mercredi 17 octobre 2018

Maramisa

maramisaCharles Vinel, jeune archéologue, professeur d'université et écrivain à ses heures, est un jour contacté par l'énigmatique et richissime Hermann Kopf. Ce dernier lui confie la mission de retrouver la mystérieuse cité perdue de Maramisa. Ce qui est rapidement chose faite. Non content, Kopf veut en ressusciter la civilisation car il existe encore de par le monde quelques uns de ses descendants, notamment des femmes et des enfants aux yeux gris. Fortune oblige, rien ne résiste à l'obsession de Kopf, et voilà Vinel, sous l'emprise du milliardaire, catapulté aux quatre coins du monde, obnubilé à son tour, envoûté même, cherchant à découvrir les secrets de Maramisa et les réelles intentions de son mystérieux mécène.

"Elle me parlait d'une ville légendaire, près des Indes magiques, dont le nom était Maramisa ; et des siècles de fuite et de souffrance, la dispersion d'un peuple jadis puissant aux vents de l'histoire et aux confins des horizons."

Voilà un roman d'aventure qui se prêtera parfaitement à une adaptation cinématographique. Voyages, cité perdue, quête de l'impossible, écriture inconnue à déchiffrer, personnalités troubles, héros passionné et naïf mais aux fulgurantes intuitions, jeu de pistes dénouant petit à petit un imbroglio mythico-religieux, une histoire d'amour, tout y est.

J'ai trouvé ce roman un peu trop bavard, je m'attendais à un peu moins d'actions et plus de profondeur (quelqu'un évoquait Le Nom de la rose, c'est ce qui m'avait tentée). Je crois que je me suis trompée lors de mon choix, séduite par cette magnifique porte de couverture qui n'était pas sans me rappeler l'Asie centrale, où effectivement se déroule une grande partie de cette histoire (mais ça pourrait se passer dans n'importe quel désert). Ça se lit vite, mais je suis restée à distance des personnages et de leurs émotions, de l'intrigue et des thèmes suggérés (abolition du temps, pouvoir de l'argent, société des loisirs et de l'illusion, emprise). Cela dit, ce livre ravira les adeptes du genre.

Merci à l'éditeur et à Babelio pour ce partage. Un site est consacré au roman ICI.

Maramisa     Vincent Engel     Editions Les Escales

 

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lundi 30 avril 2018

Fin de mois belge

music_instr_020Avec succès, il me semble, la Belgique était à l'honneur en ce mois d'Avril qui s'achève, aussi bien chez Anne et Mina que de l'autre côté de l'Atlantique chez Madame lit. J'ai envie de clôturer ce mois belge avec un artiste, poète à sa façon, qui incarnait si bien les mots de tout son être, de la grande et belle chanson vivante. Bien sûr, j'aurais dû choisir Bruxelles. Le Gaz n'est pas la plus connue, mais c'est unes de mes préférées. J'aime cette valse qui débute sobrement puis s'emballe au fur et à mesure. J'aime toute cette chaude sensualité qui s'en dégage, portée par le coffre et la plasticité incroyable de Brel. Une superbe chanson d'amour charnel, un vibrant hommage aux filles de joie, comme elles s'appelaient à cette époque... Que je regrette de n'avoir jamais vu cet artiste sur scène !

 

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samedi 28 avril 2018

Mendelssohn mania

CVT_La-carte-des-Mendelssohn_8495Une sacrée saga familiale que celle des Mendelssohn et dans laquelle s'embarque Diane Meur ! Felix, le musicien, est bien sûr de loin le plus célèbre. Mais Moses (1729-1786), son grand-père paternel, petit juif surdoué du ghetto de Dessau, fut le plus érudit et devint un des grands philosophes des Lumières prônant la tolérance et la liberté de culte. Cependant, c'est Abraham, le père de Felix, personnage anonyme et banquier de son état, qui décida l'auteure à se pencher sur cette famille, sans se douter que ces trois personnages allaient, de par leurs descendances et leurs alliances, envahir son esprit. Quand elle tentait de modérer cette quasi-obsession, hasards et coïncidences revenaient attiser et remettre sur les rails sa curiosité, et elle repartait dans cette quête qui semblait ne jamais vouloir finir. Je rappelle qu'elle commence en 1729, année de naissance de Moses, et qu'il fut le père de dix enfants. Cela débutait fort.

