samedi 31 mars 2018

Quel joli mois de Mars !

Pour clore mes balades hongroises et dans l'Europe de l'Est

Un très beau film que je vous invite à aller voir.

Et parce que, tout comme les Tziganes, les Juifs ashkénazes ont nourri son patrimoine, l'Europe de l'Est ne serait pas ce qu'elle est sans eux. Il me semblait important de les mentionner et de ne pas l'oublier.

Comme j'avais débuté Mars en musique, je vous propose pour conclure un air de Klezmer qui commence dans une douceur lancinante, puis laissez-vous emporter par le violon de Daniel Hoffman et wahou... le solo de clarinette de Sheldon Brown !

Merci à Eva, Patrice et Goran pour ce joli mois à l'Est auquel j'ai pris un immense plaisir à participer. Il a permis de faire d'intéressantes découvertes chez celles et ceux qui s'y sont joints, et de réduire un peu une pile à lire qui reste hélas encore trop élevée. Madame lit s'y est associée grâce au hasard du calendrier et m'a permis une agréable incursion littéraire en Hongrie que je compte bien poursuivre. Maintenant, en route pour la Belgique !

 

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mercredi 28 mars 2018

Bonne à rien !

indexJe commencerai ce billet par un regret. Edité pour la première fois en 1926, ce roman s'est vu maintes fois critiqué, et malheureusement, l'intrigue n'a pu conserver son mystère. La 4ème de couverture de la présente édition n'échappe pas à la règle, même la préface annonce tout de suite la couleur. Si vous ne voulez pas gâcher votre plaisir -mais est-ce encore possible ?- faites comme moi, lisez ce roman plusieurs années après l'avoir acheté. Les pertes de mémoire ont parfois du bon !

A Budapest, le 31 Juillet 1919 signe la fin de l'éphémère République des conseils de Hongrie, les communistes de Bela Kun, au pouvoir depuis trois mois, se voient contraints de quitter le pays suite à une avancée roumaine décisive qui rétablit l'ordre bourgeois. Ce dont se réjouit le couple Vizy. Monsieur va retrouver son poste au ministère et Madame va pouvoir cesser de trembler et de se déguiser en prolétaire lorsqu'elle sort dans la rue. A la terreur rouge va succéder une terreur blanche bien décidée à faire passer le goût du collectivisme au petit peuple.

Madame Vizy peut alors se concentrer sur le gros problème de sa vie, trouver une bonne digne de ce nom. Elle en a déjà usé plus d'une, jamais assez bien à ses yeux. Toutes ces filles sont des voleuses, dévergondées, gourmandes, feignantes, envieuses ou idiotes, toutes sans exception ont trahi sa confiance. Elle empoisonne l'existence de son politicien de mari avec cette obsession jusqu'à ce que Ficsor, le concierge, vieux Rouge actif et militant qui espère ainsi s'acheter la clémence des bourgeois, s'engage à ce que sa nièce entre au service des Vizy. Mais Anna n'est pas pressée de quitter ses employeurs, elle se fait désirer et les nerfs de Madame Vizy frisent la crise. Quand enfin elle arrive les choses rentrent dans l'ordre et Anna devient peu à peu la bonne parfaite dont rêvait Madame.

"Pour elle, la compagnie de cette petite bonne n'avait rien de désagréable. Pour peu qu'elle lui fit signe, elle se retirait à l'arrière-plan. La compagnie des bonnes, pour ces dames, est aussi confortable que pour les messieurs l'amour des filles de joie. Quand il cesse d'être nécessaire, on peut toujours les renvoyer."

Entre extérieur et intérieur l'auteur nous offre un instantané de la Hongrie encore hésitante entre passé et avenir. Nous arpentons les rues de Budapest en compagnie de personnages caricaturaux sans états d'âme, imbus de leur bon droit, pour lesquels l'auteur et le lecteur n'éprouvent peu ou prou de sympathie, laquelle se concentre sur les figures plus humaines de ces gamines venues de leur campagne laver la crasse des bourgeois. Ces quelques mois passés au 238 rue Attila en compagnie de ses habitants aident à comprendre le dénouement de cette histoire et donnent à réfléchir à la notion de bientraitance. On sent poindre à la fin l'influence de la psychanalyse qui viendra bien plus tard remettre à sa juste place la fatalité. Et le vieux docteur Moviszter, unique figure sage et humaniste de ce roman, s'en repartira, tout aussi solitaire et incompris, dans les rues de sa ville.

