mercredi 4 janvier 2012

Stop ou Angkor

9782253157564S'il y a un lieu qui a marqué mon enfance, et où pourtant je ne suis jamais allée, c'est bien l'antique et célèbre cité d'Angkor.

J'ai grandi au milieu de souvenirs de cette immense cité de pierres séculaires et de jungle mêlées et Phnom Penh était un mot mystérieux, un sésame qui ouvrait sur un monde lointain et magique dont je pouvais toucher un petit bout de réalité. Comme d'autres aux petits soldats, moi je jouais avec les bouddhas et les dizaines de statuettes de bronze d'un orchestre khmer et, enveloppée de tissus chamarés et de quelques colifichés, je m'échinais à prendre les poses et m'imaginais la plus belle des Apsara dansant sur la table de la salle à manger.  Si un bandit ou un démon tentaient de m'attaquer pour me dérober le trésor dont j'étais la gardienne, la fascinante boule de Canton, alors mon fidèle compagnon, gros chat noir des plus inoffensifs, se transformait en panthère protégeant ma fuite à dos d'éléphant, dont les défenses étaient presque plus lourdes que moi, tout en brandissant au dessus de ma tête le sabre d'apparat de mon père.
Pour avoir la paix, il suffisait de me brancher le projecteur et dans le noir j'assistais inlassablement aux festivités colorées du couronnement de Norodom Sihanouk, je sautais de pierre en pierre dans la cité d'Angkor Vat. Quand j'ouvrais à nouveau les volets, le monde du XVIIIe arrondissement me paraissait bien gris mais j'avais puisé là de quoi m'évader et alimenter mes jeux futurs.

J'ai retrouvé cette atmosphère d'enfance dans le roman de Jean-Luc Coatalem où Lucas, le narrateur approchant la cinquantaine, se souvient de Bouk, un orphelin cambodgien d'une dizaine d'années parrainé par son grand-père et qui, à ce titre, était présent lors des dimanches et des fêtes de famille. Entre poulet rôti et tarte aux pommes, les deux gamins s'embarquaient pour des épopées au fond de la jungle du jardin d'une maison bourgeoise de Viroflay dans les années 50.

"Cette époque me sembla être alors une île inouïe et apaisée dans le temps. Qu'était devenu ce gamin d'origine asiatique ? Qui avait-il été ? Au milieu de troènes, il gardait le visage de l'enfance, la nôtre, avec ses minutes radieuses, ses heures iniexplicables. Sans l'avouer, même si toutes ces années l'avaient gommé, il n'avait cessé de me manquer, de me hanter. Mes mains tremblaient sur ses photos dentelées. A chaque page noire, je remontais vers un silence plus ancien, enfoui, vers ce gosse-météore, soudain coupable des jours sans lui. Pharaon sous le sable."

Lucas, reporter de son état, se lance à la recherche de Bouk dont la légende familiale avait le bon ton de dire qu'il était reparti à Angkor, formule polie pour masquer la disparition du jeune garçon devenu un adolescent ingérable. Lucas part pour le Cambodge traîner son malaise parmi les ruines d'Angkor à l'affût d'il ne sait trop quoi.

"Il y a un proverbe chez nous qui dit : "Ce que tu trouves t'apprend ce que tu cherches." Bonne chance !"

Un court roman émouvant et empli de nostalgie, ambiance bourgeoise d'une famille marquée par le temps de l'Indochine, réminiscences savoureuses de l'enfance, promenade littéraire aussi puisqu'on y croise Tintin et Hergé ainsi que Rudyard Kipling et Kim, et atmosphère étrange et oppressante des ruines d'Angkor. Petite frustration, on n'apprend peu de choses à propos de Bouk, ni sur le mystère de son arrivée en France, ni sur sa disparition soudaine. Mais finalement rien d'étonnant, c'est bien connu que ce que l'on va souvent chercher au bout du monde n'est autre que soi-même.

"Rien n'est plus beau que ce qu'on invente, au fond."

Après avoir lu Le dernier roi d'Angkor, je n'ai pas pu m'empêcher de revisonner ces diapos que je n'avais pas regardées depuis... et je suis restée longtemps à rêvasser sur une enfance perdue. Voilà comment les enfants solitaires développent leur imaginaire et se sentent un peu moins seuls.  J'ai ainsi fait de nombreux voyages entre le Cambodge, la baie d'Along, le Japon, Madagascar et même la Russie des Tsars, mais ça c'est une autre histoire...

