vendredi 8 juin 2018

Adieu Sultan, Vizirs, Pachas et cetera !

51GnHUueABL On ne sait pour quelle raison, puisque le traducteur est le même, l'orthographe des noms propres diverge quelque peu,  mais n'en voici pas moins la suite de Comme une blessure de sabre.

Le vieil Osman tient toujours conciliabule avec ses morts : Hikmet Bey, convalescent suite à une tentative de suicide après le départ de son épouse, la belle Mehpare restée à Salonique, filant le parfait amour avec Constantin le Grec. De retour à Istanbul, il retrouve petit à petit le goût de vivre, entouré de son père, Reşit Pacha, toujours médecin du Sultan, et de sa mère, Mihrişah la scandaleuse, rentrée à nouveau de Paris avec ses petits enfants. De son côté, le commandant Ragip Bey, cantonné à Istanbul, fait la connaissance de la belle Dilara Hamin et délaisse son épouse, une des filles du Cheikh Yusuf Effendi, lui-même toujours aussi empreint de sagesse.

Nous sommes au début de l'année 1909. Le Sultan règne encore sur l'Empire ottoman, mais le mouvement des Jeunes-Turcs et le Comité Union et Progrès, qui ont permis le rétablissement de la Constitution de 1876, peinent à appliquer leur programme de modernisation des institutions et de la société. L'anarchie s'installe au sein de l'armée infiltrée par des religieux favorables au Sultan qui instrumentalisent également les populations, une contre-révolution ne tarde pas à éclater qui verra enfin la destitution du Sultan et son exil.

" ─ Il est absurde de penser que le peuple puisse être un symbole alors que lui-même a tant besoin d'un... comment dirais-je, d'un idéal. Qu'est-ce que le peuple ? Qui est le peuple ? Que symbolise-t-il ?... Le peuple, c'est tout le monde et personne à la fois... Par contre, vous pouvez affirmer oeuvrer pour son bien ; il y a eu de tout temps des gens qui se sont proclamés défenseurs du peuple, mais qu'avez-vous vraiment fait pour lui ? Est-il plus riche, plus libre ? Ce n'est pas vous qui aidez le peuple, c'est lui qui vous aide à conquérir le pouvoir."

Bien que cette suite évoque l'épisode de la contre-révolution de 1909, la lutte des réformateurs unionistes contre les partisans de la charia, comme le titre l'indique, l'auteur s'attache surtout à l'évolution sentimentale de ses personnages, à leurs tourments émotionnels qu'engendrent l'hypocrisie et la tradition. D'une écriture toujours aussi sensuelle, il nous livre au passage un aperçu des conditions de vie des femmes des harems de la bonne société. L'atmosphère de fin de règne, les atermoiements, les scissions et rivalités unionistes face à un avenir à construire, l'immiscion de l'armée dans la vie politique, sont rendus de façon romanesque mais avec justesse. Si je l'ai trouvé un peu redondant côté intrigues amoureuses, ça reste un beau roman qui a l'avantage de nous instruire sur la période d'avant-guerre qui a conduit cet empire, réduit comme peau de chagrin, à s'allier à l'Allemagne et permis à Mustafa Kemal d'attendre son heure.

"Telles des plantes bizarres et magiques, les amitiés comme les amours croissent et s'épanouissent rapidement dans des climats extrêmes. En ces temps marqués par de grandes menaces, de multiples dangers et de profondes angoisses, les événements de l'histoire contraignent les hommes à vivre dans une serre imaginaire close sur elle-même, créant une atmosphère propice à la floraison précoce de sentiments qui, à l'image du lierre colonisant un mur, se cramponnent fortement aux autres."

Et un grand merci à l'éditeur pour les merveilleuses couvertures. Celle du second tome n'a rien à envier à la Judith de Klimt. Il s'agit du magnifique portrait d'Ottilie Godefroy, autre viennoise célèbre plus connue sous le nom de Tilla Durieux, interprétant la Circé de Pedro Calderon de la Barca. Magicienne, ensorceleuse au regard mutin, de par ses charmes et le plaisir, elle a le don de transformer les hommes. Assurément les femmes dans l'oeuvre d'Amhet Altan n'en sont pas dépourvues, changent-elles les hommes pour autant ? Ça, c'est une autre histoire...

L'Amour au temps des révoltes     Ahmet Altan  (traduction A. Depeyrat)     Editions Actes Sud   

 

topkapi 1909

Femmes et eunuques, harem du palais de Topkapi, 1908. (source ACPI )

Posté par Moustafette à 00:07 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

jeudi 12 avril 2018

Sultan, Vizirs, Pachas et cetera.

41A48AB52TLAlors que le régime turc actuel s'illustre encore et toujours par ses exactions et ses répressions permanentes, j'ai envie de vous présenter ce livre d'Ahmet Altan, publié dans son pays en 1998. L'auteur, journaliste et écrivain, a été condamné en Février à la prison à perpétuité (aggravée et incompressible) suite à la tentative de coup d'Etat de Juillet 2016, pour lequel il est accusé, ainsi que son frère et quatre autres personnes, de terrorisme et de tentative de renversement du gouvernement via "un message subliminal" qu'il aurait délivré la veille lors d'une émission de télévision...