"Quel merveilleux sujet de roman, m'étais-je dit alors. Et quelle intéressante situation historique ! Etre le fils d'un philosophe des Lumières mort trois ans avant la Révolution française, être le père d'un compositeur romantique mort l'année précédant le Printemps des peuples, et de cette vie placée sous le signe de l'entre-deux - entre deux génies, entre deux dates charnières - n'avoir rien fait, ou rien de marquant. Un roman sur le vide et sur les filiations."

 Inutile de vous dire qu'il est impossible de résumer cette saga tant il y a de personnages, de lieux, de dates. D'un point de vue historique, il s'agit d'un travail remarquable, doublé d'une enquête généalogique dans toute sa splendeur, à faire pâlir la thérapeute familiale que je suis ! (j'avoue être souvent frustrée par l'ignorance ou l'absence de curiosité des familles modernes qui semblent souvent oublier qu'il y a un avant au-delà de leurs grands-parents). Dans ce Mendelssohn-Klompex, comme le nomme Diane Meur, le personnage de Felix devient presque anecdotique.

Parallèlement, nous suivons le parcours de l'auteure qui, en toute logique, commence par la construction d'un arbre généalogique qui va rapidement se transformer en baobab tentaculaire envahissant son salon. Là encore, j'admire le passage de l'arbre à la constellation et son ingéniosité à maîtriser la bête, car le Mendelssohn-Klompex, c'est 765 noms sur 4 continents sur 2m² de bristols ! (cliquer sur le lien ci-dessous pour agrandir)

canvas

© Diane Meur pour la réalisation/© Henri Desbois pour la photographie

 "Candide et circonspect, mon fils cadet reste à distance et pose la seule question à laquelle je n'ai pas envie de répondre: ─ Ça sert à quoi ? "

C'est ce travail de titan, une véritable enquête, qui m'a le plus captivée, ses recherches en bibliothèques, musées, archives, ses recoupements,  rencontres etc... Ses prises de tête avec la construction de la carte généalogique, ses états d'âme, passant de l'agitation euphorique au découragement et à la fatigue - que son entourage subit aussi - et enfin, l'écriture même du livre en résidence  en Belgique, au Pont-d'Oye, ancien marquisat dont le château est aujourd'hui dédié à la création littéraire grâce au baron Pierre Nothomb, aïeul de la célèbre Amélie.

D'un point de vue biographique, les vies du philosophe Moses Mendelssohn et de son petit-fils Felix sont de loin les plus intéressantes. Mais j'ai bien sympathisé avec Brendel la scandaleuse, fille aînée de Moses au caractère fantasque, qui a mené une vie turbulente, amour libre, divorce, plusieurs conversions religieuses ; par contre, le destin de sa nièce Fanny, soeur de Felix, est révélateur de l'époque. Musicienne talentueuse, elle fut sacrifiée au profit de son frère, qui ne l'aida en rien malgré leur fort attachement, et c'est alors qu'une reconnaissance de son talent émergeait enfin qu'elle disparut à l'âge de 41 ans. Felix mourut cinq mois plus tard à 38 ans.

J'ai retrouvé avec plaisir Diane Meur, dont j'avais adoré, mais pas chroniqué, Les Vivants et les Ombres. Cependant, la lecture de celui-ci est plus complexe et pourra sembler rébarbative à qui ne se passionne ni pour la généalogie ni pour cette famille. En tout cas, un roman qui rend bien compte de "l'interculturalité" prônée par le patriarche.

