jeudi 3 mai 2018

Sauf, exception

CVT_Sauf_980Si ce livre n'avait pas été lu dans le cadre du dernier partenariat Masse Critique, je ne l'aurais sans doute pas chroniqué. En effet, j'ai été très déçue à la lecture de cet auteur que je ne connaissais que de nom. La jolie couverture semblait prometteuse, sans compter qu'une partie de l'intrigue se déroule à la pointe Finistère, un lieu que j'affectionne tout particulièrement pour son air vivifiant et ses paysages sauvages. Mais voilà, entre couverture et décor, il faut encore y mettre matière à composer, tendre une ligne entre réalité et fiction sur laquelle le lecteur va naviguer et se laisser embarquer. Et moi, je suis restée à quai.

Cela débutait bien à mon goût car on rentre rapidement dans le vif du sujet. Un homme, dont les parents sont morts dans l'incendie de leur manoir breton alors qu'il n'avait que 6 ans, se retrouve un jour en possession d'un album photo familial alors que tout était censé avoir brûlé. Page 22, c'est sa jolie maison sur une île des bords de Marne qui s'envole en fumée. Là, je me dis que le mec n'a vraiment pas de bol, mais je suis bien vite rassurée car une de ses employées se trouve être propriétaire d'un immense appartement inoccupé, avec vue sur la Seine, le Grand Palais et la tour Eiffel, qu'elle s'empresse de lui prêter. Et, tant qu'à faire, page 56 apparaît la luxueuse Mercedes et la carte d'essence qui vont avec, ce qui tombe à pic puisque nos personnages vont devoir cavaler jusqu'en Norvège. Page 56 donc, et là je sens déjà  l'agacement grimper au-delà de mon seuil de tolérance. Mais quand des rebondissements plus improbables les uns que les autres se succèdent sans arrêt, trop c'est trop, j'ai eu envie de crier STOP ! J'ai quand même fait l'effort d'aller jusqu'à la fin, Masse Critique oblige, tout en essayant de trouver quelque chose de positif afin de ne pas flinguer complètement ce bouquin, mais c'est tellement bourré de clichés et de facilités que les ficelles deviennent des cordes. Cela en devient lassant. Lorsque je l'ai refermé, la seule réflexion qui m'est venue à l'esprit c'est, tout ça pour ça ?..

"On arrive à Kerloch à l'aube par la route qui longue la mer. Le soleil se lève sur les Tas de Pois, ces trois dômes de pierre émergeant de l'océan que je n'ai jusqu'à présent pu admirer qu'en photo."

lestasdepois0Les Tas de pois au large de Camaret à la pointe de Pen-Hir sur la presqu'île de Crozon

Bref, vraiment désolée Babelio, merci quand même pour ce partenariat, ainsi qu'aux Editions Fleuve noir, qui habituellement sont plutôt gage de qualité, mais sur ce coup, je ne peux, moi non plus, faire mieux. A quelques exceptions près, beaucoup d'avis plus élogieux que le mien sur le site

Sauf    Hervé Commère    Editions Fleuve Noir

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mercredi 21 février 2018

La Situation

9782757868454Quelle surprenante situation sur l'échiquier historique que celle de l'Islande en cet été 1941 . Alors que depuis mai 1940 l'armée allemande occupe le Danemark, pourtant neutre dans ce conflit mondial, les troupes britanniques envahissent l'Islande pensant qu'Hitler lorgne sur ce coin inhospitalier de l'Atlantique Nord placé sous la couronne danoise. Inhospitalier certes, mais occupant une position stratégique sur les routes maritimes vers l'Europe. Les Américains s'en mêlent et débarquent à leur tour sur l'île. Inutile de préciser le chamboulement que cela représente pour les insulaires. Déferlent troupes, armes, jazz, cigarettes, alcool et dollars. Reykjavik et ses environs voient fleurir moult tripots, trafics et petits commerces.

Prodigieuse situation, notamment pour certaines femmes qui voient là une opportunité de quitter leurs tourbières ou leurs fjords, attirées quelles sont par la possibilité de s'émanciper, de s'enrichir un peu en travaillant à la ville pour les armées et, pourquoi pas, égayer le quotidien des soldats, voire en épouser un. Mais dangereuse situation pour les mineures qui se laissent parfois abusées par leurs beaux sourires.

Curieuse situation que celle de ce pays qui, sous l'influence du Reich occupant le Danemark, s'est affublé d'un parti nazi, a accueilli des ressortissants allemands avant que les Anglais ne déblaient le terrain. Quelques germes se seraient-ils égarés ?

Et enfin, quelle fâcheuse situation pour le terne Eyvindur, piètre représentant de commerce retrouvé abattu d'une balle de Colt 45, une croix gammée peinte sur ce qui lui reste de front, dans un appartement qui n'est même pas le sien et alors que sa copine vient de le plaquer.

"─ Merci. Mais je crois vraiment que nous n'avons rien à craindre. Le genre de choses que tu sembles redouter n'arriverait jamais ici. Pas en Islande."