Ce roman, lui, n'a rien de subliminal et dire qu'il est sublime serait facile... Ce qui est certain, c'est qu'il nous conte une page d'histoire de l'Empire ottoman qu'il serait bon de nous rappeler aujourd'hui tant les similitudes foisonnent. Osons rêver à la fin d'un autre règne, bientôt.

Nous sommes à la fin du XIXe siècle, Stamboul n'est encore que le nom de la vieille ville, le Sultan règne sur un Empire agité de velléités d'indépendances diverses mais, retranché en son palais, il ne prête qu'une attention discrète aux remous qui frappent à la Sublime Porte. Fort qu'il est de sa police, de ses espions et de la fidélité de ses pachas, c'est plutôt de son frère qu'il pense voir venir la félonie.  

C'est par la voix d'Osman - un vieil homme à moitié fou qui vit et parle avec ses morts, enfermé dans un appartement rempli d'objets ayant appartenus aux différents protagonistes - que leur histoire nous est contée. Hikmète Bey, fils du médecin du Sultan, a grandi à Paris où il a vécu après la séparation de ses parents. A vingt-quatre ans, il est de retour à Istanbul sur ordre de son père qui veut le marier, entre au service du Sultan comme secrétaire de chancellerie et ne cessera de gravir les échelons. Mehparé Hanim sera celle qu'il se choisira pour épouse alors qu'elle a été répudiée par son premier mari, le Cheikh Youssouf Effendi, grand maître soufi dont le nombre d'adeptes ne cesse de croître. Raguip Bey, un jeune officier prometteur, est rappelé lui aussi à Istanbul par son maréchal, un héros de l'Empire contre lequel complotent les pachas du sérail. Les destins de tout ce beau monde vont se croiser et tenter de composer malgré les multiples réseaux d'espionnage des uns et des autres et la délation élevée au rang d'oeuvre de salubrité publique. Ajoutons à cela, les rébellions de plus en plus fréquentes que le Sultan règle à coup de solutions sanglantes et d'emprisonnements massifs, qu'elles concernent les Arméniens, les Albanais, les Kurdes, les Bulgares, les Serbes ou les Macédoniens, et voilà planté un décor romanesque sur fond de Bosphore.

"La peur et l'oppression qui régnaient dans la ville couverte de sureaux et de cèdres, où la mer, les chèvrefeuilles, les roses, les figues, les citrons et les melons embaumaient obstinément pendant que résonnaient les appels à la prière et les cantiques, composaient le climat à la fois conservateur et excitant de ce pays où les âmes des habitants, enfouissant constamment dans les profondeurs de leur être des sentiments bridés par les interdits et le péché, se changeaient en nuits noires au milieu desquelles leurs sentiments explosaient soudain comme un feu d'artifice."

Bien sûr, il sera question de passions amoureuses, sexuelles, partagées puis contrariées, portées par les figures de la belle Mehparé, mais aussi par la scandaleuse et délicieuse Mihrichah, mère de Hikmète Bey, qui s'en revient de Paris et sème le trouble dans la capitale ottomane, cheveux au vent et décolleté en avant. Mais bien plus, c'est à l'éveil d'une nouvelle conscience politique que nous convie l'auteur, celle des jeunes officiers qui bientôt changeront le destin de l'Empire, et dont le plus célèbre est Mustafa Kemal.

La figure centrale du roman est sans conteste Hikmète Bey qui, fort de son éducation européenne mais coincé de par ses fonctions, va devoir composer avec ses aspirations et les traditions. On assiste à l'évolution de cet homme qui mettra ses déconvenues amoureuses au profit de son pays en s'engageant à sa façon dans une  résistance balbutiante qui ne sera pas exempte de dissonances. Tous soudés pour réclamer la chute du Sultan, l'identité turque va rapidement se heurter à celles des autres peuples de l'Empire. Et Hikmète Bey, partagé puis déboussolé, aura bien du mal à abandonner celle de l'Ottoman cosmopolite épris de liberté et de plaisirs, contrairement à Raguip Bey qui restera droit dans ses bottes et nous instruit sur la genèse du rôle déterminant de l'armée dans l'histoire de la Turquie moderne.

Roman de la sensualité et de la transgression, ce livre est à lire, à offrir, à partager, à réclamer à votre libraire pour comprendre les fondements de ce qui se joue encore aujourd'hui dans ce pays et faire entendre haut et fort, par delà les barreaux, la voix de son auteur afin ne pas oublier le combat de ceux qui s'élèvent pour une société éclairée contre le pouvoir des armes et des religions.

