jeudi 31 mai 2018

¡ Adios Mayo !

music_instr_020Je n'ai pas été très productive en terme de livres lus pendant ce mois de Mai consacré à l'Espagne. Seulement deux titres, cependant, le nombre de pages compense, près de 2200, ce n'est pas si mal. Et j'ai été ravie de découvrir Almundena Grandes grâce au Défi littéraire de Madame lit.

Alors pour conclure, toujours un peu de musique. J'aurais pu choisir un air de Carmen, verser dans le flamenco ou les chansons engagées de la Guerre civile, mais j'avoue un faible pour ce petit mec sympatique et militant qui, à bientôt 57 ans, a toujours le sens de la fête et la même pêche qu'à ses débuts (vu l'an dernier aux Vieilles Charrues, je confirme).

 Parfait pour mettre Madame lit dans l'ambiance et lui souhaiter un beau voyage ! Et de l'Espagne à l'Algérie, il n'y a qu'un pas. Prochaine étape en Juin du Défi littéraire.

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lundi 21 mai 2018

Rafales

indexJe poursuis ma découverte d'Almudena Grandes avec ce roman paru en 2002, avant Le Coeur glacé. Epoque, ambiance, intrigue, personnages totalement différents. Histoire d'un trio que rien ne prédisposait à se rencontrer, et pourtant...

"Mais les vies difficiles font des adultes difficiles, et la facilité est fluente, onctueuse, confortable, utile, et ne coûte presque rien, elle est souvent imprévisible et laisse dans la mémoire une empreinte profonde, durable."

Juan, médecin madrilène approchant la quarantaine, quitte la clinique réputée où il exerçait et vient s'installer dans un lotissement cossu d'une banlieue balnéaire du golfe de Cadix. Il est accompagné d'Alfonso, son frère cadet handicapé mental, et de Tamara, sa nièce de 11 ans, orpheline suite à la disparition de ses parents par accident. "Depuis qu'il avait admis qu'il ne lui appartenait pas de décider, Juan Olmedo ne s'était jamais attardé à planifier sa vie privée."

Sara, discrète retraitée madrilène, célibataire et quinquagénaire, est d'origine modeste. Mais dorénavant à l'aise financièrement, elle est arrivée depuis peu dans la région et occupe la maison qui fait face à celle de Juan. "Jusqu'à ce moment-là, elle avait vécu pour se venger. Désormais, il lui fallait apprendre à survivre aux conséquences de la vengeance."

Maribel est la femme de ménage de Sara, elle est gironde, nature, peu cultivée mais enjouée malgré une vie laborieuse. Elle élève seul Andrès, son fils de 11 ans qui sympathise vite avec Tamara. Maribel devient également l'employée de Juan. "Vous voyez, j'en sais, des choses, tout un tas... Mais si je vis avec tout ce que je sais, j'en crève, c'est là le problème, mon problème."

Du passé de chacun, au gré des "vents contraires" qui balaient la côte, émergent petit à petit blessures, mensonges et trahisons qui nourrissent ces trois solitudes. Telles des boules de billard, leurs trajectoires, lorsqu'elles se croisent, permettront aux protagonistes de se révéler dans des chamboulements peut-être salutaires.

Ce roman est encore un pavé de presque 900 pages, si je lui ai trouvé quelques longueurs, je n'ai pu pour autant le lâcher. J'ai retrouvé le talent de l'auteure à décortiquer les âmes, à fouiller les conséquences des choix et des petits arrangements avec la vie permettant aux personnages de poursuivre leur chemin. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire de vents, le Levant et le Ponant, qui perturbent les humeurs des humains (et des mouettes !) dont le souffle va modeler cette grande histoire d'amitié.

" ̶  Pour que vous vous fassiez une idée, dans les tribunaux de cette région, on admet le levant comme circonstance atténuante dans les procès pour coups et blessures, mauvais traitements, et même homicides. Et le pourcentage de malades mentaux sur le littoral de Cadix, plus particulièrement dans la zone du détroit, où les vents soufflent encore plus fort qu'ici, crève le plafond des statistiques nationales, exception faite de la Costa Brava, où souffle la tramontane (...)."

Je ne vous conseille pas de lire les critiques de Babelio, dans l'ensemble elles sont bonnes, mais certaines en dévoilent beaucoup trop. Et pour les réfractaires, sachez que la Guerre civile y est évoquée de façon parcellaire. Ce n'est pas non plus une gentille histoire à la Gavalda, la narration est parfois complexe, la chronologie capricieuse et les bons sentiments absents. C'est une lecture qui se mérite et dont on n'oublie pas facilement les personnages.

Seconde contribution au mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Vents contraires     Almudena Grandes (traduction G. Iaculli)   Editions Le Livre de Poche

 

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mercredi 9 mai 2018

Morte la bête, mort le venin ?