Une émission à écouter ICI

Le Dernier Roi d'Angkor      Jean-Luc Coatalem      Editions  Le Livre de Poche

 

cambodgeAngkor

 

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dimanche 12 décembre 2010

Insomnie

9782714448200Une femme trentenaire a tout pour être heureuse. Mariée, mère de famille, vie confortable et réglée comme du papier musique, elle tombe brusquement dans le cycle de l'insomnie. Mais s'agit-il vraiment d'insomnie d'ailleurs ?...

Loin de souffrir de la fatigue à laquelle elle serait en droit de s'attendre, cette femme, qui n'a rien dit à personne à propos de son trouble, va voir là l'occasion de s'offrir un espace de liberté, une vie parallèle à côté des siens, et retrouver ainsi des plaisirs qu'elle ne s'était pas permis depuis longtemps.

"Moi, je voulais seulement retourner à mon roman le plus rapidement possible. M'allonger sur le canapé, et manger du chocolat en tournant les pages d'Anna Karénine. Je n'avais pas cessé de penser à Vronski pendant que je faisais la vaisselle. Je me demandais comment Tolstoï s'y prenait pour contrôler si habilement ses personnages. Ses descriptions étaient merveilleusement précises. Et c'est exactement cette précision qui les empêchait de trouver le salut. Et ce salut, justement..."

Mais le corps et l'esprit peuvent-ils sortir indemnes de dix-sept jours et dix-sept nuits sans sommeil ?

"C'était mon vrai moi qui se révélait. En arrêtant de dormir, j'avais élargi ma conscience."

Une nouvelle entre rêve et réalité, thèmes chers à l'auteur, mais d'une facture beaucoup moins poétique que ses romans. Telle l'héroïne qui peu à peu s'observe vivre comme à distance, je le suis restée moi aussi sans pour autant éprouver de déplaisir à ma lecture, sans doute grâce aux reflets métalliques et glacés des illustrations  qui accompagnent le texte y renforçant ainsi l'effet hypnotique et onirique... La chute reste ouverte, à chacun de conclure à sa guise.

Une belle idée de cadeau pour cette édition originale.
Cette nouvelle est extraite du recueil intitulé "L'éléphant s'évapore" (Editions Belfond et 10/18)

Sommeil     Haruki Murakami     Editions Belfond

murakami

Illustrations de Kat  Menschik

 

 

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mardi 27 mai 2008

Sauce aigre-douce

9782742775491Des cousins se retrouvent en vacances chez leur grand-mère tandis que leurs parents se sont envolés pour Hawaï au chevet d'un grand oncle mourant.
La vieille femme qui, si elle est ravie d'accueillir toute cette jeunesse chez elle, semble plus désemparée par les problèmes d'intendance que cela ne manque pas d'entraîner plutôt que par le décès imminent de son frère.
Tami, âgée de dix-sept ans, va tout naturellement seconder sa grand-mère à la cuisine et au potager.

Un lien particulier va se tresser entre les deux femmes. Si l'une prend soin de l'autre, la grand-mère, elle, ne prendra pas de gants pour révéler les secrets de familles.

"Au-dessus des reflets scintillants de l'eau du bain, se détachaient nos deux têtes, celle de grand-mère et la mienne. Avec la chaleur son visage était devenu rouge, et j'avais l'impression de voir une noix boursouflée. A côté de cette tête flottait doucement ce paradis qu'elle aimait tant.
Ma grand-mère devait toujours vivre ainsi en compagnie de ce paradis. Alors, la moitié de son coeur restait sans doute là-bas, et les choses issues d'un temps remontant à plusieurs dizaines d'années devaient ressembler à un rêve."

Un récit tout en retenue, pour un passage de relais entre générations. La transmission ne se fait pas sans douleur, mais comme souvent dans la littérature japonaise, pudeur et poésie remplacent les longs discours.
La duplicité des êtres est parfaitement incarnée par cette minuscule grand-mère, d'apparence fragile comme une pousse de bambou, mais cependant tout aussi robuste.

N'est-ce pas dans les vieux chaudrons que l'on fait les meilleures soupes ?
Si les secrets de familles ont parfois un goût amer, ce petit livre, lui, peut laisser sur sa faim le lecteur peu habitué à la cuisine littérature japonaise.

