vendredi 10 août 2018

Mauvais esprit

plouezochaffeglise

Humour ecclésiastique de très mauvais goût ?
Mais où l'auteur de cette affiche placardée
dans une église a-t-il la tête ? !

plouezoh

Oui je sais je fais du mauvais esprit...
Moi je me suis laissée toucher par la beauté du lieu.

 

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dimanche 5 août 2018

Un petit coup de fraîcheur

41ko5dmVd5LEn Janvier 2017, une mission scientifique internationale s'installe dans la base Arctica dans la région de Thulé au Groenland. Scientifiques et chercheurs vont cohabiter pendant quelques mois et mener à bien leur mission de veille sur les conséquences du réchauffement climatique. Pendant ce temps, quelque part en Norvège, Luv Svenden, une biologiste, répertorie les hécatombes animales inexpliquées qui se multiplient depuis quelques décennies. Quand les membres d'Arctica découvrent, lors d'une sortie sur l'inlandsis, les cadavres d'un millier de boeufs musqués prisonniers du permafrost, Luv Svenden les rejoint.

"L'atterrissage à Kangerlussuaq au nord de Nuuk, la capitale du Groenland, ce désert de glace grand comme trois fois le France, a été des plus spectaculaire et mouvementé dans le blizzard et la nuit, l'aéroport bordant un bras de mer en baie de Baffin. Après avoir survolé en partie la banquise disloquée, flottant sur des eaux d'un vert sombre devenu aussi noir que du goudron dans cette obscurité, l'avion battu par le vent s'est posé d'abord sur une roue, puis sur l'autre, comme une oie maladroite."

Alors que débutent les analyses et émergent les suppositions sur ce qui a pu provoquer cette hécatombe, les scientifiques découvrent des statues de pierre inuites qui les toisent comme un sombre présage. Le lendemain, un premier chercheur disparaît. Commence alors une angoissante traque dans l'immensité de la nuit polaire. De son côté, le shérif Sangilak se souvient d'une autre époque marquée elle aussi par d'étranges évènements. Quels liens relieraient les disparitions avec le crash d'un bombardier nucléaire américain en 1968, la disparition d'un village inuit et le Camp Century, ancienne base secrète américaine construite dans les années 60 ?

Un roman un brin oppressant de par l'environnement et sa rudesse. Très convaincant, car s'appuyant sur des faits avérés, il donne à réfléchir sur les conséquences du réchauffement climatique qui voit le permafrost fondre en laissant remonter à la surface des éléments enfouis depuis des milliers d'années. Ne doutons pas que le malheur des uns, les locaux mais aussi tout l'écosystème planétaire, fera le bonheur des autres, les grandes firmes industrielles et pétrolières déjà dans les starting-blocks. Si j'ai moins adhéré à un autre aspect du récit qui concerne le sort réservé à certains membres de la mission, ce livre reste un bon thriller qui vient rafraîchir l'ambiance surchauffée de notre été. Un roman d'actualité puisqu'on a relevé ces jours-ci plus de 30°C dans le grand Nord...

"Ici, sous la glace, s'étend un véritable eldorado de diamants, d'or, de zinc, d'uranium, de fer, de terres rares.... Un marché gigantesque et juteux.". Mais pas que...

Boréal     Sonja Delzongle     Editions Denoël 

 

permaune

 Source  ICI  avec des liens intéressants

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mercredi 18 juillet 2018

Chlorophylle

Arbres-remarquables-du-Finistere_3913C'est à une promenade pleine de chlorophylle que nous convie cet album merveilleusement illustré de photographies actuelles ou d'époque, car nous partons à la rencontre de géants parfois multicentenaires. Un itinéraire de balades en forme de jeu de piste à travers le Finistère pour découvrir les plus beaux arbres qui, contre vents et marées et aussi contre bêtise humaine, résistent vaille que vaille.

Pas facile de résumer ce livre qui donne autant à voir qu'à lire. On y apprend qu'un des patriarches des arbres européens est un châtaignier de plus de 1200 ans  qui se trouve en pays bigouden à Pont l'Abbé. 20 mètres de circonférence en 1932, avant qu'un idiot de chasseur  n'y mette le feu en enfumant des terriers à sa base, cet arbre a bien failli mourir. Mais la résilience se rencontre aussi chez nos amis les arbres, et à ce jour il poursuit sa vie grâce à des rejets qui, s'ils limitent désormais sa circonférence à 14 mètres, n'en font pas moins un survivant remarquable. A Roscoff, un figuier de 1610, palissé sur 600 m² (vieille carte postale impressionnante), a été abattu en 1987 pour permettre la construction d'une résidence...

