mardi 24 avril 2018

Les expos d'un week-end (2).

Poussez cette porte et entrez dans la peinture !

Sans avoir pris de bain de soleil dans l'atmosphère parisienne surchauffée, j'ai quand même pris des couleurs... Quel merveilleux moment j'ai passé ! Les trois expos qui s'enchaînent durent au total à peu près 55 minutes, j'y suis restée trois heures... Celle de Klimt est évidemment la plus belle, la plus émouvante aussi. Le début est plutôt austère, sombre, écrasant, à l'image de l'Empire austro-hongrois et de la musique de Wagner. Puis arrive la Sécession qui balaie classicisme et académisme d'un souffle coloré et débridé. Lorsque l'on voit apparaître toutes ces femmes que Klimt a peintes, Emilie, Adèle, Judith, Amalie, Johanna et les autres, ces femmes chapeautées, à éventail ou emmitouflées de fourrures, quand Le Baiser flotte tout autour de vous, que vous êtes noyés sous une pluie d'or, submergés et caressés de la tête aux pieds par les couleurs virevoltantes, que vous ne savez plus où donner des yeux et, enfin, qu'explose la musique de Guiditta, un lied de Malher ou un air de Madame Butterfly, j'avoue que je n'étais pas loin du paradis. J'avais déjà été très émue devant les tableaux de Klimt à Vienne mais là, vraiment, c'est magique !

 Une seconde vidéo, la musique en plus !

J'avais pu également admiré l'univers de Hundertvasser en Décembre dernier et, là encore, j'ai replongé dans son univers coloré, naïf et créatif à la Gaudí. J'ai adoré les cachalots voguant sur les murs, les personnages totémiques et certains effets d'optique qui donnent un court instant l'impression de chavirer soi-même. Un vrai trip psychédélique contrastant avec la dernière expo, Poetic_AI, qui cependant l'est tout autant, mais cette fois en noir et blanc, et qui vous entraîne de lignes en zig-zag, de courbes en gerbes, de cascades en explosions, pour se terminer dans une avalanche de bulles. Quel voyage...

Et quelle nouvelle vie pour cette ancienne fonderie qui renaît de ses cendres grâce à la révolution numérique ! Allez-y, c'est un moment inoubliable.

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Artiste éclectique et architecte très tôt féru d'écologie, Hundertvasser (1928-2000) avait l'art de colorer l'espace urbain. Les HLM de la Kegelgasse, ici en Décembre 2017 ; en été les façades s'habillent de végétations diverses, un îlot fleuri qui aurait plu à Klimt et tranche avec l'architecture majestueuse, voire pompeuse, de Vienne.

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dimanche 6 mars 2011

Tiré par les cheveux...

9782355360473Alors que la canicule règne sur la ville, l'inspecteur Lukastik se voit offrir une pause rafraîchissante sur le toît d'un immeuble viennois au bord d'une piscine où un macchabée  fait trempette à demi déchiqueté par un requin. Chose pour le moins inconcevable quand on situe l'Autriche à sa place habituelle, à savoir au milieu de l'Europe, aucune mer à l'horizon...

Notre homme ne se laisse pas émouvoir pour si peu, adepte qu'il est de la philosophie de Wittgenstein - en gros "le fait est ce qui est complexe, l'état des choses est ce qui est simple", il suffit de déplacer son point de vue, ou son raisonnement, pour une perception différente de la réalité et des faits qu'elle donne à voir. Partant du point 6.5 de l'avant-dernier aphorisme du Tractatus logico philosophicus qui stipule qu' "il n'y a pas d'énigme. Wittgenstein fait préalablement remarquer que lorsqu'on ne parvient pas à formuler une réponse, c'est qu'on ne peut pas formuler la question. Il résulte que si une question peut-être posée, elle peut aussi recevoir une réponse." , c'est ce à quoi va s'employer Lukastik aidé en cela par son adjoint Peter Jordan, pour lequel il éprouve guère de sympathie, et par Erich Slatin devenu par hasard un spécialiste émérite de ces bestioles aux mâchoires démesurées. Un indice minuscule va les mener rapidement à l'identité de la victime et à  son entourage. S'en suivra un curieux jeu de piste entre une galerie de  suspects  plutôt étranges pour  une élucidation de la fameuse énigme que j'ai trouvé un peu tirée par les cheveux... Ce qui ne m'a pas empêché d'apprécier ce roman.