L'avis de NAINA

Le Chaudron    Kiyoko Murata    Editions Actes Sud

ynour39 

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jeudi 20 mars 2008

Clin d'oeil, Tshan !

9782877307666Quand le désir de devenir moine naît chez un gamin de huit ans, les parents ont le droit de penser que ça lui passera. Quand il entre au collège et qu'il réitère sa demande, les mêmes parents peuvent encore se bercer d'illusions, espérant que l'adolescence et ses convulsions auront tôt fait de ravir leur rejeton. Mais quand celui-ci, qui décidément a du mal à se faire entendre, commence à faire tout et n'importe quoi (c'est à dire plus grand chose), son père, qui est loin d'être idiot, se dit qu'il ferait peut-être bien d'écouter son fils et de le confier à l'abbesse du monastère qu'il fréquente tous les dimanches et où il pratique lui-même le zazen.

"Voyez-vous, Kimura-san, il existe à mon avis deux façons de vivre dans la voie religieuse. La première  consiste à devenir un moine remarquable, la seconde un moine admirable. Celui qui appartient à la catégorie que j'appelle remarquable est appelé à accéder à un rang toujours plus élevé et finit par se voir confier un haut poste au Bureau des affaires religieuses. L'autre, c'est la catégorie des moines qui se donnent entièrement à la pratique de la Voie et finissent par détenir un grand rayonnement. Si je vous demande de choisir, pour quelle catégorie allez-vous opter ?
- Pour le moine admirable, bien entendu.
- Bien. Mais je vous préviens que les moines admirables n'ont pas le sou ! dit-elle en éclatant de rire."

C'est qu'elle s'y connait l'abbesse qui, malgré son âge avancé et les clopes qu'elle fume à la chaîne, a une pêche d'enfer. Le Zen conserve... chouette !
Mais elle sait aussi se montrer impitoyable et verse peu dans le sentimentalisme. On ne transige pas avec les traditions religieuses.
Qui croyez-vous en souffrira le plus, le jeune bonze ? Pas si sûr.
Déplacez une pièce sur l'échiquier familial et tout ce petit monde appréhendera une autre réalité. Un peu comme le battement d'ailes du papillon qui déclenche un cataclysme.

Un texte sobre, tour à tour drôle et tendre.
Exactement ce dont j'avais besoin pour me remettre de mes dernières déceptions.
Bien. Je m'en vais de ce pas méditer devant le sanctuaire de mes piles à lire afin de déterminer sur quelle nouvelle voie littéraire je vais m'engager. Et si en plus je peux faire ça tout en tirant sur ma cigarette... le nirvana !
Ah, ça vous déculpabilise le Zen, j'en redemande !

Les avis de CHIMERE et du BIBLIOMANE

Je veux devenir moine zen !    Miura Kiyohiro    Editions Picquier poche

009gong

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mercredi 17 octobre 2007

Pissenlits et petits objets

9782742754915Rencontre d'un jeune muséographe et d'une vieille femme aux oreilles mutilées, au dentier toujours sur le point de fuser dans un nuage de postillons, à l'élocution souvent entravée par des amas de glaires qu'elle crachouille dans son mouchoir, au front décoré d'un magistral furoncle qui suinte de pus en permanence... (euh, vous êtes peut-être sur le point de passer à table ? désolée !)
Donc cette charmante créature, qui bien sûr est en général d'une humeur de chien, a la drôle d'idée de transformer son manoir, lugubre et délabré évidemment, en musée. Très jeune, elle a chopé une chouette marotte, à savoir dérober sur les morts un objet leur appartenant. Vu son grand âge, vous imaginez bien le nombre de trépassés qu'elle a croisé et le bric à brac qu'elle a ainsi amoncelé.

"Ce que je vise, c'est un musée qui transcende l'existence humaine. On trouve la trace miraculeuse de la vie même dans un déchet sans aucun intérêt de légume pourri au fond d'une poubelle, c'est quelque chose qui enveloppe fondamentalement les richesses de ce monde... Bah, il est sans doute inutile d'essayer d'expliquer plus avant."

Ajoutez à cela un monastère où vivent des prédicateurs de silence qui, lorsqu'ils enfreignent la règle, se collent la langue sur un bloc de glace jusqu'à s'en arracher les papilles, des bisons des roches blanches, un attentat et un meutrier qui découpe en rondelles les seins de ses victimes.
Heureusement, la plume de l'auteur sauve le lecteur de cette atmosphère glauque. Comme par magie, émergent çà et là des petites soupapes de poésie, des sas qui permettent de respirer un peu d'air pur et de se débarasser des miasmes putrides qui suintent tout au long des pages. Comme la fête des Pleurs, par exemple (bon d'accord, c'est pas gai-gai...).