51SGsB1qYfLDepuis l'édition poche en 2010, je lorgne sur la photo de Robert Capa qui illustre le premier livre inaugurant cette saga, hésitant toujours à franchir le pas ; c'est enfin chose faite. 

En deux tomes, et sur plus de 1300 pages, est retracé le destin de deux familles espagnoles, l'une républicaine, l'autre franquiste, lors d'une traversée du XXe siècle passionnante. Le pont qui les relie est incarné par une jeune gestionnaire à la Caja Madrid, Raquel, qui fut la maîtresse d'un vieillard de 83 ans puis, à la mort de ce dernier, de son fils Alvaro, physicien et prof de fac. Curieux héritage, me direz-vous. C'est qu'il recouvre bien d'autres choses lorsqu'on sait que Raquel est issue d'un clan républicain, exilé en France suite à la victoire fasciste, et qu'Alvaro est le dernier fils du vieil homme qui a fait fortune sous la dictature de Franco. A partir de là, les conjectures qui président à leur rencontre et alimentent leur liaison, sont nombreuses...

41cIs9NkV+LEt c'est avec brio, et dans un complexe montage chronologique, que l'auteure va nous livrer les éléments qui nourrissent cet amour pour le moins inattendu. De la bataille de Madrid en 1936 en passant par les camps de réfugiés républicains du sud de la France en 1939 et le front de l'Est où la División azul, composée de phalangistes, partit se battre en 1941 sous uniforme de la Wehrmatch contre les armées de Staline, puis des maquis où durant la dernière guerre syndicalistes et républicains luttèrent au côté des Français, jusqu'à la mort de Franco en 1975 et les années suivantes qui virent le retour des exilés, c'est une plongée passionnante dans l'Histotre que nous offre Almudena Grandes. Histoire espagnole certes, mais aussi Histoire française, guère à notre honneur au regard du traitement inhumain que l'on infligea aux réfugiés qui n'hésitèrent pas pour autant à nous aider à vaincre le fascisme allemand avec l'espoir déçu qu'ensuite les Alliés les débarrasseraient de Franco.

Deux figures sont omniprésentes, Ignacio, grand-père de Raquel, "Ignacio Fernández Muños, alias l'Avocat, défenseur de Madrid, capitaine de l'Armée populaire de la République, combattant antifasciste lors de la Seconde Guerre mondiale, rouge et espagnol, décoré deux fois pour avoir libéré la France." et Julio, père d'Alvaro, "Plus jamais Julio Carrión González ne retournera auprès de ceux qui perdent, se promit-il à cet instant. Jamais, plus jamais". Forts de leurs convictions ou de leurs promesses, ces deux-là se croiseront peu de temps, juste assez pour préparer le terreau sous lequel s'enracinera le destin de leur descendance.

Une histoire parmi tant d'autres, histoire d'une ville, Madrid, histoire de guerre et de paix, de deuils et d'amours, de solidarité et de pouvoir, de trahisons et de vengeance, c'est surtout une fresque foisonnante où la fiction se nourrit de la réalité comme l'attestent les notes de l'auteure qui sont tout aussi passionnantes. De plus, l'écriture fait la part belle à l'introspection de la jeune génération et nous invite à réfléchir à la notion de transmission et d'héritage, ou comment gérer l'ambivalence de nos attachements à des êtres aimés tout autant que détestables et assumer le poids du passé.

"Le temps a fait son oeuvre, me direz-vous, et vous aurez raison, mais nous portons tous encore la poussière de la dictature sur les chaussures, vous aussi, même si vous ne le savez pas."

L'exposition de Guernica, vue récemment, et notamment les archives présentées, m'ont enfin donné envie de lire ce roman.

 

Pendant l'Occupation, de nombreux réfugiés ont contribué à la construction du Mur de l'Atlantique et des bases sous-marines de Brest ou de Lorient, d'autres étaient réquisitionnés pour le STO en Allemagne, beaucoup furent envoyés dans d'autres camps, allemands ceux-là. A la Libération, ce sont encore les républicains et les anarcho-syndicalistes qui sont entrés les premiers dans Paris avec La Nueve, la 9ème compagnie de la 2ème DB du Gal Leclerc, ce que curieusement les livres d'histoire ne mentionnent jamais. Et puis d'autres sont restés là où La Retirada les avait emportés, comme les familles de la video, tout près de chez moi, devenues un peu bretonnes... Un article à ce sujet ICI.

Lu dans le cadre du mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Le Coeur glacé     Almudena Grandes    (traduit par Marianne Millon)   Editions Le Livre de Poche

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jeudi 26 avril 2018

Les expos d'un week-end (3).