Vous pouvez signer la pétition lancée par Actes Sud, via notre ministre de la culture et fondatrice de ces mêmes éditions. C'était un minimum, l'autre aurait été de remettre en avant sur les tables des libraires les romans d'Ahmet Altan au côté de ceux d'Asli Erdoğan, ce qui n'est pas le cas. A lire également la défense d'Ahmet Altan sur le site de KEDISTAN et dont voici un extrait.

"Les vrais risques pour Erdoğan ne se trouvent pas dans les voix de ces opposants mais dans le silence de ses sympathisants.
Disons-le à la manière de Shakespeare :
Erdoğan, méfie-toi de ce silence.
Dans ce silence, il y a les yeux des enfants affamés.
Les visages livides des sans-emploi dont le teint est devenu d’une blancheur de cire.
Les regards affligés des pères à la tête baissée de gêne devant leurs enfants.
Les sanglots étouffés des mères malheureuses.
Peut-être y a-t-il un moyen de faire taire ces voix.
Comment ferez-vous taire le silence ? Une société entière est malheureuse.
La Turquie regarde en frissonnant un gouvernement devenu fou comme s’il s’agissait d’un homme suspendu au-dessus de l’abyme."

(Translation by Renée Lucie Bourges)

 Comme une blessure de sabre   Ahmet Altan  (traduit par A. Depeyrat)    Editions Actes Sud

 

2012-01-01 0011

Istanbul, majestueuse dans un petit matin brumeux de Décembre 2015

Posté par Moustafette à 00:09 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : ,
samedi 31 mars 2018

Quel joli mois de Mars !

Pour clore mes balades hongroises et dans l'Europe de l'Est

Un très beau film que je vous invite à aller voir.

Et parce que, tout comme les Tziganes, les Juifs ashkénazes ont nourri son patrimoine, l'Europe de l'Est ne serait pas ce qu'elle est sans eux. Il me semblait important de les mentionner et de ne pas l'oublier.

Comme j'avais débuté Mars en musique, je vous propose pour conclure un air de Klezmer qui commence dans une douceur lancinante, puis laissez-vous emporter par le violon de Daniel Hoffman et wahou... le solo de clarinette de Sheldon Brown !

Merci à Eva, Patrice et Goran pour ce joli mois à l'Est auquel j'ai pris un immense plaisir à participer. Il a permis de faire d'intéressantes découvertes chez celles et ceux qui s'y sont joints, et de réduire un peu une pile à lire qui reste hélas encore trop élevée. Madame lit s'y est associée grâce au hasard du calendrier et m'a permis une agréable incursion littéraire en Hongrie que je compte bien poursuivre. Maintenant, en route pour la Belgique !

 

logo-madamealu                              logo-epg

Posté par Moustafette à 01:03 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,
lundi 12 mars 2018

Huis clos au Kosovo

cvt_Une-petite-guerre-parfaite_456824 Mars 1999, dans un appartement du quartier de Dardania, à Pristina, une bande d'amies fêtent tant bien que mal l'anniversaire de Rea. Cadeau offert par l'OTAN qui, le même soir, lâche ses premières bombes sur les installations serbes du Kosovo et les hommes de Milošević. Les invitées ne s'éternisent pas, pressées de fuir la ville avant le début des frappes. Ne restent que Rea, Nita et Hana qui vont vivre enfermées, ou presque, quatre-vingts jours, ne sortant qu'en de très rares occasions, reliées à l'extérieur par la télévision quand l'électricité n'est pas coupée et par quelques appels téléphoniques venus de l'étranger. Les Américains avaient prédit une guerre propre et rapide. Elle fut sale, comme toujours, et trop longue, une guerre c'est toujours trop long.

Seizième jour. "Mais cette guerre est une guerre parfaite. Aucun soldat américain n'est mort jusqu'à présent, parce que cette fois, on combat depuis le ciel. Point. C'est une nouvelle méthode, autant changer un peu de temps en temps, autrement les guerres se ressembleraient toutes, et cela ne voudrait plus la peine de les raconter dans les livres d'histoire : une fois qu'on en aurait décrit une, on serait tranquille pour toutes les autres. Mais on la racontera celle-ci, et comment : la guerre parfaite, sans soldats morts. Les civils crèvent par milliers, la terre se vide de ses habitants pour être remplie ensuite de Serbes exclusivement. Celui qui a inventé ce plan à Belgrade a dû penser qu'il avait affaire à une piscine, pas à une patrie. C'est un raisonnement hygiénique, ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça du nettoyage ethnique. Videz la piscine de son eau sale puis remplissez-la avec de l'eau propre."

Parallèlement au quotidien des trois femmes, on suit le périple de quelques uns des membres de leur famille et de leur entourage, plus ou moins épargnés car utiles, raflés ou échappés tentant de rejoindre qui l'Albanie, qui la Macédoine ou le Montenegro. A l'étranger, d'autres Kosovars en exil, frères ou amis, essaient de concilier les futilités de leur vie avec la réalité morbide que délivrent les journalistes ou les organisations humanitaires. Cauchemar et barbarie pour les uns, angoisse et attente pour les autres ; au milieu, quelques actes isolés d'humanité, de solidarité.