Du pays de Brest en passant par la Cornouaille, les monts d'Arrée et le pays de Morlaix, voici donc un complet inventaire de notre patrimoine arboré. Plus de 200 "Arbres remarquables" (labels hélas qui ne les protègent pas toujours) et 80 portraits magnifiques agrémentés d'histoires, de légendes et d'émotions. Une bonne idée de balades à venir afin de partir à la découverte de ces trésors, le livre à la main. Si certains sont visibles gratuitement, d'autres se trouvent dans des lieux privés. Les célèbres enclos paroissiaux en abritent beaucoup, ainsi que les forêts de Huelgoat et du Cranou, mais on peut les croiser aussi au centre des villages ou au détour d'un petit chemin de campagne. Et quel plaisir d'en reconnaître certains ou de découvrir ceux de son village dans cet ouvrage ! Je suis toujours contente de passer chaque jour devant "mes" deux chênes pédonculés et de traverser la forêt de Huelgoat au gré des saisons, j'avoue que cela va me manquer lorsque je quitterai d'ici quelques temps ce paradis vert pour un autre, plus maritime.

Dernièrement, les livres consacrés aux arbres ont le vent en poupe, et c'est tant mieux. S'ils pouvaient parler, ils en auraient des choses à nous raconter ! Et moi je remercie Hélène des éditions Locus Solus pour cet envoi ainsi que Babelio pour ce partenariat. Un joli partage.

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Les textes sont de Mickaël Jézégou et les photographies de G. Bernard, M; Jézégou et Y. Morhan, bravo à eux. Pour en savoir plus et découvrir si un livre identique recense les arbres de votre région, un blog à visiter Les têtards arboricoles.

Quelques mots de Pierre-Jakez Hélias pour terminer "Le tronc d'un arbre est une grosse corde, il y a même des noeuds dedans. Mais à chaque bout, les fils de la corde se desserrent et s'élargissent pour s'accrocher au ciel et à la terre. On les appelle des branches, en haut, et des racines, en bas. Mais c'est la même chose. Les racines cherchent leur chemin dans le sol de la même manière que les branches cherchent leur chemin dans le ciel."

Arbres remarquables du Finistère       Editions Locus Solus

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Dans mon village, les deux Médicis plantés en 1589 à la mort de Catherine.

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Mon arbre remarquable à moi ! Une graine de frêne que j'ai rapportée par inadvertance lors de mon déménagement de Charente-Maritime, il y a sept ans. Depuis, en mode bonzaï bien que je ne le taille pas, il grandit lentement mais sûrement dans une petite auge de pierre. Je pense le mettre en pleine terre à l'automne lors de mon prochain déménagement en espérant qu'il apprécie la transition.

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samedi 7 juillet 2018

La petite dame de Saint-Lunaire

51jKJYK95GLRetrouvailles avec l'auteure que je n'avais pas lue depuis Julius aux alouettes.

Jeanne Devidal est morte centenaire et a eu une vie bien remplie. Née à Brest en 1908, elle y vécut jusqu'à ce que les bombardements de la Seconde Guerre mondiale l'y en chassent et qu'elle s'installe avec sa mère à Saint-Lunaire, à l'ouest de Dinard.  En disponibilité des P.T.T afin de s'occuper de cette dernière, elles tiennent un commerce de bimbeloteries et souvenirs. Est-ce à la mort de sa mère en 1954 que la solitude pousse Jeanne à se replier sur elle-même et à s'enfoncer doucement dans une forme de paranoïa qui l'incite à se protéger toujours davantage de l'extérieur ? C'est fort possible, sans compter qu'elle atteint l'âge où se développe cette pathologie. Toujours est-il que Jeanne commence à ériger une forteresse entre elle et le monde, truelle à la main, elle élève, consolide, renforce, isole, ce qui n'est au départ qu'un simple pavillon. Allant jusqu'à construire un mirador, qui causera d'ailleurs sa perte, elle scelle dans les murs des trophées aussi divers que variés ramassés sur la grève. Si elle se fiche du plan d'occupation des sols, sa maison empiétant sur le trottoir, elle n'en est pas moins respectueuse de la nature, se refusant à abattre le tilleul du jardin qui se retrouve au milieu du salon... Protégée par quelques personnalités haut-placées, les plaintes du voisinage resteront lettres mortes.