L'avis de DASOLA

Ma dernière contribution au mois belge dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

La  Carte des Mendelssohn     Diane Meur     Editions  Le Livre de Poche

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mardi 17 avril 2018

Partances

cvt_Les-derniers-planteurs-de-fumee_1844Un petit recueil de sept textes poétiques entre souvenirs d'enfance et hommage à la région de l'Ardenne située au carrefour de trois pays et dont le sol, en d'autres temps, fut foulé par des noms célèbres.

"L'Ardenne est bien ce pays dont on ne revient pas. Qu'on soit du centre ou des lisières, ou qu'on ait fui à cent lieues de là, l'Ardenne vous tient et ne vous lâchera plus. Car elle existe et n'existe pas, comme le jardin sauvage, inquiétant et merveilleux à la fois, le concentré de rêves et d'images, qui trempa notre enfance comme une aube à pieds nus ou comme une mer longtemps promise."

Enfant, l'auteur imaginait la mer au fond de son jardin, porté par la présence de son grand-père et ses souvenirs de marin, casquette sur la tête et pipe d'écume à la bouche. Devenu adulte, c'est dans une caravane immobile, baptisée Partance et remisée au fond de son jardin, qu'il poursuivra ses voyages à deux pas de chez lui.

"Demain, le jardin du monde va refleurir, qui rend ses couleurs aux plus vieilles images, toute sa lumière à celui qui, regardant, voit plus loin que ses yeux et met la mer en bouteille en marchant dans un livre."

Guy Goffette n'a pas son pareil pour faire renaître les ambiances des dimanches pluvieux des enfants solitaires dont l'ennui s'échappe vers l'ailleurs des rêves. Mais à l'âge adulte, ils rebrousseront chemin, recherchant la magie de ces instants porteurs de tous les possibles. Comme si, adultes ayant pourtant parcouru le monde, ces moments restent leurs plus beaux voyages. L'auteur a l'art du raccourci, un bout de terre, un morceau d'horizon, le flot d'une rivière, des odeurs de plans de tabac qui sèchent et "C'est l'heure des souvenirs qu'on tait et qui montent tout seuls dans l'air comme un nuage léger, âcre un peu, parfumé, vers les clignotantes lumières du fond des âges."

Guy Goffette est le poète de l'enfance, de la nostalgie, du temps et des rêves perdus. Je l'avais déjà découvert dans "Une enfance lingère" (billet  ICI) qui dans mon souvenir était plus léger, moins mélancolique que Les derniers planteurs de fumée qui, comme pour ralentir le temps, se fait l'éloge des voyages immobiles et de l'imaginaire. Cela se lit avec délectation.

 Cet opuscule est extrait de Partance et autres lieux suivi de Nema problema chez Gallimard

Les derniers planteurs de fumée     Guy Goffette     Editions Folio

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lundi 2 avril 2018

Le pays de 6h35

CVT_Zinc_8414Si vous n'êtes pas Belges, qui a déjà entendu parler du village de Moresnet ? Et par où commencer son histoire ?

En 1526, alors que Paracelse remarque ce dépôt de cristaux argentés et de forme acérée au fond d'un four et qu'il nomme Zink (zinken signifie pic en allemand), venant ainsi de découvrir un huitième métal ?

En 1816, quand, suite à la défaite de Waterloo, le congrès de Vienne redessine les frontières de la Prusse et du Royaume-Uni des Pays-Bas sans parvenir à trouver un accord sur un minuscule territoire de 3,44 kilomètres carrés à cause de la présence d'une mine de zinc que chacun revendique ?

En 1903, année où Maria Rixen, servante à Düsseldorf dans la famille Hütten et chassée car enceinte du maître de maison, va se réfugier à Moresnet où elle accouche de son fils Joseph, qui deviendra Emil après son adoption par la famille Pauly ?

Dans un habile maillage, l'auteur va conjuguer ces trois aspects de l'histoire avec pour fil conducteur la vie d'Emil Rixen, né sur ce curieux îlot qu'est Moresnet-Neutre.

"Sans avoir déménagé une seule fois de sa vie, il a été successivement citoyen d'un Etat neutre, sujet de l'Empire allemand, habitant du Royaume de Belgique et citoyen du Troisième Reich. Avant de redevenir Belge, ce qui sera son cinquième changement de nationalité.(...) Il n'a pas traversé de frontières, ce sont les frontières qui l'ont traversé."

Moresnet-Neutre est une enclave entre Moresnet-Belge et Moresnet-Prussien. En 1816, 250 habitants occupent "la capitale", un hameau d'une cinquantaine de maisons nommé Kelmis ou La Calamine, selon la langue utilisée, situé dans la vallée de la Gueule. En 1903, à la naissance d'Emil, 3433 habitants sont recensés, essentiellement des mineurs. C'est bien connu, le provisoire souvent s'éternise, et les aléas géopolitiques des différents acteurs ont fait perdurer cette situation. C'est ainsi qu'au fil du temps, cette bourgade se voit dotée d'un conseil communal par tirage au sort, très peu d'impôts, pas vraiment de langue ni de monnaie officielles, on les parlait et acceptait toutes, pas de scolarité ni de service militaire obligatoires, pas de justice, pas de douane. Par contre, un drapeau et une médaille existaient, un timbre poste a même été édité. Et comme la justice, l'heure était un vrai casse-tête !

"Le territoire neutre était dans le fuseau horaire de Paris, tandis que de l'autre côté de la route, on se réglait sur l'heure de Berlin. Et pour tout arranger, les pendules néerlandaises avaient de surcroît vingt minutes d'avance sur les belges, car avant l'apparition de liaisons ferroviaires internationales, l'heure était encore une affaire locale."

Bien évidemment, cette situation de neutralité prête au développement de la contrebande, sans compter que le délit d'îvresse n'existant pas, cafés et distilleries prolifèrent, ce qui attire une faune pas toujours recommandable, "Tous ceux qui avaient quelque chose à se reprocher venaient s'y réfugier". Afin de contrer cet état de fait, la direction de la mine instaure un paternalisme qui permet de développer école, habitat, dispensaire, caisse d'épargne, église ou temple protestant, fanfare et chorale, guildes et clubs. Enfin, comble de surprise, c'est à Moresnet-Neutre que l'Espéranto est intronisée langue officielle de ce drôle de territoire !

Le 4 Août 1914, tout bascule pour les habitants et 1919 verra Moresnet-Neutre disparaître au profit du Moresnet-Belge. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, notamment celle d'Emil Rixen que je vous laisse découvrir.

J'ai été littéralement happée par cette lecture et cette découverte d'un pan d'histoire dont j'ignorais absolument tout. Un livre qui fait revivre cet Etat unique grâce au travail de recherche de l'auteur mais aussi de par les témoignages de quelques anciens et descendants de ceux qui ont connu cette étrange époque. Un livre qui donne à réfléchir, intelligent, passionnant, qui se lit comme un roman.

C'était ma première contribution pour le mois belge du Défi littéraire de Madame lit.

Zinc    David van Reybrouck  (traduit du néerlandais (Belgique) par P. Noble)   Editions Actes Sud

 

moresnet

"Les frontières orientale et occidentale ressemblaient aux aiguilles d'une montre qui indique         six heures  moins vingt-cinq."

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vendredi 3 décembre 2010

Combien tu m'aimes ?

9782874490897Une fille se retrouve soudainement confrontée à la fin de vie de sa mère dans l'ombre de laquelle elle a toujours vécu.
Elle espère, enfin, voir la reine-mère tomber le masque de fierté derrière lequel cette femme narcissique s'est réfugiée pour mieux camoufler, peut-être, ses propres souffrances.

Jusqu'au bout, la narratrice essuiera les rebuffades maternelles et les petites humiliations d'un jeu pervers aux règles si bien rodées.
Mais un mot, un geste de tendresse peuvent-ils s'échapper de cet organisme qui s'empoisonne d'un trop plein de bile et de fiel ? Qui cèdera la première ?

"- Pourquoi tu pleures ? me demande ta voix essoufflée quand je reviens près de toi.
- Mais je ne pleure pas. Pourquoi veux-tu que je pleure ? "

Quand la maîtrise changera de camp, la dernière quête aura pour décor les fragments d'une vie bien comptée, rangée, archivée, où la fille n'aura pas d'autre choix que de plonger. Entre nécessité et espoir d'une rencontre, afin d'atteindre enfin cette femme inaccessible, pour s'y trouver elle-même et y démêler l'emprise qui les a toujours liées. Jusqu'à un ultime accaparement.

Comme une suite, ou peut-être une fin, aux deux précédents livres, "Le grand menu" puis  "Ma robe n'est pas froissée" , on  retrouve dans ce court roman le style impeccable de précision de Corinne Hoex qui décoche les vérités sans fioritures ni ménagement.

Une trilogie entre haine et aime, figée dans l'ambiance glacée de ces familles où les sentiments ne peuvent s'exprimer autrement que dans le conflit ou la soumission. En lisant ce dernier opus, j'ai eu plus d'une fois envie d'houspiller cette fille, jamais à la hauteur des espérances maternelles mais qui pourtant ne lâche pas prise, tant cela me renvoyait à des situations que je suis loin de m'être imposées, et je me demandais, finalement, qui de la narratrice ou de la lectrice est la plus apaisée à ce jour...

Cruel dilemme qui pourrait exister entre "La douleur de perdre ce qui n'a pas été" et, comme le disait un écrivain dont j'ai oublié le nom, "Mes parents sont morts, voilà une bonne chose de faite !" ...

Corinne Hoex     Décidément je t'assassine     Editions Les Impressions Nouvelles

 

merefille

 

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vendredi 8 août 2008

Haine-moi

robe_medLe regard d'une femme adulte sur trois personnages qui ont à jamais marqué son esprit tout autant que son corps.
Le livre s'ouvre sur la mort du père. Un homme rigide, autoritaire et redouté, qui a dressé sa fille à être une autre, l'ombre d'elle-même, celle qui contentera, qui se conformera.
Ainsi s'éteint le désir propre, pour épouser celui de l'autre. Ainsi se baillonne la volonté d'être, ainsi se travestit la vie.

"Tu aimais l'ordre. L'exactitude. Les collections. Les catalogues. Les inventaires. Tu es mort méticuleusement. Une métastase ici. Une autre là. Le pancréas. Le foie. La vésicule. Les poumons. L'estomac."

Point de salut ne viendra de la mère qui, jusque sur ses vieux jours, cultive encore et toujours l'art du ressentiment et de l'aigreur. Elle mettra jusqu'au bout un point d'honneur à repousser toute manifestation affective et tout épanchement qui, sans doute, se révèleraient synonymes de faiblesse.

"(...) et j'ai cherché à deviner sur son visage offert ce que nous avions en commun, notre air de famille, les traits qui nous reliaient, elle et moi, à toutes ces femmes au-dessus de nous, ces aïeules terribles, les lutteuses, les battantes, cette respectable généalogie de matrones aux mâchoires crispées, cette lignée de laquelle, fièrement, elle se réclame et qui, incongrûment, aboutit à moi, le mauvais embranchement."

Alors inévitablement, lorque l'âge sera venu, la fille se soumettra à la violence de son premier amant. Pas de mots, pas de larmes, pas de plaintes. Et à défaut d'amour, juste un sexe qui la poignarde et les marques des coups qui s'incrustent dans sa chair.

Mais derrière les façades des belles demeures bourgeoises l'honneur est sauf. Car chacun le sait, les murs y sont épais.
Heureusement, au bout des allées, il y a la mer qui permet tous les vagabondages et offre consolation.

"Voilà des heures que je suis assise ici, le regard en équilibre entre le ciel et l'eau. Des heures que j'admire dans le bleu lointain la docilité des nuages. Des heures que j'écoute le frémissement des coquillages sous la caresse des vagues, que je me laisse bercer par la rumeur babillante, volubile, le ronronnement bienséant de l'été. J'ébauche autour de moi dans le sable des arabesques, des volutes."

