mercredi 19 septembre 2018

Bande de nazes

mengeleLa traque romancée d'un des médecins d'Auschwitz qui, à ma grande surprise, n'a débuté qu'en 1959. Naïvement, on aurait été en droit de croire que son nom figurait en bonne place sur les listes des criminels de guerre recherchés par les Alliés dès la fin du conflit. Que nenni, l'heure est à la reconstruction, les Américains s'engage dans la Guerre froide débutante, la RFA opte pour "la reconnaissance du droit à l'erreur politique, amnistie pour les victimes de la dénazification, cohésion nationale, amnésie générale...".

Arrivé en Amérique du sud en 1949, après avoir pourtant séjourné dans un camp de prisonniers américain, Josef Mengele va mener la belle vie avec ses petits copains grâce à la complicité de Perón, alors au mieux de sa forme, qui voyait le fascisme comme un bon compromis entre communisme et capitalisme..."Alors, en attendant que la guerre froide dégénère, Perón devient le grand chiffonnier. Il fouille les poubelles d’Europe, entreprend une gigantesque opération de recyclage : il gouvernera l’Histoire, avec les détritus de l’Histoire. Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance."

Mengele sera cependant repéré dès 1954 par un ancien combattant communiste autrichien, mais le mandat d'arrêt ne sera émis qu'en 1959, alors qu'en 56 il récupère, en toute légalité et sous sa véritable identité, un passeport ouest-allemand, revient en Allemagne après un petit séjour suisse, où il retrouve son fils Rolf pour faire du ski (on croit rêver), avant de regagner ses pénates sud-américaines. Le Mossad se lance alors sur sa trace, mais les Israéliens ont beaucoup d'autres chats à fouetter tout au long des années 60. Occasions manquées, complicités de différents dictateurs sud-américains, appuis familiaux et lenteurs administratives gangrenées allemandes, grosses aides financières à l'appui, Argentine, Paraguay, Brésil, Mengele passe la seconde moitié de sa vie à fuir mais s'en tire toujours, jusqu'à sa mort en 1979 sur une plage brésilienne.

Je me demande toujours comment vivre quand on est l'enfant d'un tel personnage. Rolf Mengele avait revu son père au Brésil en 1977. Le dialogue n'avait pas été franchement cordial. "Toi, mon fils unique, tu crois à toutes les saloperies qu'on écrit sur moi ! Tu n'es qu'un petit bourgeois, influencé par ton idiot de beau-père, tes études de droit et les médias, comme toute ta génération merdeuse. Cette histoire vous dépasse, alors foutez la paix à vos aînés, et respectez-les. Je n'ai rien fait de mal, Rolf, tu m'entends ?". Rolf exerce le métier d'avocat sous le nom de son épouse, il ne fut jamais condamné, tout comme le reste de la famille, pour délit d'assistance à criminel.

Un livre intelligent au ton vif et concis, extrêmement bien documenté, ne se complaisant pas dans le récit des atrocités commises par cet homme qui, comme beaucoup de ses semblables, a bénéficié d'un régime lui permettant de cultiver sa mégalomanie, pour finalement mourir en homme libre, mais enfermé dans sa paranoïa.  On ne va pas le plaindre..

Lu d'une traite, confondant mais passionnant !

Sylire l'a écouté et apprécié.

La disparition de Josef Mengele     Olivier Guez     Editions Le Livre de Poche

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mardi 31 juillet 2018

Juillet, c'est plié !

music_instr_020Déjà la fin d'un mois d'été où le Souk a tourné au ralenti sous le soleil. Je travaille et lorsque je suis en repos je fais quelques escapades dans ma nouvelle maison encore en chantier et sans internet, beaucoup de kilomètres aussi et le soir, je pique rapidement du nez sur mon bouquin... Mais je tiens particulièrement à remercier Madame lit qui, grâce à son Défi littéraire, m'a permis de découvrir un nouvel auteur colombien pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur. J'ai deux autres de ses romans sous le coude et j'attends avec impatience la sortie poche de "Le corps des ruines", paru l'an dernier. Juan Gabriel Vasquez sera je crois, pour moi, la découverte de l'année.

Pour conclure ce voyage dans une Colombie qui peine à retrouver la sérénité, j'ai trouvé ce petit morceau léger et entêtant, interprété par ces artistes de la jeune scène colombienne. J'avoue craquer pour le côté chabadabada sirupeux de cette mélodie aux allures de tube de l'été. En duo ici Juan Pablo Vega  etCatalina García.

 

En route pour la prochaine étape, l'Allemagne est au programme, une autre musique...

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lundi 23 juillet 2018

Colombinades

9782757836057Il y a de ça des lustres, mon premier véritable coup de coeur littéraire, fut je crois "Cent ans de solitude". J'ai hésité à le relire pour le mois consacré à la Colombie, peur de ne pas retrouver l'engouement  qui m'avait transportée à l'époque. Aussi ai-je jeté mon dévolu sur un auteur dont j'avais entendu beaucoup de bien à la sortie du présent ouvrage.