Et bien, si. Deux petits gars, aussi novices l'un que l'autre en matière d'enquêtes criminelles, se voient confier l'affaire. Flovent, de la police de Reykjavik, et Thorson, un Islandais de l'Ouest (ainsi nomme-t-on ceux qui ont émigré au Canada) de la police militaire. Une collaboration laborieuse va leur faire supputer bien des hypothèses. Crime passionnel, espionnage, fantasmagorie nazie, eugénisme ? Les pistes et les suspects ne manquent pas.

Voilà de quoi retourne le premier tome de cette Trilogie des Ombres. Même si l'enquête est des plus classiques, même si les deux enquêteurs m'ont parfois donné le tournis avec toutes leurs questions aux allures de rafales de mitraillettes, j'ai apprécié de retrouver l'auteur que j'avais un peu délaissé depuis la disparition d'Erlendur dans les vapeurs de geysers ou les limbes des fjords (Duel et Le livre du roi m'étant carrément tombés des mains). J'avoue avoir été bien plus conquise par le contexte historique que par l'intrigue en elle-même. D'ailleurs, je regrette que l'auteur fasse débuter cette trilogie en 1941, j'aurais tellement aimé qu'il s'appesantisse plus sur le début de cette période d'occupation en Mai 40, qu'il donne plus la parole aux autochtones et à des ressentis plus profonds face à ce que les Islandais nomment eux-mêmes La Situation, car quand même, quelle révolution, quel tournant sociétal et économique cette occupation a dû représenter pour ce peuple de pêcheurs et de paysans, isolé, empreint de paganisme puis plutôt puritain ! Mais bon, j'ai cependant appris un tas de choses, et ce n'est déjà pas si mal.

"L'Islande n'était plus une île à l'écart du monde. Elle avait été entraînée dans le tourbillon des événements, et nombre de choses jadis inconcevables s'y produisaient aujourd'hui.(...) Peut-être était-ce avant tout leur innocence qui avait été sacrifiée quand les troupes britanniques étaient arrivées en ville avec leur bruit de bottes un matin de mai."

Lecture du mois de Février pour Le Défi Littéraire de Madame lit.

Dans l'ombre  Arnaldur Indriðason  (traduit de l'islandais par Éric Boury)  Editions Points 

 

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mardi 9 janvier 2018

Benedictus

2164_1068131Lasse d'attendre une sortie poche qui ne vient pas - notez au passage que la patience est une de mes qualités, celui-ci datant de 2010 pour l'édition française - je me suis enfin décidée pour la version brochée au grand dam de ma bibliothèque, car le coin réservé à l'auteur n'accueillait, jusqu'à ce jour, que des poches et que ce grand, là, il me passe pas. Oui, j'ai des petites manies de lectrice qui ne s'expliquent pas, j'aime avoir les oeuvres de mes auteurs chouchous dans un même format, poche ou broché, mais pas les deux, c'est comme ça, na ! Donc, obligée de remanier mon rangement, de faire déménager à l'étage en dessous Jack Taylor qui, évidemment, s'entendait très bien avec Harry Hole, remarquez il est en bonne compagnie avec Adamsberg et Lisbeth Salander; remonter Sharko à côté de Martin Servaz, en espérant que Lucie Hennebelle ne viennent pas semer la zizanie entre ces deux-là; oui, mais alors, ceux du Département V, Morck et Assad, faut que je les case tout en haut, bonne idée, ça les changera de leur sous-sol miteux ! Mais Jack Caffery, s'entendra-t-il avec Erlendur et Wallender ?*  Rhaaa là là, c'est pas de tout repos une vie de lectrice maniaque !

Bon, il en valait quand même la peine ce petit remaniement car, trêve de plaisanterie, j'ai aaaaaadoré retrouver ce bon vieux Jack Taylor.

"Je redoutais cette nouvelle entrevue ; elle avait clairement exprimé qu'elle ne souhaitait pas me revoir, mais presque tous les gens que je connaissais m'avaient dit la même chose."

Rhoo, n'importe quoi, j'ai jamais dit ça, moi ! Il y a 4 ou 5 ans, je l'ai laissé sur ses "Chemins de croix", bien cabossé par la vie, certes, mais abstinent pendant 350 pages, un record, le nez vierge de toute trace de poudre, patché à la nicotine et prêt à s'envoler pour l'Amérique après avoir vendu son appartement à prix d'or grâce au Tigre Celtique qui vivotait encore. Et là,  qu'est-ce que je retrouve ? Le même ! Adieu l'Amérique, Ridge souffrante, il n'a pas eu le coeur à la laisser seule face à cette épreuve, faut dire qu'il n'a plus beaucoup de copains, Jack. Alors "J'étais resté. Chaque jour, je le regrettais. Regretter est, sinon ce que je fais de mieux, du moins de plus fréquent."

Bref, plus clean que jamais, traînant toujours sa patte folle dans sa ville de Galway, fausses dents étincelantes et prothèse auditive neuve, il est bourré aux as mais sa cinquantaine bien tassée végète dans un petit deux pièces en compagnie d'une dizaine de livres seulement, les autres ayant brûlé lors de sa dernière enquête.

"J'observais les foules de gens qui passaient, déconcerté : pas un seul accent de Galway ne me parvenait aux oreilles. Aux informations, ils avaient annoncé que nous étions la nation la plus riche après le Japon. Il y avait, au dernier recensement, près de quatre mille millionnaires dans le pays et, oui les pauvres s'appauvrissaient sérieusement."