"C'était un après-midi enchanteur, frais, idyllique, un de ces après-midi d'hiver où la joie de vivre pétille de toutes ses étincelles. Une neige craquante recouvrait la ville. Les lions en pierre du pont aux Chaînes avaient le front recouvert d'une neige qui les enveloppait d'une sorte de foulard blanc. Des patins tintaient dans les mains des femmes qui couraient à la patinoire, les clochettes des traîneaux faisaient ding-dong. Le gel, un gel très dur, salutaire, picotait les joues. Chez Gerbeaud, les lustres des salles scintillaient, et les vitrines du centre ville, de la rue Váci, de la rue du Prince de la Couronne, des vieilles rues du siècle dernier, s'allumaient les unes après les autres, ces vitrines où tout paraissait à présent plus appétissant, plus féerique que jamais : les chaussures, et les livres, et les bouteilles d'eau minérale sur des rochers couverts de mousse, à côté d'un petit jet d'eau artificiel, et puis les pâtes de coings, les montagnes de noisettes, les monceaux de noix, jusqu'aux cônes de dattes berbères, savoureuses, encore humides - comme les lointains souvenirs de la Saint-Nicolas. A tout instant, le ciel aussi prenait part à ce jeu scénique de lumières. Vert pomme derrière la colline Gellért, il rosissait vers le palais royal, et finissait par retomber en cendres d'un gris pâle : alors surgissaient les petites étoiles d'hiver, des étoiles minuscules, au scintillement lumineux."

Une bien jolie balade dans un roman à l'écriture simple, volontairement naïve, sans introspection ni analyse, mais qui n'en pense pas moins !

Autre roman de l'auteur chroniqué, Alouette  ICI

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La pâtisserie Gerbeaud créée en 1858 et qui existe toujours.

Anna la Douce   Dezső Kosztolányi  (traduit du hongrois par E. Vingiano de Piña Martins)      Editions Viviane Hamy

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samedi 24 mars 2018

Giboulées tchèques

product_9782072701375_195x320Délicate couverture et titre poétique pour ce livre sur fond d'histoire de la Tchécoslovaquie d'après-guerre à la chute du Mur de Berlin. Une histoire transgénérationnelle d'une lignée de mères et de filles qui portent leur bâtardise comme une marque de fabrique.

Marie et sa fille Magdalena vivent dans un petit village de la campagne tchèque non loin de la frontière autrichienne. Petit à petit, la collectivisation se met en place en Tchécoslovaquie et Magdalena se voit contrainte de quitter sa place de servante et fille de ferme chez les Feldmann, propriétaires terriens dépossédés de leurs biens. Enceinte de Josef, le fils des patrons chassés, la vie reprend ses droits. Ce sera une fille, Libuše, qui elle-même en 1969, accouchera d'une petite fille, Eva.

La première partie du livre est de loin la plus passionnante et la plus crédible. On y découvre la personnalité de Marie, caractère fort et indépendant, ce qui l'a amenée à quitter Vienne et le père de Magdalena, les valeurs qu'elle inculque à sa fille, liberté et fierté, la vie rude de la campagne, les aléas politiques qui chamboulent l'équilibre précaire dans lequel elles se sont installées, sans compter la stigmatisation de leur situation de mère célibataire et d'enfant illégitime et, pire encore, de citoyenne qui refuse de prendre la carte du Parti ! Tout cela est bien rendu, notamment l'attachement qui lie la mère et la fille, malgré l'absence de tendresse, passant par, outre la manie d'enfanter hors les liens du mariage, celui de la transmission de l'art de la broderie, on aurait presqu'envie de courir acheter fils et aiguilles et de s'y mettre sur le champ. Et on a droit à quelques belles évocations bucoliques.