Changement d'ambiance, après les délires viennois, place à la tragédie de Guernica, avec une exposition au Musée Picasso autour de l'oeuvre qui ne voyagera plus après sa restitution à l'Espagne en 1981. Depuis 1992, elle est exposée au Centro de Arte Reina Sofía à Madrid. 

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Le 26 Avril 1937, la ville basque de Gernika est bombardée par l'aviation nazie alliée des franquistes. Installé à Paris, Picasso s'attelle dès le 1er Mai aux premières esquisses de son oeuvre qu'il terminera le 4 Juin. Elle sera exposée dans le pavillon espagnol de l'Exposition internationale de Paris la même année, avant de voyager à travers le monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Picasso laisse son oeuvre en dépôt au MOMA de New-York jusque dans les années 50. Picasso a toujours déclaré que Guernica ne reviendrait à l'Espagne qu'une fois "la République restaurée".    Il meurt en 1973, Franco en 1975.

C'est donc une exposition originale, sans l'oeuvre. Cependant, une reproduction grandeur nature sur bois gravé, signée Damien Deroubaix, orne un pan de mur. On suit pas à pas le processus créatif du tableau grâce aux nombreux dessins préparatoires et esquisses en couleurs réalisés, ainsi qu'au travail photographique de Dora Maar qui immortalise la construction de l'oeuvre. Egalement, beaucoup d'esquisses de taureaux, chevaux, minotaures.

Mais j'ai plus particulièrement apprécié la salle réservée à la série "Les Femmes qui pleurent"

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Etudes de Tête en pleurs et Têtes de femme en pleurs avec un mouchoir

 

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La Suppliante ( Décembre 1937)

Ailleurs, des archives d'époque, soutien de l'artiste à la jeune République et au Front populaire, affiches des Brigades internationales, photos de Gernika après les bombardement, réactions nationales et internationales, unes des journaux et lettres manuscrites, engagement de Picasso au PCF et auprès de nombreuses associations d'aide aux Républicains réfugiés, le tableau Monument aux Espagnols morts pour la France (1946-1947). Instructif et passionnant. On peut également visionner le court-métrage de Luis Buñuel "Las Hurdes" (1933), présenté initialement comme un documentaire, il s'avéra être un film de propagande communiste. Buñuel voulait déranger le spectateur en dénonçant la misère du monde rural de cette région d'Estremadure, c'est réussi. On peut le visionner ICI, âmes sensibles s'abstenir car si le réalisateur n'a heureusement tué personne pour les besoins de son tournage, il ne s'en prive pas avec les animaux.

Enfin, sont présentes de nombreuses toiles et sculptures des différentes périodes de l'artiste constituant le fonds permanent de ce musée que je n'avais encore jamais visité. C'est un lieu agréable, épuré et aéré, peu fréquenté en cette chaude journée et ça, c'était plutôt appréciable. Rien à redire sur l'exposition, si ce n'est saluer son montage depuis la genèse jusqu'àu retour en terre espagnole d'une oeuvre qui deviendra un symbole de pacifisme. A noter, le partenariat avec le musée Les Abattoirs de Toulouse qui présentera en 2019 une autre expo "Picasso et l'exil" à l'occasion des commémorations du 80e anniversaire de la Retirada.

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dimanche 4 décembre 2011

Tapas... vu le roi ?

412VMHA8JrLLes héros de Un aller simple, Octavio Rincon et Raul Salvati, nous avaient entraînés dans un périple déjanté au Maroc. Dans Nager sans se mouiller,  nous croisions brièvement Txema Arregui, ancien flic devenu détective privé.
Nous retrouvon les trois personnages dans ce roman dont l'intrigue tourne autour de Txema Arregui avec lequel nous faisons plus ample connaissance.

Trois semaines avant Noël, Arregui est tranquillement occupé à régler des enquêtes à sa façon lorsque l'ignoble Iñaki Zuruaga débarque dans son agence madrilène avec un gros paquet d'euros tentateur contre l'accomplissement d'une mission. Devant le refus du détective l'entrevue tourne au fiasco et entre les deux hommes commence un bras de fer de 392 pages. Bras de fer auquel vient se mêler le roi d'Espagne ayant disparu volontairement. Le ministre de l'intérieur en personne, une vieille connaissance d'Arregui, charge ce dernier de ramener sa majesté au bercail.

"L'honnêteté en politique est un état gazeux qui peut se disperser dans le vent de la nécessité, des întérêts du parti ou de la tendresse pour le fauteuil qui aura fini par prendre la forme de son cul."

Toujours taraudé par le fantôme Claudia, la femme qu'il aimait morte quelques années auparavant, Arregui se lance sur la trace du monarque tout en tentant d'échapper aux sbires de Zaruaga. S'il retrouve très vite Juanito, tous deux sont alors contraints de s'embarquer dans un road movie dont l'auteur a le secret, errant dans une Espagne arriérée tels un don Quichotte et un Sancho Pancha à la recherche de la sortie. Quand, enfin, ils rejoindront Madrid ce sera pour se réfugier chez Rincon et Salvati, devenus restaurateurs, et où, sous couvert de moult déguisements et entourloupes, Arregui et le roi règleront les nombreux comptes qu'ils ont à solder l'un et l'autre.

"Il m'arrive parfois d'être un salaud. C'est l'inconvénient de la solitude. Quand on en a assez de se faire chier, on se met à faire chier les autres."

J'avoue être un peu moins enthousiaste que lors des deux précédents romans. Si l'imagination de l'auteur ne fait pas défaut, bien au contraire, je trouve que cette fois-ci il tombe un peu trop dans l'excès. Les situations sont tout aussi loufoques, les personnages également, notamment le roi d'Espagne - le vrai a dû bien rigoler s'il a lu le livre - mais j'ai eu un passage à vide lorsque nos héros tournent en rond dans une Espagne d'un autre temps et il me tardait qu'ils en sortent. J'ai eu le sentiment que l'auteur réutilisait le même canevas de Un aller simple en changeant juste les couleurs de ses écheveaux et en chargeant le trait. Ceci mis à part, ça reste une bonne lecture divertissante et on se demande bien où l'auteur va chercher tout ça !

"Un veuf est un homme qui a approché la mort et en a un moins peur. Il la connait de près et d'une certaine façon il l'attend.
C'est la théorie.
La pratique indique que lorsqu'on te colle un .38 sur le front, tu oublies les théories."

Je reste roi d'Espagne      Carlos Salem      Editions Actes Sud - actes noirs

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vendredi 11 novembre 2011

Tontons flingueurs

arton20410-c1db9"Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J'en étais sûr. J'avais passé vingt ans de nos vingt-deux années de mariage à lui inventer des morts fantasmatiques."

Après ce décès inopiné, la première chose que fait Octavio Rincon, petit fonctionnaire tyrannisé par sa mégère d'épouse, c'est de se jeter sur le minibar pour fêter ça, ensuite, il prend la poudre d'escampette face à cette mort subite pourtant des plus naturelles. Commence alors un road movie qui le mènera de Marrakech aux montagnes de l'Atlas  au gré de rencontres délirantes.

La première est celle de Raul Salvati, un Argentin débrouillard, ancien révolutionnaire, chanteur de tango pour finir vendeur de glaces dans le désert, qui l'accompagnera et l'entraînera dans des tribulations plus loufoques les unes que les autres. Un mauvais tour joué à un Bolivien signera le début d'une course-poursuite déjantée. Leur route croisera celle de Charly, vieil hippie et réincarnation de Carlos Gardel déternimé à éliminer Julio Iglesias, Claudio Grimaldi, réalisateur de génie qui a sombré dans la folie avec toute son équipe et enfin Mowles, un futur prix Nobel vivant aux portes du désert avec Jorge Luis, son chat qui le déteste. Agrémentez le tout de belles filles, de quelques flingues, de voitures patronymées et d'une poignée de faux dollars, et voilà le décor planté.

"Le jour suivant nous arrivâmes à Nador. La ville était entièrement décorée de drapeaux et les gens ne cachaient pas leur excitation. Nous prîmes des chambres dans un hôtel et je compris que je ne serai plus jamais le même en me voyant poser le .38 sur le porte-savon."

J'ai tourné les pages au même rythme effréné que l'épopée farfelue à laquelle se livre cette équipe de branquignoles au langage fleuri et aux répliques drôles et savoureuses. Si vous voulez lire tout en vous croyant au cinéma, n'hésitez pas une seconde et plongez dans ce bouquin où vous" nagerez sans vous mouiller", c'est réjouissant !

Les avis de Kathel et de Ys

Aller simple   Carlos Salem    Editions Babel noir  

41VNnKbfYtLCet été, j'avais passé un si bon moment dans l'univers de Carlos Salem que j'attendais avec impatience la sortie poche de son roman suivant. Voilà qui est fait.

D'un côté face, Juanito Pérez Pérez traîne sa quarantaine tristounette et banale, divorcé et père de deux enfants il gagne sa vie en fourgant compresses et papier hygiénique aux hôpitaux. Côté pile, il est Numéro Trois de l'Entreprise, ou plus explicitement le troisième tueur à gages d'une organisation criminelle.

"Il y a des années que j'ai renoncé à savoir si je suis un monstre ou juste un type normal avec un travail différent."

Après un temps de maladresse révolu, Juanito devient un as de la gachette. Il est à la troisième place certes mais, ayant lui-même éliminé sur ordre le vieux et précédent N°3, il est bien placé pour savoir que c'est une position enviée. Alors qu'il s'apprête à partir en vacances, l'Entreprise l'envoie dans un camp naturiste avec pour mission de surveiller le propriétaire d'un véhicule qui n'est autre que celui de... son ex-femme en villégiature elle aussi dans ce camp en compagnie de son nouveau boyfriend, un jeune juge tenace et dérangeant. Mais il découvre qu'en fait le dit véhicule a été vendu à son propre ami d'enfance, à qui il a fait quelques misères lorsqu'ils étaient plus jeunes, Tony, le même ou presque, Tony qui est également présent dans le camping. A cet improbable huis-clos estival et déshabillé s'invitent Txema Arregui, un flic qui n'a pas la mémoire qui flanche, Yolanda ,une belle animatrice qui en pince un peu trop pour notre héros, Camilleri, curieux professeur et écrivain et enfin le terrible Numéro Treize. L'incompréhension devient alors totale et la parano n'est pas loin.

"Quiconque m'observerait verrait un cadre au repos, en vacances dans un camping naturiste chic, sirotant son verre et lisant paisiblement. C'est ainsi que je me sens. Je m'imagine me découpant sur le vert des frondaisons, sans rien à craindre.
Comme sur une photo.
J'ai vu beaucoup de gens comme ça.
Comme sur une photo.
Ou dans la mire d'un télescope.
Une seconde après ils étaient morts."

 Juanito Pérez Pérez se retrouve donc coincé, supposément incognito, au milieu d'un tas de gens qu'il connait (et réciproquement mais pas tout à fait non plus) et qui plus est, la plupart du temps à poil, situation des plus inconfortables, vous en conviendrez, quand on fait un boulot où le principal outil de travail est un flingue muni d'un silencieux.

Mon résumé vous paraît un peu confus ? C'est que la situation ne l'est pas moins... Navigant à vue tout en essayant de démêler cet imbroglio, Juanito devra jouer sur les deux tableaux, d'un côté père timide et falot accompagné de ses deux enfants confronté au nouveau couple de son ex-femme, de l'autre tueur sans états d'âme, sûr de lui et au self control mis à rude épreuve parmi tous ces corps nus . Je vous laisse imaginer les situations cocasses qui vont en découler et les numéros de transformiste auxquels Juanito va devoir se plier.

Si le rythme de ce roman est un peu moins endiablé que le précédent, on se laisse embarquer par l'originalité du propos et le burlesque des situations de ce jeu de chat et de la souris . L'auteur jongle entre les deux personnalités de son héros avec brio, les personnages secondaires sont tout aussi truculents, l'humour est roi et la tendresse toujours en filigrane.
Comme dans Aller simple, Carlos Salem réussit à tisser une toile discrète entre passé et présent, passé où s'enracine des caractères souvent frustrés, présent libérateur qui va voir s'épanouir et se révéler les tempéraments face à un enchaînement de circonstances cocasses.

"Quand on passe sa vie à lire, on finit par croire que la vie est un livre, qu'on peut revenir en arrière si l'on perd le fil de l'histoire. Mais ce n'est pas comme ça. La vie, notre propre vie, on ne peut la lire qu'une fois, tout en avançant. Et connaissez-vous quelque chose de plus difficile que de lire en marchant ?"

Entre Les tontons flingueurs et les frères Cohen, j'aime décidément beaucoup la plume de Carlos Salem, au point que je n'ai pas pu m'empêcher d'acheter, les yeux fermés, son tout dernier roman (Je reste roi d'Espagne, Actes Sud). Commencé hier soir, j'ai eu la surprise doublée du plaisir de retrouver le curieux inspecteur Arregui et les sympathiques Octavio Rincon et Raul Salvati (héros du premier roman). L'auteur a l'art des cabrioles littéraires et tricote un attachement romanesque jubilatoire à ses personnages. Je vous en reparlerai !

Nager sans se mouiller    Carlos Salem     Editions Babel noir

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samedi 30 avril 2011

Ce n'était pas gagné

9782081222809Voici un livre que l'on m'a offert pour son titre, titre qui résume joliment ce à quoi se confrontent les personnages de ce roman puisqu'ils "vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre".

Je n'épiloguerai pas ici sur les interprétations possibles qui ont poussé mes anciens collègues à le choisir. Je ne sais encore si eux comme moi avons perdu beaucoup à mon départ, mais ce qui est sûr c'est que le cadre de ce roman ne m'aurait pas spontanément attirée, contrairement à la très belle couverture. Quand je vous aurai dit qu'il y est pas mal question de football, vous comprendrez mon scepticisme...

Sylvia, jeune ado de 16 ans, vit à Madrid chez son père Lorenzo. Plutôt mature, tout en continuant le lycée, elle s'occupe du quotidien face à ce père qui, au chômage et dépressif depuis que sa femme l'a quitté, peine à donner le change. Elle n'en garde pas moins  les préoccupations de son âge. Pendant que sa fille se demande qui lui ravira sa virginité et l'enverra au septième ciel, pour Lorenzo c'est la descente aux enfers quand il tue son ancien ami et patron lors d'un cambriolage vengeur qui tourne mal.

"Lorenzo s'est enfui avec les yeux gris de Paco cloués dans les siens. Ce n'est pas facile de tuer un homme qu'on connaît, de se battre avec lui. C'est sale. Ca tient du suicide, de sa propre mort, on tue quelque chose de soi, tout ce qui a été partagé."

Tout ne va pas pour le mieux non plus pour les parents de Lorenzo. Alors que la santé de la mère se dégrade, le père, Léandro, ancien professeur de piano respectable, est saisi du démon de midi à 73 ans et dilapide les biens familiaux auprès de prostituées.

Une nuit, Sylvia se fait renverser par un bolide conduit par un jeune et séduisant joueur de foot argentin, Ariel, recruté depuis peu par le club madrilène pour son talentueux coup de pied. Elle s'en sort avec une jambe cassée et une idylle improbable naît entre les deux jeunes gens.

Si j'ai douté pouvoir arriver au terme de ce livre de 445 pages, mes craintes se sont envolées à mon insu malgré les intrusions fréquentes sur les terrains de foot et les tribulations sexuelles d'un Leandro souvent pathétique. C'était sans compter sur le talent de l'auteur qui distille subtilement la progression de son intrigue, donnant alternativement voix aux quatre protagonistes, et sur laquelle vient se greffer  une multitude de personnages secondaires à la fragilité émouvante. Il nous sert sur un plateau un roman social et réaliste où un modernisme plutôt noir se dispute à une nostalgie sépia.

Exit le mélo, la jeunesse des uns fait la nique à la solitude des autres mais les générations en devenir font preuve d'une lucidité que préfèrent estomper leurs aînés, tout occupés qu'ils sont à colmater les désillusions de leurs vies. Roman du désir et de l'argent qui mènent les personnages par le bout du nez entre nécessité et culpabilité, les hommes n'y ont pas le beau rôle. Déboussolés, ils tentent maladroitement de s'adapter à la force des femmes. Le footballeur Ariel est à l'opposé des clichés habituels et réussit même à s'attirer la sympathie du lecteur (en l'occurrence la mienne, un exploit...), l'auteur dénonçant la marchandisation des sportifs.

"Le désir travaille comme le vent. Sans effort apparent. Voiles déployées, il file à une vitesse folle. Portes et volets clos, il cogne en quête de brèches ou de rainures pour s'infiltrer. Le désir associé à un objet nous condanne à lui. Mais il peut prendre une autre forme, abstraite, déconcertante, qui nous enveloppe comme un état d'âme et annonce que nous sommes prêts. Il nous reste alors juste à attendre, toutes voiles dehors, qu'il souffle vers nous. C'est le désir de désirer."

Au final un grand brassage sociétal balayant large, du sport ultra médiatisé à la prostitution (la frontière est parfois ténue), de l'émigration clandestine au chômage en passant par le luxe et la précarité érigés en art de vivre, tout nous parle de la fugacité des choses, de la fatalité et du hasard, de l'amour et de la mort. Un brillant instantané de l'Espagne de ce début de siècle où chacun, les nantis comme les moins bien lotis, perd sa vie à la gagner, à moins que ce ne soit l'inverse... N'attendez pas de happy end, la réalité tout simplement.

"Le professeur de mathématiques développe sur le tableau un problème de vecteurs. Le début du cours a été magnifique, la passion intacte après de années d'enseignement. Tout est mathématiques, leur a-t-il dit. Quand vous achetez, quand vous vendez, quand vous grandissez, quand vous vieillissez, quand vous partez de chez vos parents, quand vous trouvez un travail, quand vous tombez amoureux, quand vous écoutez une chanson inconnue, tout est mathématiques. La vie est mathématiques, additions et soustractions, divisions, multiplications, si vous comprenez les mathématiques vous comprendrez un peu mieux la vie."

 Savoir perdre     David Trueba      Editions  Flammarion

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dimanche 6 février 2011

L'adieu aux utopies

9782864247555Barcelone, hiver 1936-1937. Ramon Mercader, militant communiste et combattant de l'armée populaire, quitte le front madrilène et s'engage au côté de sa mère, Caridad, dans une autre guerre, celle de l'ombre orchestrée à Moscou par le camarade Staline.    
" - Oui, dis-lui oui. (...)
Dans les années d'enfermement, de doute et de marginalisation auxquelles les quatre mots allaient le conduire, Ramon se lancerait souvent le défi d'imaginer ce qu'aurait été sa vie s'il avait répondu non."

Mexico le 21 Août 1940. Un certain Lev Davidovitch, plus connu sous le nom de Léon Trotski, est assassiné après plus de vingt années d'exil passé entre le Kirghistan, la Turquie, la France et la Norvège.
" Il emmenait les illusions, le passé, la gloire et les fantômes, y compris celui de la Révolution pour laquelle il s'était battu durant toutes ces années. Mais avec moi, s'en va aussi la vie, écrirait-il : et on aura beau me croire vaincu, tant que je respirerai, je ne serai pas vaincu."   

Plage de Santa Maria del Mar, Cuba le 17 Mars 1977. Ivan Cardenas Maturell, correcteur dans une revue vétérinaire à défaut d'être devenu écrivain, croise pour la première fois un homme accompagné de ses deux magnifiques barzoïs et disant se nommer Jaime Lopez. Ce dernier, au fil de leurs rencontres, va lui narrer une bien étrange histoire.
" Mais en revenant sur l'accumulation imprévisible de coïncidences et de jeux de hasards qui m'avaient conduit à m'asseoir au bord de la mer, ce soir de novembre, près d'un homme qui avait exigé de moi une réponse qui me dépassait, je ne pourrais arriver qu'à une conclusion : l'homme qui aimait les chiens, son histoire et moi, nous poursuivions par le monde, comme des astres dont les orbitres sont destinées à se croiser et provoquer une explosion."

Effectivement, comme des boules de billard à la trajectoire apparemment aléatoire, on s'achemine habilement vers un point d'impact où les vies de ces trois hommes sont appelées à se rejoindre. Le choc sera brutal et verra leur monde s'effondrer.

Véritable fresque historique rouge, l'auteur balaie large et dresse un réquisitoire anti-stalinien sans appel. De la Révolution d'Octobre au Cuba d'aujourd'hui, on plonge dans l'Histoire et ses coulisses obscures, celles du contre-espionnage, au service de l'obsession d'un seul homme, faire assassiner Trotski.
Roman de la mystification et de la désillusion, l'itinéraire tragique de ces trois hommes attachants taraudés par la peur m'a littéralement captivée. La prise de conscience d'Ivan est particulièrement poignante et jette un voile proche d'un désespoir qui résonne encore aujourd'hui.

"Et les personnes, alors ? Est-ce que l'un d'eux a un jour pensé aux personnes ? Est-ce qu'on m'a demandé à moi, à Ivan, si nous étions d'accord pour remettre à plus tard nos rêves, notre vie et tout le reste jusqu'à ce qu'ils partent en fumée happés par la fatigue historique et l'utopie pervertie ?"

La construction du roman est impeccable, la plume brillante, l'histoire édifiante. Quelques 660 pages qui remuent le couteau dans la plaie et me laisse face au vide de mes propres utopies.

L'avis enthousiaste de Keisha , d'Yspaddaden, d'Yv et Dasola


L'homme qui aimait les chiens     Leonardo Padura      Editions  Métailié

 

 

 

Dernière escale au Mexique pour Trotski et son épouse
chez Frida Kahlo et Diego Rivera

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Peinture Diego Rivera

Ajout du 6 Mars 2011 : Pour prolonger un peu ce livre et souligner encore, si besoin est, l'excellent travail de recherche qu'a effectué l'auteur, voici un entretien accordé en 1990 par Luis Mercader, le jeune frère de Ramon qui figure aussi dans le roman de Padura. On y retrouve aussi la fameuse Caridad.
Merci à Nadejda qui m'a signalé ce lien. C'est  ICI 

 

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dimanche 14 novembre 2010

Chocolate Mundi (Challenge Chocolat 7)

9782246763918Adrian Troadec, contrairement à ce que ce patronyme laisserait supposer, est citoyen Helvète. Nous faisons sa connaissance en 1922, année de ses dix-huit ans, dans sa bonne ville de Lausanne. Profession, livreur de lait. Un jour, sa route croise celle d'Alma Trapolyi.

"Alma Trapolyi jouait du violoncelle dans le petit orchestre du lycée. On était en 1922, les fascistes marchaient sur Rome. Elle avait seize ans. Adrian Troadec remarqua qu'elle se distinguait de toutes les autres jeunes filles.
Pour lui, en tout cas, elle se distinguait de toutes les autres.
Mais, il lui fallut des années pour la connaître."

Ce sont toutes ces années que le roman relate en cent très courts chapitres.

Joueur d'échecs, Adrian Troadec élabore moult stratégies pour conquérir la belle avant de découvrir que le chocolat sera sa planche de salut. Mais de maladresses en rendez-vous manqués, la vie en décide autrement. L'année même où il ouvre sa première boutique, Le Petit Chocolat Troadec, Alma embarque pour l'Amérique.

"... il pensa qu'il pouvait encore lui arriver quelque chose de neuf qui remplirait sa vie de sens. Et par curiosité, seulement par curiosité, il décida de continuer à vivre."