Heureusement, une missive inopinée va venir le tirer de son ennui et le faire repartir au turbin, sauf que cette fois là, c'est lui qui est visé. Il est le cinquième et dernier sur la liste d'une certaine soeur Benedictus prise d'une furieuse envie de règlement de comptes. Et elle a l'air déterminée, Jack peut déjà barrer trois noms, son tour approche. Aidé d'une Ridge convalescente, d'un Stewart plus zen que jamais et, à distance, d'un père Malachy toujours aussi imbuvable mais grand fumeur devant l'Eternel, le voilà pressé de mettre la main sur cette dangereuse nonne psychopathe. Avant de s'envoler enfin pour l'Amérique ?

"Il [le père Malachy qui fulmine de ne plus pouvoir fumer dans les bars] se leva. - Je vais m'en tirer une.

N'importe quel Américain qui se serait trouvé à portée d'oreille aurait été stupéfait d'entendre pareille chose, même si, avec tous les scandales autour des ecclésiastiques, ce n'était pas certain.

- Vous oubliez une chose, lui dis-je. Il se retourna et je complétais : - Payer. Même les prêtres doivent payer maintenant. Vous avez profité de tout gratuitement bien assez longtemps."

Comme toujours chez Ken Bruen, l'intrigue est mince; elle n'est que prétexte à un plaidoyer antilibéral et anticlérical à l'encontre de son pays, doublé d'une savoureuse balade littéraire et musicale, le tout sur un ton caustique qui ne mâche pas ses mots. Il est conseillé de lire les enquêtes galères de Jack Taylor dans l'ordre pour suivre et apprécier au mieux son évolution.

CATHULU  et  DASOLA  aiment aussi !

 

 En ce sanctuaire   Ken Bruen  (traduit de l'anglais par P. Bontil)  Editions Gallimard  série noire

 

*Dans l'ordre: Ken Bruen, Jo Nesbo, Fred Vargas, Millénium, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jussi Adler-Olsen, Mo Hayder, Arnaldur Indridason, Henning Mankell.

 

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Source www.Garavans.ie

 

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samedi 19 mai 2012

Mourir ou devenir fou

9782070130764Quand on a en face de soi la violence, la fureur et la haine; quand on les a si bien instillées en vous à votre corps défendant au point que les mots n'ont plus de sens et que seul l'isolement devient synonyme de survie; quand bourreaux et victimes ne forment plus qu'un magma infâme qui ne s'éteindra même pas avec les derniers survivants puique les brûlures imprégneront longtemps encore les mémoires; que reste-t-il comme solution, "mourir ou devenir fou ?"

"Le temps s'effaçait, une vie de crayon de papier."

Jana Wenchwn, indienne mapuche, a fui la terre des ses ancêtres massacrés par les blancs pour venir s'échouer à Buenos Aires en pleine crise économique des années 2000. Patiemment, elle a refait surface et s'est installée dans une friche où elle sublime blessures et fantômes à coup de ferraille sur ses sculptures qui envahissent son terrain.

Quant à Rubén Calderón, fils d'un poète résistant disparu en détention et rescapé lui-même des geôles de la dictature en pleine euphorie falcificatrice de la coupe du monde de foot de 1978, il est devenu détective privé spécialisé es disparus auprès des Mères de la place de Mai, mouvement dans lequel milite activement sa mère.

Deux événements vont réunir ces deux êtres refermés sur leurs traumas. On retrouve dans le port de La Boca le corps mutilé d'un travesti ami de Jana, pendant que la fille d'un ponte de la capitale disparaît à son tour. Faisant appel à Rubén, Jana et lui se retrouvent en partance pour une descente aux enfers afin de dénouer les fils qui relient ces deux faits, entre relents de dictature qui empoisonnent toujours l'atmosphère avec ses souvenirs de corps barbouillés de sang plein les yeux et les cris des torturés dans les oreilles.

"Les enlèvements, la mise en détention illégale et la torture systématique étaient une structure parallèle de coercition bureaucratique et hiérarchique efficace, apte à semer une terreur sans précédent dans la population ; le but était aussi de faire souffrir l'imagination des vivants."

C'est donc une lecture éprouvante qui ne mâche pas ses mots, un roman bien documenté, quelques raccourcis faciles et des coincidences heureuses et bienvenues nous rappellent que nous sommes quand même dans la fiction malgré le théâtre historique et cruel du récit, et j'avoue avoir poussé un ouf de soulagement arrivée à la dernière page. Ayant déjà suivi l'auteur chez les Maoris et les Zoulous, je savais à quoi m'attendre, Caryl Férey n'est pas du genre édulcoré, les âmes sensibles devront sauter quelques lignes de temps en temps et ne comptez pas sur un air de tango pour détendre l'ambiance...

Par contre, à celles et ceux qui souhaitent découvrir une autre facette de l'auteur -  et il écrit aussi pour la jeunesse - je conseillerais ses premiers polars, plus classiques et bourrés d'humour, notamment La jambe gauche de Joe Stummer et Plutôt crever - avec en prime pour le dernier une chouette balade en Finistère -  ils sont tous en poche.