"Elle sort dans le couloir. La lune est pacifique, de celles qui mettent le monde en extase. Le linge étendu flotte légèrement, baignant dans cette si belle lumière, sur fond sonore de dérapages de camions et de rafales de mitraillettes. C'est un cauchemar magnifique."

Une lecture assez éprouvante, même si l'auteure ne se complet pas dans les scènes de viols ou d'exécutions. Elle porte la voix des femmes qui ont pour mission de protéger les hommes, celles qui n'ont pas voulu fuir ni dire au revoir : "Je ne t'ai pas embrassé donc nous ne nous sommes pas quittés donc rien de grave ne peut arriver." Elle transpire la tension et la peur, l'isolement, l'enfermement et l'ennui qui laissent l'esprit libre de divaguer, d'imaginer le pire ou le miracle. Une lecture qui a su raviver les images de ces années 90 qui me hantent encore alors que j'assistais éberluée à l'exode de tous ces gens, de quelques nationalités qu'ils fussent, sur des routes maintes fois empruntées en temps de paix et associées à des souvenirs heureux. Des gens, des lieux, si proches et si vivants, qui ne renvoyaient que folie et désolation. Et un immense sentiment d'impuissance devant les basculements de l'Histoire.

"Mais les larmes d'un homme sont belles, et si l'on vit dans les Balkans, elles deviennent d'une beauté à vous couper le souffle."

L'auteure est née en 1960 en Albanie, elle a quitté son pays en 1988 et a choisi d'écrire dans sa langue d'adoption.

Une petite guerre parfaite    Elvira Dones   (traduit de l'italien par L. Pailhès)   Editions Métailié

 

338px-Flag_of_Kosovo

 (Indépendance en 2008, non reconnue par la Russie et la Chine, entre autres)

Mais a trouvé sa place dans

logo-epg

  

Posté par Moustafette à 00:08 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :
vendredi 9 mars 2018

Brillant !..."tel un piano à queue".

41088G-zvELJe ne sais pas vous, mais moi je me verrais bien au volant de cette Volga M24 "qui brillait au soleil tel un piano à queue ", pour un périple dans les Balkans, par temps de paix si possible... C'est à peu près ce que nous offre l'auteur puisque l'action se situe en partie à la fin des années 80 alors que la montée des nationalismes se fait de plus en plus pressante et que ce qui reste de la Yougoslavie ne s'est pas encore complètement embrasé. Je laisse le principal protagoniste se présenter.

"Je m'appelle Dželal Pljevljak. J'ai travaillé pour l'armée en tant que civil et aujourd'hui, si je n'étais pas celui que je suis, j'aurais déjà pris ma retraite, je serais au volant d'une Golf, couleur cerise, modèle 1987 ou 1988, je me serais fait construire une maison dans le Sandžak face à une plantation de pruniers qui aurait déjà donné de bons fruits. Je serais assis au pied de ces arbres et je n'aurais jamais rien su de celui que je suis à présent."

Oui mais voilà, c'est une Volga que lui vend le général Karamujić. Une Volga qui va changer le destin de Dželal, lui permettant chaque semaine de faire le trajet Split-Livno afin d'assister à la grande prière du vendredi. Dželal, en apparence homme discret, assez solitaire, respectueux, pieux musulman, est pourtant empreint d'une tristesse dont nous ne saurons rien. Au volant de sa Volga, il aime se remémorer ses 35 années passées à l'armée comme chauffeur, réfléchir à la khutba (sermon) qu'il a écouté à la mosquée et à ses échanges avec le nouvel et mystérieux imam, tout en évitant consciencieusement de repenser à certains aspects de sa vie. Un jour, un des pneus éclate. Les Fatumić lui viennent en aide et il se lie d'amitié avec le vieil Osman et cette famille bosniaque, prend l'habitude de s'arrêter régulièrement chez eux pour apporter du chocolat aux enfants, et surtout écouter Osman lui raconter des histoires d'antant. Fin de la première partie qui se termine le 1er Janvier 1988, nous laissant présager un coup de tonnerre.

Première partie étrange, le personnage de Dželal comme à distance de ses émotions, un récit un peu désaffecté, retenu, contrastant avec une érudition religieuse étonnante. Mais peu à peu, entrée en scène de nouveaux et nombreux personnages, avec leur diversité et leur originalité, et là, la magie opère doucement, insidieusement. Puis soudain, la seconde partie vient nous cueillir, dynamise le récit, l'émulsifie. Elle se déroule en 1992 sous la forme d'une enquête journalistique concernant un fait divers qui, s'il a marqué les mémoires, a vite été relégué au second plan par la guerre. Bien entendu, ce fait divers a eu lieu le 1er Janvier 1988. L'enquête va venir éclairer petit à petit le lecteur et l'histoire de Dželal, lever les pans d'ombre et combler les frustrations qui entourent le récit un peu lisse qu'il nous faisait de sa vie. Et je n'en dévoilerai pas plus.