"Dès qu'il a vu la maison, l'homme en a compris la nature, il en a su l'usage. Des murs pare-feu contre la barbarie des hommes, contre leur incurie, leur puissance destructrice. Des murs écrans, blindés. Une armure pour faire barrage à leur démesure."

Côté barbarie, Jeanne a eu sa dose. Déjà hantée par les images des bombardements brestois, elle connaîtra la torture par électrochocs lorsqu'elle tombera aux mains de la Gestapo pour faits de résistance, d'où sans doute son délire autour des ondes qui lui vaudra plus tard un séjour à l'HP. Elle déplorera aussi la disparition de ses frères pendant la guerre. Seule survivante de sa fratrie, elle préfèrera la compagnie des morts, "ses Invisibles", à celle des vivants. Et la nature lui apportera bien plus de satisfactions que la fréquentation des humains.

"Aujourd'hui, la femme laisse son jardin en jachère. Et il en va de même pour sa mémoire. La nature invasive y fera son oeuvre. Elle l'emmaillotera dans un cocon d'herbes folles cousu de liserons blancs. Linceul parfumé. Elle, matière évidée, consentante, mêlée aux essences des arbres. Le front oint d'une pincée de pollen pour unique bénédiction."

J'ai retrouvé avec délectation l'écriture poétique de Fabienne Juhel, mise au service d'un double portrait émouvant, celui d'une femme tour à tour forte, cheminant vaille que vaille, mais tout aussi fragile funambule oscillant sur la corde raide tendue entre deux mondes, le réel et l'imaginaire. Je suis toujours subjuguée par la richesse des entrelacs que tissent les personnes délirantes, tricotant de petits arrangements entre leurs traumas et notre réalité afin de s'adapter et de se protéger "d'un monde qui chavire".   L'auteure s'y entend à mêler les deux univers . Et comment rester insensible à cette femme donnant droit de préemption à la nature, capable de rester assise sous son tilleul, guettant pendant des heures la chute de la dernière feuille avant de les ramasser toutes ? Jeanne Devidal est morte jour pour jour il y a dix ans, sa maison n'existe plus, le tilleul non plus.

C'est certain, ces deux-là étaient faites pour se rencontrer...Un grand merci à Fabienne Juhel de nous avoir permis de faire sa connaissance en lui rendant un si tendre hommage.

La femme murée     Fabienne Juhel     Editions du Rouergue

"Mirador. Pour regarder dehors. Regarder l'or du temps se coucher dans les draps ourlés d'écume."

Un court aperçu de "l'oeuvre" de Jeanne Devidal

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jeudi 21 juin 2018

Tout à l'égo !

4141hpxKeULQuand on aime les polars et les écrivains un tel titre ne peut qu'attirer l'attention, même s'il ne vous est pas chaudement recommandé par l'auteur lui-même. Autant le dire d'emblée, côté polar faudra repasser, on est loin du suspense des Dix petits nègres auquel ce livre emprunte la trame ; par contre, côté écrivains, là nous sommes gâtés, quelle brochette... Que des auteurs que je ne lis pas ! Aïe, ça commence mal.

Dix auteurs sont invités par Un Cognito à  une rencontre littéraire, le temps d'un week-end dans le monastère de Saorge dans l'arrière-pays niçois.. Un lieu paradisiaque où "(...) dans la journée il fallait prendre garde aux scorpions, araignées - grosses comme des mygales - et autres serpents -vipères, couleuvres. Que ce soit dans les chambres, les parties commune ou le jardin. Sans oublier les crapauds par temps de pluie, les moustiques et les mouches en cas de canicule, les loups en cas de disette et les fantômes tout au long de l'année."  C'est bien connu, les écrivains travaillent toujours dans des conditions déplorables et les afters sont douloureux ...