En effet, le charme du livre réside avant tout dans la bizarrerie des personnages et dans  le style narratif truffé de métaphores plus originales et incroyables les unes que les autres. Lukastik est un flic comme on en a encore peu rencontré, plutôt antipathique de par son autosuffisance, ses petites manies parfois limites et ses ruminations contrephobiques, mais dont il émane cependant une sorte de flegme envoûtant. Quant au style, j'avoue m'être bien plus surprise à guetter les métaphores que l'avancement de l'enquête. Un auteur à suivre, assurément, dont il ne faut pas redouter l'érudition.

Quelques pépites :

"Chacun de ses mouvements trahissait une légère incertitude. Cet homme semblait marcher sur le fil de ses propres doutes - en vacillant, mais non sans habileté. Voilà en quoi consiste l'art du funambule : la perfection dans l'incertitude."

"Sa mémoire s'y refusait. Elle reposait dans son crâne, tel un animal à fourrure, chaud et repu."

"Évidemment, il existait une foule de voitures qui ne produisaient pas cet effet, qui pendaient comme des sacs avachis sur le corps de leurs propriétaires."

"Elle salua Lukastik avec un regard qui avait quelque chose d'une paire de ciseaux avançant par saccades dans du papier cartonné."

"(...) Lukastik, lequel, en dépit de l'antipathie que lui vouait Jordan, figurait en première place des numéros enregistrés. Un peu comme on installerait une belle-mère détestée au premier rang dans une compétition de sport automobile."

"Il s'appelait Karl Prunner, il ressemblait plus à un uniforme qu'à un homme."

Une intrigue et un flic viennois dont Yspaddaden vous parle  ICI 

Requins d'eau douce      Heinrich  Steinfest     Editions  Carnets Nord

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jeudi 13 mars 2008

Mauvaises pioches

9782070306817Abandon !
C'est coloré, chatoyant, artistique en diable, mais les aventures du bel éphèbe surdoué, Fra Fillipo Lippi, peintre et moine libertin de surcroit , m'ont profondément ennuyée.
Celui-ci aura beau devenir le futur maître de Botticelli, il n'aura pas réussi à me faire dépasser la page 91.
Pour les inconditionnels de la Florence du XVe siècle

La passion Lippi     Sophie Chauveau     Editions Folio

 

 

9782742758364Abandon !
Lu dans le cadre de lectures autrichiennes afin de tenter une réflexion sur l'insidence de la collaboration de ce pays avec le IIIe Reich dans l'oeuvre des auteurs modernes.
Cinq portraits de femmes qui toutes adoptent des stratégies diverses et variées pour composer ou fuir leur réalité.
Ces nouvelles et ces femmes m'ont vite lassée avec leurs tergiversations peu palpitantes !

Trois sentiers vers le lac   Ingeborg Bachmann   Editions Actes Sud Babel

 

 

9782350870304

Abandon !
Là, ça m'embête car j'aime beaucoup et le titre et cette couverture, de plus la 4ème de couv était alléchante.
Sur une ïle du Chili, une ancienne militante de gauche a ouvert une maison afin d'accueillir des femmes en perdition. Perdition plus psychique que sociale puisque qu'on y croise entre autres une historienne, une femme d'affaires, une journaliste, mais aussi des femmes plus modestes.
Les vingt locataires de l'Auberge se livrent mutuellement leurs histoires et leurs désillusions.
Et inévitablement le sujet qui, toujours et encore, revient sur le tapis, l'amour et les hommes.
Et que croyez-vous qu'il arrive ? Comme par hasard, sur cette île battue par les vents, au bout du bout du monde, le seul médecin est un beau mec venu lui aussi s'exiler pour soigner quelques blessures secrètes.
Et bien sûr, ce gros bourdon viendra affoler les guêpes de la communauté, enfin au moins deux, peut-être plus, mais je ne le saurai jamais puisque j'ai refermé ce livre à la moitié des 326 pages tant leurs digressions sur les relations hommes-femmes m'ont rasée (lassée, ennuyée, rasée, je suis à bout de synonymes !).

"Ton désir de te protéger est désespéré car tu n'as pas la force de caractère pour te défaire totalement de l'amour. Mais tu te se sens en danger. Floreana, quel est le pire qui puisse t'arriver ? Qu'on ne t'aime pas.
Serait-ce si grave ? "

Enfin une parole sensée...

L'Auberge des femmes tristes   Marcella Serrano   Editions Héloïse d'Ormesson

 

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dimanche 2 mars 2008

Viennoiseries

caf__viennoisSi vous souhaitez découvrir comment s'est construite la légende des fameux cafés viennois...
Si vous voulez savoir d'où vient votre croissant, qui a peut-être accompagné votre café en ce dimanche, et qui fut créé à Vienne par les boulangers pour immortaliser la victoire de l'Empire sur les Turcs en 1683...
Si vous ne savez pas ce qui différencie un café Shwarzer, d'un Kleiner, d'un Verkehrt, ou encore d'un Einspänner, et j'en passe car il y en a une sacrée collection et ce n'est pas simple de commander juste "kaffee bitte" (moi, j'avoue avoir une préférence pour le Maria Theresa !)...
Si vous rêver de déguster la seule et unique Sachertorte, et non pas ses avatars que l'on trouve sous la même appelation mais avec une minuscule différence d'importance, Sacher torte...
Et enfin, si vous êtes une nostalgique de Sissi et du style rococo...
Ce livre est pour vous !

"Pour qui hésite entre la solitude et la compagnie, pour qui n'aime ni rester chez soi ni traîner dehors, pour qui alterne entre l'ennui, la paresse et la mélancolie, il suffit de pousser la porte du Prückel, du Sperl, du Central ou d'un autre pour se sentir apaisé et bienvenu.
Les cafés viennois sont les havres des états d'âmes.(...) On peut grignoter salé, sucré, ou boire un seul café et traîner des heures sans jamais subir le moindre regard désobligeant de la part du garçon. Les tables sont en marbre et les patères en cuivre. Les journaux sont du jour, les gâteaux sont frais et les clients discrets."

Si de plus, vous n'êtes pas contre un petit saut dans l'Histoire, alors laissez-vous entraîner par Frieda qui revient dans sa ville natale cinquante-quatre ans après l'avoir quittée lors de l'Anschluss. Elle est accompagnée de sa fille Clara. Ce pélerinage est l'occasion pour Frieda de régler ses comptes avec ce pays qui en 1938 a ouvert tout grand ses bras à un autre enfant du pays prénommé Adolf, a pactisé avec le diable et qui, depuis la défaite, n'a pas fait preuve de trop de repentir.

"Les Allemands étaient de très bons nazis, et de mauvais antisémites. Les Autrichiens furent de mauvais nazis, mais des antisémites hors pair !"

Donc, une très sympathique et instructive balade, une douce relation mère-fille et une réflexion sur l'identité et le sentiment d'appartenance.
Pour une vision plus violente de la difficulté de vivre avec le poids du passé et de la honte, voir les romans de l'auteure autrichienne Elfriede Jelinek, notamment "Les exclus" et "Enfants des morts", beaucoup plus hard, j'avoue que je n'ai pas encore trouvé le courage de m'y plonger.

Café viennois     Michèle Halberstadt     Editions Le Livre de Poche

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dimanche 6 janvier 2008

Huis clos

ciel_cageJohannes Betzler naît à Vienne en 1927; il a donc onze ans en 1938 au moment du référendum sur l'Anschluss qui entérinera l'annexion de l'Autriche par le Reich. Il est enrolé dans les Jungvolk, subit endocrinement et entraînement, participe à la Kristallnacht et, les mois et les années passant, gravit les échelons des Jeunesses hitlériennes et devient le parfait patriote fanatisé prêt à donner sa vie pour son Führer, au grand dam de ses parents fortement opposés aux thèses nazies.

Pour Hitler, Johannes ne donnera qu'un bras et la moitié de son visage, et à dix sept ans, il se verra contraint de regagner ses foyers après avoir été blessé par une bombe. Et là, quelle n'est pas sa surprise de constater que ses parents cachent une jeune Juive dans leur grenier. Commence alors une partie de cache-cache et de non-dits entre lui, sa famille et Elsa Kor, personne ne disant qu'il sait et qu'il sait que l'autre sait. Un parfait cocktail pour faire germer dans l'esprit de Johannes, déjà fortement perturbé par sa pré-adolescence et ses mutilations, puis d'instaurer dans la réalité une curieuse relation mêlée de répulsion et de fascination avec la belle Elsa.
La fin de la guerre verra la famille de Johannes décimée et le laissera seul avec sa grand-mère dans leur grande maison où va se jouer désormais un étrange huis-clos, puisque Johannes n'avouera jamais à Elsa que l'Allemagne a été battue...

"Le danger du mensonge, ce n'est pas sa fausseté, son irréalité, mais au contraire le fait qu'il devienne réalité pour autrui. Il échappe au menteur comme une graine lâchée au vent, d'où germe une vie autonome dans un recoin inattendu, jusqu'à ce qu'un beau jour, le menteur se retrouve confronté à un arbre solitaire dont la vigueur se dresse au-dessus d'un à-pic vertigineux, un arbre qui le sidère autant qu'il l'éblouit. Comment s'est-il retrouvé là ? Comment réussit-il à survivre ? Sa solitude confère une grande beauté à ce fruit d'un mensonge, stérile et pourtant vert et gorgé de sève."

Récit d'une descente aux enfers de deux esprits perturbés pris dans une spirale infernale où les rôles peuvent bien s'inverser et l'amour remplacer la haine, ce livre est aussi un précis clinique sur le sentiment d'emprise, généré par la claustration tant physique que psychique. La dépendance réciproque, du bourreau et de sa victime, à une relation perverse que le temps se charge d'entretenir et de transformer, nous est ici narrée d'une plume suffisamment habile pour contraindre le lecteur à tourner les pages et assister à la douce violence de cette folie.

Point de torture physique dans ce roman, il y a même quelques pages d'humour grâce au personnage de la grand-mère, juste une subtile mais inéxorable mécanique de perversion décrite du point de vue du bourreau.
J'aurais aimé que le récit donne alternativement voix aux deux protagonistes de cette histoire afin de peut-être trouver la réponse à l'inévitable question, qui est la véritable victime ?

Le ciel en cage     Christine Leunens     Editions Philippe Rey

 

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dimanche 7 octobre 2007

Bis repetita ?

9782070319152 Rudolf Herter, romancier à succès, est à Vienne pour la sortie de son dernier roman. Lors d'une interview télé, il évoque Hitler et sa difficulté à cerner l'immonde personnage.
Le lendemain il est contacté par un vieux couple qui souhaite le rencontrer en privé afin de l'aider à appréhender le Führer.
Rendez-vous est pris et Herter se rend dans la maison de retraite où vivent Julia et Ullrich Falk.
Autour de la table de la cuisine, ces deux personnages qui ont travaillé comme domestiques dans le Nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden, vont lui conter une histoire extraordinaire. Ils prétendent avoir élevé le fils d'Eva Braun et d'Adolf Hitler.

"Le Hofmarschall Brückner l'avait informé, en bas, dit Falk, et quand il est entré dans la chambre, pâle, avec Bormann sur les talons, et qu'il a vu sa "petite biche" sur le lit avec son enfant au sein, ce fut comme s'il n'avait pas tout à fait conscience de ce qui se passait. Ses pensées étaient ailleurs, à son premier pogrom qu'il avait ordonné pour cette nuit même. Comme on l'apprit le lendemain, cette nuit-là, partout en Allemagne et en Autriche, on avait mis le feu aux synagogues et brisé les vitres des commerces juifs. Par la suite, on avait appelé cette nuit la "Nuit de Cristal" - c'est aussi un 9 novembre, en 1918, que l'empereur allemand fut détrôné, un 9 novembre, en 1923, que le putsh de Hitler à Munich a échoué, et un 9 novembre, en 1989, que le Mur de Berlin est tombé."

On retrouve les interrogations philosophiques de l'auteur, qui se penche ici sur l'origine du mal absolu. Secondé par Schopenhauer et Nietzsche, et par le biais de la fiction, Rudolf Herter tentera de trouver une réponse. Il n'en sortira pas indemne ...
Une lecture pas désagréable, mais un livre qui est loin d'être à la hauteur de "La découverte du ciel"

Siegfried, une idylle noire     Harry Mulisch    Editions Folio

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