Miljenko Jergović, comme à son habitude, relate avec virtuosité la cohabitation et le chevauchement des cultures, plonge habilement dans les strates ottomanes et austro-hongroises du passé, nous balade dans cette mosaïque de peuples cimentée par Tito jusqu'en 1980. Et c'est avec érudition et subtilité qu'il fait glisser ses personnages d'une époque à une autre, dans le labyrinthe des alliances et des revirements où les protagonistes se fourvoient, voire se perdent parfois eux-mêmes.

"Il faut respecter les gens qui luttent. C'est ceux qui ne luttent pas qui posent des problèmes."

Les allers-retours, qu'ils concernent les Oustachis de la Seconde Guerre mondiale ou la Yougoslavie de Tito, offrent des pages sombres et poétiques grâce au talent de conteur du vieil Osman, telle la belle histoire des chevaux sauvages de Golija, ; la présence discrète du chauffeur Dželal enregistre sans complaisance les petits arrangements des militaires avec le socialisme ; enfin, l'analyse factuelle rondement menée par les journalistes remet en perspective les événements, alors que les grondements de la guerre défilent à la télévision. Un roman à la construction sans faille, d'une tonalité virevoltante, excessive, sans être indigeste, et non dénuée d'humour. 

"Quand Tito passait, il laissait derrière lui une odeur de citron et Avram croyait que c'était le doux parfum du thé que le maréchal prenait le matin avec sa femme Jovanka ou bien un parfum à l'huile de rose bulgare, d'où chez Avram la conviction que le communisme sentait la rose."

 Au final, une petite tragédie parmi tant d'autres, mais une terrible histoire, entre sacrifice et rédemption.

"Tout souvenir, comme toute histoire humaine écrite ou non écrite, ressemble plutôt à un rêve qu'aux ombres laissées par la réalité. Il en va de même avec l'histoire de Dželal Pljevljak et la mémoire de l'affaire qui a marqué la Yougoslavie juste avant la guerre. En écrivant ces lignes, l'inquiétude nous saisit à l'idée que tout ce dont nous avons fait état aurait pu se passer autrement, pour ne pas dire à l'inverse, le noir aurait été blanc, la nuit le jour, et que toute mémoire n'est qu'un rêve au milieu d'une agonie."

Ce n'est pas ma première rencontre avec Miljenko Jergović, et ce ne sera pas la dernière ! Autre roman chroniqué  Le palais en noyer  ICI

Volga, Volga   Miljenko Jergović  (traduit du croate/bosniaque par A. Grujičić)  Editions Actes Sud

va trouver une petite place dans

logo-epg

Posté par Moustafette à 00:30 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :

samedi 3 mars 2018

Gemme, tu aimes, il aime...

001311698Je poursuis mes promenades littéraires dans les Balkans. Cette fois, c'est en compagnie de Stanislav Dugi, vieux professeur de littérature, en deuil d'une épouse assez fantasque. Celle à qui il vouait un amour indéfectible s'en est allée emportant avec elle son mystère. Mariés depuis trente ans, Višnja a toujours été une épouse aimante et attentive malgré leur différence d'âge, elle n'exigeait qu'une chose, s'octroyer, une fois l'an, une semaine de liberté dont Stanislav ne saurait rien. Taraudé par la jalousie, il se plie malgré tout à ce "caprice". Seul témoin de ces escapades, le collier qui orne le cou de Višnja et dont elle ne se sépare jamais, un collier de pierres multicolores dont le nombre varie au gré de... on ne sait trop quoi.

"Parfois le professeur avait l'impression que le collier de Léontine s'était rallongé ou raccourci, que les pierres changeaient de couleur, qu'elles étaient différentes, et que chaque année, suivant une règle qui lui était propre, Léontine le recomposait."

Lorsque la mort s'en vient ravir la belle, elle laisse un Stanislav désemparé face à l'absence et à ses questionnements définitivement sans réponse. L'écriture sera sa planche de salut. Égrainant le fameux collier tel un chapelet, l'imagination le porte une dernière fois vers son épouse. Sous forme de fictions à peine déguisées, il invente pour chaque pierre un fragment de possible et, telles des perles qu'on enfile, il aligne sur le lien de son récit des fantasmes colorés qui viennent donner du sens au mystère et combler l'inconnu.

Le roman s'ouvre sur le décès du professeur trois mois après celui de sa femme Il laisse en héritage un manuscrit dans lequel se mêlent aux éléments autobiographiques de courtes nouvelles aux tonalités variées. Une pour chaque pierre qui, il n'en doute pas, a été offerte par un amant. En préambule, un petit aparté nous renseigne sur la couleur, l'origine, le symbolisme, la mythologie, les pouvoirs et les bienfaits de ces pierres semi-précieuses. A charge pour Balaban, l'assistant de recherche du professeur Dugi, de gérer cet héritage littéraire et de nous livrer une chute réjouissante !