Voilà, c'est concis, net, précis.
En 111 pages, sans pathos, on fait le tour de la question.
Comme la narratrice, on reprend souffle sur les beaux rivages de la mer du Nord. Et cette douceur fait un bien fou au milieu de toute cette sècheresse et de cette solitude.
Un très beau texte sur l'emprise. La suite logique de celui que je vous avais présenté ICI.

Ma robe n'est pas froissée    Corinne Hoex    Editions Les Impressions Nouvelles

 

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dimanche 7 octobre 2007

Bis repetita ?

9782070319152 Rudolf Herter, romancier à succès, est à Vienne pour la sortie de son dernier roman. Lors d'une interview télé, il évoque Hitler et sa difficulté à cerner l'immonde personnage.
Le lendemain il est contacté par un vieux couple qui souhaite le rencontrer en privé afin de l'aider à appréhender le Führer.
Rendez-vous est pris et Herter se rend dans la maison de retraite où vivent Julia et Ullrich Falk.
Autour de la table de la cuisine, ces deux personnages qui ont travaillé comme domestiques dans le Nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden, vont lui conter une histoire extraordinaire. Ils prétendent avoir élevé le fils d'Eva Braun et d'Adolf Hitler.

"Le Hofmarschall Brückner l'avait informé, en bas, dit Falk, et quand il est entré dans la chambre, pâle, avec Bormann sur les talons, et qu'il a vu sa "petite biche" sur le lit avec son enfant au sein, ce fut comme s'il n'avait pas tout à fait conscience de ce qui se passait. Ses pensées étaient ailleurs, à son premier pogrom qu'il avait ordonné pour cette nuit même. Comme on l'apprit le lendemain, cette nuit-là, partout en Allemagne et en Autriche, on avait mis le feu aux synagogues et brisé les vitres des commerces juifs. Par la suite, on avait appelé cette nuit la "Nuit de Cristal" - c'est aussi un 9 novembre, en 1918, que l'empereur allemand fut détrôné, un 9 novembre, en 1923, que le putsh de Hitler à Munich a échoué, et un 9 novembre, en 1989, que le Mur de Berlin est tombé."

On retrouve les interrogations philosophiques de l'auteur, qui se penche ici sur l'origine du mal absolu. Secondé par Schopenhauer et Nietzsche, et par le biais de la fiction, Rudolf Herter tentera de trouver une réponse. Il n'en sortira pas indemne ...
Une lecture pas désagréable, mais un livre qui est loin d'être à la hauteur de "La découverte du ciel"

Siegfried, une idylle noire     Harry Mulisch    Editions Folio

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jeudi 20 septembre 2007

Atterrissage

9782070418879Onno est issu d'une famille calviniste influente; c'est un spécialiste des langues anciennes, peu porté sur les plaisirs de la vie, plutôt tête en l'air et un brin provocateur.
Max, astromone à l'observatoire de Leyde, il est le fils d'un collabo fusillé après guerre et d'une mère juive décédée en déportation; sans attache, célibataire, séducteur, il croque la vie comme elle vient.
Tout les oppose et ils n'auraient jamais dû se rencontrer en cette nuit de Février 67, seulement voilà...

"Il y avait une histoire derrière tout. Seul celui qui connaissait toutes les histoires connaissait le monde. Et il existait derrière le monde entier, avec toutes ses histoires, une autre histoire, qui était donc plus vieille que le monde. Il aurait fallu réussir à connaître cette histoire."

Ce véritable coup de foudre amical nous entraîne, à la suite des deux protagonistes, dans une fresque romanesque grandiose. Des Pays-Bas en passant par la Pologne, Cuba, l'Italie, nous suivons ces deux personnages originaux, et quelques autres, jusqu'à la fin des années quatre-vingt dans un véritable tourbillon intellectuel,  historique et métaphysique.
Entre Ciel et Terre, la philosophie, l'Art, les sciences, la politique, la psychanalyse, l'Holocauste, la religion sont autant de routes adjacentes qui mènent Max et Onno à s'interroger sur le sens de la vie et qui les conduiront là où ils ne pensaient peut-être pas arriver. Car le libre-arbitre a du souci à se faire ...

"Il se souvint que Max avait dit un jour qu'il était impossible de prouver qu'on ne rêvait pas quand on était éveillé, parce que dans un rêve on était parfois aussi convaincu d'être éveillé et de ne pas rêver. Or si la réalité pouvait être un rêve, un rêve pouvait-il devenir aussi réalité ?"

C'est avec tristesse que j'ai refermé ce livre. Je me sens un peu orpheline après une semaine passée en compagnie des héros d' Harry Mulisch. J'ai découvert un grand écrivain néerlandais à l'imaginaire foisonnant et à l'érudition impressionnante sans jamais être pesante. Un livre que l'on n'oublie pas...

Pour ceux et celles qui hésitent encore, à lire les avis de PAPILLON et de CHIMERE , qui elles aussi ont été plus que séduites.

La découverte du ciel     Harry Mulisch     Editions Folio

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dimanche 2 septembre 2007

Mitron bon, mitron mauvais

livreLa narratrice est la fille de l'aînée des sept soeurs en question, Martha.
Après Martha, il y eut Marie, puis Anne, Christina, Vincentia, et enfin les jumelles Clara et Camilla.
La mère de cette tribu meurt peu après la naissance des jumelles, laissant un mari inconsolable, au point que celui-ci disparait un beau jour sans laisser d'adresse. Martha n'a pas d'autre choix que de prendre les choses en main avec l'aide d'Omi, une vieille femme venue d'on ne sait où.

"Au bout d'un certain temps, tout le monde avait oublié ce que j'étais venue faire là et le schéma s'était rétabli, le schéma que Martha avait tissé treize ans auparavant lorsque son père avait disparu du jour au lendemain pour ne plus jamais revenir, la laissant seule avec ses soeurs et la petite boulangerie."

Car Sébastien, le mari de Martha, prend lui aussi la poudre d'escampette six mois après la naissance de sa fille, après avoir fait chavirer plus ou moins le coeur de toutes les soeurs.
A partir de là, la narratrice ne saura plus trop qui elle est, puisque toutes les soeurs vont s'occuper d'elle, comme une seule et unique mère aux multiples visages. Est-elle la fille de l'une ou la soeur de toutes ?
Au fil des pages et du temps qui passe, certaines d'entre elles tenteront l'aventure du mariage et quitteront momentanément la maison, mais pour toujours finir par y revenir suite aux aléas de leur vie conjugale. Et la narratrice, elle, n'aura de cesse d'essayer de découvrir qui était ce Sébastien dont on vient d'améner le cadavre à la boulangerie, événement qui réunit une fois de plus les sept soeurs.

Un roman qui m'a un peu surprise car je m'attendais à me rouler dans la farine et à me saturer les narines d'odeurs de viennoiseries et de bon pain. Au lieu de cela, la narration est plutôt axée sur les tribulations des soeurs qui m'ont un peu donné le tournis avec leurs aller et retour incessants et j'ai un peu mélangé les histoires des unes et les prénoms des autres.

"Clara avait déjà annoncé à plusieurs reprises qu'elle ne continuerait pas à travailler à la boulangerie, et du jour au lendemain elle disparut. Elle ne donna aucune nouvelle, et pendant trois ans on ne sut plus rien d'elle. Jamais après son retour, elle n'a donné la moindre explication quant à ce qu'elle avait fait pendant tout ce temps."

Au final, un livre pas désagréable mais qui se termine un peu en queue de poisson, puisque l'on passe des quinze ans de la narratrice à ses cinquante, en quelques pages seulement.
Il paraît qu'il y a une suite...

La maison des sept soeurs     Elle Eggels     Editions 10/18

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