Mapuche     Caryl Férey     Editions Gallimard série noire 


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mercredi 16 mai 2012

Balade écossaise

9782330001339Inspecteur à Edimbourg, Fin Macleod s'en revient dans son île natale afin de comparer le modus operandi d'un meurtre, qui vient d'être commis sur l'île Lewis, à celui dont il s'occupe dans la capitale écossaise.
Venant lui-même de perdre son fils de huit ans, inutile de vous dire qu'il n'est pas au mieux de sa forme. Il appréhende ce retour aux sources qui, inévitablement, va le confronter à ses fantômes et aux événements tragiques qui ont précédé son départ, pour ne pas dire sa fuite dix-huit ans auparavant. Tous ses vieux copains sont au rendez-vous, son amour de jeunesse aussi et si la victime, Angus Macritchie, a fait les quatre cents coups avec eux lorsqu'ils étaient gamins puis ados, il n'était pas des plus appréciés étant un faiseur d'embrouilles doublé d'un terrible castagneur. Il est donc un lien qui les relit tous et les motifs de vengeance ne manquent pas.

"Au moment où ils quittèrent la couche nuageuse, basse et épaisse, Fin put voir la mer d'ardoise qui se brisait en éclats blancs sur les longs doigts de roche noire qui avançaient depuis la péninsule d'Eye, un bout de terre sauvagement découpé appelé Point par les insulaires."
 
Au moment où Macleod débarque sur l'île, un autre événement se prépare, la fameuse chasse aux gugas, ces fous de bassan venus nidifier sur des falaises vertigineuses. C'est une tradition qui se veut presque un rite initiatique pour un ou deux jeunes choisis chaque année pour accompagner les plus anciens pendant deux semaines sur l'îlot d'An Sgeir , désert et battu par les vents. Macleod fait partie du cercle très fermé de ceux qui y sont allés en son temps.

"Il faut que tu le saches, Fin. C'est une règle non écrite. Tout ce qui se passe sur le rocher reste sur le rocher. Ca a toujours été comme cela, et ça le restera."
 

Voilà un livre autour duquel je tournais depuis un bon moment, retenue par la crainte d'être confrontée pendant plus de 400 pages à un huis-clos violent sur un morceau de caillou aride où un tas de chasseurs machos et égrillards, abreuvés de whisky et du sang issu d'un carnage de volatiles innocents, se livreraient à des bacchanales celtico-gaéliques. Bon, je vous rassure tout de suite, non seulement nous n'avons pas droit à des meurtres sortis d'un cerveau de psychopathe évadé d'une UMD, mais en plus, et je l'en remercie, l'auteur ne nous roule pas dans les plumes, le sang et le guano à longueur de pages, il nous épargne les détails des regards éplorés des oisillons qu'on assasine sous les yeux de leurs parents impuissants... Ceci étant dit, je m'en serais mordu les doigts d'être passée à côté de ce livre. Une fois harponnée, je ne l'ai plus lâché et pour tout vous dire, j'ai même été acheter hier le second de la série (impossible d'attendre une sortie poche) afin de parcourir à nouveau les sentiers de l'île Lewis.

 Il se dégage de ce roman tourmenté une mélancolie tout à la fois sauvage, passionnée et magique. Sauvage comme les étendues de dunes et de tourbières qui surplombent les côtes, passionnée comme la vie des îliens tourneboulés par les raffales de vent incessantes, magique car, pour qui connait l'Ecosse, il se dégage de ce pays une atmosphère ensorcelante et vivifiante qui donne envie de se couler, corps et âme, dans l'envoûtante lumière qui baigne son territoire.

 Laissez Fin Macleod vous prendre par la main pour une balade entre rudesse et nostalgie, dans des paysages magnifiques qui servent de toile de fond aux réminiscences d'un passé à première vue austère, mais derrière lequel se dissimulent les joies et les peines de l'enfance, les tourments et les turpitudes de l'adolescence et qui, confrontés au présent, éclatent avec panache dans la noirceur du ciel.

"Les gens nés dans les années cinquante décrivent parfois leur enfance en évoquant des tons bruns. Un monde sépia. J'ai grandi dans les années soixante et soixante-dix et mon enfance fut violette."

Ces vieux loups de mer et ces gamins sauvages repliés sur leurs secrets m'ont littéralement raptée ! Au point que je suis allée farfouiller dans une malle pour en extirper quelques photos qui donnent un aperçu de l'ambiance, en espérant qu'elles vous feront plonger au plus vite dans ce très beau roman et, pourquoi pas, vous donneront envie d'aller faire un tour en Ecosse.

L'avis d'ALAIN

L'île des chasseurs d'oiseaux     Peter May     Editions  Babel Actes noirs


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Ullapool
En attendant le ferry pour Lewis

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Lewis, patience sous l'averse...

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Des paysages lunaires où on a parfois l'impression
de marcher sur l'eau.

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En automne, tourbières dans les Highlands.

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Un château transformé en auberge de jeunesse
et à droite un aperçu de Lewis.

