l'ennui qui laissent l'esprit libre de divaguer, d'imaginer le pire ou le miracle. Une lecture qui a su raviver les images de ces années 90 qui me hantent encore alors que j'assistais éberluée à l'exode de tous ces gens, de quelques nationalités qu'ils fussent, sur des routes maintes fois empruntées en temps de paix et associées à des souvenirs heureux. Des gens, des lieux, si proches et si vivants, qui ne renvoyaient que folie et désolation. Et un immense sentiment d'impuissance devant les basculements de l'Histoire.

"Mais les larmes d'un homme sont belles, et si l'on vit dans les Balkans, elles deviennent d'une beauté à vous couper le souffle."

L'auteure est née en 1960 en Albanie, elle a quitté son pays en 1988 et a choisi d'écrire dans sa langue d'adoption.

Une petite guerre parfaite    Elvira Dones   (traduit de l'italien par L. Pailhès)   Editions Métailié

 

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 (Indépendance en 2008, non reconnue par la Russie et la Chine, entre autres)

Mais a trouvé sa place dans

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15 janvier 2012

O PA !

9782754801911 Automne 1936, Markos Vamvakaris sort de la prison de Singrou après six mois passés à l'ombre; on le prévient qu'à l'extérieur, la vie a bien changé. Depuis le 4 Août, le premier ministre et général Métaxas a instauré la loi martiale et se promet de nettoyer le pays de toute forme de décadence. Outre les communistes, parmi les boucs-émissaires se trouvent en bonne place les Rebétes, ces marginaux asociaux proche du Milieu, libertaires avant l'heure et insoumis, qui depuis la fin du XIXe siècle passent leur temps à tirer sur le narghilé dans les Tékes (fumeries clandestines) tout en improvisant des chants sur des airs de violon et de oud. En 1922,  les Rebétes sont rejoints par de nombreux Grecs d'Asie Mineure, contraints de quitter la Turquie où ils résidaient depuis plusieurs générations. Installés dans les bidonvilles aux abords des grandes villes, ils viennent grossir le sous-prolétariat déjà existant et vivant d'expédients condamnables. Ces mangkes apportent avec eux leur orientalité et introduisent le bouzouki (sorte de mandoline), le baglama (version miniature facilement dissimulable en prison), la guitare. Les chansons sont souvent des chroniques de la vie du Téke, elles vantent la camaraderie et les frasques des uns et des autres, l'îvresse du haschich ou de l'alcool qui font oublier les amours déçues, la mort, la misère des bas-fonds ou la liberté confisquée, et bien sûr l'exil.

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Nulle surprise donc à ce que les Rebétes deviennent la bête noire de Métaxas qui tente alors de tourner le pays vers l'Occident. Les instruments de musiques traditionnels sont brisés (d'où aussi le baglama qui se dissimule sous la veste facilement), la possession de narghilés est interdite, la consommation de haschich fortement réprimée et les Tékes sont fermés. La censure aidant,  le Rebétiko est épuré de toute sa composante subversive.

"Je me suis adapté à tout. Ils nous ont adoptés. Maintenant, chaque nuit, je remâche nos mots à ces âmes bien nées qui aiment sentir par procuration le piment que nous, les Rébètes, on avalait par poignées. Nos brûlures étaient bien réelles. Il n'en reste qu'une écume, une mélancolie, des assiettes cassées... Nous étions des petits poulpes des bas-fonds. A la bile bien noire. Ils ne pouvaient pas nous aimer quand nous étions vivants, dans nos eaux sombres. Une fois sortis de notre jus, nous sommes devenus comestibles." (extrait de la fin, propos d'un  des personnages vieillissant qui se souvient de cette époque alors qu'il joue et chante dans une taverne d'Athènes)

David Prudhomme  retrace l'apogée du Rebétiko, chant des prisons et des fumeries, devenu cette composante culturelle grecque incontournable. On la retrouvera plus tard, bien dénaturée hélas, dans les tavernes touristiques d'Athènes.  Dans les années 80, il restait encore de ces petits bouges en sous-sol où l'on buvait et mangeait à même le tonneau tandis qu'un vieil homme éméché écrivait  des poèmes sur des serviettes en papier graisseuses alors qu'un autre, casquette de marin baissée sur le front pour dissimuler un oeil mort, dansait un zeybékiko pour lui seul au son des O PA ! en attendant un troisième laron parti récupérer à l'extérieur un minuscule flacon d'huile de cannabis planqué dans les pierres descellées du mur d'une ruelle. C'était après la dictature des colonels et avant l'Europe. En reste-t-il encore ? Je l'espère...

rebetiko

Zeybékiko
danse d'homme, individuelle, lente, solennelle
 qui exprime la bravoure, la diginité et le contrôle intérieur. 

 Quoi qu'il en soit, moi qui ne lis jamais de BD, j'ai adoré celle-ci. On y retrouve les grands noms du Rebétiko qui ont inspiré l'auteur. Il s'en échappe toute une ambiance rebelle et insouciante, presqu'adolescente, qui rend ces mauvais garçons très sympathiques... Le graphisme à prédominance couleur tabac restitue bien l'aspect sombre et clandestin des Tékes, mais on ne rechigne pas aux quelques échappées ensoleillées à l'ombre des figuiers. Le style est plutôt réaliste et m'a rappelé le film Rebétiko de Kostas Ferris dont voici un extrait. J'ai choisi cette séquence pour la très belle chanson, au rythme lanscinant et envôutant, interprétée par la femme " Καίγομαι, καίγομαι "qui vous parlera peut-être peu mais touchera sans doute celles et ceux qui connaissent la Grèce. C'est aussi une façon de ne pas oublier les Rebétisses, ces femmes d'avant garde qui tentaient d'assumer une liberté des plus difficiles à conquérir dans cette société machiste et très religieuse. Une des plus célèbres fut Roza Eskenazy.

 

 

 

 Premier ouvrage lu dans le cadre de
leparihellene
Les détails ICI

Rébétiko (La mauvaise herbe)      David Prudhomme     Editions  Futuropolis

18 avril 2012

Un pavé

9782246739715En 1982, Brejnev vient de s'éteindre à Moscou,  Iouri Andropov lui succède et la RDA ne sait pas encore qu'elle entame la dernière ligne droite qui la verra bientôt foncer droit dans le Mur. Mais en attendant, non loin de la frontière tchécoslovaque, à Dresde vivent quelques habitants que l'on pourrait qualifier de privilégiés, puisque certains ont des postes respectables et fréquentent à l'occasion "la Rome orientale", comme on appelle cet îlot suspendu au bout d'un pont bien gardé, et qui abrite la nomenklatura locale.

"Aux mâts qui se dressaient à droite du point de contrôle, les drapeaux battaient mollement : le rouge, avec le marteau et la faucille, le noir-rouge-or avec le marteau, le compas et la couronne d'épis, le bleu avec le soleil qui se levait en son centre, un blanc avec les portraits stylisés de Marx, Engels et Lénine. Les sentinelles postées à côté des mâts regardaient fixement, droit devant, en présentant leur kalachnikov. Ces visages semblaient parfaitement impassibles et pourtant, il le savait, ils observaient le moindre de ses mouvements. Il sentit aussi le regard du capitaine derrière le miroir sans tain du poste de contrôle, celui qui donnait sur la place."

C'est le cas de Meno Rhode, correcteur pour les Editions de Dresde, de son beau-frère Richard Hoffman, médecin-chef et chirurgien réputé, d'Anne, son épouse et de leur deux enfants, dont Christian leur fils aîné. Si le roman tourne autour de ses quatre personnages principaux, l'auteur nous offre aussi un foisonnement de portraits divers et variés qui composent ce microcosme  étonnant auquel se mêle la classe laborieuse. Car nous sommes dans "la bourgeoisie" d'un quartier résidentiel dont la Tour est le centre à partir duquel rayonnent la Maison des Mille Yeux, la Maison Etoile du soir, la Maison aux Dauphins, la Maison Italienne, la Maison aux Glycines, la Caravelle. Mais ne vous y trompez pas, ces noms poétiques ne sont pas la garantie d'un confort grand luxe ni d'une vie facile et insouciante tout bourgois que l'on est au paradis socialiste. Car si les protagonistes jouissent de quelques facilités, ils doivent se plier comme tout un chacun à la bureaucratie ubuesque du pays.

"Dans le bureau DH - Dossiers Habitation -, traits obliques chiffre romain deux, Richard apprit que le chargé de dossier de l'Accueil central s'était trompé et que le bureau des demandes de chauffe-eau communaux se trouvait au onzième étage, couloir G, bureau AML - Administration municipale du Logement -, porte cinq en chiffre arabe. (...) En montant, en descendant, il croisa des connaissances, salua ici Mme Teerwagen, là Mme Stahl, de la maison des Mille Yeux, papota brièvement avec Clarens.
- Alors, pas en service non plus Hans ?
Clarens haussa les épaules, signe d'une impuissance silencieuse.
- Qu'est-ce que tu viens faire là ? cria-t-il d'un escalier à l'autre.
- Chauffe-eau, expertise, je rends service, dit Richard en brandissant le violon. Et toi ?
- Bureau d'autorisation des véhicules, augmentation du contingent de charbon, bureau des enterrements !
- Qui donc est mort ? fit Richard d'une voix forte.
Le psychiatre fit un signe de dénégation :
- Eh bien disons : l'espoir, mon cher, l'espoir !" 

 S'ils osent se livrer sur le ton de la plaisanterie ou de la confidence à quelques critiques, la question centrale et omniprésente est "Qui en est ?" (de la Stasi, évidemment), et le procédé est à la fois simple et pervers pour vous en faire "y être" et devenir "un de Ceux-là"... Et quand il s'avère que Richard mène une double vie et que son fils Christian fait des siennes lors de sa préparation militaire qui doit lui ouvrir les portes de l'université, la belle façade de respectabilité n'est pas loin de se fissurer.

Voilà un livre impossible à résumer davantage, car il s'agit d'une immersion à haute valeur littéraire dans plusieurs univers, sociologique, politique et culturel. Les critiques évoquent un talent égal à celui de Thomas Mann dans Les Buddenbrook. Personnellement, ce livre représente pour moi l'idée que je me fais d'un prix Nobel, ce que je lis rarement. Le sujet est ambitieux, l'écriture riche et dense (bien trop, n'hésitons pas à le dire), les personnages et références nombreux (pour qui n'est pas familiarisé avec l'Allemagne des notes de bas de page auraient souvent été les bienvenues) et c'est un roman presqu'aussi long que l'Elbe, 965 pages dans lesquelles je me suis parfois égarée mais pour mieux y revenir !

" Lorsque les noms de Hongrie et Budapest prirent la couleur de la conjuration et de la liberté, Anne et Judith Schevola se chargèrent des tirages ; au lieu des brochures du parti, Judith Schevola reprographiait désormais des textes dissidents. Richard observait Anne et vit que leur appartement était devenu en peu de temps une sorte de repères de conjurés. Des cartons à chaussures pleins de textes ronéotypés s'empilaient dans les chambres ; elles étaient emportées par des types qui ne prononçaient qu'un mot de passe ; une fois, ce fut André Tischer, avec une ambulance. Des livres étranges entrèrent dans la maison, des gens tout aussi étranges firent leur apparition, on les logeait, ils ne tardaient pas à lever les bras bien haut pour parler avec exaltation de je ne sais quel modèle de société (...)"

 Il n'en reste pas moins que c'est un superbe témoignage sur la fin d'un monde et d'une époque, mais c'est un livre qui se mérite. Si l'Union des Travailleurs de l'Esprit existait encore, Uwe Tellkamp aurait eu une médaille, sans doute aucun il a atteint ici la norme !

L'avis de CLARA

La Tour     Uwe Tellkamp     Editions Grasset

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(Vue de Dresde Wikipedia)

 

10 juillet 2007

Sibérie m'était contée ...

9782864246077Si par ces temps frisquets, un voyage le long de la ligne du Transsibérien ne vous rebute pas, embarquez-vous pour les 433 pages de cet étrange roman.
Mais avant de prendre votre ticket pour le début du XXe siècle, quelques recommandations et avertissements. Ce livre s'appuie sur trois catégories de faits réels, à savoir :
1) L'existence de la secte religieuse des skoptsky, ou castrats.
2) La pratique du cannibalisme comme seule possibilité de survie.
3) L'abandon à son triste sort d'un bataillon de la Légion Tchèque dans cette lointaine contrée, après la fin de la première guerre mondiale.
Mais je vous rassure tout de suite, point de descriptions inutiles d'actes de barbarie, aucune complaisance gratuite, ni sensationnalisme malsain (ce qui, je le crains, risque de ne pas être le cas de l'adaptation cinématographique américaine en préparation). Donc si le sujet vous tente, voici de quoi il retourne.