"Vous allez voir quand la procession va commencer. Les habitants défilent à travers le village en pleurant. En fait, ils font semblant, mais quand même. En tête, il y a la princesse des larmes qui pleure avec plus d'exagération, de douleur et de tristesse possible, en brandissant une branche d'aubépine. On croit que ça fait peur à l'hiver qui va reculer."

L'auteur est fidèle à elle-même, elle patauge avec allégresse dans le morbide, le malsain et l'étrange tout au long de cette allégorie de la mémoire et de la transmission. Elle a su me contraindre à lire jusqu'à la dernière page ce curieux récit. Mais j'avoue avoir préféré de loin La petite pièce hexagonale. Courageusement, après une pause plus ou moins longue, je poursuivrai quand même la découverte de cet auteur.

Après ça, je ne suis pas sûre que MUSKY, que je remercie pour le prêt de ce livre (mais qui ne l'a pas encore lu), se précipite dessus !!! Ce n'est pas l'auteur que je te conseillerais pour découvrir la littérature japonaise...

Le musée du silence    Yoko Ogawa    Editions Actes Sud  Babel

 

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samedi 8 septembre 2007

Linh de faille

9782253115540Fuyant son pays en guerre, Monsieur Linh débarque dans un grand port occidental avec pour seul bagage, une poignée de sa terre natale, une photo et un bébé, sa petite fille prénommée Sang diû.
On apprend bien vite que l'enfant est la fille de son fils. Les parents de Sang Diû sont morts, fauchés par une bombe alors qu'ils travaillaient à la rizière. Le village est lui à feu et à sang, Monsieur Linh est un survivant.

N'ayant de cesse de protéger l'enfant, Monsieur Linh va peu à peu s'imprégner de la terre d'acceuil. Assis sur le banc face au centre d'hébergement, il observe ce pays sans odeur, laissant souvent son esprit dériver vers le passé et les jours heureux.
C'est sur ce banc qu'il rencontrera Monsieur Bark.

"Il se souvient du contact de la main du gros homme lorsqu'il l'a posée sur son épaule. Il se rappelle alors qu'il est seul au monde, avec sa petite fille. Seuls à deux. Que son pays est loin, pour ainsi dire, n'est plus. N'est plus rien que des morceaux de souvenirs et de songes qui ne survivent que dans sa tête de vieil homme fatigué."

Ces deux là, bien que ne parlant pas la même langue, vont se comprendre. Ils deviendront l'un pour l'autre comme un port d'attache. Leurs rencontres quotidiennes deviendront des petites ancres leur permettant d'accoster pendant quelques heures sur des îlots de tranquillité alors que leur vie est dans la tourmente.
Mais un matin, Monsieur Linh n'est pas au rendez-vous...

"Le vieil homme s'approche de la fenêtre. Le vent n'agite plus le grand arbre, mais la nuit a fait éclore dans la ville des milliers de lumières qui scintillent et paraissent se déplacer. On dirait des étoiles tombées par terre et qui cherchent à s'envoler de nouveau vers le ciel. Mais elles ne peuvent le faire. On ne peut jamais s'envoler vers ce qu'on a perdu, songe alors Monsieur Linh."

Après avoir pataugé, malgré tout avec délice, dans la boue des terres de la Meuse, je récidive avec celle des rizières. Un récit cependant plus léger, plus sobre, emprunt de poésie, de pudeur, de retenue tout asiatique, et ce malgré la noirceur du sujet.
L'auteur décrit à la perfection les petites gymnastiques auxquelles se plie l'esprit humain afin de s'adapter à la souffrance de l'exil, à l'horreur de la guerre, aux traumas. Et comme la fleur poussant sur un tas de fumier, du plus sombre de la douleur peut émerger encore des éclairs d'humanité.
Pourvu que ça dure...

Je dédie ce billet à Sounkou qui, au fond de son gourbi, à la chance d'avoir encore sa famille.
L'homme s'adapte à tout. Est-ce un bien ou un mal ? Souvent je me le demande ...