En 1996, Antonio Yammara, jeune avocat et professeur d'université, se lie d'amitié autour d'une table de billard avec un certain Laverde, homme mystérieux et taiseux dont on dit qu'il sort de prison. Un soir, ce dernier est assassiné en pleine rue sous les yeux du narrateur qui, lui-même blessé, va tenter quelques années après d'en savoir plus sur ce Laverde tout en gérant ses propres angoisses post-traumatiques. Aidé par la fille de Laverde, il remontera peu à peu l'histoire de cet homme dont la mort s'enracine quelques décennies plus tôt quand Pablo Escobar régnait en parallèle sur une Colombie qu'il mit bientôt à feu et à sang. La mort de Laverde risque bien de changer la vie d'Antonio qui vient de devenir père.

" Le bouleversement d'un passé qu'on pensait immuable est sans doute ce qu'il y a de plus difficile et de moins acceptable."

Que voilà un roman intelligent comme je les aime, mêlant petite et grande histoire. Cette plongée dans les années 70-80 est abordée sous un angle intéressant, loin des épopées sanglantes des cartels de la drogue, celui du quotidien d'un homme, Laverde, qui se retrouve à réaliser un rêve, à fonder une famille et à devoir choisir comment faire perdurer le tout. Il y est question d'amour, de transmission, de choix de vie, de disparitions et de mort (je vous laisse découvrir à quoi se réfère le titre), le tout sur un fond historique passionnant dont mes seules connaissances se résumaient aux bulletins d'informations de l'époque concernant la guerre des narcotrafiquants. J'ai énormément apprécié le talent de l'auteur à conjuguer la banalité des hommes et la tragédie de son pays pour laisser en héritage, à ceux qui n'ont pas connu cette époque, le soin de transformer ce fardeau morbide et crapuleux en élan de vie. Une bien belle et émouvante histoire, avec en prime, une balade parfumée et colorée entre Bogotá la montagneuse et la moiteur de la vallée du Magdalena.

"En lisant dans le hamac, j'éprouvais plusieurs sensations, certaines indéfinissables, mais j'étais surtout troublé de découvrir que cette histoire qui ne mentionnait pas mon nom parlait de moi à chaque ligne. Les émotions qui me gagnaient ont fini par se réduire à un terrible sentiment de solitude dont l'absence de motif apparent induisait qu'il était sans remède. La solitude d'un enfant."

Le bruit des choses qui tombent    Juan Gabriel Vásquez  (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

510Rp65PQ-LCharmée par le talent de Juan Gabriel Vásquez, j'enchaîne sur un second roman qui, cette fois, nous entraîne dans la Colombie du XIXe siècle. Miguel Altamirano, un personnage idéaliste et fantasque pris dans les remous des guerres civiles qui s'enchaînent en Colombie depuis l'Indépendance espagnole, décide de s'installer au Panamá, alors province colombienne, dans la ville de Colón où il fera la connaissance de son fils José, le narrateur parti à sa recherche. Le choix d'Altamirano n'est pas fortuit. C'est qu'à cette même époque, le début des années 1880, les travaux du canal de Panama sont en plein essor sous l'égide du célèbre Ferdinand de Lesseps. Fasciné par ce Français et son projet grandiose, Miguel se fait par voie de presse le porte-parole du Progrès et des avancées du chantier, toujours positives, destinées à rassurer les actionnaires. Il n'hésite pas à falsifier la réalité jusqu'au scandale qui vit s'arrêter les travaux en 1889 et Miguel courir à sa perte. La communauté française est très présente et c'est en son sein que José rencontrera son épouse, Charlotte. La débandade française qui succéda au scandale, les catastrophes naturelles, les maladies, laissent la ville de Colón exsangue et peu à peu désertée. Seul, José persiste à y vivre alors que se déclenche en 1899 1a guerre des Mille Jours qui voit s'affronter une fois de plus les libéraux et les conservateurs. Elle prendra fin en 1902. L'année suivante, l'Indépendance du Panamá sera acquise à coup de dollars par les Etats-Unis qui lorgnent sur le canal qu'ils achèveront en 1914.

"Ainsi passait le temps, comme on le dit dans les romans, et la vie politique faisait des siennes à Bogotá. Le président poète auteur de l'hymne glorieux avait juste eu à tendre le doigt pour désigner son successeur : don Miguel Antonio Caro, illustre spécimen de l'Athènes sud-américaine qui faisait d'une main des traductions homériques et de l'autre des lois draconiennes. L'occupation favorite de Miguel Antonio consistait à ouvrir les classiques grecs et à fermer les quotidiens libéraux. Et aussi à exiler tous azimuts."

Voici donc l'histoire que nous livre José Altamirano. S'il tient à le faire, c'est surtout pour rétablir une vérité et révéler la trahison dont il s'estime victime de la part du célèbre romancier Joseph Conrad, trahison qui porte le nom de Nostromo, roman paru en 1904. Conrad y raconte l'histoire du Costaguana, un état imaginaire caribéen, qui lui a été inspirée par le récit d'un exilé colombien...

"Aujourd'hui, 7 août 1924, alors que dans ma lointaine Colombie on célèbre les cent cinq ans de la bataille de Boyacá, l'Angleterre pleure cérémonieusement et en grande pompe la disparition du Grand Romancier. Alors qu'en Colombie on commémore la victoire des armées indépendantistes sur les forces de l'Empire espagnol, ici, sur le sol d'un autre empire, on vient d'enterrer l'homme qui m'a volé..."