Et sur l'échiquier du monde les petites histoires rencontrent alors la grande Histoire. De voyages en exils, d'airs de jazz en morceaux classiques, de morts en naissances, l'auteur tisse une toile dont Adrian Troadec et sa chocolaterie restent le centre.

"Le dimanche 17 Avril 1955, Alma Trapolyi et Adrian Troadec se marièrent et allèrent vivre dans leur nouvelle maison. Ils l'appelèrent "Les années perdues".
Le lendemain, Albert Einstein mourut à Princeton, aux Etats Unis, Marilyn Monroe achevait de tourner Sept ans de réflexion."

Une jolie déclinaison des thèmes universels, l'amour, la fuite du temps, la transmission, le hasard, sur fond des grands événements du XXe siècle. Un condensé des hommes et du monde mené avec maestria. Un conte à déguster comme on grignote un ballotin de chocolats !

 

Pour l'amour du chocolat    José Carlos Carmona    Editions Grasset

 

 

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lundi 13 août 2007

Damned Swap !

9782742766574Amateurs de poésie, ce livre vous ravira. Mais ne vous méprenez pas, point de "Mignonne allons voir si la rose". Ici ce serait plutôt "Vilaine, couchons-nous sur les ronces", et encore, je suis gentille. Plus question d'aller taquiner les muses !

Rulfo, poète maudit madrilène, a du mal à se remettre de la mort tragique de sa compagne survenue deux ans plus tôt. Il fait des cauchemars terrifiants. Et ses journées ne tardent pas à être encore pires que ses nuits, lorsqu'il s'aperçoit que la réalité rattrape sa vie onirique.
Les choses sont loin de s'arranger, lorsqu'il fait la connaissance de l'énigmatique Raquel qui souffre du même symptôme.
"C'est incroyable... On ne se connaît pas, on fait le même rêve depuis deux semaines, on a constaté que la maison existait et on est venus la même nuit, en même temps... Putain !... -Il se mit à rire tout bas. Elle approuva en silence. Soudain, le rire de Rulfo cessa. Il affronta de nouveau la beauté inépuisable de la fille. J'ai peur."

Et il a raison, car il s'en est passé des choses macabres dans cette maison. La découverte d'une figurine, d'une lettre et d'une photo va lancer ce duo plutôt mal en point sur la trace des Treize Dames. Aidé d'un médecin et d'un ami professeur spécialiste de poésie, Rulfo va découvrir que la beauté des vers peut s'avérer une arme destructrice.

"Rappelez-vous que Dieu est le "Verbe", et crée le monde avec la parole... Et "poésie" vient de poiêsie, qui signifie en grec "création". Tout cela ne pourrait-il pas être de vagues métaphores qui tournent autour du pouvoir occulte du langage et de sa transmission secrète par le biais de la poésie...? "

Ce roman démarre comme un thriller tirant un peu sur le fantastique. Je n'ai rien contre une dose d'occultisme, voire de paranormal. Mais là, l'auteur a eu la main trop lourde pour la pauvre cartésienne que je suis. Au fils des pages, le romantisme gothique, les rituels sado-maso et les délires morbides m'ont fait décrocher de ce livre.
J'étais déjà un peu nauséeuse dès le milieu du livre, alors 560 pages... ça m'a semblé bien long. Et après tout ça me direz-vous, La dame n°13 ? Ben, même pas peur !

"Nous travaillons avec la mort chaque fois que nous faisons de la poésie. Nous flirtons avec l'horreur chaque fois que nous parlons... Des paroles et des paroles dites au hasard. Imagine combien: celles d'un fou, celles d'un enfant, celles d'un acteur au théâtre, celles d'un criminel, celle de sa victime... Des paroles formant la réalité... Des sons qui peuvent détruire ou créer. Un tapis de sons où la poésie constitue le plus grans pouvoir..."

C'est bien écrit, l'auteur fait preuve d'une puissance imaginative indéniable, même si un peu glauque à mon goût, et c'est une métaphore originale de la puissance des mots. Moi qui reste de glace face à Virgile, Shakespeare et autres, je pensais me réconcilier avec les classiques, c'est raté. Je me demande même si je ne vais pas me débarasser des quelques recueils de poésie que je possède !

Mais s'il est sûr que je ne lirai pas "Clara et la pénombre", j'ai dans une pile "La caverne des idées" qui, je l'espère, semble être d'une teneur différente.

L'avis enthousiaste de KATELL.
Celui plus nuancé de FLO.

Merci KROUSTIK, pour m'avoir permis de découvrir cet auteur.
Je savais que j'avais à craindre le pire, des délires d'un psychiatre. Je n'ai pas été déçue... A mon avis, il avait dû arrêter de prendre son traitement !

La dame N°13     José Carlos Somoza     Editions Actes Sud

ypers110

 

 

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