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"Le temps changeait constamment. La lumière et l'ombre se succédaient en permanence,
l'une derrière l'autre, pluie, soleil, ciel d'orage, ciel bleu. Et les arcs-en-ciel.
Mon enfance en est pleine. En général, par paire. Nous en vîmes un ce jour-là, qui se formait
rapidement au-dessus des tourbières. Ses couleurs éclataient contre le plus noir des ciels d'orage.
Une beauté qui vous laissait muet."

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Entre Inverness et Ullapool, la région des lochs à la tombée du jour.

"Dans le ciel d'août, une fine bruine masque les étoiles mais la lune, aux trois-quarts pleine,
parvient tout de même à projeter sa lumière fantomatiques sur le sable laissé humide
par la marée descendante. Avec douceur, la mer va et vient sur la plage. L'écume phosphorescente
libère des bulles argentées qui restent accrochées au sable doré."

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Vite, vite
un téléphone pour réserver un vol
et y retourner !
En Ecosse, l'automne y est splendide.

 

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lundi 14 mai 2012

Les chiens et les enfants d'abord

9782253161837Voilà une auteur avec laquelle les retrouvailles sont toujours un plaisir.
Même si j'ai un faible pour ses premiers romans, j'apprécie aussi la série Jackson Brodie, inaugurée par l'excellent La souris bleue. J'ai failli me fâcher avec Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux - que j'ai trouvé un peu fouillis et ennuyeux -, je me suis réconciliée avec A quand les bonnes nouvelles ? - plus palpitant -. Et je récidive avec le dernier - une balade tranquille dans les pas de Brodie dans tous les machinshire - on va pas cracher dessus -, un gentil toutou à nos basques, sur des chemins bien balisés entre passé et présent, à la recherche de la solution des intrigues, à première vue distinctes, mais qui finissent bien sûr par se rejoindre.

"Jackson repart pour une nouvelle chevauchée."

Une ancienne policière à la retraite qui se fait un coup de calcaire, une dame des antipodes à la recherche de ses origines, des policiers véreux, une actrice vieillissante qui yoyote du ciboulot, une gamine goulue et championne de l'adaptation tous terrains, un chien intelligent, de l'humour et un bon vieux Brodie au mieux de sa forme. Mettez tout ça dans un shaker, secouez, et dégustez.

"Sa perruque qui avait glissé sur le côté lui donnait un petit air malencontreusement guilleret. Jackson espérait que quelqu'un le tuerait avant qu'il en arrive là. Il supposait qu'il devrait se charger du boulot lui-même. Il avait l'intention de finir comme l'explorateur de l'Antarctique ( "Je pourrais en avoir pour un moment" Lawrence Edward Grace Oates) : il se coucherait sur la glace avec une bouteille du même millésime que lui et sombrerait dans le grand sommeil. Il espérait que le réchauffement climatique ne saboterait pas son projet."

On pourrait croire que Kate Atkinson écrit toujours le même roman, mais non. C'est sans doute ce qu'on appelle le talent, ça a un petit goût différent à chaque fois. Sans doute une question de dosage, à moins que ça ait à voir avec l'ordre d'introduction des ingrédients. En tout cas, ça s'avale sans soif. Mais au fait, d'où lui vient cette obsession pour les disparitions d'enfants ???

Parti tôt, pris mon chien     Kate Atkinson     Editions Le Livre de Poche


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mardi 1 mai 2012

Un sale goût dans la bouche

jonesboleleopardQuand Harry Hole se met au vert, surtout ne pas compter sur lui pour s'offrir une cure de désinto en thalasso ou sur les rivages sereins d'une île paradisiaque. Fidèle à lui-même, c'est donc en tétant de l'opium au fond d'un bouge de Hong-Kong qu'il se refait une santé après l'éprouvante enquête qui a conduit à l'arrestation du Bonhomme de neige et à la rupture avec Rakel, laquelle a quitté la Norvège pour une destination inconnue. L'inspectrice Kaja Solness est chargée de ramener au bercail le grand échalas mal luné afin de lui faire ravaler sa lettre de démission et de se remettre au boulot car, pendant que Hole se la joue ascète au fond de sa piaule minable, on assassine à tour de bras à Oslo avec une imagination digne du meilleur raffinement chinois en matière de torture.
Une fois quelques formalités réglées, le voilà donc à nouveau foulant le sol natal, coincé entre rivalités des services de police et un lit d'hôpital où se meurt son père.

"Il aimait bien Harry Hole, et ce depuis le premier instant où il avait vu le grand Norvégien athlétique mais manifestement alcoolique entrer dans Happy River pour miser sur le mauvais cheval ce qui lui restait d'argent. Il y avait quelque chose dans son regard teigneux, son attitude arrogante, la vigilance qu'exprimait tout son corps, qui lui rappelait une part de lui-même quand il était jeune mercenaire en Afrique."

Moi aussi, j'aime bien Harry Hole. Mais là, j'avoue que j'ai subitement douté de mon affection et pensé que j'allais l'abandonner à ses démons dès les premières pages. D'emblée, ça commence très fort côté hémoglobine, puis très vite s'intercalent les réflexions morbides d'un personnage qu'on suppose être responsable du pervers chapitre I . Et je n'en étais qu'à la page 18... Je me suis dis qu'à ce rythme-là, je ne tiendrai pas la distance, 847 pages à souffrir, c'est long, même pour les beaux yeux d'Harry...  J'ai même cru soudain que l'auteur avait demandé la nationalité américaine pour m'embarquer dans ce thriller où cruauté et perversité se disputent la vedette. Bon, page 19 je retrouve enfin des gens civilisés - à savoir les flics - et, de fil en aiguille et de verre en verre, me voilà embringuée dans cette histoire aussi invraisemblable que bien ficelée et, il faut bien l'avouer, je ne l'ai pas lâchée malgré de nombreuses sueurs froides et quelques haut le coeur qui n'ont rien à voir avec ma consommation d'alcool. Et ce ne sont pas une ou deux virées en Afrique du côté du Congo ou du Rwanda qui sont venues détendre l'atmosphère.

"Masques Maï-Maï, expliqua van Boorst. Ils pensent que s'ils se plongent dans l'eau bénite, les balles de leurs ennemis ne les blesseront pas. Parce que les balles aussi se transformeront en eau. La guérilla Maï-Maï est entrée en lutte contre l'armée gouvernementale à coups d'arc et de flèches, avec des charlottes sur la tête et des bondes de baignoires en guise d'amulettes. Je ne me paie pas votre tête, monsieur. Ils ont été ratatinés, bien sûr. Mais ils aiment l'eau, les Maï-Maï. Et les masques peints en blanc. Ainsi que les coeurs et les reins de leurs ennemis. Poêlés, avec de la purée de maïs."

Donc, accrochez-vous si vous souhaitez suivre le huitième épisode des aventures d'Harry Hole. Si je vous dis que c'est encore dans la chambre d'hôpital où s'éteint le père d'Harry que je me suis sentie le mieux, ça donne une idée de la gaité de l'ensemble. Heureusement on retrouve, un peu trop brièvement à mon goût, quelques-unes des sympathiques collègues d'Harry, notamment Beate Lønn et Katrine Bratt, et le toujours chaleureux et vieux copain taxi, Øystein, qui  fait office de bouffée d'air pur dans ce climat délétère, sans oublier la bien-aimée Frangine. Et puis bien sûr, il y a Rakel, incontournable depuis Rouge-gorge. D'ailleurs à ce propos, cette souris de Rakel commence à me gonfler un brin.  non seulement elle empêche toujours le matou amoché de laisser cicatriser ses blessures - alors qu'il y aurait un tas de chouettes fliquettes prêtes à s'en occuper-  mais ça ménerve que ce grand costaud d'Harry, capable d'infliger les pires souffrances à son corps se montre si démuni quand il s'agit de protéger son coeur d'artichaut...

"- Nous sommes tous corruptibles. Nous exigeons juste des prix différents. En monnaies différentes. La tienne, c'est l'amour. La mienne, c'est l'anesthésie. Et tu sais quoi...La cafetière chanta de nouveau, une octave plus haut cette fois.
... je crois que ça fait de toi une meilleure personne que moi. Café ?"

Au final, un bon Nesbø malgré une patte gore serial-killer un peu outrancière à mon goût (encore que l'actualité récente prouve que les sociètés scandinaves n'ont plus rien à envier à l'Amérique), alors préparez vos anesthésiants favoris pour suivre la cadence, j'avoue avoir sauté quelques descriptions malgré la tablette de chocolat prévue pour calmer mes angoisses ! Petit bonus de l'édition poche, le premier chapitre du prochain épisode extrait de Le fantôme - à venir chez Gallimard, mais pas encore de date prévue - sans doute pour nous récompenser d'être arrivés jusqu'à la dernière page de ce pavé qui laisse un sale goût dans la bouche, pomme de Léopold ou pas (vous comprendrez en lisant)... Une dernière chose encore, toujours pour l'édition poche qui , sur un bandeau jaune pétant, en appelle à Millénium; la comparaison n'est pas flagrante et je pense que  l'auteur n'a pas besoin de ce marketing racoleur pour vendre ses bouquins.

L'avis de DASOLA

Le léopard     Jo Nesbø      Editions Folio policier

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mardi 24 avril 2012

Un p'tit Pouy en passant

9782353060450Depuis bientôt cinq ans, Maxime se la coule douce dans la Creuse.
A presque cinquante ans, il a devancé l'âge de la retraite, un peu contraint et forcé il est vrai au regard de son dernier emploi, genre chef d'un groupuscule terroriste, le collectif Van Gogh. Entre culture de son potager, apéros et lecture de L'Eveil creusois, il ne demande rien à personne. Jusqu'au jour où une flopée de CRS et flicaille en tout genre investisse sa bicoque qui, du jour au lendemain, se retrouve "en zone sensible" sous prétexte que ses braves voisins, le couple Kowa, sont les parents du nouveau ministre de l'Intérieur.

"De nos jours, il vaut mieux passer pour un Creusois qu'un Polack, le chabichou est plus rassurant que le bortsch. Ce type était apparemment un requin aux dents longues et à l'haleine de hyène. Grimpette accélérée dans les sphères du pouvoir. Populiste à cran, extrêmiste droitier parfois, chrétien de gauche de temps en temps. Réactionnaire se faisant toujours passer pour progressiste."

Terminée la vie du terroir, Maxime va devoir retrouver ses vieux réflexes de clandestin pour espérer un jour continuer à cultiver ses salades et son cannabis en plein soleil en compagnie de son meilleur ami, le poète Raymond Queneau. La cavale commence à La Souterraine et se poursuit sur 175 pages, descendues cul sec et le sourire aux lèvres, aux quatre coins de la France jusqu'au sommet du Stromboli. Les ficelles sont parfois un peu grosses mais il faut bien ça pour croquer les RG et les sombres coulisses de notre chère République. Le tout dans un langage fleuri et parfumé... un régal !

"Le 4 septembre, au Voltigeur, Yvonne Berthier avait droit à un chèvre d'exception. Sans doute un Banon.
Armand avait fait très fort. Depuis qu'il avait déposé le fromage sur la table, c'était comme si un militaire venait de se déchausser dans les parages."

Du Pouy, quoi ! Parfait pour égayer un week-end électoral.
Toute ressemblance blablabla...

Samedi 14     Jean-Bernard Pouy     Editions La Branche

oreille

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jeudi 22 mars 2012

Seventies

9782878585117Louise Morvan cherche à élucider la mort suspecte de son oncle, Julian Eden, décédé dans les années 70 en pleine tourmente Power Flowers. Elle l'a porté au rang d'îcone, a hérité de son appartement, de son Aston Martin et repris à son compte son agence, devenue Morvan Investigation. Son amant, ça aide, est Serge Clémenti, flic au 36 quai des Orfèvres.

"Et cette histoire de prescription était insupportable. On pouvait tuer en toute impunité et attendre que le temps passe, que la société oublie. Les victimes valaient moins cher que les vieux trente-trois tours des années psychédéliques."

Il s'avère bien vite que la drôlesse va semer le trouble avec ses idées de ranimer le tonton. Nous sommes en 1994, nombre des fréquentations de Julian Eden sont encore de ce monde ainsi qu'un vieux flic, Casadès, ayant jadis enquêté sur sa mort et qu'à l'époque on avait mystérieusement muté. Louise remet le grappin sur Casadès et va plonger dans son sillage pour une sacrée virée dans les années très rock and roll de la décennie 7O. Bref, ça va castagner sur une bande son bien rythmée, d'autant plus que la Louise est plutôt du genre à mouiller sa chemise pour arriver à ses fins. 

A cette époque traîne aussi à Paris Jim Morison him-self qui fréquente, comme le tonton et ses acolytes, le célèbre Rock and Roll Circus, le vrai celui du 56 rue de Seine, où se croise du beau monde. Le fantôme du roi lézard, venu puiser sa poésie hallucinée dans la capitale, plane sur cette histoire pour le plus grand plaisir des fans ou des nostalgiques de ces temps insouciants.

"Il ne les avait pas oubliées, ces gazelles du Roch and Roll Circus, ces mômes longilignes et fraîches. Dans ces années dépourvues de sida, elles ne pensaient qu'à s'envoyer en l'air et à raconter des conneries sur l'équilibre cosmique et les portes de la perception. On arrivait toujours à en trouver une pour vous faire un massage karmique. Chouette époque."

Louise Morvan est une enquêtrice têtue, emmerdeuse mais sympathique. On la retrouve, et dans l'ordre, dans Baka !, Soeurs de sangTravestis, Techno bobo, Strad et La nuit de Géronimo. Dans les années 2000, elle se fit griller la vedette par le duo Lola Just et Ingrid Diesel, autres figures récurrentes de Dominique Sylvain, mais quels que soient les romans, on retrouve avec bonheur une écriture vive et énergique pour nous trimballer aux quatre coins de Paris, qu'il soit branché ou populaire.

Dernières photos de Jim Morrison à Paris  ICI
Et pour retrouver le Paris des années 60-70 c'est par LA

 

Pour le plaisir des oreilles et la magie d'un solo qui m'a toujour fait voyager bien loin...

the-doors-jim-morrison-sing-with-smoking-on-stage

"I see myself as a huge fiery comet, a shooting star.
Everyone stops, points up and gasps "Oh look at that !"
Then whooshe, and I'm gone...
and they'll never see anything like it ever again
and they won't be able to forget me, ever"
James Douglas Morrison
8/12/43 Melbourne (Floride) - 3/7/71 Paris

  
Le Roi Lézard     Dominique Sylvain     Editions Viviane Hamy

   

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mercredi 15 février 2012

Amicalement vôtre

9782743622343Hervé Le Floch et Alex Gnedenko, c'est un peu Lord Brett Sinclair et Dany Wilde au pays du grand Turkmenbachi. Tous deux plus ou moins agents des services secrets de leurs pays respectifs, DST et FSB. Je dis plus ou moins car dans cette filière les identités sont souvent troubles et mouvantes, et on ne sait pas toujours avec certitude qui roule pour qui. Si le Breton est plutôt du type obsessionnel, sérieux, retenue et self-control, le Russe appartient au genre débridé, déjanté, complètement décompléxé. L'un carbure aux cigarillos Toscano et au bourbon, l'autre à la vodka et à la coke. Une solide amitié les unit, et même l'amour pour une même femme ne les a pas brouillés. Bref, c'est un duo qui fonctionne à merveille entre humour et efficacité. Et il en faudra pour se dépatouiller dans ce nid de vipères qui les fait se retrouver au pays du grand n'importe quoi où ça fleure bon le gaz et... le béton Bouygues.
L'intrigue est des plus secondaires, nombreux coups fourrés, réglements de comptes et cavalcades à cheval, en 4X4 ou en Volga-V8 à travers Achkhabad et son désert brûlant. Le tout écrit dans un style des plus cinématographiques, phrases et chapitres courts, rythme trépidant et secoué. L'auteur est aussi réalisateur, ça se voit !