Tout au long de Histoire secrète du Costaguana plane l'ombre de Conrad, dont l'auteur nous distille des éléments biographiques répondant comme en miroir à ceux de José Altamirano. D'hypothétiques correspondances qui liaient inexorablement les destins des deux hommes jusqu'au dénouement final. Une jolie trouvaille littéraire de la part de l'auteur qui non seulement rend hommage au célèbre écrivain voyageur, mais se réapproprie son histoire et venge ainsi son héros, José Altamirano !

Mêmes éloges de ma part que pour le précédent titre présenté. Un auteur qui tourne résolument le dos au réalisme magique sud-américain pour plonger sous les oripeaux d'une réalité historique où se dissimulent à la fois la force et la fragilité des personnages, de la Colombie et de son peuple. J'en redemande !

Histoire secrète du Costaguana     Juan Gabriel Vásques     (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

Lus dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

 

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dimanche 3 juin 2018

Charisme, chavisme et charivari

41c-y4zZR2LPendant que les résultats de la dernière élection présidentielle au Vénézuela font polémique, Hugo Chávez s'en fout puisqu'il repose en paix, mais gageons que, s'il y a un ailleurs, il me manque pas de vitupérer à sa façon contre tous ces gringos qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, alléchés qu'ils sont par l'odeur du pétrole....

Mais revenons en arrière. Juin 2011, à deux reprises le Commandant se fait opérer à Cuba, puis annonce qu'il est tiré d'affaire. La révolution bolivarienne peut continuer entre deux bulletins de santé. Certains s'en réjouissent, d'autres le déplorent. Octobre 2012, Chávez est réélu. Le 8 Décembre, il repart à Cuba annonçant que c'est plutôt son cancer qui a gagné la grande élection, sans doute grâce au soutien de l'Empire yankee qui tente, au moyen de technologies novatrices, de décimer les leaders sud-américains les uns après les autres, Cuba, Guatemala, Argentine, Brésil (voir article ICI ). Puis ce fut silence radio, bien que les nouvelles se succèdent via les officiels qui informent, rassurent, rectifient, contestent les rumeurs, mais plus de Chávez à l'écran, plus de discours-fleuves. Le grand vide. Enfin, le 18 Février, le "lider" rentre à Caracas mais personne ne le voit, ni lui, ni l'ambulance censée le conduire à l'Hôpital militaire. Le 5 Mars son décès est annoncé (mais il serait mort fin décembre).

"Il tenait un registre qui rendait manifeste la façon dont Chávez avait, dès le début, en 2011, mis en marche la sacralisation de sa maladie."

Ce condensé chronologique va nous être distillé tout au long du roman par l'intermédiaire d'une poignée de personnages vivant à Caracas. Le docteur Sanabria, cancérologue à la retraite qui se retrouve dépositaire de vidéos compromettantes, et sa femme Beatriz suivent les événements d'un oeil sceptique ; Fredy Lecuna, journaliste au chômage, voit là l'occasion de chasser le scoop qui lui permettra d'écrire un best-seller ; Andreína Mijares, exilée à Miami rentre au pays et tente de récupérer un appartement dont elle est propriétaire ; Aylín Hernández, cubaine et camarade coopérante à Caracas  espére bien trouver un mari vénézuélien qui lui permettra de quitter définitivement Cuba ; Madeleine Butler, journaliste européenne qui a suivi la dernière campagne présidentielle ; Maria, une fillette de 9 ans, déscolarisée par une mère obnubilée par la violence de la ville qui vit quasiment cloîtrée dans son appartement. Et la télévision, personnage à part entière, qui fonctionne quasi en continu par ces temps d'incertitude, et dont Chávez a su faire bon usage, se rendant ainsi omniprésent dans les foyers. Son cancer va déclencher un charivari dans l'existence de chacun, et l'absence du Commandant plus encore.

"Tout cela n'est pas une révolution. C'est juste un simulacre, marmonna Sanabria sans quitter des yeux l'écran de la télévision."

Un roman choral animé qui a de quoi séduire par son air de ne pas y toucher, un ton plutôt léger utilisé pour nous décrire un quotidien pas très gai. Déliquescence d'un pays, violence et corruption, que l'on soit pour ou contre Chávez, car il faut être pour ou contre*, on est assez fasciné par l'engouement que le personnage génère. Militaire mégalomane, provocateur, démagogue, logorrhéique, il a su créer un mythe.

"Les gens l'écoutaient, émus, les larmes aux yeux. Ce qu'il disait était vrai, d'une vérité affective, irrémédiable. Cette relation était le charisme. Ce lien que Chávez avait réinventé. "Tu es Chávez" avait été l'un des slogans pendant la campagne électorale de cette année-là. Il est Chávez, elle est Chávez, les enfants sont Chávez, les mères sont Chávez, nous sommes tous Chávez. "Parce que je ne suis plus Chávez" avait-il crié en poussant sa voix au plus fort, pendant l'un des meetings de clôture de campagne. " Je suis un peuple, bordel ! "

Le vide qu'il laisse est à la hauteur de son omniprésence. Et le talent de l'auteur réside bien dans l'analyse du charisme de ce personnage adoré ou haï. Pendant que le Commandant agonise, deux gamins tombent amoureux via Internet, se raccrochant l'un à l'autre afin de se protéger du charivari tourneboulant les adultes, ce qui ne les empêche pas de se poser la même question qu'eux. " Alors, qu'est-ce qu'on va faire ? Où est-ce qu'on va aller ? "

Le marasme actuel est la réponse et la suite logique du roman. Un joli livre, sous forme d'une émouvante balade au coeur de la société vénézuélienne tout au long de laquelle transparaît la tendresse de l'auteur pour son peuple. Un livre qui donne envie de se pencher sur le sujet de façon plus approfondie.