"Un tel froid au début de mars n'est pas habituel. Mais, depuis quelques temps, qu'est-ce qui est habituel ? Les collines aux formes douces et larges paraissent encore plus aplaties, elles se tassent contre la terre pour avoir un tout petit peu plus chaud. Les arbres, enveloppés dans de somptueuses robes de givre, semblent au contraire grandir et flotter dans la brume qui se love par terre. Leurs racines se sont retirées dans des profondeurs, elles y cherchent le réconfort et assez d'énergie pour le printemps. Les brins d'herbe séchée, immobilisés par le froid, sont les témoins morts d'un autre temps."

La suite m'a plutôt déçue, je m'attendais à ce que la lignée matriarcale indépendante et un brin rebelle se perpétue. Au lieu de quoi, en complète incohérence avec les valeurs prônées - "Tu n'appartiens à personne. Tu es libre. Il n'y a que ça qui compte. Ne l'oublie jamais." - et les caractères bien trempés des deux femmes, nous nous retrouvons face à une Marie qui marie sa fille à un rustre, et à une Magdalena qui subit sans réagir le mariage et ses déconvenues prévisibles. Suivent un récit un peu trop mélodramatique à mon goût, des discours qui souvent sonnent faux et une fin précipitée avec une surenchère de secrets de famille, tout droit sortis d'un catalogue, et dont je ne dirai rien mais, croyez-moi, aucun ne manque à l'appel. Tout cela gâche une histoire qui avait pourtant bien commencé, ce doit être ça l'effet giboulée. Heureusement, le théâtre politique qui se joue en arrière-plan sauve un peu la mise.

Pas de traduction puisque l'auteure, née en 1971 en Tchécoslovaquie mais installée en France depuis 1991, a choisi d'écrire en français cette saga, malgré tout sympathique, qui a séduit les lycéens. Ils lui ont décerné le Prix Renaudot des lycéens en 2016.

Les avis de KATHEL  et  d'AIFELLE

 Giboulées de soleil    Lenka  Horňáková-Civade    Edition  Folio

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mardi 20 mars 2018

La fièvre blanche

hugobaderUn journaliste polonais, qui connaît déjà la Sibérie pour l'avoir parcourue en été, décide de tenter le voyage sous les cieux moins cléments de l'hiver.
Au volant d'une vieille UAZ, une jeep soviétique équipée façon baroudeur du grand Nord, Jacek Hugo-Bader se lance sur la route avec pour objectif de rencontrer les exclus de ces territoires extrêmes.

Si le livre est instructif, il est tout autant impossible à résumer. J'ai trouvé la construction brouillonne, la chronologie est des plus aléatoires et des repères géographiques auraient été les bienvenus. Plus qu'un récit de son périple, l'auteur a regroupé toute une série d'articles ou de portraits qui recouvrent plusieurs séjours sur une petite dizaine d'années, de Moscou au lac Baïkal en passant par l'Ukraine et la Moldavie. Un livre l'a accompagné sur la route, il agit d'un ouvrage russe paru en 1957, Le Reportage du XXIe siècle, où deux journalistes de la Pravda anticipent l'avenir de leur pays à l'aube du quatre-vingt-dixième anniversaire de la Révolution d'Octobre, soit en 2007. Si par certains aspects scientifiques les deux auteurs ne se sont pas trompés, en ce qui concerne l'être humain on peut dire que ça relève de l'utopie... Le parallèle n'en est que plus causant.