Une couverture pour le moins originale, un sujet traité de façon inattendue, entre légèreté et fatalisme, des fictions dans la fiction, un petit traité de lithothérapie, un style tour à tour gouailleur, trivial, pudique, poétique. Un petit bijou qui s'inscrit bien dans l'originalité de la littérature balkanique moderne. Une coquette et pétillante digression qui réhabilite ce sentiment mal aimé qu'est la jalousie !

Un extrait consacré à la pierre de Lune : " (...) sous la clarté lunaire, dans ses bras, elle scintillait telle une sirène jaillie de cette mer obscure, de cet océan nocturne. (...) C'était beau, de voir le monde comme on le voit de la Lune."

Un grand bravo à l'illustratrice JULIA DASIC dont une de ses Vénus callipyges orne la couverture du roman. Je vous invite à découvrir son univers peuplé d'Odalisques, de créatures éthérées ou inquiétantes, femmes organiques ou fantastiques,  "sirènes névrosées", sur son site ICI , ainsi que quelques animations vidéos pleines de poésie  LA.   

 Autour de ton cou  Mirjana Bobić  (traduit du serbe pa S. Despot & S. Milošević-Valenti) 

Editions Xenia

Va trouver une petite place dans

logo-epg

Posté par Moustafette à 00:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :
jeudi 1 mars 2018

Vent d'Est

music_instr_020Le vent d'Est qui balaie nos contrées depuis quelques jours ne nous apporte pas que de la froidure. Déferlent avec lui, et durant tout ce mois de Mars, des calligraphies voyageuses qui nous viennent du fin fond de l'Europe. Enrobant les mots et suscitant des images, elles vont nous murmurer, je l'espère, de bien belles histoires. Россия, Shqipëria, Հայաստան,  Ελλάδα,  Magyarországייִדיש, România, България, Hrvatska, Bosna i Hercegovina, Crna Gora, Srbija, Kosovë, Україна, Polska, Slovensko, Česko...

 Des mots qui chantent aussi comme des notes, portés par le violon des Tziganes et la clarinette du Klezmer des Juifs ashkénazes, par la balalaïka russe et les cuivres des fanfares des Balkans, par le bouzouki grec et le cymbalum hongrois. Alors, en espérant la Russie et ses auteurs invités au salon du livre de Paris ; en guettant ce que la littérature hongroise nous réserve chez Madame lit, puisque ce mois lui est consacré ; en attendant de parcourir de long en large l'Europe de l'Est grâce à Eva, Patrice et Goran ; je vous souhaite à toutes et à tous un Καλό μήνα ! comme on dit en Grèce en début de chaque mois... et vous laisse en compagnie du groupe  PAPRIKA  pour se mettre dans l'ambiance et se réchauffer.

 

 Rajout à 11h, un temps de circonstance ce matin au jardin.

arrosoir

Et un très bel éloge du froid  ICI  en mots et en photos

Posté par Moustafette à 00:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,
samedi 30 décembre 2017

Côme again ?

 

2017-12-28-20-47-55-Nous avions laissé le narrateur à Côme  alors qu'il s'apprêtait à quitter la fondation Rockfeller où il était en résidence littéraire. Dans ce même Côme, l'auteur ne cachait pas son appétence certaine pour l'alcool. Rien d'étonnant donc à ce que nous le retrouvions à Belgrade, quelques années plus tard, traînant sa neuropathie alcoolique et son abstinence dans les rues de sa ville. Tout heureux d'avoir retrouvé l'usage de ses jambes, il déambule au gré de ses humeurs dans une capitale serbe en mutation ; nous sommes en hiver 2004-2005, les années de guerre ne sont pas si loin. 

Fort de cette épreuve qu'il vient de traverser, fauteuil roulant, soins, rééducation, convalescence en maison de repos, c'est par la marche, ses "promenades thérapeutiques", que l'auteur va se réapproprier son corps, apprivoiser la douleur, retrouver sa ville et, qui sait, sa raison d'être. Multiples déambulations qui sont autant d'occasions de faire remonter les souvenirs. Bistrots, jardins, rencontres, décès, naissances jalonnent un quotidien qu'il partage avec le lecteur par le biais de son journal dans un style volontairement minimaliste.

"Je suis couché et, couché, je me prépare à repartir. A 15h10 je suis complètement pris par cette préparation, de toutes les manières possibles, pour partir vraiment. Mes jambes, allongées, se préparent aussi à leur façon. Tout le reste est déjà prêt, moi, mon corps, on attend les jambes. Les jambes sont moins impatientes, là se concentre maintenant tout ce qui me reste d'intelligence."

Qui a failli en perdre l'usage comprendra l'obsession de l'auteur pour ses jambes et ses pieds.

