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Le Souk de Moustafette
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Le Souk de Moustafette
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9 juin 2007

Popote grecque

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Nana est mariée et a deux amants. Elle prend son pied uniquement avec des hommes sachant lui mitonner des petits plats exquis. Très vite, on s'aperçoit que ces deux hommes sont voisins de palier. Rapidement eux aussi, ils vont se rendre compte qu'ils aiment la même femme. Un combat culinaire va s'engager entre ces deux-là, mi-rivaux mi-complices, pour l'amour de la belle. Le livre se partage entre digressions galantes, ruminations jalouses et recettes de cuisine. La table des matières est un gigantesque menu.

Dans un premier temps, c'est la couverture un brin surréaliste qui m'avait accroché l'oeil. Bien que méfiante, car la gastronomie n'est pas un de mes thèmes de prédilection, le fait que l'auteur soit grec avait fini de me convaincre.
Ayant eu maille à partir avec la cuisine grecque, qui ne brille pas par son raffinement, j'étais assez dubitative quant au résultat. Et ce d'autant plus que l'auteur est de sexe masculin. En Grèce, derrière les fourneaux, ce sont inévitablement les femmes qui s'y collent !

Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vos piles et vos listes, ce livre ne m'a pas plu. J'ai eu l'impression d'être dans un très mauvais vaudeville. La donzelle et ses caprices culinaires m'ont fortement agacée, quant aux états d'âme des deux chevaliers, ils m'ont laissé de glace. La crédibilité même du récit est gravement entachée. Car pour qui connait les affres de la canicule athénienne, on peine à croire au plaisir de se délecter d'un pastitsio ou d'une soupe de poulet en plein mois d'Août, quand l'organisme ne réclame que des éléments liquides frais voire même carrément surgelés ! Et à mon grand désespoir, aucune recette de ces gourmandises dégoulinantes de miel, ni même une petite description du halva citronné et saupoudré de cannelle ...

On voit se profiler le dénouement aussi sûrement que l'Acropole au-dessus d'Athènes. Non décidément, pas une once de sensualité, aucun débordement orgiaque, nul épicurisme raffiné. Point de torride pillage frigorifique ni de gargantuesque grande bouffe, encore moins de bain chocolaté. La seule touche de poésie se trouve dans certains titres des chapîtres. Heureusement, car j'aurais été bien en peine de vous citer un extrait.

" Coraux d'oursins naufragés dans une cuillérée d'eau de la mer Egée "

C'est mignon ça, comme image, non ? Mais beurk ! je déteste les fruits de mer crus.
Ah qu'il est loin le magistral et fabuleux "Festin de Babette" ! Karen Blixen peut reposer en paix...

Les Liaisons culinaires     Andréas Staïkos     Actes Sud  Babel

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8 juin 2007

Dérives entre deux rives

9782253119982Schwara est l'homme aux mains de bois. Forestier, charpentier, sa scierie a brûlé dans les tourments de la guerre civile qui a ravagé son pays. En ce premier été de l'après-guerre, il quitte son massif des Londes pour partir à la recherche d'un homme. Schwara l'homme du nord va s'aventurer dans le sud, vers la mer et jusqu'au port de Ran-Mositar, là où se cotoient les refugiés, les opportunistes, les soldats de l'ONU et même les touristes déjà revenus jouir des îles et de leurs sources chaudes.

Schwara va à pied. Il a pour tout bagage sa sacoche contenant quelques outils et la richesse de ses mains. Il se fait vite repérer par son savoir faire et travaille ça et là sur des chantiers. Partout, il interroge et poursuit sa quête. Et partout, il croise les mêmes douleurs, les mêmes haines encore à vif. Celles des femmes violées et îvres de vengeance, celles des hommes qui ont commis ou vécu l'horreur et qui composent avec.

"Chaque camp appliquait sa logique de l'ordre et du désordre."

Lorsqu'enfin il arrive à Ran-Mositar, la vie de la ville tourne autour de la reconstruction du Vieux, le célèbre pont construit au XVIe siècle et qui, jusqu'à ce jour, avait résisté à tout. "Soudain la notion de crime contre un patrimoine de l'humanité s'inscrivait dans le livre de la barbarie. La ville avait retenu son souffle puis, dans un silence pétri d'angoisse, les habitants s'étaient approchés des rives séparées. L'incroyable blessure qui béait devant eux zébrait leur conscience d'une même cicatrise, les rendait responsables d'une inconcevable atteinte aux racines de la vie."

Schwara met son talent à la disposition des équipes chargées des travaux. Il sait que c'est là que prendra fin son voyage. Il croisera Irini, dont le drame personnel rejoindra celui de Schwara, et qui le mènera involontairement jusqu'à l'homme recherché. Chacun se confrontera à son destin.

"Dans un pays que je connais bien, les losanges sont un signe de sagesse. Le rond, tu n'en ressors jamais, le carré est trop parfait, il t'enferme, le rectangle s'étire à l'infini, peu fiable. Tu les rassembles tous, tu obtiens le losange, une figure idéale, assez déséquilibrée pour que ta pensée s'y glisse et pourtant cernée par les quatre côtés qui la guident.
- Il est où ce pays de la sagesse ?
- Là où fleurissent des champs de rhododendrons."

Si cette histoire vous rappelle quelque chose, c'est sans doute celle de la ville de Mostar, en Bosnie-Herzégovine. Le 3 Novembre 1993, malgré la présence des troupes de l'ONU, le pont piéton s'effondre dans la Neretva, séparant la communauté croate catholique orthodoxe et la communauté bosniaque musulmane. Sous l'égide de l'Unesco, la reconstruction commencera en Juin 2001 et le nouveau pont, restauré selon les techniques ancestrales, sera inauguré le 23 Juillet 2004.
Ce livre est son histoire et celle des hommes qu'il tente de relier. L'un et l'autre se parent à la fois d'une simplicité et d'une folie magnifiques.

"Mais qui pouvait parier sur l'avenir d'un pays qui chérissait son pont et laissait sombrer ses enfants ?"

Le pont de Ran-Mositar      Franck Pavloff     Editions Le Livre de Poche

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10 avril 2007

Akomi ena taksidi stin Ellàda !

joueuse_echecs_piccEncore un petit voyage en Grèce !
Grâce à ce court roman qui se passe sur l'île de Naxos.

Eleni, la quarantaine passée, y est née, elle y vit avec son mari et ses deux enfants et y travaille comme femme de chambre. La vie s'écoule rythmée par les saisons, les papotages avec les copines et les rencontres furtives avec les touristes de passage dans le petit hôtel où elle travaille. En réalité, des touristes, elle n'en voit surtout que les affaires qu'ils laissent traîner dans leurs chambres.

Le séjour d'un couple parisien dans la chambre 17, va chambouler la vie d'Eleni.
D'abord il y a la langue française. " Ses mots dansaient sur un parquet ciré, faisant de petites arabesques, des courbettes, se saluant, tirant des chapeaux invisibles dans un frémissement de satin et de tulle. Ce déploiement ailé de danseurs d'opéra pour demander le sel ou s'enquérir du temps, n'était-ce pas le comble du luxe ? ".
Puis il y a l'Eau sauvage de Dior dont se parfume le Parisien de la 17. Pour Eleni, ce parfum, de par son qualificatif, est le symbole de la liberté. Car en secret, elle rêve des Champs Elysées !
Et enfin le comble du raffinement à la française, c'est cet échiquier et tous ces pions, jeu que ne connait pas Eleni.
Un jour, elle fait tomber une des pièces qu'elle ne sait où replacer. Et c'est là que commence la longue route qui mènera Eleni vers l'émancipation.

Le jeu d'échecs permettra à la jeune femme de se révéler à elle-même. Elle trouvera en elle des ressorts insoupçonnés pour apprendre, jouer et perfectionner ce qui deviendra une passion dévorante. " Elle fut frappée par l'agilité de la reine. Pièce redoutable par excellence, elle régnait sur la partie avec ses avancées rapides et ses capacités multiples. La seule figure féminine avait donc tous les pouvoirs. Cette idée subversive plut à Eleni. Elle faillit éclater de rire."

L'auteur décrit à merveille la vie en vase clos que connaissent les îliens. Les commérages et les rumeurs que l'on colporte et amplifie; les fâcheries et les points d'honneur que mettent certains à s'ignorer alors qu'ils se croisent chaque jour; les stratagèmes que l'on déploie pour préserver un peu de son intimité; le regard et l'opprobre de la communauté qu'il faut affronter s'il vous vient l'envie de vous écarter des chemins tout tracés ou l'idée de transgresser les règles de vie, etc, etc...

Une tendresse particulière pour un personnage secondaire ? Oui, pour Kouros, le vieux professeur d'Eleni, amateur d'opéras, et  qui deviendra son complice. " Par goût ou par paresse, il ne voyait plus grand monde. La solitude assumée, c'est la liberté, avait-il décrété. Il avait réussi à apprivoiser la solitude, à la faire sienne. Etre son unique interlocuteur était somme toute assez agréable. Il avait acquis ce privilège de ne plus s'ennuyer en société. Il pouvait enfin faire l'école buissonnière au lieu de se rendre à des réunions mondaines. Pour faire sa vie en tant qu'ours, il faut avoir les moyens ! "
Le portrait de Panis, le mari d'Eleni, est d'une justesse toute machiste. Et méfiez-vous aussi des bonnes copines !

Bref, un livre simple, vrai et intelligent, pour nous conter le tout petit combat d'une femme, qui peut nous paraître à nous, femmes émancipées, bien dérisoire. Le tout servi sur un plateau fleurant bon l'ouzo et le café frappé, les dolmades et les baklava dégoulinants de miel !

La joueuse d'échecs     Bertina Henrichs     Editions Liana Levi

 

ogjets91

 

 

      

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