* Il a pu au début développer des programmes sociaux et éducatifs envers les plus pauvres grâce au pétrole, le niveau de vie du pays a été relevé et les inégalités réduites pendant une période ; il a ainsi permis à une frange de la population de retrouver sa fierté. Ses prises de positions anti-impérialistes l'ont également rendu sympathique aux yeux des divers courants de gauche et/ou altermondialistes. Mais il a été aussi l'ami de gens peu recommandables, a confié la sécurité intérieure de son pays aux Cubains, n'a lutté ni contre la corruption ni contre le narco-trafic, bien au contraire, et mené des réformes économiques désastreuses ; et s'il a enrichi surtout les militaires, il s'est mis lui aussi pas mal de pétrodollars dans les poches. Une de ses filles est actuellement la personne la plus riche du Vénézuela, 850 milliards de pétrodollars détournés dont une partie du pactole placé aux Etats-Unis, pendant que la paupérisation affecte 83% de la population (info tirée de l'article de Laurence Debray, qui n'est pas complètement neutre puisque fille d'une mère vénézuélienne et qu''elle prend le contre-pied de son ex-révolutionnaire de papa. Je rigolais en lisant sa bio sur wkpd, arf, faites des mômes ! ). Bref, comme souvent, c'est beau au début la révolution, mais ça vieillit mal et trop vite, comme toujours. Et quand ça fonctionne, on l'étouffe... Impression qu'on s'en sortira jamais, et ça m'attriste, ça m'énerve tout ce gâchis.

Les derniers jour du Commandant     Alberto Barrera Tyszka   (traduction  Robert Amutio)      Editions Gallimard

 

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(source Libération)

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samedi 7 avril 2018

La petite boiteuse

61ugY2lCIDLQuand je suis tombée sur ce merveilleux album, je n'ai pas résisté bien longtemps. Il y a quelques années (voir billet ICI ), j'avais lu une biographie de Frida Kahlo. Celle que je vous présente aujourd'hui est tout en illustrations.

L'accent est mis sur des thèmes chers à l'artiste. Entre autres, l'inévitable accident à 18 ans ; la médecine, que Frida voulait exercer ; sa terre et sa faune, le Mexique ; l'amour, pour Diego Rivera bien sûr ; la mort, festive dans son pays ; la maternité, impossible, refusée, interdite à Frida.

Chaque thème est illustré sur plusieurs pages pleines, ou découpées et superposées, qui s'effeuillent comme pour plonger à l'essentiel, au noyau qui nourrit l'apparence colorée qui se donne à voir, mais qui cache en son coeur la douleur, la peur, la tristesse, le manque.

Celle qui est la plus réussie, et la plus terrible aussi, est à mon avis l'illustration de la maternité perdue ou rêvée, composée sur trois feuilles, serpents phalliques enroulés sur leur arbre de vie, qui observent le corps de Frida que l'on découvre ensuite seule dans un lit sinistre, pleurant sur son ventre arrondi et qui laisse apercevoir la dernière page, la reproduction d'une planche anatomique de la vie intra-utérine à tous ses stades de développement (et que possédait réellement l'artiste dans son atelier).

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Je trouve émouvants ce geste protecteur et cette unique larme qui coule.

Rassurez-vous le reste est plus coloré, plein d'imagination, mais toujours empreint d'une certaine tristesse (peut-être un peu trop à mon goût, car souvenons-nous de "Viva la vida"). Quoi qu'il en soit, Benjamin Lacombe rend un hommage graphique à la hauteur de son admiration pour cette artiste attachante qui a su mieux que personne mettre en oeuvre et sublimer la souffrance et la douleur qui ont jalonné son existence.

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Deux pages superposées

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Deux autres dont je ne dévoilerai pas les dessous.

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" Ne m'oubliez pas."

Un bien bel objet, à manipuler avec précaution, habillé de tissu, quelques citations et brefs commentaires des auteurs, et des couleurs, des couleurs et encore des couleurs pour enrober la gravité du propos. " Il y a peu, j'étais une petite fille qui marchait dans un monde de couleurs. Tout n'était que mystère. A présent, j'habite une planète douloureuse , transparente, comme de glace, mais qui ne cache rien."

Chaque fois que je croise des mots, une image, un tableau de Frida Kahlo, je ne peux m'empêcher d'être admirative face à son courage de vivre. 

 

Frida    Sébastien Perez & Benjamin Lacombe     Editions Albin Michel

 

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samedi 19 mai 2012

Mourir ou devenir fou

9782070130764Quand on a en face de soi la violence, la fureur et la haine; quand on les a si bien instillées en vous à votre corps défendant au point que les mots n'ont plus de sens et que seul l'isolement devient synonyme de survie; quand bourreaux et victimes ne forment plus qu'un magma infâme qui ne s'éteindra même pas avec les derniers survivants puique les brûlures imprégneront longtemps encore les mémoires; que reste-t-il comme solution, "mourir ou devenir fou ?"

"Le temps s'effaçait, une vie de crayon de papier."

Jana Wenchwn, indienne mapuche, a fui la terre des ses ancêtres massacrés par les blancs pour venir s'échouer à Buenos Aires en pleine crise économique des années 2000. Patiemment, elle a refait surface et s'est installée dans une friche où elle sublime blessures et fantômes à coup de ferraille sur ses sculptures qui envahissent son terrain.

Quant à Rubén Calderón, fils d'un poète résistant disparu en détention et rescapé lui-même des geôles de la dictature en pleine euphorie falcificatrice de la coupe du monde de foot de 1978, il est devenu détective privé spécialisé es disparus auprès des Mères de la place de Mai, mouvement dans lequel milite activement sa mère.

Deux événements vont réunir ces deux êtres refermés sur leurs traumas. On retrouve dans le port de La Boca le corps mutilé d'un travesti ami de Jana, pendant que la fille d'un ponte de la capitale disparaît à son tour. Faisant appel à Rubén, Jana et lui se retrouvent en partance pour une descente aux enfers afin de dénouer les fils qui relient ces deux faits, entre relents de dictature qui empoisonnent toujours l'atmosphère avec ses souvenirs de corps barbouillés de sang plein les yeux et les cris des torturés dans les oreilles.

"Les enlèvements, la mise en détention illégale et la torture systématique étaient une structure parallèle de coercition bureaucratique et hiérarchique efficace, apte à semer une terreur sans précédent dans la population ; le but était aussi de faire souffrir l'imagination des vivants."

C'est donc une lecture éprouvante qui ne mâche pas ses mots, un roman bien documenté, quelques raccourcis faciles et des coincidences heureuses et bienvenues nous rappellent que nous sommes quand même dans la fiction malgré le théâtre historique et cruel du récit, et j'avoue avoir poussé un ouf de soulagement arrivée à la dernière page. Ayant déjà suivi l'auteur chez les Maoris et les Zoulous, je savais à quoi m'attendre, Caryl Férey n'est pas du genre édulcoré, les âmes sensibles devront sauter quelques lignes de temps en temps et ne comptez pas sur un air de tango pour détendre l'ambiance...

Par contre, à celles et ceux qui souhaitent découvrir une autre facette de l'auteur -  et il écrit aussi pour la jeunesse - je conseillerais ses premiers polars, plus classiques et bourrés d'humour, notamment La jambe gauche de Joe Stummer et Plutôt crever - avec en prime pour le dernier une chouette balade en Finistère -  ils sont tous en poche.

Mapuche     Caryl Férey     Editions Gallimard série noire 


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lundi 9 avril 2012

A savourer...

97822340643001925, à Ilhéus, état du Nordeste au Brésil. La fièvre du cacao bat son plein, l'argent coule à flots, les investissements se multiplient et le progrès déferle sur la petite ville côtière. C'est dans ce contexte prolifique que Nacib, propriétaire d'un modeste bar, se voit abandonné par sa cuisinière à la vieille d'un repas important qui doit se tenir dans son établissement.
Au même moment, chassés du Sertão par la sécheresse et la famine, des retirantes arrivent à Ilhéus en quête de travail. C'est parmi eux que Nacib repère Gabriela qu'il embauche pour remplacer la vieille Filomena.

 "Des exclamations fusaient lorsqu'elle arrivait avec sa démarche dansante, les yeux baissés, un sourire que ses lèvres adressaient à toutes les bouches. Elle entrait, disait bonjour en s'avançant parmi les tables et allait droit vers le comptoir pour y déposer la gamelle. En principe, à cette heure-là, les clients auraient dû être rares, seulement quelques retardataires pressés de rentrer chez eux. Or, de plus en plus, les habitués faisaient durer l'heure de l'apéritif et réglaient leur temps sur l'apparition de Gabriela en buvant un dernier verre après son arrivée."

Si, dans un premier temps, la beauté et les talents de Gabriela font grimper le chiffre d'affaire, Nacib ne tarde pas à tomber amoureux d'elle, ne rêve plus que de l'épouser et d'en faire une dame de la bonne société. Mais son ami le libraire l'avait prévenu : "Il y a des fleurs qui se fanent dans les vases". Rongé par la jalousie face aux convoitises grandissantes de ses amis et clients, Nacib se voit contraint de faire des choix car le climat se dégrade...

Installez-vous à une table du Vesuvio et, si ce n'est déjà fait, prenez part à cette savoureuse chronique bahianaise qui vous mènera au coeur d'intrigues politiques et amoureuses d'un pays en plein essort.  D'une plume sensuelle, parfumée et colorée, Jorge Amado vante son amour des femmes et de son pays, et c'est avec gourmandise que je me suis évadée à nouveau dans ce livre depuis longtemps épuisé. Stock a la bonne idée de republier ce texte et, malgré les nombreuses coquilles qui l'émaillent, trente ans après une première lecture mon plaisir s'est révélé intact. Conclusion, cherchez-le plutôt d'occasion - quelques exemplaires circulent encore en poche - mais ne passez pas à côté, c'est un livre délicieux !

