lundi 9 janvier 2012

Le tonton d'Amérique

9782259212953Damien March, 35 ans, va sortir de sa routine de petit gratte papier à la BBC lorsqu'il reçoit en héritage la maison de Cape Cod léguée par un oncle oublié, Patrick, brutalement décédé. Cela va se révéler plus contraignant qu'il l'imaginait puisqu'une clause du testament stipule que cette maison, et ce qui se trouve à l'intérieur, doit rester en état.

S'il retrouve avec plaisir le lieu de ses vacances d'enfance, Damien découvre aussi  un véritable capharnaüm accumulé par son oncle tout au long de sa vie.

 "Un sacré personnage. Cela faisait de Patrick quelqu'un d'une étrangeté touchante, comme s'il était bizarre par choix, et non de ses propres compulsions. Au milieu des vitamines de la salle de bains, il y avait toute une pharmacie d'antidépresseurs. Paranoïaque, solitaire, dépressif chronique : on peut dire que c'était un sacré personnage."

Ne pouvant toucher à rien, Damien se lance dans l'exploration du bric à brac. Ecrivain ayant connu un bref succès, Patrick a laissé beaucoup d'écrits et de correspondance, et c'est entre tirelires et collection de sous-tasses que Damien va découvrir Les Confessions de Mycroft Holmes, manuscrit qui tente de faire la lumière sur le supposé frère de ce cher Sherlock. Comme un miroir sans tain, cette histoire va renvoyer à Damien une image de sa propre vie derrière laquelle s'en cache peut-être une autre.

"J'ai compris que les membres de la famille de Patrick avaient tous un peu peur de lui. Il les avait invariablement exclus et offensés. Si l'un d'entre nous lui avait rendu visite de son vivant, il se serait probablement réfugié dans une pièce du premier sans se donner la peine de descendre. Et les gens s'étaient mis à avoir peur de lui."

Publié pour la première fois en 2001, ce roman laisse entrevoir le talent de l'auteur pour brouiller les pistes et les identités de ses personnages. Celles dont il est question ici sont beaucoup plus classiques que dans Au nord du monde. Moins romanesque et moins surprenant que son épopée sibérienne, le procédé du roman à tiroirs fonctionne et entraîne le lecteur dans un labyrinthe familial sympathique où celui-ci, s'il est un brin futé, déniche facilement la sortie. On sent le goût de l'auteur pour les personnages excentriques et solitaires, et le tout m'a permis une balade agréable entre Londres et Cape Cod, de ce côté de l'Atlantique où je mets rarement les pieds !

Quelques avis CATHULU  CLARA KEISHA

Jeu de pistes     Marcel Theroux     Editions  Plon

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jeudi 29 décembre 2011

Décroissance... radicale

9782757811610Pour clore ma série "regardons les choses en face", j'achève cette année avec un bouquin que tout le monde ou presque a dû lire ou commenter. Je saute donc un énième résumé.

Alors, vais-je faire ma caractérielle anti-américaniste primaire ? Un petit peu... même si dans l'ensemble j'ai plutôt appprécié le style minimaliste qui colle parfaitement au contexte et la brièveté du récit dont l'action, survivre ou plutôt sousvivre, est déjà bien assez redondante.  Métaphore biblique un peu lourdingue, apocalypse, le bien le mal, les gentils les méchants, cannibalisme (léger, merci à l'auteur), caddisme et cocacolisme, ça fait beaucoup...  sans compter la fin euh... très américaine, limite happy end, qui m'a moyennement convaincue. Tant qu'il y a de la vie, y'a de l'espoir paraît-il. Etant du genre plutôt pessimiste, j'en doute.

 On pourrait tirer son chapeau à ce type qui se la joue Sisyphe dans le grand rien qui l'entoure. Je ne suis pas assez bio-addicte pour ça... surtout quand le cirque dure depuis trop longtemps. Ce livre aura le mérite de mettre le lecteur face à la question du suicide et, pour celles et ceux qui ont opté pour la descendance, il offre une belle digression sur la transmission.

"Question : Quelle différence y a-t-il entre ne sera jamais et n'a jamais été ?"

Si on arrête de se prendre pour le centre de tout, on parle de la fin D'UN monde, mais pas de la fin DU monde. J'ai tendance à considérer l'Homme comme un accident de la nature, comme toute espèce il sera de toute façon amené à disparaître. Et au regard de l'état où il laissera les lieux à la fin de son bail, j'en arriverais presque à dire que le plus tôt sera sans doute le mieux... Mais la Terre s'en remettra et continuera de tourner sans nous, heureusement.

Une note de poésie pour m'excuser des ces propos si biologiquement incorrects.

 

La route     Cormac McCarthy      Editions Points

 

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samedi 18 juin 2011

Marie-Blanche ou l'oubli !

arton25005-5aa22Qu'il était passionnant cet entretien avec l'auteur ! (vous pouvez l'écouter ICI.)
Et qu'elle semblait touchante l'histoire familiale qui devait nous narrer le destin tragique de la mère de l'auteur qui fut victime d'une filiation trouble, d'une mère plutôt toxique, d'un oncle incestueux et de déracinements successifs qui conduisirent rapidement Marie-Blanche à noyer ses blessures dans l'alcool et à séjourner dans des établissements psychiatriques pour finir par s'échapper définitivement de la vie en passant par une fenêtre.

Tous les ingrédients étaient réunis pour une fresque familiale comme je les aime. Seulement voilà, il suffit de pas grand chose pour qu'une mayonnaise ne prenne pas, et là la sauce a tourné rapidement. Je n'ai pas réussi à mettre la main sur "la puissance romanesque" d' "une saga familiale bouleversante" et "splendide" qui s'apparente au "chef d'oeuvre" et autres qualificatifs dithyrambiques qui parsèment la 4ème de couverture.

L'ennui m'étant tombé dessus très rapidement suite à une narration sans émotions ni intensité dramatique, à un style des plus banals, à une succession de faits qui laisse peu de place à l'introspection, j'ai jeté ce pavé l'éponge, à la page 229 (sur 606), ravalant ma déception, ruminant ma colère (22 € quand même) et ronchonnant qu'on ne m'y prendrait plus.

Des avis sur Babelio qui vont dans le même sens. Attendons de voir ce que donnera le partenariat de Newsbook. 

Après ça, comment voulez-vous que je me réconcilie avec les auteurs américains ?

Marie-Blanche     Jim Fergus      Editions Le cherche midi   

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vendredi 16 mai 2008

Nihilisme américain

9782757806470Pour savoir de quoi il retourne, je vous renvoie à ce très bon article qui m'avait fait noter ce livre et tenter de lutter mollement contre mon allergie étatsunienne.
CATHULU et SERIAL LECTEUR ayant également apprécié l'ouvrage, je l'avais donc surligné.

Quant à moi, me direz-vous, qu'en ai-je pensé, mis à part le fait que je ne pouvais rater une telle couverture ?
Eh bien, ni envoûtement enthousiaste, ni rejet excessif, juste une grande vague dépressive qui m'a saisie dès le début, agrémentée d'une pointe d'ennui surgie au trois quarts du livre. Cependant, je suis allée jusqu'au bout.
Rien d'étonnant donc à tout cela, les Etats-Unis ayant la fâcheuse habitude d'éveiller en moi ces sentiments. Ma culture littéraire américaine s'étant tarie avec la disparition de Kérouac, c'est peu dire...
Roman noir à souhait, mais comment pourrait-il en être autrement , je vous invite donc à me pas suivre mon exemple, et à apprécier ce livre à sa juste valeur.

La vie secrète de E. Robert Pendleton     Michael Collins     Editions Points Seuil

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mardi 2 octobre 2007

Extrêmement grognon et incroyablement flemmarde...

9782757805220Alors ça tombe bien que ce livre ait été déjà commenté de nombreuses fois.
Je vous invite donc à lire les avis de GAMBADOU, de YUEYIN, de PAPILLON, de CHIMERE et j'en oublie sans doute.
Sachez quand même qu'un certain ennui me tombant dessus, j'ai failli refermer l'ouvrage à la page 293. Mais l'histoire des grands-parents est arrivée à point pour raviver ma curiosité, surtout celle du grand-père (le bombardement de Dresde est un morceau d'anthologie).