Le journal est émaillé de fragments de textes se rapportant à son séjour en maison de repos où il se retrouve handicapé parmi d'autres handicapés, une seule idée en tête, sortir, marcher tant bien que mal dans le parc, être au contact de la nature, l'observer, s'en imprégner comme pour se laver de toute la souffrance qui l'entoure. Clins d'oeil à des auteurs, des films, des morceaux de musique, brèves évocations de son séjour à Côme, parsèment également le récit.

N'allez pas croire que ce livre est triste et plombant, même si, j'en conviens, en cette période de festivités il y a plus réjouissant comme lecture ! Non, point de pathos. L'auteur sait faire preuve d'humour face à sa condition d'être souffrant et diminué, mais qui ne regrette rien et surtout pas, fut un temps, d'avoir brûlé la chandelle par les deux bouts.

"Ferme les yeux et entre dans la douleur ! N'attends pas que la douleur passe, passe toi-même à travers elle ! Les nerfs ont besoin d'un Otis Redding ! Fais-leur écouter de la soul ! Je me lève et je mets cette musique et je me rallonge sur le tapis. Et je referme les yeux. La douleur s'étire. Je résonne et je lévite, j'arrive à voyager à travers tout ça, de plus en plus calme, sur le tapis..."

C'est une lecture en demi-teinte. Ce récit n'a pas la grâce et la beauté qui m'avaient transportée à la lecture de Côme. Mais j'ai retrouvé avec plaisir ce dilettante de la vie, devenu encore un peu plus adepte de l'ici et maintenant, savourant ce que lui offre le présent. Chantre de la lenteur, et pour cause, toujours empli d'humanité, pas aigri pour autant, l'auteur nous convie à une belle leçon de philosophie. Carpe diem !

"A 18h05 précises, je m'aperçois d'une chose et j'en tire une conclusion : je suis dehors depuis deux bonnes heures et je n'ai pas encore vu les moineaux. Ils ne sont nulle part, j'en suis presque persuadé, ils se sont mis à l'abri du froid. Ils sont si petits et quand ils ne sont pas là, leur absence est si grande.." 

 

Journal de l'hiver d'après   Srdjan Valjarević (traduit du serbe par A. Grujičić)  

Editions  Actes  Sud

 

pied_002

Posté par Moustafette à 20:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :
samedi 14 avril 2012

Pâque et littérature

12035231_pEn Grèce, La Pâque orthodoxe est la fête la plus importante. Toute la Semaine Sainte les cérémonies religieuses se succèdent selon des rituels bien établis, pour se terminer en apothéose par une grande procession très kitch qui commence à minuit, dès que les cloches annoncent la résurrection du célèbre personnage grâce auquel nous avons droit à un jour férié ! Les rues de toutes les villes et de tous les villages sont illuminées par des milliers de petits cierges jaunes que tiennent les habitants qui suivent le pope, les icônes, les encensoirs, et l'épitaphe que l'on promène dans les rues en spalmodiant. Tout brille et ça sent bon l'encens ! Pétards et feu d'artifice clôturent la fête. Et en rentrant à la maison, on n'oublie pas de faire une petite croix sur la porte, avec la suie des cierges.

12047798_p

Mais avant les réjouissances, dans les îles on assiste encore au grand nettoyage des maisons. Les hommes repassent les murs extérieurs à la chaux, peignent de différentes couleurs les pierres des rues, et les femmes s'agitent aux fourneaux. Chez elles, elles préparent les incontournables oeufs peints en rouge, symboles de chance, ainsi que les très bonnes brioches aux épices, les tsourekia. Et le dimanche matin, on peut les voir apporter de grands plats de râgout et de boulettes aux haricots et aux fèves, qu'elles viennent faire cuire dans le four du boulanger du village.

12048023_pOn offre aux enfants les lambada, ce sont des cierges de couleurs décorés et auxquels sont accrochés des petits jouets. Jadis, la coutume voulait qu'on leur offre une paire de chaussures ou un vêtement neufs.

 

12037962_p

Et les hommes, me direz-vous ? Et bien ce même dimanche matin, ils sont en plein boulot, car c'est à eux que revient le dur labeur de faire cuire le mouton. Comme cela prend du temps, ça commence très tôt. Et comme cela donne chaud, ça donne aussi très soif...

On se met à table vers 15 heures, et avec tout ce qu'il y a à manger, ça se termine vers 18 heures; mais comme déja s'approche l'heure de l'apéro, autant y rester et continuer à chanter et à boire !

Inutile de vous dire, le temps s'arrête ce jour là. Pas question pour les touristes de visiter le moindre musée. Heureusement il reste la plage et la mer bien fraîche encore ! Et sur le chemin du retour, en passant devant les jardins, on ne manque pas d'être invité à partager un verre de vin et un petit quelque chose à grignoter par de sympathiques grecs qui dansent entre hommes autour de leurs verres posés par terre. Les femmes les regardent tout en s'occupant des enfants énervés et gâvés de crèmes glacées et en servant les gentils touristes invités ! Le tout sur fond nostalgique du Rebetika.
Et OPA ! hurlent ces hommes fiers.