Nous voyons donc défiler au fil des pages une kyrielle de personnages tous plus déglingués les uns que les autres. Toxicomanes, pour la plupart séropositifs - il y a même une élection Miss Russie VIH... -, anciens hippies soviétiques rescapés de communautés, migrant l'été vers le sud de l'URSS afin de s'approvisionner en herbe et pavot, bandes de hooligans fachos, univers des rappeurs ou des anarkopunks en passant par le heavy metal et la blatna (musique des truands et des voyous), SDF, prostituées, membres de sectes religieuses, mineurs employés dans des mines illégales, victimes des trafiquants d'organes et d'êtres humains, éleveurs de rennes ou pêcheurs du lac Baïkal. Tous ont en commun un goût immodéré pour la vodka et, pour beaucoup, une tendance inéluctable à contracter un jour ou l'autre "la fièvre blanche", l'équivalent de notre delirium-tremens. Quand je dis vodka, c'est un bien grand mot, car la plupart du temps ce que tous ingurgitent s'apparente plus à du tord-boyaux fait maison, quand il ne s'agit pas purement d'antigel coupé à l'eau. On imagine les dégâts de cette consommation sur le long terme. Là encore, la notion de long terme est tout relative puisque que l'espérance de vie ne cesse de baisser. Ceux qui payent le plus lourd tribut sont les petits peuples autochtones de Sibérie dont les prédispositions génétiques ne leur permettent pas de métaboliser l'alcool et tous ses poisons. Les ravages sur le système nerveux sont donc rapides et terribles, entraînant suicides et actes de violence.

 "Au début, dans le registre des décès, j'inscrivais des gens de soixante-dix, quatre-vingts ans. Maintenant, personne ne vit si vieux. Un homme de cinquante ans, c'est un patriarche, une force de la nature. Les femmes de cinquante ans chez nous sont séniles. Ici, on meurt avant quarante ans."

On saisit vite que derrière cette appétence se cache un monde encore déboussolé par l'effondrement de l'URSS, auquel s'ajoute l'omniprésence de la corruption et de la mafia, sans compter les stigmates des soixante-dix ans de communisme...
Au final, les plus heureux de ces exclus sont ceux qui se réfugient dans les nombreuses églises/sectes qui fleurissent ça et là. Ceux-là arrivent au moins à cesser de boire ou de se défoncer entre deux élans mystiques. Peace and love par -40°, mais au moins on vit plus longtemps. 

Cette lecture m'a laissée plutôt nauséeuse pour ne pas dire déprimée, sans doute la redondance du propos y est-elle pour beaucoup. On est loin des voyages de nos littérateurs français qui regardent steppes et taïgas défiler derrière les vitres du Transsibérien... Il n'en reste pas moins que ce livre est sans aucun doute le reflet d'une certaine réalité - comme l'atteste l'article ICI , 70 morts en décembre 2016 - mais la Russie ne se résume pas non plus qu'à cela, heureusement. Et venant d'un Polonais, et désolée pour le cliché un peu éculé, c'est un peu l'hôpital qui se moque de la charité...

              La Fièvre blanche... De Moscou à Vladivostok    Jacek Hugo-Bader    (traduit du polonais par Agnieszka Zuk)             Editions Noir sur Blanc 

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jeudi 15 mars 2018

Un léger goût de cendres

41KEVA89Q4LEn Aôut 1940, Henri, vieux général issu d'une famille aristocratique de l'Empire austro-hongrois, attend la visite de Conrad, son ami d'enfance qu'il n'a pas revu depuis quarante et un ans. Conrad a disparu subitement lors d'une étrange partie de chasse. Après avoir précipitamment démissionné de l'armée, il s'est installé en Malaisie sans donner d'explication ni de nouvelles. Dans le château de son enfance et dans l'attente des retrouvailles, le général se souvient de ses parents, de sa rencontre avec Conrad alors qu'ils sont âgés de dix ans, de leurs études à l'Académie militaire de Vienne, des vacances au château et de leurs années de jeunesse dans la maison proche des jardins de Schönbrunn. Elevés comme des frères, ils n'en étaient pas moins différents. Henri est un jeune homme sûr de lui, imbu de sa personne et de son rang qui lui donne les privilèges et l'aisance qui font défaut à Conrad. Ce dernier n'a embrassé la carrière militaire qu'en réponse aux sacrifices consentis par une famille de la noblesse désargentée de Galicie. Il est réservé, austère, sauf lorsqu'il autorise son âme d'artiste à se mettre au piano.

"J'étais né dans ce milieu et parfois je sentais qu'il m'était difficile de trouver une excuse à cette opulence... Et toi, tu ne manquais jamais aucune occasion de me faire sentir la différence existant entre nous en cette matière d'argent. Les pauvres, tout spécialement ceux de la classe supérieure, ne le pardonnent jamais, ajoute-t-il avec une sorte d'étrange satisfaction."

Mais en cette nuit d'Août 1940, ce sont deux vieillards qui, dignement, se préparent pour un ultime face à face en forme de règlement de comptes. Que s'est-il passé lors de cette partie de chasse ? Qu'a fui Conrad parti si vite à l'autre bout du monde ? Quel rôle a joué Christine, l'épouse du général, dans cette précipitation ? Autant d'éléments que l'auteur distille lentement au cours de ce huis clos introspectif, le général laissant peu de place à Conrad qui, comme au temps de leur jeunesse, laisse le devant de la scène à un Henri qui, en quarante et une années de réflexions et de ruminations, en à tirer des déductions qui ne demandent que confirmation.

Une écriture sobre au service de ce roman pour évoquer l'amitié et le sentiment de trahison qui l'accompagne. La confrontation des deux hommes prend presque des allures de drame antique tant la force du destin les a anéantis. Rongés de solitude, ils sont restés fidèles à ce qu'ils étaient, chacun expiant cette rupture jusqu'à la lie. Car même si tout accuse Conrad, qu'on aurait pu espérer un peu plus pugnace, Henri accepte une certaine part de responsabilité mais propose, au final, un quitte ou double qui risque de révéler une vérité. Sont-ils prêts à la découvrir ? Et n'est-il pas un peu tard ?

Un vent d'insouciance souffle encore sur la Vienne de 1899, avant qu'une atmosphère crépusculaire de fin de vie et d'une époque révolue n'enveloppe le roman et le bilan que ces deux amis font de leur existence. Une ouate qui atténue les ressentiments les plus vifs et étouffe les querelles ; elle permettra lentement aux braises intimes de s'éteindre en paix juste avant que celles de l'Allemagne nazie, sur les ruine de l'Empire austro-hongrois, n'embrasent toute l'Europe.

" - Tout ce que l'on nomme communément trahison... se révèle sans grand intérêt, lorsque, sur la fin de notre vie, nous récapitulons notre passé. Oui, cela nous apparaît plutôt regrettable, comme un accident quelconque."

Une belle découverte que ce classique hongrois pour Le défi littéraire de Madame lit  et  Le  Mois de l'Europe de l'Est.

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Statue de l'auteur à Košice

Les Braises   Sándor Márai  (traduit du hongrois par M. & G. Régnier)  Editions Le Livre de Poche 

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mardi 13 mars 2018

Mordernité en noir et blanc

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1928 - Jeunesse dorée -    Alexandre Deïneka (1899-1969 URSS)

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1919 - Partie de billard -  Waclaw Wąsowicz (1891-1941 Pologne)

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lundi 5 mars 2018

Ouf !!!

51yNML5AqkLJe viens de "terminer" ce livre et je suis bien contente. Je mets des guillemets car ce que j'ai trouvé chouette dans ce bouquin c'est qu'on peut sauter vingt, trente, cinquante pages, sans jamais perdre le fil de l'histoire, tellement tout est prévisible. Au début, j'ai tourné les pages consciencieusement mais très vite un gros nuage d'énervement m'est tombé dessus avant que je l'identifie plutôt comme une petite angoisse à m'imaginer à la place de monsieur Budaï. Je déteste les situations kafkaïennes qui rendent fou.

Aussi vite fait que ma lecture, mon résumé, pour une fois, sera bref. Un brillant linguiste, qui pense atterrir à Helsinki pour un congrès, se retrouve dans une ville inconnue, surpeuplée, où l'on parle une langue incompréhensible, sans bagage ni argent ou presque, où pour le moindre truc on fait la queue pendant des heures, et où tout le monde se fout royalement de son petit problème. Voilà. Il va s'adapter et se débrouiller, risquer sa vie même, pour finir par trouver une solution. D'ailleurs, on se demande pourquoi il n'y a pas pensé plus tôt, pfff, ces intellectuels... Un point positif pour moi, si la bouffe locale est insipide, au moins dans ce pays on peut encore fumer tranquille, même dans les chambres d'hôtel, wahou quasi un paradis !

285 longues, très longues pages. J'ai réglé le problème en 15 minutes. Juste l'occasion de lire ça et là qu'à un moment, il avait mal aux dents, situation anxiogène extrême pour moi, hop encore 50 pages de sautées ; il croise sur sa route un zoo avec des animaux très très mal en point, je ne lis jamais les descriptions qui font mal et ne supporte pas la maltraitance animale, encore 70 pages de virées en râlant ; je poursuis en sautillant quand, soudain, j'aperçois, page 197, des mots qui me causent, "Vie théâtrale", inscrits sur un journal qu'un autochtone lit dans le métro, là je compatis fortement avec Budaï et me dis, ça y est il est sauvé ! Faut pas rêver, dans le grand absurde, point de salut. Dégoûtée, je saute de la page 201 à la 264, manifestation, barricades, mitraillettes, chars, bain de sang, bof, suite normale, pas de surprise. Je lis les quatre dernières pages par curiosité, va-t-il mourir ? survivre ? Arf... je dirai rien, un peu de suspense que diable !

Bien sûr, je suis de mauvaise foi. Bien sûr, ce livre écrit en 1970 par l'auteur hongrois se veut une formidable critique de l'enfermement, de l'indifférence, de l'incommunicabilité et des sociétés totalitaires où prévaut le collectif sur l'individu, et voire, de façon visionnaire, de l'évolution de nos sociétés modernes, même de la mondialisation où le totalitarisme revêt d'autres masques. Bien sûr, les gens souffrent, cherchent à comprendre, se révoltent, se résignent, se suicident ou se battent, se soumettent, changent, adhèrent, luttent, se révoltent à nouveau etc, etc... Mais 150 pages auraient largement suffit pour nous faire passer le message. Ce registre n'est pas fait pour moi. Je lui préfère les 126 pages de Iouri Bouïda et son Train zéro (billet ICI )  La différence ? il a était publié en 1997, laissons donc Épépé dans son contexte et passons à autre chose.

 Épépé     Ferenc Karinthy   (traduit du hongrois par Judith & Pierre Karinthy)     Editions Zulma

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jeudi 1 mars 2018

Vent d'Est

music_instr_020Le vent d'Est qui balaie nos contrées depuis quelques jours ne nous apporte pas que de la froidure. Déferlent avec lui, et durant tout ce mois de Mars, des calligraphies voyageuses qui nous viennent du fin fond de l'Europe. Enrobant les mots et suscitant des images, elles vont nous murmurer, je l'espère, de bien belles histoires. Россия, Shqipëria, Հայաստան,  Ελλάδα,  Magyarországייִדיש, România, България, Hrvatska, Bosna i Hercegovina, Crna Gora, Srbija, Kosovë, Україна, Polska, Slovensko, Česko...

 Des mots qui chantent aussi comme des notes, portés par le violon des Tziganes et la clarinette du Klezmer des Juifs ashkénazes, par la balalaïka russe et les cuivres des fanfares des Balkans, par le bouzouki grec et le cymbalum hongrois. Alors, en espérant la Russie et ses auteurs invités au salon du livre de Paris ; en guettant ce que la littérature hongroise nous réserve chez Madame lit, puisque ce mois lui est consacré ; en attendant de parcourir de long en large l'Europe de l'Est grâce à Eva, Patrice et Goran ; je vous souhaite à toutes et à tous un Καλό μήνα ! comme on dit en Grèce en début de chaque mois... et vous laisse en compagnie du groupe  PAPRIKA  pour se mettre dans l'ambiance et se réchauffer.

 

 Rajout à 11h, un temps de circonstance ce matin au jardin.

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Et un très bel éloge du froid  ICI  en mots et en photos

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samedi 12 mai 2012

Gerhard Armauer Hansen

9782847200782

Avril 1989, quelque part dans le sud-est de la Roumanie, derrière les grilles d'une bâtisse délabrée est regroupée une curieuse population. Des vieux, une Russe et un Hongrois, des plus jeunes, Polonais, Roumains et même un Américain, en tout treize humains qui vivent là à l'écart du monde sous l'oeil vigilant de l'immense portrait de Nicolae Ceauşescu qui orne le mur  de l'usine d'engrais chimiques qui leur fait face   
Ils sont-là depuis des années et le resteront. Personne n'osent s'approcher d'eux, pourtant on pourvoit à leur alimentation et à leur trousseau et de réguliers colis en provenance de la Croix Rouge Internationale améliorent leur ordinaire, colis qui contenaient encore à une époque certaines préparations pharmaceutiques. Car ces hommes et cette femme sont tous atteints de la lèpre. Peu à peu, parallèlement au délabrement du pays, leurs conditions de vie se dégradent. 

"J'ai toujours eu l'impression que notre bâtisse et son environnement immédiat ressemblaient davantage à un vieux cimetière maudit où rodent les esprits qu'à un établissement de soins. Cela tenait, je crois, aux longues tuniques de lin que nous portions, indispensables pour nous protéger du soleil et du regard des autres malades - enfin ceux qui avaient encore des yeux."

Si on ne sait ni comment le narrateur a été contaminé, ni avec précision à quelle date il arrive à la léproserie, on en sait plus sur Robert W. Duncan, cet ancien officier de renseignements américain, "pensionnaire" depuis 1969. Une étrange amitié va se nouer entre ces deux-là jusqu'à cet hiver 1989 qui verra la chute de Ceauşescu. A l'unisson de leurs uniques voisins, les ouvriers chez lesquels monte la révolte contre le pouvoir, des velléités de liberté naissent dans l'esprit des deux hommes. Mais, c'est sans compter sur le reste de la communauté qui voit peu à peu son quotidien chamboulé.

"Les morceaux de carte, toujours éparpillés sous le lit mais maintenant portés par le courant d'air, s'agitent comme les fragments d'une sinistre prophétie. Les villes européennes dispersées, les mers scindées, les rivières au cours stoppé bruissent, et il me suffirait d'un peu d'imagination pour entendre les ricanements acerbes de toutes les routes et chemins, des déserts merveilleux de l'Orient et des parcs maquillés de l'Occident qui, sans trêve, rabâchent : never more, never more, never more."

A l'image du bacille de Hansen, que voilà un livre corrosif ! Ne chercher ni humour, ni ironie, le ton est plutôt brut, acide et sans fioritures, juste le quotidien auquel se mêlent des va et vient chronologiques, les rêves et les cauchemars de quelques exclus parmis les exclus. Un microcosme où, comme toujours, se reproduit le jeu de l'amour et de la haine avec ses grandeurs et ses bassesses. Sous le vernis, entre la couche de vie et celle de mort, un reste d'humanité subsiste et l'espoir, même s'il est mince, réussit cependant à s'y faufiler. La dignité, elle, est immense.

Un thème inhabituel pour un texte qui bouscule et qui forcément vous farfouille les tripes (qui réveillera aussi de bien douloureux souvenirs si on pense au sort réservé aux premières victimes du sida dans ces mêmes années 80). Se fondant naturellement dans le récit, s'insèrent çà et là des éléments historiques concernant la maladie à travers les âges et la peur qu'elle généra de tout temps.
Au-delà d' "une superbe métaphore de la dictature de la Roumanie communiste" (Corriere della Sera), et je ne le dirai jamais assez, y voir l'originalité du talent des jeunes auteurs des Balkans - Ognjen Spahić est Monténégrin - n'est pas superflu.

Je savais qu'il existait encore des léproseries en Afrique, en Inde et en Asie mais, l'éditeur ne le précisant pas, j'ai quand même voulu vérifier que ce roman ne s'étayait pas sur une certaine réalité. Si en Europe une léproserie est encore en activité à côté de Valence, en Espagne, il en existe bel et bien une également en Roumanie à Tichileşti, ouverte comme celle du livre en 1928. Les articles ne révèlent pas si des faits similaires s'y sont produits...
Un article de 2011 ICI et un plus ancien LA

 Les enfants de Hansen     Ognjen Spahić     Editions Gaïa


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samedi 4 février 2012

Du velours...

9782253156987Prague, printemps 1969, Ivana trône à l'accueil d'un grand café sur la rive de la Vlata. La quarantaine austère, elle observe d'un oeil implacable son personnel. Tomas, le fidèle chef de salle, Heinrich l'Autrichien, élégant, rêveur et pianiste d'ambiance de l'établissement, les serveuses, et  notamment Anna, jeune Slovaque d'à peine vingt ans qui danse entre les tables sourire aux lèvres et plateau à bout de bras. De son poste, Ivana assiste à la naissance d'un amour impossible, fulgurant, entre Anna et un client, l'étudiant Pavel qui  jour après jour va savoir la conquérir. Une passion chaotique va s'en suivre dans une Prague encore groggy par la gueule de bois soviétique qui lui a définitivement ravi son printemps de liberté en Août 68.

"Peut-être qu'alors on ne pouvait tomber amoureux, à Prague, que dans l'interdit ou le grotesque."

Si d'emblée on pourrait percevoir Ivana telle un cerbère à la solde du régime - on sait que faits et gestes de ce jeune couple d' amants sont enregistrés sans concession par son regard froid ou recueillis grâce à l'aide du trouble Tomas - on comprend vite que derrière tout cela se cache autre chose.  Les blessures et silences intimes des divers protagonistes ont tous à voir avec la situation politique du pays et nous sont distillés peu à peu avec toute la retenue des êtres meurtris.

Prague la secrète, la mystérieuse, protège de son brouillard les amours clandestines des révoltés, étouffe les cris des espoirs déçus et les regrets muets de ses habitants lâchés par les Occidentaux. Et si l'été donne une faible illusion de légèreté, la chape de plomb est bien trop lourde pour se faire oublier et  ne laisse s'échapper que la nostalgie de ce qui a failli advenir.

A la violence politique se mêle celle des sentiments fougueux, à la triste atmosphère accablant la ville se mélange celle confinée, un brin surannée de ce café où, comme derrière une vitrine ou une scène de théâtre, on suit la duplicité des personnages et on assiste à la collusion tragique de la petite et de la grande Histoire.

"Il y avait, Anna, ce fin tintement des tasses et des soucoupes et vous circuliez ainsi que vos collègues dans un parfait ballet de cette musique qui, jusqu'au moment où apparaissait Heinrich, à dix-huit heures précises, était la seule autorisée : le cri d'un morceau de sucre qui chute au creux d'une tasse de porcelaine."

On chemine dans cette histoire à pas feutrés, soucieux de ne pas déranger, presqu'honteux de toutes nos libertés chèrement gaspillées. Une fragile sensualité accompagne le lecteur dans la mélancolie de tous ces rendez-vous manqués et on savoure la pudeur empreinte de dignité qui habille les acteurs figés dans le glacis de la dictature. Un émouvant retournement final et  du très beau travail d'équilibriste sur un fil tendu entre deux révolutions. En dessous, un vide de vingt ans se réfléchissant dans un miroir et dans lequel se sont engouffrés le temps de la jeunesse et les regrets.

"Et moi je sais, Anna, que je pourrais avoir toute la haine du monde en moi, je pourrais souffrir du manque d'amour à en crever  qu'il y aura toujours, dans tous les cafés du monde et aussi sous mes yeux, sous mon toit - ce toit du café que je leur offre par procuration, moyennant finance, le temps d'une boisson qu'ils ne prennent même pas la peine de consommer tant ils sont absorbés par leur mutuelle contemplation, et parce qu'ils ne sont entrés là que pour mieux s'approcher, se toucher - des amoureux.
Des amoureux : je parle du début de l'amour. Ce temps ne revient jamais."

Les idylles amoureuses ne sont pas ma tasse de thé, mais le contexte historique de ce livre m'attirait et lui confère une profondeur particulière. Sa construction habile en complète le charme. Un court roman intense à ne pas rater !

Juste avant l'hiver     Françoise Henry     Editions Le Livre de Poche

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(Amour et barbelés  Doisneau  Paris 1944)

Posté par Moustafette à 16:23 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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