Augustin Traquenard animera les débats entre Frédéric Belvédère, Michel Ouzbec, Yann Moite, David Mikonos, Jean de Moisson, Amélie Latombe, Kathy Podcol, Christine Légo, Delphine Végane et Tatiana de Roseray. Rien ne se découlera comme prévu, ou plutôt si, puisqu'ils sont tombés dans un piège qui vise à leur disparition. Sous son grand chapeau, Amélie Latombe s'acharne à mener l'enquête face aux disparitions et événements bizarres qui s'enchaînent.

La première partie du roman m'a bien fait rigoler. Les portraits des auteurs sont particulièrement réussis, difficile de les départager, et leurs petits problèmes d'égo et de rivalités sentent le vécu ; le monde de la presse et de l'édition n'est pas épargné non plus. Pour le reste, j'ai un peu décroché au fur et à mesure que le neveu d'Oscar Wilde rentre en scène et que l'intrigue se transforme en histoire d'âmes errantes et de fantômes.

Au final, un pastiche sympathique où le lecteur traque le vrai du faux et l'auteur s'amuse à brocarder un monde qu'il connaît bien puisqu'il a pas mal bourlingué dans celui des médias. J'ai pu lire çà et là quelques avis ulcérés concernant le traitement réservé aux écrivains et autres personnages de ce livre. Pour ma part, j'avoue n'avoir pas pris cette farce pour un règlement de comptes de la part de Guillaume Chérel qui n'est pas le dernier à se moquer de lui-même. Le bonhomme joue avec les mots, a le langage fleuri et l'ironie facile, plutôt le genre à se damner pour un bon mot que méchant. Et même si cette sauce aigre-douce relève quelques vérités qui font aussi, sans doute,  le charme de ces chers auteurs, on sait que l'important finalement, c'est qu'on parle d'eux... surtout de leur vivant !

"  ─ On dirait Guillaume Charal ! s'exclama Belvédère.

   ─ Qui ça ? demanda Yann Moite.

  ─ Guillaume Charal, un illustre inconnu à qui j'ai eu la faiblesse d'accorder un peu de mon attention, à ses débuts, et qui m'a chié dans les bottes au moment de mon manifeste sur les putes. Il m'a écrit une lettre ouverte dans Libé et Rue 89. C'est un auteur pauvre et méconnu qui envie les auteurs comme nous : riches et célèbres."

Un bon écrivain est un écrivain mort     Guillaume Chérel     Editions J'ai lu

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Site de l'auteur pour découvrir ses autres publications

 

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dimanche 10 juin 2018

Un dimanche à la page

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A défaut de plage, un petit dimanche sympathique parmi des auteurs que l'on retrouve avec plaisir de salon en salon, comme Marie Sizun, toujours aussi douce et lumineuse ; Fabienne Juhel, plus que jamais en verve et pas avare de confidences ; Jean-Luc Coatalem, à qui j'ai pu dire tout le bien que je pensais de " Le dernier roi d'Angkor ". Du côté des troublions, Erwan Larher paraissait un peu éteint (pour une fois) mais Guillaume Chérel, lui, semblait au mieux de sa forme. Sinon, du beau monde, Olivier Adam, Tobie Nathan, Véronique Olmi, Jean Teulé, Danièle Sallenave, Philippe Jaenada, Vladimir Fedorovski, Katherine Pancol, Bernard Weber, pour ne citer qu'eux...  Un mauvais point à Michel Onfray qui n'a pas voulu se casser la tête pour juste une heure de dédicaces en ce dimanche après-midi. Au rayon polars, point vus non plus Caryl Férey, Bernard Minier (pas grave, on a déjà discuté plusieurs fois avec eux, pff, blasées que nous sommes...) mais Olivier Norek était là et a toujours un flingue au bout des doigts entre deux signatures, vieux réflexe de flic sans doute. Par contre, j'ai fait connaissance avec la sympathique Sonja Delzongle dont j'ai adoré la trilogie (pas chroniquée). Et bien sûr, notre Johnny national qui a même un certain don d'ubiquité puisqu'il était présent sur deux stands à la fois, mais on ne l'a pas vu...  Au final, seulement quatre livres achetés, nous avons été plus que raisonnables. J'étais bien sûr accompagnée de Margotte qui, si elle ne blogue plus pour le moment, n'en a pas délaissé la lecture pour autant, bien au contraire... Pas de photos, désolée j'ai complètement oublié !