C'est aujourd'hui le jour de la Pâque orthodoxe et j'en profite pour ressortir un billet que j'avais déjà édité il y a cinq ans. Ce sera ma participation culinaire au Pari Hellène.

andreasstaikos

Nana est mariée et a deux amants. Elle prend son pied uniquement avec des hommes sachant lui mitonner des petits plats exquis. Très vite, on s'aperçoit que ces deux hommes sont voisins de palier. Rapidement eux aussi, ils vont se rendre compte qu'ils aiment la même femme. Un combat culinaire va s'engager entre ces deux-là, mi-rivaux mi-complices, pour l'amour de la belle. Le livre se partage entre digressions galantes, ruminations jalouses et recettes de cuisine. La table des matières est un gigantesque menu.

Dans un premier temps, c'est la couverture un brin surréaliste qui m'avait accroché l'oeil. Bien que méfiante, car la gastronomie n'est pas un de mes thèmes de prédilection, mais le fait que l'auteur soit grec avait fini de me convaincre.
Ayant eu maille à partir avec la cuisine grecque, qui ne brille pas par son raffinement, j'étais assez dubitative quant au résultat. Et ce d'autant plus que l'auteur est de sexe masculin. En Grèce, derrière les fourneaux, ce sont inévitablement les femmes qui s'y collent !

Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vos piles et vos listes, ce livre ne m'a pas plu. J'ai eu l'impression d'être dans un très mauvais vaudeville. La donzelle et ses caprices culinaires m'ont fortement agacée, quant aux états d'âme des deux chevaliers, ils m'ont laissé de glace. La crédibilité même du récit est gravement entachée. Car pour qui connait les affres de la canicule athénienne, on peine à croire au plaisir de se délecter d'un pastitsio ou d'une soupe de poulet en plein mois d'Août, quand l'organisme ne réclame que des éléments liquides frais voire même carrément surgelés ! Et à mon grand désespoir, aucune recette de ces gourmandises dégoulinantes de miel, ni même une petite description du halva citronné et saupoudré de cannelle ...

On voit se profiler le dénouement aussi sûrement que l'Acropole au-dessus d'Athènes. Non décidément, pas une once de sensualité, aucun débordement orgiaque, nul épicurisme raffiné. Point de torride pillage frigorifique ni de gargantuesque grande bouffe, encore moins de bain chocolaté. La seule touche de poésie se trouve dans certains titres des chapîtres. Heureusement, car j'aurais été bien en peine de vous citer un extrait.

" Coraux d'oursins naufragés dans une cuillérée d'eau de la mer Egée "

C'est mignon ça, comme image, non ? Mais beurk !  je déteste les fruits de mer crus... je préfère le batlava !

Les Liaisons culinaires     Andréas Staïkos     Actes Sud  Babel

baklava-grece-_2566

Image empruntée et
la recette du délicieux baklava ICI

 

Posté par Moustafette à 20:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :
samedi 7 avril 2012

Court

FemmeMetroGUne soixantaine de pages pour une brève histoire d'amour entre Koùla, la quarantaine bourgeoise, et Mimis, seulement vingt ans et étudiant. Ils s'aperçoivent chaque soir dans le même métro, se rapprochent, s'apprivoisent l'un l'autre pour finir par s'aimer au coeur d' un hiver grec de la fin des années 70.

Si cette histoire est d'une simplicité déconcertante, elle pourra toucher celles et ceux qui ont vécu ce genre d'aventure. Les thèmes classiques de la jeunesse et du temps qui passe sont ici abordés avec concision et pudeur. Un bref moment d'égarement dont, pour moi, le charme réside dans la ville qui lui sert de décor. J'ai eu grand plaisir à parcourir Athènes, d'Omonia à Kifissia en passant par Monastiràki, Attiki et Agios Nikolaos, et à plonger dans les sous-sol des ruelles pour retrouver l'atmosphère unique des tavernes populaires, aveugles et imprégnées de l'odeur caractéristique de cave et des tonneaux de vins. Entre romantisme et nostalgie, devinez de quel côté penche ma balance...

"Des murs noircis par la fumée, décorés par endroits d'ivrognes peints à l'eau, des tables dont la toile cirée huileuse, collante, luisait sous les néons, et au fond un juke-box qui jouait. Un public mélangé : hommes du peuple, soldats, étudiants, et un ou deux pochards, bien réels eux. L'un d'eux, entre deux âges, tournait sur lui-même, se penchant pour caresser le carrelage froid. De temps à autre il poussait des sifflements, frappait le sol du pied et rejetait la tête en arrière."

En Grèce, cette histoire à l'écriture parfaitement maîtrisée a fait de cet opus un livre culte. L'auteur, Mènis Koumandarèas, est peu connu en France malgré la traduction de cinq de ses romans.

Un petit livre qui me permet une reprise en douceur.
Lu dans le cadre du Pari Hellène.

La femme du métro      Mènis Koumandarèas     Quidam Editeur

 

leparihellene

Posté par Moustafette à 19:47 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :