mardi 1 mai 2012

Un sale goût dans la bouche

jonesboleleopardQuand Harry Hole se met au vert, surtout ne pas compter sur lui pour s'offrir une cure de désinto en thalasso ou sur les rivages sereins d'une île paradisiaque. Fidèle à lui-même, c'est donc en tétant de l'opium au fond d'un bouge de Hong-Kong qu'il se refait une santé après l'éprouvante enquête qui a conduit à l'arrestation du Bonhomme de neige et à la rupture avec Rakel, laquelle a quitté la Norvège pour une destination inconnue. L'inspectrice Kaja Solness est chargée de ramener au bercail le grand échalas mal luné afin de lui faire ravaler sa lettre de démission et de se remettre au boulot car, pendant que Hole se la joue ascète au fond de sa piaule minable, on assassine à tour de bras à Oslo avec une imagination digne du meilleur raffinement chinois en matière de torture.
Une fois quelques formalités réglées, le voilà donc à nouveau foulant le sol natal, coincé entre rivalités des services de police et un lit d'hôpital où se meurt son père.

"Il aimait bien Harry Hole, et ce depuis le premier instant où il avait vu le grand Norvégien athlétique mais manifestement alcoolique entrer dans Happy River pour miser sur le mauvais cheval ce qui lui restait d'argent. Il y avait quelque chose dans son regard teigneux, son attitude arrogante, la vigilance qu'exprimait tout son corps, qui lui rappelait une part de lui-même quand il était jeune mercenaire en Afrique."

Moi aussi, j'aime bien Harry Hole. Mais là, j'avoue que j'ai subitement douté de mon affection et pensé que j'allais l'abandonner à ses démons dès les premières pages. D'emblée, ça commence très fort côté hémoglobine, puis très vite s'intercalent les réflexions morbides d'un personnage qu'on suppose être responsable du pervers chapitre I . Et je n'en étais qu'à la page 18... Je me suis dis qu'à ce rythme-là, je ne tiendrai pas la distance, 847 pages à souffrir, c'est long, même pour les beaux yeux d'Harry...  J'ai même cru soudain que l'auteur avait demandé la nationalité américaine pour m'embarquer dans ce thriller où cruauté et perversité se disputent la vedette. Bon, page 19 je retrouve enfin des gens civilisés - à savoir les flics - et, de fil en aiguille et de verre en verre, me voilà embringuée dans cette histoire aussi invraisemblable que bien ficelée et, il faut bien l'avouer, je ne l'ai pas lâchée malgré de nombreuses sueurs froides et quelques haut le coeur qui n'ont rien à voir avec ma consommation d'alcool. Et ce ne sont pas une ou deux virées en Afrique du côté du Congo ou du Rwanda qui sont venues détendre l'atmosphère.

"Masques Maï-Maï, expliqua van Boorst. Ils pensent que s'ils se plongent dans l'eau bénite, les balles de leurs ennemis ne les blesseront pas. Parce que les balles aussi se transformeront en eau. La guérilla Maï-Maï est entrée en lutte contre l'armée gouvernementale à coups d'arc et de flèches, avec des charlottes sur la tête et des bondes de baignoires en guise d'amulettes. Je ne me paie pas votre tête, monsieur. Ils ont été ratatinés, bien sûr. Mais ils aiment l'eau, les Maï-Maï. Et les masques peints en blanc. Ainsi que les coeurs et les reins de leurs ennemis. Poêlés, avec de la purée de maïs."

Donc, accrochez-vous si vous souhaitez suivre le huitième épisode des aventures d'Harry Hole. Si je vous dis que c'est encore dans la chambre d'hôpital où s'éteint le père d'Harry que je me suis sentie le mieux, ça donne une idée de la gaité de l'ensemble. Heureusement on retrouve, un peu trop brièvement à mon goût, quelques-unes des sympathiques collègues d'Harry, notamment Beate Lønn et Katrine Bratt, et le toujours chaleureux et vieux copain taxi, Øystein, qui  fait office de bouffée d'air pur dans ce climat délétère, sans oublier la bien-aimée Frangine. Et puis bien sûr, il y a Rakel, incontournable depuis Rouge-gorge. D'ailleurs à ce propos, cette souris de Rakel commence à me gonfler un brin.  non seulement elle empêche toujours le matou amoché de laisser cicatriser ses blessures - alors qu'il y aurait un tas de chouettes fliquettes prêtes à s'en occuper-  mais ça ménerve que ce grand costaud d'Harry, capable d'infliger les pires souffrances à son corps se montre si démuni quand il s'agit de protéger son coeur d'artichaut...

"- Nous sommes tous corruptibles. Nous exigeons juste des prix différents. En monnaies différentes. La tienne, c'est l'amour. La mienne, c'est l'anesthésie. Et tu sais quoi...La cafetière chanta de nouveau, une octave plus haut cette fois.
... je crois que ça fait de toi une meilleure personne que moi. Café ?"

Au final, un bon Nesbø malgré une patte gore serial-killer un peu outrancière à mon goût (encore que l'actualité récente prouve que les sociètés scandinaves n'ont plus rien à envier à l'Amérique), alors préparez vos anesthésiants favoris pour suivre la cadence, j'avoue avoir sauté quelques descriptions malgré la tablette de chocolat prévue pour calmer mes angoisses ! Petit bonus de l'édition poche, le premier chapitre du prochain épisode extrait de Le fantôme - à venir chez Gallimard, mais pas encore de date prévue - sans doute pour nous récompenser d'être arrivés jusqu'à la dernière page de ce pavé qui laisse un sale goût dans la bouche, pomme de Léopold ou pas (vous comprendrez en lisant)... Une dernière chose encore, toujours pour l'édition poche qui , sur un bandeau jaune pétant, en appelle à Millénium; la comparaison n'est pas flagrante et je pense que  l'auteur n'a pas besoin de ce marketing racoleur pour vendre ses bouquins.

L'avis de DASOLA

Le léopard     Jo Nesbø      Editions Folio policier

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mercredi 8 février 2012

Du polaire...

PPETTERSONLa première partie de ce roman nous entraîne dans un petit port du Danemark de l'entre deux guerres où vit la famille Mogensen. Magnus, le père est un homme effacé devenu malgré lui menuisier à la ville alors qu'il se rêvait paysan comme ses parents. Marié à Inge, une bigote qui compose des cantiques sur son piano, ils ont deux enfants, Jasper et sa petite soeur, la narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le prénom.

Trois ans les séparent et une tendre complicité unit depuis toujours les deux enfants . Pendant que Jasper a pour seule ambition de devenir un prolétaire socialiste rêvant de rejoindre les Républicains espagnols qui luttent contre Franco, sa soeur, très bonne élève, n'a qu'un souhait, celui de partir loin de leur univers étriqué jusqu'en Sibérie.

"- Je ne suis pas un paysan, je suis un prolétaire ! a crié Jesper. De nouveau les rires ont fusé. Les habitués d'Aftenstjernen ne s'étaient pas autant amusés depuis le réveillon du nouvel an, mais Jesper avait lu les romans de Nexø et Pelle  le Conquérant était son nouveau héros. Il voulait devenir ouvrier d'usine et délégué syndical et conduire ses camarades vers l'aurore et les lendemains qui chantent."

L'adolescence ne fait que renforcer ce lien. Pendant que l'un rêve de partir au Maroc, l'autre s'imagine voyageant dans le Transsibérien. L'invasion allemande va précipiter les choses. Résistant, Jesper passera les deux dernières années de la guerre en Suède avant de concrétiser son rêve et de partir pour le Maroc. Copenhague, Stockholm, Oslo seront les étapes qui attendent sa soeur à la sortie de la guerre. Elle y vivra de différents petits boulots, toujours tenaillée par l'espoir de revoir son frère. Après ces temps confus, ils auraient dû enfin se retrouver au domicile familial. De cette cruelle absence au rendez-vous découle sans doute ce prénom jamais cité, la soeur reste à jamais amputée d'une immense partie d'elle-même. 

"Je me souviens du bras de Jesper autour de mes épaules, je m'en souviens encore aujourd'hui quand je ferme les yeux, alors que j'ai soixante ans passés et qu'il a été mort pendant plus de la moitié de ma vie."

Voilà un joli roman d'apprentissage, celui d'une petite fille marquée à jamais par la personnalité intrépide de son frère et par le trouble attachement qui la lie à lui. La narratrice se rémémore par petites touches les moments clefs de leur enfance jusqu'à leur séparation. Loin d'être une histoire fouillée, ce qu'on pourrait regretter, le tableau s'apparente plus à une séries de fondus enchaînés qui se jouent de la chronicité pour ne retenir que les émotions et les sensations qui ont accompagné les principaux événements des enfants Mogensen.
On passe de la naîveté enfantine à l'audace adolescente, de l'insouciance à l'émancipation politique ou amoureuse, du futile au drame, sans pesanteur ni sentimentalisme, grâce à un subtil mélange d'humour et de nostalgie. Et çà et là, on croise au détour des pages quelques beaux noms de la littérature, Andersen, Ibsen, Stig Dagerman, Hemingway, Malraux.

Une pudique déclinaison du lien frère-soeur et un sobre et un beau portrait de femme. Une fille qui aime les livres et rêve de Sibérie et de Transsibérien ne pouvait me laisser indifférente ! 
Jusqu'en Sibérie est un des premiers romans de l'auteur et préfigure le thème de prédilection qui semble marqué l'oeuvre de Per Petterson. J'avais déjà beaucoup apprécié l'atmosphère de  Pas facile de voler des chevaux.
Le titre du dernier roman de l'auteur parle de lui-même -  Maudit soit le fleuve du temps - et vient de sortir en poche. Il attend sagement dans ma pile...

"Et puis je serai dans le train, et je regarderai par la fenêtre, et je parlerai avec des gens que je ne connais pas, et ils me raconteront comment ils vivent et ce qu'ils pensent, et ils me demanderont pourquoi j'ai fait ce long voyage depuis le Danemark. Et alors je répondrai :
- J'ai lu un livre qui parlait de vous.
Puis nous nous servirons du thé chaud au samovar et nous nous tairons et nous contemplerons le paysage."

 Jusqu'en Sibérie      Per  Petterson     Editions Circé

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(Hans-Christian Andersen)

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mardi 6 septembre 2011

Drôles d'oiseaux

LESPLUMESDUDINOEncore un polar nordique avec, cette fois, pour toile de fond une polémique scientifique autour de l'évolution des dinosaures.
Pas d'inquiètude, faut pas avoir un master de paléontologie pour suivre, l'essentiel du roman concernant plus la vie et l'histoire des protagonistes à savoir une chercheuse mère célibataire, ses collègues et leurs marottes, ses amis et bien sûr le flic de service.

Je n'ai pas ressenti une grande empathie pour les personnages et leurs problèmes d'égo, d'identité sexuelle, de désir ou non de paternité... Quant au flic, qui est quand même censé être le meilleur du Danemark, on peut dire qu'il plane complètement au-dessus de l'enquête, empêtré qu'il est dans ses souvenirs, vrais ou faux, et j'ai passé mon temps à avoir envie de lui filer des coups de pied au cul pour qu'il bouge le sien au lieu de laisser faire le boulot par la nana qui va présenter son mémoire et qui a p'tet autre chose à faire. J'avais envie de lire un polar pas un catalogue de SOS enfance maltraitée et des névroses qui vont avec. Si le mobile reste crédible, les moyens le sont un peu moins. L'écriture ? Ben, c'est écrit, c'est traduit, rien d'extraordinaire donc. Et je n'ai guère avancé sur la question cruciale, qu'est-ce que ça changerait que les oiseaux descendent ou non des dinosaures ?

Bref, je suis totalement de mauvaise foi (je l'ai quand même terminé), de mauvaise humeur (je voudrais du soleil pour mes vacances, pas la tempête) et je n'ai pas envie de faire un billet positif. Na.

Un avis plus enthousiaste, et sans doute plus objectif,   ICI  

Les plumes du dinosaure      Sissel-Jo Gazan      Editions Le Serpent à plumes   

 

bondecolere

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samedi 13 août 2011

La croisière s'amuse

zonafrigidaDirection le Grand Nord pour un interlude rafraîchissant ?
Il vous faudra embarquer sur Le Ewa en partance pour l'archipel du Spitzberg sous le commandement de Sigmund et Georg, vieux loups de mer respectivement capitaine et pilote des glaces. La croisière réunit, équipage compris, une vingtaine de personnes de toutes nationalités dont la fantasque Bea, caricaturiste de profession, la trentaine alerte et la répartie cinglante.
On sait bien vite que cette croisière est pour elle l'occasion de régler un vieux compte avec un des passagers et de liquider un traumatisme de jeunesse.

Si l'écriture n'est pas bouleversante, l'intrigue est bien rythmée et on se laisse facilement enfermer dans ce huis-clos réfrigéré aux rebondissements divers et variés. Pas de suspense insoutenable mais une dissection correcte d'un microcosme privilégié face à l'immensité grandiose et fragile de ce petit bout de la planète. Pas de grandes réflexions philosophiques sur l'écologie non plus, mais une ébauche de questionnements qui laisse le lecteur libre de les approfondir ou pas. Par contre, des descriptions de paysages à couper le souffle avec en bande son le chant de la glace qui craquelle et les cris des fulmars boréals, ce qui, inévitablement, donne très envie d'aller traîner ses snow boots et son gilet de sauvetage du côté de la Terre du Nord-Est en compagnie des gros nounours et autres bestioles sympathiques.

"Je m'étais toujours représenté un ruisseau de montagne quand je pensais à de l'eau parfaitement pure. Un ruisseau dont l'eau courant sur les cailloux ferait un doux clapotis. Je m'y serais penchée pour en recueillir dans mes paumes et connaître enfin le goût de la pureté...
 J'ai dû revoir ma copie, car en contournant la banquise, j'ai vu ce que nous avait promis Sigmund : des cascades alignées les unes à côté des autres, issus du sommet du glacier et tombant à pic dans la mer. Là où la cascade touchait la surface de l'eau, ça regorgeait d'oiseaux."

N'ayant pas encore lu la Trilogie des Neshov qui a fait le succès de l'auteur norvégienne, je recommande celui-ci pour une lecture dépaysante, qui vous permettra de relativiser notre été frisquet et nuageux, 6 ou 7° maxi en juillet-août, mais ne vous laissera pas un souvenir littéraire impérissable. Cela dit, je suis prête à replonger dans l'oeuvre d'Anne B. Ragde qui fait preuve d'un talent narratif indéniable.

Pour une balade au Spitzberg c'est  ICI

 Zona frigida     Anne B . Ragde     Editions  Balland

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samedi 26 mars 2011

Clopin-clopant

9782757821626C'est ainsi que j'ai cheminé pendant trois semaines tout au long de ce livre.
Non pas que l'histoire de ce chirurgien de soixante-six ans venu expier une faute professionnelle sur une île déserte de la Baltique m'ait rebutée. C'est plutôt faute à mon incapacité à lire plus d'une demi-heure avant de sombrer dans les bras de Morphée. Du coup, je nai pas eu l'impression de me délecter à sa juste mesure de cette très belle histoire de solitude et de renaissance.

"Les bruits, ici, apparaissent contraints de faire la queue avant d'être autorisés à entrer dans le silence."

Il n'en reste pas moins que ce roman nous entraîne avec talent au travers du labyrinthe des sentiments d'un homme qui a fui ses semblables et dont le passé revient, tel un cheval au galop, balayer sa routine mortifère. Cherchez la femme... Elle apparait par un petit matin neigeux sous les traits d'un amour de jeunesse, Harriet aujourd'hui vieille et malade, qui débarque et met en demeure Fredrik Welin d'honorer une promesse faite quarante ans plus tôt. Welin se voit contraint de quitter son île. Mais une femme peut en cacher une autre...

Dans une ambiance glacée, on évolue au rythme des réchauffements et des refroidissements qui vont peu à peu réveiller la vie figée du narrateur  et lui insuffler, parfois douloureusement, le goût des autres. Des personnages tous plus émouvants les uns que les autres au contact desquels il verra se fendiller la glace qui entoure son coeur. Le chant de la vie pourra alors s'immiscer dans le silence de la culpabilité et de la lâcheté.

"Je crois savoir à quoi ressemble cette musique. A des voix humaines, quand elles sont vraiment limpides. Quand des êtres humains chantent sans peur."

Il n'est heureusement pas d'âge pour apprendre à renaître et repousser la ligne d'horizon de notre finitude.

DASOLA a été déçue. Un tas d'autres liens chez  CLARA 

Les chaussures italiennes      Henning  Mankell     Editions  Points

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samedi 15 janvier 2011

Grand Danois

9782070417780Impossible de résumer toutes les péripities de la famille Eriksson tant Askild, le grand-père, va entraîner femme et rejetons dans un tourbillon de déménagements entre la Norvège et le Danemark au gré de ses humeurs qui varient plus souvent que son taux d'alcoolémie qui, lui, est plutôt constant !

"Mon père n'est pas encore né. Ma grand-mère, qui est arrivée trop tard à la prison d'Oslo, et qui n'a pas pu dire au revoir à Askild, ne l'a pas encore épousé. Officiellement, ils ne sont même pas fiancés. Bref, toute mon existence ne tient qu'à un fil passablement ténu."

Asger, le narrateur, est l'un des petits-fils qui, après un exil à Amsterdam, s'en revient chez les siens alors que sa grand-mère est en train de s'éteindre. En effet, quand on est issu d'une telle lignée, il est parfois nécessaire de s'en extraire pour se réaliser.
Au fil du récit nous faisons connaissance du cocasse Askild, personnage sans scrupules et peintre à ses heures, de sa femme Bjork, à la tolérance extrême et grande lectrice de romans d'amour médicaux quand elle ne fréquente pas les salles de jeux, ainsi que de leurs trois enfants, dont le pauvre Feuilles de Chou, ainsi surnommé pour cause d'oreilles démesurées dans lesquelles les gamins s'amusent à fourrer tout et n'importe quoi ; c'est aussi le futur père d'Asger.

Nous les accompagnerons des années 30 jusqu'à nos jours au gré des aléas d'une existence riche en rebondissements. Et c'est à coup de sniffs  d'air frais de Bergen contenu dans des petites boîtes de sardines reconverties en gadgets touristiques, que la grand-mère Bjork, qui ne s'est jamais remise d'avoir quitté cette ville, livrera les dernières histoires de la famille.

Et croyez-moi, ce n'est pas ce qui manque !  Guerre des boutons, premiers émois amoureux, complicités fraternelles,  tromperies ou solidarités familiales, illusions et désillusions, tout défile à un rythme soutenu. Laissez-vous emporter dans les aventures tragico-comiques des uns et des autres et, à l'instar de leur auteur, vous vous prendrez de tendresse pour des personnages qui ont aussi les qualités de leurs défauts !

"Comme pour tant d'autres choses, Bjork essaya de cacher à son mari la disparition de son fils. Elle espérait que Feuilles de Chou allait réapparaître, et il s'écoula donc une semaine avant qu'elle n'envoie un télégramme pour informer son époux de la situation. Le lendemain, on vit arriver à l'arrêt de bus un homme sévère avec un perroquet sur l'épaule. Il n'adressa la parole à personne, ne regarda personne dans les yeux et demanda son chemin une seule fois. Il reprit sa valise et se dirigea vers la maison du directeur de la scierie.
- Bon sang de bonsoir, dit-il lorsqu'on ouvrit la porte, il n'a tout de même pas pris la mer ?
- Bien sûr que non, s'écria Bjork. C'est encore un enfant !"

(Je ne résiste pas à vous confier que Feuilles de Chou, sous le charme des aurores boréales, joliment décrites au demeurant, s'est perdu en forêt et erre pendant des jours, ne devant sa survie qu'aux baies sauvages et à quelques malencontreux champignons comestibles, certes, mais aux effets hallucinogènes. Je vous laisse imaginez la suite...)

Bref, voici une joyeuse et tendre saga familiale doublée de la découverte d'un auteur danois qui n'est pas loin d'avoir la grâce et le talent d'un John Irving, enfin celui du Monde selon Garp et de l'Hôtel New Hampshire.
465 pages que j'ai dévorées !

ICI  ce qu'en pense Mazel

Tête de Chien     Morten Ramsland     Editions  Folio

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(Aurore boréale au-dessus de Tromso, Norvège
Crédit photo & copyright Ole Christian Salomonsen)

 

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samedi 16 octobre 2010

Vous allez bientôt vous réveiller

9782742792221Sans aucun doute, l'auteur de ce blog a dû croiser un tel personnage pour rester silencieuse aussi longtemps... De longs mois passés à flotter entre turbulences immobilières, affres familiales alzheimeriennes et remous syndicalistes, et qui la voient, fidèle à son habitude de ne rien faire comme tout le monde, sortir de son hibernation bloguesque à l'heure où l'hiver pointe son nez... Gageons qu'elle risque de ne pas être des plus constantes encore pendant quelques temps.

Il faut dire que ce bouquin, loin de vous détendre, vous file des sueurs froides mais vous scotche cependant inéluctablement, incapable que vous êtes de cesser de tourner les pages. Vous êtes tout juste bon à vous relever dans la nuit afin de vérifier que votre porte est bien fermée, surtout quand vous connaissez l'univers de la psychiatrie...

Passant outre quelques invraissemblances, l'écriture, presqu'exclusivement au présent, vous engourdit sournoisement, vous balade puis vous enfonce dans des contrées obscures d'où de brusques poussées d'adrénaline vous réveillent brutalement. Mais on s'y fait. A la fin, même pas peur !

On n'attend plus que la seconde enquête de Joona Linna.

L'Hypnotiseur   Lars Kepler   Editions  Actes Sud Noirs

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dimanche 14 septembre 2008

Un été 48

9782070358144Quelques temps après le décès de son épouse, Trond Sander s'est retiré du monde.
A la recherche de solitude, il s'est installé dans une région sauvage du nord de la Norvège avec pour seule compagnie sa chienne Lyra. Sa vie est rythmée par la remise en état de la maison, les promenades entre lac et rivière, l'observation de la nature et l'anticipation de l'hiver qui approche. Sans oublier quelques cogitations sur le temps qui passe.
Un soir, il fait la connaissance de son voisin, Lars. Cette rencontre déclenche les souvenirs en cascade.

En 1948 Trond a quinze ans. Dernier été d'innocence entre son père, qu'il accompagne à la frontière suédoise pour des travaux forestiers, et son ami Jon, un adolescent qui l'entraîne "à voler des chevaux". Mais cet été là un drame survient qui change le cours de la vie du narrateur.

"Il régnait une odeur de bois fraîchement coupé. Elle se répandait de la route jusqu'à la rivière, elle remplissait l'air et flottait au-dessus de l'eau, elle pénétrait partout, elle m'engourdissait et me faisait tourner la tête. J'étais au centre de tout. Je sentais la résine, mes vêtements et mes cheveux sentaient la résine; la nuit, dans ma couchette, ma peau sentait la résine. Je m'endormais avec l'odeur de résine, je me réveillais avec l'odeur de résine, l'odeur de résine m'accompagnait du matin au soir. Je faisais un avec la forêt."

L'auteur nous offre un récit pudique et nostalgique des amitiés adolescentes mais surtout des relations père-fils, sur fond de nature omniprésente, sauvage, fougueuse, somptueuse et prometteuse de liberté.
Une atmosphère toute masculine, sans machisme aucun. Mais cependant, cherchez la femme...
Est-on toujours rattrapé par son passé ? Sur ses vieux jours Trond serait-il venu retrouvé ce sentiment de plénitude rencontré cinquante ans plus tôt lors de cet été 48 ?

Ce livre a obtenu le prix des lecteurs au Salon de la Littérature européenne de Cognac en 2007. Il était en compétition entre autres avec "Le demi-frère" de Lars Saabye Christensen, autre roman qui explorait aussi les relations filiales, mais à mon sens de façon plus romanesque et plus aboutie.
Comme  PAPILLON , j'aurais aimé un développement un peu plus approfondi, notamment de la relation à Lars qui se révèlera être tout autre qu'un simple voisin.
ELFIQUE  elle aussi vous donne son avis.

Pas facile de voler des chevaux    Per Petterson    Editions Folio

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samedi 16 août 2008

Voilà, c'est fini...

9782742770311Adieu Lisbeth et Super Blomkvist...
Happy end pour eux.
Pas pour leur auteur, alors merci Monsieur Larsson pour ces 1939 pages de lecture !
Vous êtes sûr que là-haut y'a pas un clavier qui traîne et une connexion intersidérale à bricoler ?
J'ai soudain très envie de croire en dieu !!!
Et allez, juste pour le plaisir :

"Mikael avait beau être habitué à la capacité de Lisbeth Salander de s'habiller de façon choquante, il fut stupéfait de voir qu'Annika Giannini lui avait permis de se présenter à la salle d'audience vêtue d'une courte jupe en cuir noir, avec l'ourlet défait, et d'un débardeur noir portant l'inscription I am irritated et qui ne dissimulait pas grand-chose de ses tatouages. Elle portait des rangers, une ceinture cloutée et des chaussettes montantes rayées noir et lilas. Elle avait une dizaine de piercings dans les oreilles et des anneaux à la lèvre et aux sourcils. Ses cheveux avaient repoussé depuis son opération du crane en une sorte de chaume noir et hirsute. De plus, elle était maquillée à outrance."

Millénium 3    Stieg Larsson    Editions Actes Sud Noirs

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jeudi 8 mai 2008

Némésis

9782070309818Il ne fait pas bon être une femme dans l'entourage d'Harry Hole.
Nous l'avions connu plutôt abattu dans "Rouge-gorge", suite au décès d'Ellen, sa coéquipière bien-aimée victime d'un tabassage en règle orchestré par Tom Waaler, mais laissé amoureux de la très comme il faut Rachel, connue lors de l'enquête dans les milieux fachos.
Rassurez-vous, rien n'arrive à Rachel, qui est occupée en Russie à se battre pour la garde de son fils.
Mais il n'en va pas de même pour Anna Bethsen, une ancienne conquête d'Harry Hole, qui reprend contact avec lui et l'invite à passer une petite soirée sympa en amoureux rue Sans-Souci, où elle habite.
Il sait bien, Harry, qu'il n'aurait pas dû accepter, c'est pas sympa pour Rachel, mais son égo de mâle esseulé a flanché, et puis que peut-il bien arrivé rue Sans-Souci, hein ? Rien, enfin en temps normal... Anna est retrouvée, le lendemain, une balle dans la tête.

Le problème d'Harry, c'est que pour lui, c'est le black-out total. Impossible de se souvenir comment la soirée s'est terminée, comment il est rentré chez lui, ni ce qu'il a bien pu faire de son portable. Son voisin Ali peut juste lui dire qu'il l'a réceptionné d'un taxi, dans un piteux état.
Parallèlement, une série de braquages de banques a lieu à Oslo. Harry travaille dessus avec une nouvelle recrue, Beate Lonn, jeune surdouée de l'analyse vidéo et dotée d'un gyrus fusiforme surdéveloppé.

"Harry tapota d'un index son front écarlate.
- Logiciel interne. Stocké dans le lobe tempotal, ne sert qu'à reconnaître des visages. C'est tout ce qu'il fait. C'est ce morceau qui fait que tu peux différencier des centaines de milliers d'individus, mais à peine une douzaine de rhinocéros.
- Des rhinocéros ?
- C'est un exemple, Halvorsen. Mais Beate Lonn doit être un cas tout à fait à part. Son fusiforme est doté de quelques circonvolutions supplémentaires, qui lui permettent de se rappeler pour ainsi dire tous les visages qu'elle a vus dans sa vie. Et je ne parle pas des gens qu'elle connaît ou avec qui elle a discuté, mais de visages derrière des lunettes de soleil, qu'elle a croisés dans la foule il y a quinze ans."

Qui a intérêt à vouloir encore mouiller Harry ? Y a-t-il un lien entre les braquages et la sulfureuse Anna ?
Qui et que manipule Raskol, cet étrange gitan emprisonné et seul parent d'Anna, au carnet d'adresses bien fourni et qui va collaborer avec Hole ? Qu'est-ce que manigance encore Tom Waaler, le trouble collégue d'Harry ?

Vous le saurez en lisant cette nouvelle enquête qui, cette fois, nous balade un peu au Brésil, mais surtout nous entraîne dans le monde et la tradition tziganes.
Contrairement à ce brave Harry, qui est devenu aussi sobre qu'un chameau ( il ne touche pas une goutte d'alcool avant la page 420 !), j'ai descendu ce livre cul-sec, tout comme les précédents.
L'enquête sur la mort d'Ellen n'étant toujours pas bouclée, et Tom Waaler toujours vivant, alors pour les addictes, rendez-vous au prochain "L'étoile du diable", qui n'est toujours pas sorti en poche.

Rue Sans-Souci    Jo Nesbo     Editions Folio Policier

 

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