Gabriela, girofle et cannelle     Jorge Amado     Editions Stock

 

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mercredi 23 novembre 2011

Le dernier coup

9782757822708Lucho Arancibia, Cacho Salinas et Lolo Garmendia sont trois anciens communistes chiliens sortis de prison ou de retour d'exil. Se retrouvant une nuit à Santiago dans l'atelier de l'un d'entre eux, ils attendent leur chef, le vétéran, le Spécialiste, Pedro Nolasco, petit-fils d'un célèbre anarchiste syndicaliste. Histoire de prolonger un peu la révolution de leur jeunesse, ils sont prêts à reprendre du service et récupérer ce qui leur est dû.
Or, au même moment, Nolasco gît sur un trottoir, malencontreusement tué par la chute d'un vieux tourne-disque Dual balancé par une fenêtre lors d'une banale scène de ménage chez Coco Aravena, lui aussi de retour d'exil. Coco trouve sur le macchabée un vieux Smith & Wesson ainsi qu'un numéro de téléphone qu'il subtilise avant l'arrivé de la police. Croyant d'abord avoir tué un flic, il se décide finalement à appeler ce numéro. Une voix, pensant avoir affaire à Nolasco, lui répond qu'on l'attend au garage d'Arancibia.

"Les quatre hommes se regardèrent. Plus gros, plus vieux, chauves et la barbe blanchie, ils projetaient encore l'ombre de ce qu'ils avaient été.
- Alors, on tente le coup ? demanda Garmendia et les quatre verres ont trinqué dans la nuit pluvieuse de Santiago."

Sous l'égide de Pedro Nolasco, ce dernier coup se fera donc sans lui. Mais cette nuit-là, un autre homme se souviendra du Spécialiste, le vieil inspecteur Crespo qui identifiera le corps de Nolasco à la morgue. Ses souvenirs de jeunesse afflueront eux aussi,  les deux hommes s'étant déjà croisés en d'autres temps.

Au gré de va et vient entre passé et présent, ce roman est prétexte à  revisiter brièvement les années précédant l'avènement de Salvador Allende au pouvoir jusqu'à sa chute. C'est surtout l'occasion de brosser le portrait d'une poignée d'hommes portés par un même rêve qui virera rapidement au cauchemar, une très belle histoire d'amitié et de retrouvailles, de loyauté et de lutte, le tout narré avec tendresse et humour.

"Au milieu de l'assemblée, Coco Aravena était en pleine euphorie car la commission chargée de l'agitation et de la propagande du parti communiste révolutionnaire marxiste léniniste maoïste, tendance Enver Hoxha, très différente de la coterie liquidationniste qui se faisait appeler parti communiste révolutionnaire marxiste léniniste pensée mao tendance drapeau rouge, l'avait chargé de la lecture d'une résolution du comité central appelée à changer l'histoire."

La révolution n'a jamais dit son dernier mot. Et, avec ou sans Pedro Nolasco, les quatre lascars retrouvent l'audace de leurs vingts ans.
Une belle revanche sur leurs cheveux blancs et leurs idéaux perdus.

L'ombre de ce que nous avons été      Luis Sepulveda      Editions  Points

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lundi 7 novembre 2011

Kahlo maman bobo...

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 Frida Kahlo mourut le 13 Juillet 1954, elle n'avait que quarante-sept ans et j'ai presqu'envie de dire tant mieux.
Curieuse façon de commenter cette biographie par la fin, mais la douleur est si omniprésente tout au long des pages que j'ai été soulagée quand  elle cessa définitivement. Cela a sans aucun doute à voir avec un seuil de tolérance bien bas face à la souffrance physique et à l'angoisse que provoque en moi toute atteinte à mon intégrité corporelle...
Frida Kahlo a su, elle, vivre avec ces deux  lourds fardeaux pendant vingt-neuf ans, s'en nourrir et réussir à les sublimer de façon souvent violente dans sa peinture.

Je ne vous ferai pas un résumé de sa vie, vous pourrez en lire un excellent chez Ys ICI . J'aurai plutôt envie d'associer des images au parcours de cette femme car, comme elle le souligne elle-même, on lit à travers ses toiles comme à livre ouvert. Je m'attarderai donc plus sur certains aspects de sa personnalité à jamais marquée par son terrible accident survenu à l'âge de dix-huit ans et sans lequel son oeuvre aurait sans doute été toute différente. La poliomyélite l'avait déjà atteinte lorsqu'elle était enfant, lui laissant une jambe et un pied atrophiés qu'elle dissimulera en s'habillant d'abord en garçon avant d'opter pour les jupes longues.

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Frida au centre

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Femme narcissique par excellence, on le serait à moins quand on entre dans la vie adulte mutilée de la sorte, mutilations qui se répèteront jusqu'à son décès. Centrée sur elle-même de par la douleur et l'immobilité, de longs mois alitée, Frida Kahlo commence à peindre en se regardant dans un miroir et reviendra d'ailleurs souvent à cette technique, d'où les immombrables autoportraits qui jalonneront son oeuvre. La raideur de ces portraits répond sans doute à la rigidité de sa colonne vertébrale et aux nombreux mois où son corps s'est retrouvé enfermé, et ce à plusieurs reprises dans sa vie, dans divers corsets de plâtre, de cuir, de fer. Ces instruments de torture deviendront parfois des supports comme sur le cliché ci-contre.

Rien d'étonnant donc à retrouver sous son pinceau des corps morcelés, des organes, du sang,  ce dont se sont rapidement emparés les surréalistes pour la ranger dans leur camp. Or, s'il y a bien une peinture qui n'a pas à voir avec l'inconscient, c'est bien celle de Frida Kahlo. Elle est  bien au contraire réaliste, d'un hyperréalisme naïf empreint de couleurs, d'ex-votos et de figures de la culture pré-colombienne. Comme elle le dit elle-même "je n'ai peint que ma réalité", pas celui des ses rêves qui d'ailleurs s'apparenteraient plutôt alors à des cauchemars . Et sa réalité est tout simplement hystérique, dans le sens de ce qui touche au corps.
Si Frida Kahlo met son corps en scène sur ses toiles, il en va de même dans la vie. Elle n'est pas loin elle-même de l'oeuvre d'art ambulante. Elle n'aura de cesse d'embellir ce corps mutilé amassant les tissus, les bijoux, les couleurs, brandissant cette hyperféminité comme un charme face à la malédiction qui la frappe et lui refuse aussi  l'aboutissement naturel qu'est la maternité, surtout à cette époque. 
Si Frida Kahlo fut une femme au caractère bien trempé, elle n'en fut pas moins ambiguë, notamment face à la maternité, ce que ne pointe pas le livre qui aborde le problème de ses grossesses impossibles, entre fausses couches et avortements, sous un angle univoque qui en fait une victime passive. Diego Rivera  n'était pas du genre à assumer ses paternités et  la vie qu'ils menaient tous les deux n'était pas des plus stables aussi est-il probable que Frida fut plus qu'ambivalente fasse à ce désir d'enfant et ne mit pas toujours toutes les chances de son côté pour voir aboutir ce projet.
Rivera avait vingt ans de plus qu'elle et s'il reste l'homme auquel elle attache sa vie, elle se comporta face à lui plus comme une mère supportant les frasques de son fils adoré, ici un peintre génial mais un être peu ragoûtant et égoïste, dont elle accepta la demande de divorce  pour mieux le remarier peu après ! Ce couple fait penser à la Belle et la Bête, mais la bête resta bête et fit, après celle que lui infligeait son corps, une douleur profonde qu'elle cultiva et entretint jusqu'au bout.  Elle préféra s'oublier dans les bras de femmes jeunes (des miroirs aux corps parfaits ?) ou ceux d' hommes plus âgés (encore) , sans doute pour éprouver son pouvoir de séduction, mais plus sûrement pour tromper sa solitude face à l'amour fusionnel que lui refusait son mari.

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Autoportrait (1947)

Malgré tout, l'esprit bouillonnant de Frida Kahlo trouva à s'épanouir dans l'effervescence de son pays, exhultant dans les fêtes et la vie artistique et sociale de l'époque. Si certains ouvrages en font presque une icône politique et féministe, celui-ci opte plutôt pour un engagement se calquant sur celui de son mari. Elle trouve d'ailleurs laborieux les discours idéologiques et les intellectuels français en prennent pour leur grade. Même si elle a plus de scrupules que Rivera à jouir des largesses sonnantes et trébuchantes de la célébrité, notamment nord-américaines, elle ne le quittera pas pour autant. Sa soumission amoureuse à l'ogre Rivera peut trouver des racines dans une forme de masochisme issu de la fréquentation assisdue de la douleur, mais elle s'enracine sans doute aussi dans la relation très proche qui s'instaura dans l'enfance entre son père et elle et qui se renforça encore lors de son attaque de polio. A noter que cet homme, photographe et dessinateur, souffrait d'épilepsie, comme la mère de Frida qui manifesta aussi ce qui ressemble fort à des crises hystériques. De plus, Frida est née juste après la mort d'un frère qui laissa sa mère dépressive au point de la confier à une nourrice qui se révéla alcoolique. Tout cela augure de l'inscription de Frida Kahlo vers le côté obscur de la vie et peut-être aussi de l'amour.  Son acharnement à se faire aimer de Diego Rivera, et à supporter les tourments qu'il lui infligea, la place difficilement en tête du cortège féministe... Son anticonformiste et la liberté avec lesquels elle a mené sa vie, soutenue en cela par la figure de Diego Rivera et dans un Mexique très pratiquant, n'en font pas moins un personnage d'avant-garde.

"Avant de créer son propre paradis, il faut savoir puiser dans son enfer personnel."

Au Mexique la mort est une fête, aussi, après cette biographie à rebrousse-temps, je laisse la place à la peinture et  notamment à une des dernières oeuvres de Frida Kahlo qui s'inscrit dans les nombreuses natures vives que lui inspira la luxuriance de son Mexique tant aimé.

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Viva la Vida (1954)

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L'étreinte amoureuse de l'univers, la terre, moi, Diego et monsieur Xolotl
(1949)

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Le rêve (1940)

Je remercie  Logo-Partenariats-News-Book pour ce livre qui constitue une bonne entrée en matière et donne envie d'aller glaner d'autres sons de cloche car, c'est bien connu, les biographies invitent toujours à polémique... Celle-ci a l'indulgence de l'amoureux  pour sa belle, et apparemment Gérard de Constanze l'aime énormément, ce qui à le désavantage de porter Frida Kahlo quasi au rang de sainte. Un portrait un peu plus nuancé n'aurait pas nui à la diablesse qu'elle était !

Frida Kahlo  La beauté terrible    Gérard de Cortanze    Editions Albin Michel

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dimanche 16 octobre 2011

Crise de mères

51qWhIL4%2BjLCharlotte Dutilleul n'est qu'une petite fille lorsqu'éclate la guerre de 14. Turbulente, elle tente tant bien que mal de se conformer aux desiderata de sa mère, une femme rigide pour laquelle seule importe l'apparente perfection de sa famille offerte aux yeux des autres. Au cours d'une réception, deux événements vont marquer à jamais la fillette, un des deux sera passé sous silence face à l'énormité du second.  
Quelques années plus tard, la trépidante Charlotte, pour laquelle  on avait d'emblée tendance à éprouver une franche sympathie, s'est assagie, ravalant sa douleur et devient mère à son tour. Nicole naît d'une union sans amour et hérite du même caractère maternel. Mais les temps ont changé, les moeurs aussi. Nicole grandit à Saint-Germain des Prés et, contrairement à sa mère qui ne s'est pas opposée à la sienne, adolescente elle rue dans les brancarts... Les représailles seront féroces et la fin terrifiante.

Une traversée rapide de la première partie du XXe siècle et une galerie de mères et de filles sur trois générations font de ce court roman un condensé efficace des mécanismes qui conduisent à déclarer l'autre fou afin de maintenir l'équilibre familial.

Les petits sacrifices      Caroline Sers     Editions Le Livre de Poche

veracandidaEncore trois générations de femmes, mais dans un environnement et une atmosphère plus exotiques que précédemment, pour nous conter la lutte de quelques femmes face à leur destin. 
Ce pourrait être l'antithèse du livre de Caroline Sers. Là où tout n'est qu'apparence, froideur, rigidité, soumission, Véronique Ovaldé aborde la maternité et les relations mère-fille sous un angle à la fois tendre et cruel avec une fantaisie qui sied à merveille au cadre sud-américain de ce roman et une poésie qu'on lui connaissait déjà.

Je ne m'étendrai pas plus tant ce livre a été commenté.

Ce que je sais de Vera Candida     Véronique Ovaldé     Editions J'ai lu

41M2LWgrmoLDans la famille de la narratrice, la coutume veut que l'on se transmette de mère en fille une icône. La fille la reçoit de sa mère le jour de ses quinze ans, puis la famille lui cherche un mari. Mais Marthe fait une entorse à la tradition. Le jour des quinze ans de sa fille, cette dernière est déjà enceinte... Marthe garde donc l'icône et n'en continue pas moins sa vie de patachon. Née en 1904 à Paris, elle fut élévée par ses grands-parents en Roumanie. Elle ne rejoindra ses parents en France qu'à ses trois ans. C'est une enfant déjà fantasque qui parle aux oiseaux et dont la mère est peu présente. S'en suit une adolescence, presque sans histoire, puis un mariage arrangé, sans amour mais avec beaucoup d'alcool, d'amants et d'enfants.
Femme avant d'être mère, Marthe aura une vie mouvementée mais saura cependant s'attacher l'amour de ses enfants, lesquels payeront beaucoup de pots cassés en flirtant avec la folie. Sans un sou, Marthe retournera finalement vivre chez sa propre mère avant de finir ses jours dans une maison de retraite où elle continuera à boire et à voyager dans sa tête trop pleine de souvenirs, plus souvent mauvais que bons. La narratrice recevra des mains de son père l'icône que Marthe n'avait pas voulu transmettre.

Un très beau tableau de famille, entre grandeur et décadence, déracinement et intégration. Un émouvant portrait de femme et un tendre hommage d'une petite-fille à sa grand-mère.

Tâche de ne pas devenir folle      Vanessa Schneider     Editions Points

sobibor

De la folie intime à la folie à l'échelle humaine, il n'y a qu'un pas que Jean Molla franchit avec talent pour nous conter l'histoire d'Emma, souffrant d'anorexie. A force de ténacité, elle parviendra à faire émerger son identité de femme d'un embrouillamini familial des plus sombres.
Si c'est sa grand-mère qui détient la clef des nombreuses questions qu'elle se pose, c'est seule qu'Emma devra trouver les réponses au risque de chambouler la respectabilité de sa famille.

Encore un cas d'école, car outre l'aspect romanesque de ce roman joliment mené, on trouve là encore une excellente illustration de ce que vient colmater la pathologie mentale. Si elle s'ancre dans le présent, elle s'enracine toujours dans les générations précédentes et véhicule souvent ce qui ne peut se dire. Ici, elle s'attaque au corps et renvoie, comme un miroir, l'image de celui d'Emma, décharné, à ceux, squelettiques aussi, qui hantaient les camps nazis.
Un autre endroit  où on en parle

Sobibor      Jean Molla      Editions Folio

41in9y%2BTfCLOn a souvent des surprises lorsqu'on se rend sur les tombes de ses ancêtres. Il y a parfois un petit quelque chose qui cloche dans les dates. C'est ce qui arrive à Leonora qui s'aperçoit, lors d'une visite au mémorial de Thiepval près d'Amien où sont enterrés de nombreux soldats britanniques tombés durant la bataille de la Somme, qu'elle ne peut pas être la fille de son père .

Révélations, rebondissements, meutre, Leonora devra, elle aussi, batailler dur pour connaître la vérité. Après les grands-mères, les mères, les belles-mères ! Celle de Leonora détient-elle la clef du mystère ? En tout cas c'est un morceau central du puzzle...

 Entre roman historique et roman des origines, ce livre, malgré quelques longueurs, tient son lecteur en haleine jusqu'à la dernière page.

Par un matin d'automne     Robert Goddard      Editions Le Livre de Poche    

 

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Posté par Moustafette à 08:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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