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vendredi 25 mai 2018

Du premier au dernier.

281747_11558576Je n'ai lu que trois livres d'Annie Ernaux. Les armoires vides, que j'avais acheté en 1984, sans doute pensais-je au début, plus pour sa couverture au regard de la page 99 cornée qui laisse supposer que je n'étais pas allée au-delà ; Les Années, que j'ai dévoré mais non chroniqué ; et Mémoire de fille, que je viens de terminer, lu sans ennui mais sans enthousiasme excessif non plus, m'attendant peut-être à retrouver le plaisir de lecture du précédent. J'ai ressorti Les armoires vides et l'ai lu, cette fois en entier.

Pure autofiction, comme on dit aujourd'hui, puisque qu'Annie Duchesne s'y nomme Denise Lesur, l'auteure n'en décrit pas moins l'univers dans lequel elle a grandi, l'épicerie buvette de ses parents, l'absence d'intimité, son parcours scolaire, son adolescence et le fossé qui se creuse entre elle et les siens, son avortement et surtout la honte qu'elle éprouve envers ses parents et le milieu dont elle est issue. Et puis, en relisant la 4ème de couverture, "(...)Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi.", je me suis dis que ces mots, plus que la couverture, avaient sans doute motivé mon achat de l'époque car il est difficile, enfant déjà, d'être confronté à l'existence d'un ailleurs auquel on souhaiterait appartenir, de garder pour soi la répugnance que vous inspire la femme qui vous a mis au monde et l'incompréhension que deux êtres aussi dissemblables puissent être, au moins un temps donné, vos parents. Alors oui, il y a les livres, l'école et la réussite scolaire qui procurent une certaine fierté, effacent ces si mauvaises pensées et restaurent un peu l'estime de soi. Mais ne changent rien à l'affaire, on reste la fille de et le travail est long à s'en désengluer et à se découvrir autre. Le principal étant, plus tard, de transformer la honte, de la sublimer, comme l'a si bien réussi Annie Ernaux de par son travail d'écriture.

41jAp94nzYLL'année 58 voit l'auteure aborder ses dix-huit ans, l'éloignement physique du milieu familial qui caractérise cet âge et l'entrée dans la sexualité. On n'est plus dans l'autofiction, l'auteure a fait de sa vie son oeuvre et tente ici de combler des blancs laissés entre 58 et 60, entre ELLE et JE.

Il y est aussi question de honte, non plus tant celle de ses parents, que la sienne dont elle prend conscience quelques années après. Honte de désirer, d'être désirée, d'être objet plus que sujet, confrontée à un corps qui vie sa propre vie et ne se contrôle pas. C'est encore grâce aux livres (S. de Beauvoir), aux films, à la philosophie, qu'elle va apprivoiser ce que féminité signifie.

"Une honte historique, d'avant le slogan "mon corps est à moi" dix ans plus tard. Dix ans, une durée faible au regard de l'Histoire, immense dans la vie à son début, représentant des milliers de jours et d'heures où la signification des choses vécues reste inchangée, honteuse."

Entre idéal de soi et réalité, Annie Ernaux balaie le début des années 60, écrit comme on pense, d'association en association, passant d'un extrême à l'autre, accompagnant la fille de 58 dans un long travail de maturation et de recherche d'identité qui ne peut s'inscrire que dans le temps. Et puisant toujours dans la mémoire car "c'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture."

Malgré la différence de générations, et un contexte d'informations et de lois bien différent de nos jours, le devenir femme reste encore difficile et parfois  douloureux. Le corps, l'image, la nourriture, la sexualité, le prix de la réussite, autant de questionnements féminins intemporels, auxquels les filles de 68 se sont attaqués mais qui en laissent encore pas mal démunies en 2018.

J'aime l'honnêteté de cette auteure mais son style, désaffecté, observateur, neutre, sociologisant, dit-on, qui sied si bien à un livre tel que Les années, me laisse moi aussi à distance et toujours ambivalente face à ma lecture. Absence d'émotions dans l'écriture, certes, mais qui a cependant le don d'en faire surgir à foison par ce mélange de l'intime et de la temporalité collective. J'ai finalement plutôt apprécié ces deux livres, le premier et le dernier, mais n'ai pas pour autant l'envie de découvrir l'entre-deux.

Aifelle en parle , et Cathulu ICI

Les armoires vides et Mémoire de fille      Annie Ernaux     Editions Folio

 

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lundi 14 mai 2018

Pataquès au Potala

9782290029817Bastien, vieux gardien lyonnais à la retraite, pratiquant le tai-chi, féru de langues orientales, de mandalas et de bouddhisme tibétain, vit dans le même immeuble que Rose, mère d'un petit Paul et historienne passionnée par Alexandra David-Néel. Ces deux-là étaient forcément faits pour s'entendre et se retrouver à fouler ensemble le sol de Lhassa. Cette aventure nous est contée via Paul, devenu adulte et écrivain, qui envoie à sa mère les épreuves de son roman qu'elle commente, rectifie et enrichie, se remémorant cette année 1986 et son escapade tibétaine improvisée en compagnie de Bastien, dont le passé trouble va peut-être se révéler au pied du Potala.

"Si vous vous intéressez un peu au Tibet, vous savez que les coïncidences n'existent pas, il n'y a que des rencontres nécessaires."

De part son format court, à peine 150 pages, ce texte est plus proche de la fable que du roman. J'avoue que plusieurs centaines de pages supplémentaires, dans la même veine que L'île du Point Némo, n'auraient pas été pour me déplaire et je me serais volontiers laissée embarquer pour un roman d'aventure délirant auquel, à mon humble avis, le Tibet se prêtait bien. Mais tel n'était pas le propos de l'auteur. En place de quoi, ce texte a pour ambition de nous donner à réfléchir à la fabrication et la place de la fiction dans notre vie mais aussi dans l'Histoire. Car c'est autour des supposées Brigades tibétaines du IIIe Reich que tourne le mystère de Bastien.

L'auteur s'y entend à merveille pour démonter, références historiques et littéraires à l'appui, la construction d'un mysticisme nazi s'enracinant dans les sociétés secrètes qui fleurissent dès le XVIIe siècle jusqu'à une littérature ésotérique, en pleine essor au début du XXe, qui prône déjà l'existence d'un surhomme germanique. Littérature fallacieuse et sans aucun fondement historique mais qui fascinera Himmler. On connait la suite. Et on pense, hélas, que ce ramassis d'élucubrations alimente encore de nos jours certains groupuscules, aussi primaires que dangereux, ou le discours de personnalités plus en vue, qui croient encore à la véracité des Protocoles de Sion, pour ne citer que cette référence. Donc, exit les Brigades tibétaines, même si une expédition scientifique allemande a bien eu lieu dans les années 30. 

"Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, dit-il en soupirant, ce n'est pas qu'ils ne croient plus en rien, c'est qu'ils sont prêts à croire en tout… Une remarque de Chesterton, si j'ai bonne mémoire."

Ce livre évoque en arrière-fond la présence chinoise et sa politique de tabula rasa. Ici, l'extrait évoque un des plus anciens sanctuaires détruit en 1959, L'Ecole de médecine sur Chakpori - la colline de fer - (une des collines sacrées du Tibet central), et depuis remplacé par une antenne-relais :

"Vingt-sept ans après la destruction du temple, les Tibétains s'y pressaient toujours par milliers ; sans rien changer à leurs habitudes, ils suspendaient leurs prières aux montants du pylône, brûlaient leurs bâtonnets d'encens, se prosternaient devant lui avec une dévotion intacte. Le temple de la médecine n'avait pas été rasé, il était seulement devenu invisible, immatériel."

Un petit livre qui se lit très vite. Une sympathique digression sur le mensonge et la fiction et qui nous rappelle que, s'il ne faut pas croire tout ce qu'on nous raconte ni tout ce qu'on lit, leurs pouvoirs, s'ils se révèlent parfois néfastes, peuvent aussi aider... Et en prime, un aperçu du Tibet d'où l'auteur a rapporté quelques instantanés alors qu'il enseignait en Chine dans les années 80.

"Les étals regorgent d'outres de beurre, de barates effilées comme des carquois, de quartiers de viande posés sur des cartons gorgés de sang ; peaux de moutons, cuirs de yacks, briques de thé séché débordent des sacs en jute. Dans les odeurs de tourbe et de beurre rance, un arracheur de dents chinois exerce son métier sur un apache, torsade amarante dans les cheveux, qui repousse la fraise pour mieux tirer sur son mégot. La tête enfouie dans une toque de fourrure géante, à croire qu'il a trois renards vivants entortillés sur le crane, un Tibétain parcheminé vend sa camelote de faux jade. Ici, des petites pommes enrobées de caramel rouge, là des colliers de fromage en rondelles, dures comme de la pierre. Les sourds mugissements d'un groupe de moines avec cloches et tambourins à boules fouettantes dominent cette cohue."

La montagne de minuit     Jean-Marie Blas de Roblès     Editions J'ai lu

 

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Le Chagpori, fondé en 1695, avant sa destruction en 1959  (source ici)

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Et après  (source ici)

 

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jeudi 3 mai 2018

Sauf, exception

CVT_Sauf_980Si ce livre n'avait pas été lu dans le cadre du dernier partenariat Masse Critique, je ne l'aurais sans doute pas chroniqué. En effet, j'ai été très déçue à la lecture de cet auteur que je ne connaissais que de nom. La jolie couverture semblait prometteuse, sans compter qu'une partie de l'intrigue se déroule à la pointe Finistère, un lieu que j'affectionne tout particulièrement pour son air vivifiant et ses paysages sauvages. Mais voilà, entre couverture et décor, il faut encore y mettre matière à composer, tendre une ligne entre réalité et fiction sur laquelle le lecteur va naviguer et se laisser embarquer. Et moi, je suis restée à quai.

Cela débutait bien à mon goût car on rentre rapidement dans le vif du sujet. Un homme, dont les parents sont morts dans l'incendie de leur manoir breton alors qu'il n'avait que 6 ans, se retrouve un jour en possession d'un album photo familial alors que tout était censé avoir brûlé. Page 22, c'est sa jolie maison sur une île des bords de Marne qui s'envole en fumée. Là, je me dis que le mec n'a vraiment pas de bol, mais je suis bien vite rassurée car une de ses employées se trouve être propriétaire d'un immense appartement inoccupé, avec vue sur la Seine, le Grand Palais et la tour Eiffel, qu'elle s'empresse de lui prêter. Et, tant qu'à faire, page 56 apparaît la luxueuse Mercedes et la carte d'essence qui vont avec, ce qui tombe à pic puisque nos personnages vont devoir cavaler jusqu'en Norvège. Page 56 donc, et là je sens déjà  l'agacement grimper au-delà de mon seuil de tolérance. Mais quand des rebondissements plus improbables les uns que les autres se succèdent sans arrêt, trop c'est trop, j'ai eu envie de crier STOP ! J'ai quand même fait l'effort d'aller jusqu'à la fin, Masse Critique oblige, tout en essayant de trouver quelque chose de positif afin de ne pas flinguer complètement ce bouquin, mais c'est tellement bourré de clichés et de facilités que les ficelles deviennent des cordes. Cela en devient lassant. Lorsque je l'ai refermé, la seule réflexion qui m'est venue à l'esprit c'est, tout ça pour ça ?..

"On arrive à Kerloch à l'aube par la route qui longue la mer. Le soleil se lève sur les Tas de Pois, ces trois dômes de pierre émergeant de l'océan que je n'ai jusqu'à présent pu admirer qu'en photo."

lestasdepois0Les Tas de pois au large de Camaret à la pointe de Pen-Hir sur la presqu'île de Crozon

Bref, vraiment désolée Babelio, merci quand même pour ce partenariat, ainsi qu'aux Editions Fleuve noir, qui habituellement sont plutôt gage de qualité, mais sur ce coup, je ne peux, moi non plus, faire mieux. A quelques exceptions près, beaucoup d'avis plus élogieux que le mien sur le site

Sauf    Hervé Commère    Editions Fleuve Noir

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mardi 1 mai 2018

Fête des travailleurs

Paris 1936  Fred Stein

Vieux Paris - Les poseurs de pave a Paris 1936 de Fred Stein, vieux metiers

Les poseurs de pavés préparent-ils l'avenir ?

Bonne journée et joli mois de Mai !

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