J'ai fouillé dans les cartons pour ressortir les avis de SOPHIE, CATHE, PAPILLON 

La petite fille de Monsieur Linh   Philippe Claudel   Editions Livre de Poche

metiers15

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jeudi 23 août 2007

Volup...thé

th_1Est-ce cet ouvrage qui a inspiré à LEELOO l'idée d'organiser un swap lit-thé-rature ?
En tout cas, c'est l'occasion pour moi de vous présenter l'un de mes livres préférés.
L'auteur, théinomane avéré, nous fait partager sa passion pour le sublime breuvage et ses différents rituels.

"Je serais prêt à faire de nombreux sacrifices pour cette boisson, maîtresse lascive qui s'offre, complaisante et finalement ensorcelante. Elle est toukours là, généreuse, parfois rebelle; jamais elle ne déçoit. S'il y a mésentente entre elle et nous, l'erreur nous en revient toujours. Il faut savoir la choisir, la mettre en condition, l'installer, la protéger, la flatter, ne jamais être trop pressé, impatient, trouver la manière, connaître sa personnalité et son tempérament, deviner sa magie, redouter ses effets, ménager ses pouvoirs, goûter ses audaces."

Passion que l'auteur s'amuse aussi à traquer au fil des pages d'écrivains célèbres.
On retrouve entre autres, Proust, Nietzsche, Joyce, Genet, Neruda, Musset et George Sand, La comtesse de Ségur, Anaïs Nin, Alexandra David Neel ...
Et pour le plus grand plaisir des yeux, l'ouvrage s'enrichit des aquarelles de RUBEN ALTERIO aux couleurs chaudes comme une bonne tasse de thé.
Un beau voyage que nous serons nombreux(ses), je l'espère, à poursuivre grâce à LEELOO !

collage12

"Pour la première fois, voici donc un livre qui sans être un précis sur le thé,
mais plutôt un manifeste, raconte les effets d'une boisson sur les écrivains
qui ne craignent pas de mettre du thé dans leur encrier."

Le thé dans l'encrier   Gilles Brochard  Ruben Alterio   Editions Aubier    

 

 

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jeudi 5 juillet 2007

Nippon ni mauvais !

9782264039323Etrange trio que celui formé par les trois personnages.
K., jeune instituteur, nous conte son amour impossible pour une dilettante, passionnée comme lui de littérature et d'écriture.
Elle s'appelle Sumire.
Au cours d'un repas de mariage, Sumire fait la connaissance d'une femme et tombe amoureuse pour la première fois.
Elle s'appelle Miu.
Mariée, dix sept ans de plus que Sumire, Mui ne peut plus être amoureuse. Mais elle embauche la jeune fille pour l'aider dans son travail et l'accompagner en Europe. Au cours d'un séjour sur une île grecque, Sumire disparait.
Miu appelle K. à l'aide.

De prime abord, je dirais que je suis complètement passée à côté de cette histoire et que je n'ai pas réussi à me laisser émouvoir par les trois couples potentiels que peuvent former les protagonistes. Mais l'auteur étant qui il est, vous vous doutez bien qu'il sait y faire en matière d'attraction. C'est ainsi que je m'expliquais le fait d'avoir lu ce livre jusqu'à la dernière page.
Et puis en cherchant à affiner un peu plus mes ressentis, je me rends compte que je fonctionne avec ce livre comme les personnages entre-eux. Ils se croisent, se cotoient sans jamais oser réellement se rencontrer, irrémédiablement en orbitre les uns autour des autres, restant à distance des sentiments et ratant toujours leurs correspondances.
Et de la même façon que les deux héroïnes se confrontent à des expériences de destructuration, je me surprends à écrire un article qui n'a rien à voir avec ce que j'avais prévu au départ.

"Les étoiles que je voyais restaient fixées à la même place, comme autant de clous. Je fermai les yeux, tendis l'oreille, et songeai aux descendants de Spoutnik, qui continuent à tourner dans le ciel, reliés à la Terre par la seule force de la gravité. Blocs de métal solitaires, ils se croisent, dans les ténèbres sidérales ou rien n'arrête leur course, puis s'éloignent pour toujours les uns des autres. Sans mots à échanger. Sans promesses à tenir."

Il m'a fallu attendre la dernière partie du roman pour retrouver l'envoûtement poétique présent dans "Kafka sur le rivage", à l'occasion de très belles réflexions sur la solitude des êtres humains et leurs difficultés à aimer.

"Je me dis que peut-être, quelque part, dans un lieu lointain que je ne connais pas du tout, tout est perdu d'avance, depuis longtemps. Ou du moins que toutes les choses de nos vies possèdent un lieu de silence où elles se perdent, superposées les unes aux autres jusqu'à former une seule masse. En vivant, nous ne faisons rien de plus que les découvrir, les attirant à nous une à une comme on déroule un fil. Je ferme les yeux, essaie de me souvenir d'au moins une de ces belles formes, tentant de la retenir entre mes mains. Même si je sais son existence éphémère."

Les amants du Spoutnik     Haruki Murakami     Editions 10/18

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vendredi 22 juin 2007

Labyrinthe épistolaire

cat_1140710061_1_r56Si vous voulez vous laisser surprendre jusqu'au bout, ne lisez pas la 4ème de couv. Ou alors faites comme moi, lisez-la et oubliez-la immédiatement. Puis plongez dans la lecture de ce roman composé exclusivement d'échanges de lettres entre de multiples correspondants.

Apparemment il n'y a aucun lien entre les dix premiers chapîtres qui pourraient se lire chacun comme une nouvelle. En effet, un mini coup de théâtre clôture chaque chapître, et c'est là que se situe la première originalité de ce livre. Le procédé se répète jusqu'au onzième chapître qui voit enfin la réunion des nombreux protagonistes dans une situation peu banale. On croit donc en avoir fini, mais non. Jusqu'à la dernière page l'auteur surprendra le lecteur par un nouveau rebondissement.

Il n'est pas aisé de parler de ce livre sans rien en dévoiler. Au cours de la lecture, j'ai cherché à faire des liens entre les personnages des différents chapîtres car certaines situations vous mettent la puce à l'oreille. Mais j'ai vite abandonné car je m'embrouillais dans les patronymes japonais. Donc je me suis laissé porter et entraîner. L'auteur est un filou qui excelle dans l'art de perdre le lecteur dans ce labyrinthe épistolaire.

On en apprend beaucoup sur le Japon, les régions et leurs coutumes, le mode de vie urbain, le monde de l'entreprise, de l'éducation, les relations hommes-femmes. On ne retrouve pas la poésie qui caractérise souvent la littérature japonaise mais le style de certaines lettres pourrait les faire figurer dans un manuel de correspondance.
Bref ce n'est pas un coup de coeur, mais j'applaudis l'originalité du procédé littéraire. Les inconditionnels de la littérature japonaise apprécieront, les réfractaires passeront leur chemin !

Je vous écris     Hisashi Inoue     Editions Picquier poche

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lundi 11 juin 2007

Pièce nipponne

9782742767106Une jeune femme souffrant du dos se rend régulièrement à la piscine. Un jour, elle est attirée, par une femme assise dans les vestiaires et qui attend. Elle recroise Midori quelques temps après à l'extérieur. Toujours intriguée, presque aimantée par son attitude de "neutralité bienveillante" même lorsqu'elle est en compagnie, la narratrice décide de la suivre. Sa filature la mènera jusqu'à une loge de gardien d' une cité abandonnée. Là, des gens assis autour d'un poêle attendent posément eux aussi. A tour de rôle, ils rentrent dans "la petite pièce à raconter". Pour se parler à eux-mêmes. Chacun reste le temps qu'il veut et lorsqu'il ressort, il laisse une obole.

"On peut raconter tout ce que l'on veut ici, ça n'a pas d'importance, n'est-ce pas? Des histoires d'autrefois comme des rêves du futur, la réalité comme le fantastique."

Mi-divan, mi-confessionnal, la petite pièce à raconter recueille les mots et soulage les maux. Ce court texte est une parabole très poétique de l'acte de dire, de sa fonction symbolique et thérapeutique. On ne sait pas pourquoi ça marche, mais ça marche. C'est ce que les psychanalystes ont coutume de dire de leur pratique. Il en va de même pour cette petite pièce à raconter qui permettra à la narratrice de s'approprier une parole libératrice.

"Plus on est à l'étroit, plus on entend nettement sa propre voix, et l'on doit certainement avoir l'impression de se révéler dans la vérité de son coeur. C'est ce qu'il y a d'agréable dans le monologue."

C'est ma première rencontre littéraire avec cet auteur; ça ne sera pas la dernière car j'ai noté ça et là différents titres. Je crois qu'après celui-ci "Le Musée du silence" s'impose !

La petite pièce hexagonale     Yoko Ogawa    Actes Sud  Babel

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