Dans l'univers clos de la ville de Jazyc, occupée par les troupes de la Légion Tchèque livrée à elle-même, vont s'affronter de curieux personnages. Côté militaire, le capitaine Matula, un brin pervers et cocaïnomane, règne en maître sur ce territoire oublié de tous. Il est secondé et s'oppose au lieutenant Mutz, militaire emprunt d'humanisme et se languissant d'un hypothétique retour au pays. Et non loin, les Bolchéviques grondent.
Côté civil, Anna Petrovna, accompagnée de son jeune fils, est venue se réfugier sur cette terre hostile à la mort de son mari, un cosaque passionné de chevaux. Quand Samarin arrive à Jazyk, prétendant s'être échappé du bagne et des machoires d'un mystérieux cannibale le poursuivant jusqu'aux limites de la ville, la jeune veuve ne reste pas insensible aux charmes du bagnard.
Côté mystique, Balashov, gourou qui pratique la transe et entraîne dans son délire une grande partie des habitants de Jazyk. Un autre illuminé ne tarde pas à faire son arrivée en ville, un shaman toungouze venu des confins de l'Arctique, débattant avec le monde d'en haut à coup de champignons hallucinogènes, mais qui rapidement échoue dans les geoles de Matula.
Quand le shaman est retrouvé mort, Samarin est arrêté et un simulacre de procès organisé, procès au cours duquel le destin de tous ces personnages se trouvera scellé pour le meilleur et pour le pire.

"Ses talismans chanteraient dans le vent astral, ses trois yeux luiraient comme des forges, son tambour dans une main, une bouteille d'alcool de contrebande dans l'autre, les gencives enduites de l'écume du champignon broyé, et l'esprit du cheval de Balashov emporterait le shaman là où il l'avait décidé, selon sa propre volonté et contre celle de tous les autres, dans le monde d'en haut, où il lancerait un grand éclat de rire à la face des dieux."

Une vraie réussite romanesque qui plante des personnages dignes de Dostoïevski, tant par leur folie que par leurs sentiments excessifs, comme seuls peuvent les exprimer les hommes pris dans le chaos du monde. L'auteur nous entraîne dans un tourbillon historique tout comme ses héros, balottés au gré des retournements politiques multiples et qui, privés de repères, s'accrochent à l'irrationnel afin d'échapper à la tourmente. Une belle inventivité, renforcée par la poésie, qui nous dépeint une nature à l'état brut, qu'il s'agisse de celle de la Sibérie ou de celle des l'hommes qui y survivent. Un souffle épique, tantôt aussi glacial que le vent arctique, tantôt aussi brûlant qu'une rasade de vodka.

Un acte d'amour    James Meek     Editions Métailié

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30 mai 2007

Il était des fois ...

9782864245674Rien que le titre laisse rêveur, comme la femme sur la couverture qui contemple l'immensité du paysage.
Ce récit est un entre-deux, mi-réalité, mi-onirisme. Dans un tel univers, seul Eulalio pouvait en être le conteur. C'est le gecko qui vit sur les murs intérieurs de la maison de son ami Félix Ventura.

Félix ne peut pas être un individu ordinaire. Angolais, noir albinos, enfant abandonné dans un carton de livres, il vit encore dans la maison de celui qui l'a recueilli. Sa vie s'écoule parmi les photos, les tableaux, les encyclopédies, les journaux et les livres. Ses compagnons sont la Vieille Espérance, qui passe pour le ménage et la cuisine, et Eulalio le gecko qui observe.

"Quand j'étais enfant, avant même d'avoir appris à lire, je passais des heures dans la bibliothèque de notre maison, assis par terre, à feuilleter de grosses encyclopédies illustrées, pendant que mon père composait des vers ardus, qu'ensuite, de façon très raisonnable, il détruisait."
Et sa mère de lui dire : "Entre la vie et les livres, mon fils, choisis les livres."

C'est ainsi que, grâce à cette somme de documents, Félix exerce le métier extraordinaire de bouquiniste-généalogiste. Qui veut se refaire un passé vient sonner à sa porte. Et après guerre, ce ne sont pas les clients qui manquent. Mais Félix, qui est-il lui-même ?
Avec l'aide du gecko et par le biais des conversations avec ses curieux clients, quelques pans de l'histoire de Félix se déroulent, vite étouffés par la végétation chatoyante du jardin ou le bruit de la pluie.
Réalité ou fiction ?

"Il s'est renversé sur le dossier et a plongé ses yeux dans la profondeur prodigieuse du ciel. J'ai eu peur que ce soit pour sauter dedans. Je ne connaissais pas cet endroit. Je ne parvenais pas à me souvenir d'y avoir été, un jour, dans mon autre vie. Des cactus énormes, certains hauts de plusieurs mètres se dressaient parmi les dunes, derrière nous, eux aussi éblouis par l'éclat limpide de la mer. Un vol de flamands roses a glissé en un calme incendie à travers l'azur du ciel, juste au-dessus de nos têtes, et ce n'est qu'alors que j'ai été certain que j'étais en train de rêver. Félix s'est retourné lentement, les yeux humides.
- C'est ça la folie ?
Je n'ai rien trouvé à lui répondre."

Qu'importe. Tout n'est que poésie, rêverie, nostalgie...
Ne cherchez pas à comprendre, grimpez et laissez-vous entraîner car

"La mémoire est un paysage contemplé depuis un train en mouvement."

Lisez aussi les critiques de KATELL et de PASCAL 

Le Marchand de passés    José Eduardo Agualusa    Editions Métailié

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27 mai 2007

Mélimélo de mots *

9782879293110Vous me décoreriez tout en couleurs si pas avant longtemps ce livre se retrouvait entre vos mains et inondait votre encéphale de toute son inventionalité !
Mais votre partie arrière devra se protéger de façon rembourée s'il ne vous remplit pas d'aise et si l'idée de le cloturer croise celle d'en élaborer un autre. Car MUSKY a la jambe grandement étirée et l'appendice qui prolonge celle-ci pourrait bien d'une rotation gigantesque balayer l'hexagone et se heurter à la partie arrière déjà dénoncée, laissant remonter jusqu'au sommet de votre chef des vociférations récriminatives :

"C'EST PAS POSSIBLE DE PAS L'AIMER CE LIVRE, COMPRIS ?!!!"

Je m'accorde avec elle, après avoir éliminé des neurones de mon lobe occipito-temporal gauche, déjà fortement en abime par tous les livres que je l'ai obligé à décaractériser. J'ai dû aussi calculer la géographie des félins rigolots afin de combler les déficits spatio-temporels du récit. Mais j'ai gagné le succès d'emjamber le commencement de l'histoire. Après, c'est comme tu bois beaucoup de vodka et que ça fait moins de douleur et tu réflexionnes plus. Tu lis, c'est tout.

Sur un plateau, je pose mes excuses pour l'omission du sujet concerné de ce livre. La vodka fait aussi ressembler mon cortex à chaussette usée  fromage helvétique (mieux littérairement élégant et moins mauvaisement odorant).
L'ouvrage est le rendez-vous d'un trio ukrainien, grand-père, petit-fils et chienne à quatre pattes (pas sale garce féministe !) qui réceptionne un héros juif d'outre-atlantique obsessionnalisé par le pauvre bout de terre d'où ses prédécesseurs familiaux ont failli être ravagés par la guerre. Contre numéraire dollarien, il met les trois  en pelote de nerfs, jusqu'au bout de retrouver celle par qui ses ascendants ont pu par grâce encore photocopier leurs chromosomes, comme exemple le héros.

L'homme étasunien écrit aussi des pages simplement, un livre pour le monde entier, alors c'est sympathiquement reposant pour que tout le monde comprenne bien. Il retricote l'histoire depuis son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, c'est longtemps comme 405 pages dans la poche. Comme sur un trampoline, tout rebondit et nous essore des rires, car sinon vous auriez trop de cascades d'eau sur les joues à cause de la douleur et de la tendresse qui habillent les personnages de l'auteur.

"Extrait du Livre des antécédents :
Les juifs ont six sens. Toucher, vue, goût, odorat, ouïe ... mémoire. Tandis que les Gentils perçoivent et traitent le monde par les sens traditionnels et se servent de la mémoire seulement comme un moyen de deuxième ordre pour interpréter les événements, pour les juifs, la mémoire n'est pas moins primordiable que la piqûre d'une épingle ... Ce n'est qu'en faisant remonter la piqûre d'épingle jusqu'à d'autres piqûres d'épingles...que le juif est capable de savoir pourquoi ça fait mal."    
 

 Comme eux, je fais trop de conserves dans ma mémoire. "Le souvenir était censé remplir le temps mais faisait du temps un trou à remplir". (Et je suis tranquille, c'est pas la vodka qui poinçonne mon cerveau).

Et le livre y est en plus aujourd'hui et je crois bientôt l'autre aussi du même écrivain.
MUSKY a tout bien arrangé chez elle; tout est illuminé là-bas, si c'est pas clarifiant ici.
Mais gaffe à vous! On est une paire maintenant à "investiguer et faire KGB  sur vous" derrière l'écran, et à articuler hautement :

OBLIGATION DE LIRE CE LIVRE, COMPRIS ?!!!!

* inscrupuleusement inspiré par l'original de l'auteur.

Tout est illuminé     Jonathan Safran Foer     Editions Points Seuil

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