J'ai acheté ce petit bouquin après avoir discuté avec lui au salon du livre de Carhaix. En fait, c'est plutôt l'auteur qui a discuté avec moi, un bavard intarissable sur la Russie et notamment les anciennes républiques de l'Asie Centrale qu'il connaît très bien, surtout le Turkménistan où se déroule ce roman. Et la France, qui l'eut cru, est très présente au Turkménistan. Car le Turkménistan est un pays calme, très stable, très riche et où personne ne fait de vagues, si ce n'est le sable du désert de Karakoum. Et pour cause, une dictature des plus ubuesques règne là-bas depuis 1991. Le grand Turkmenbachi était un gourou fantasque et mégalo, par exemple il n'hésite pas à débaptiser le nom des jours de la semaine ou des mois pour les remplacer par le sien ou celui de sa chère môman, à substistuer aux manuels scolaires sa propre version de l'histoire du pays, entre épopée historique et guide du parfait Turkmène, le fameux livre Ruhnama (voir l'extrait ci-dessous), à fermer tous les hôpitaux du pays et à rapatrier tous les médecins dans la capitale, il était malade et devait avoir besoin d'eux. Au Turkménistan, il y est interdit de fumer à l'air libre, mais chouette on peut allumer sa clope partout ailleurs y compris dans les restaurants et les bars - je réfléchis sérieusement à partir m'installer là-bas... Ah oui, mais non !.. car côté littérature, ça craint.

"Ils entrent dans une librairie entièrement décorée de posters du Turkmenbachi. Un mur est recouvert de longues étagères. Des livres ? Non. Un seul livre, traduit dans toutes les langues. L'oeuvre du chef suprême, en versions chinoise, portuguaise, lettone, française, allemande, anglaise, turque, maorie... Pas besoin de brûler les livres au Turkménistan. Ne simplement pas les éditer. Un pays sans traducteurs, sans écrivain, sans éditeur. Ni penser, ni lire, ni respirer. Oppression. Manque. Absence. Terreur. Une bouffée de haine envahit Alex, lui, un Russe, élevé dans le respect de la littérature, Dostoïevski, Proust... comme tous les gamins russes nés à Moscou, à Vologda ou à Souzdal."

Si les Français ne lisent donc pas au Turkémistan, par contre ils bâtissent, vous me direz on ne peut pas tout faire, construire et bouquiner. Depuis 1994, on ne compte plus leurs ouvrages, palais présidentiel, plus grande mosquée d'Asie centrale, aéroport, hôtels, bâtiments ministériels etc... et pas que du béton, du marbre, beaucoup de marbre ! Comme on sait que la capitale est sur une faille sismique et que plusieurs tremblements de terre s'y sont déjà produits, la construction a de l'avenir, pas cons les Français. Bon, depuis que Bernard Kouchner a été chef de la diplomatie, un centre culturel français a pu s'ouvrir, mais on ne peut pas en sortir les livres... Merci Total !

Si la France est très présente au Turkménistan, elle n'est pas la seule à convoiter les ressources naturelles du pays, gaz et hydrocarbures attirent aussi Russes et Chinois. De quoi effectivement servir de décor à toute une clique de personnages pas toujours très propres pour des romans pas si diablement éloignés d'une certaine réalité.

Voilà. Un petit livre sympa qui sent le vécu et permet de découvrir ce pays dont on ne parle pas. Marc Ruscart m'a affirmé qu'une femme peut voyager en toute tranquillité dans la région car il n'y a pas plus sécurisé que ce pays où on ne rigole pas avec la délinquance. Faudra juste que je n'oublie pas d'éteindre ma clope en sortant du resto... 

Propagande pour les vingt ans de l'Indépendance du Turkménistan (1991-2011)
Un vrai délire, j'aimerais voir ça de mes yeux !

 Des élections, si, si, ça existe là-bas aussi, ont eu lieu dimanche dernier, le président sortant, successeur de Saparmyrat Nyyazow, le vénéré Turkmenbachi décédé en 2006, a été réélu avec 97 % des voix. 

Une discussion instructive  ICI

Un autre article intéressant (tout en bas de la page, dernier post "Visite à Ashgabat" qui date de juin dernier, cliquez sur + pour tout lire)  ICI    

 Noir désert      Marc Ruscart     Editions  Rivage / Noir

turk4
Une des nombreuses statues en or du Turkmenbachi
Il y en a même une qui
 tourne, big bachi vous regarde !

Posté par Moustafette à 13:58 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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