"Quand j'avais cru mourir au pied du pont de Loschwitz, il y avait eu une unique pensée dans ma tête: Continue de penser. Mais aujourd'hui je vis et penser me tue. Je pense et je pense et je pense. Je ne peux m'arrêter de penser à cette nuit, aux bouquets de fusées rouges, au ciel qui était comme une eau noire, au fait que quelques heures avant de tout perdre, j'avais tout."

Et puis je me suis dit que l'auteur était quand même le mec qui avait écrit ça, alors j'ai poursuivi ma lecture jusqu'à la fin. Je ne le regrette pas, même si je n'ai pas été transportée. Il fallait bien le talent d'un monsieur Foer pour me faire ouvrir un livre en lien avec le 11 septembre ...

Un avis plus mitigé, celui de LAURENT.

Que se passera-t-il le 11 septembre 2042 ?  Une petite animation pour le découvrir !

Extrêmement fort et incroyablement près   Jonathan Safran Foer   Editions Points Seuil

 

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dimanche 19 août 2007

Cot cot cot !

9782867462986Eva a seize ans lorsqu'elle épouse Hans après la Grande Guerre, et qu'ils s'installent dans une modeste ferme du sud de l'Allemagne.
Hans s'occupe du bétail et des quelques acres de champs qu'ils possèdent, avant de rejoindre l'atelier où il travaille comme tailleur de pierres. Eva s'occupe du potager, du poulailler, de la maison et de ses deux enfants.
On est en 1936. La machine de guerre est déjà en route, et Hans est mobilisé. Il intègre l'armée en laissant consignes et recommandations, afin que femme et enfants s'en sortent pour le mieux face à un contexte économique qu'il pressent difficile.

"A l'époque dont je parle, les choses évoluaient autour de nous mais nous étions trop surmenés pour nous en rendre compte. Et, soyons honnêtes, cela nous intéressait médiocrement.(...)
Un après-midi, un employé du Bureau gouvernemental du ravitaillement se présenta et inspecta l'exploitation. Il m'informa que nous pourrions avoir droit à des avantages.(...) Pour bénéficier de ces nouveaux avantages, il fallait produire nos extraits de naissance et ceux de nos parents."

La vie s'organise sans Hans et sans l'aide des enfants qui, adolescents, se donnent corps et âme au mouvement Hitler Jugend auquel il est mal vu de ne pas adhérer. Eva se retrouve donc seule à la tête de la ferme et  décide de développer son commerce des oeufs, en allant faire les marchés plusieurs fois par semaine. C'est dans son poulailler qu'elle découvre Nathanaël, étudiant juif expulsé de l'université, et évadé du camp de Mauernich.

"Je me demandais pourquoi il avait eu des ennuis à l'université mais le courage de lui poser la question me manquait.(...) Pendant les premières semaines qui suivirent l'arrivée de l'étranger, je vaquai à mes tâches quotidiennes. J'étais à tout instant très consciente de sa présence, mais je n'avais pas de difficulté à me comporter comme d'habitude, car je ne connaissais pas d'autre façon d'être."

Il y restera près de deux ans. Et participera à la prise de conscience d'Eva, face au désastre qui se prépare.
Grâce aux marchés, Eva s'ouvre aussi sur le monde qui l'entoure et sur ses incohérences. Elle devient experte dans l'art de la fausse compromission et de la dissimulation.
Mais surtout, elle s'ouvre à elle même, sous l'effet conjugué des caresses et des mots de Nathanaël.

"Le changement n'était pas immédiatement perceptible mais je savais qu'il survenait. Mes pensées, qui se réduisaient jusqu'alors à me rappeler ce que j'allais devoir faire juste après, je les entendais prendre dans ma tête la forme de dialogues. En remontant le seau du puits, en grattant les légumes du ragoût, je débattais avec tel ou tel sujet. Je pensais à Nathanaël. Je m'interrogeais. Lentement mon intelligence devenait plus concrète et ce que cela signifiait se clarifia."

Eva comprend aussi que ses enfants endoctrinés n'auraient aucun scrupule à la dénoncer, s'ils venaient à découvrir la vérité sur les agissements de leur mère. Fine mouche pleine de bon sens paysan, elle saura tirer parti de leur fanatisme.
Car au sud de l'Allemagne, au-delà de la Forêt Noire, il y a la Suisse...

Inutile de dire que j'ai énormément apprécié le portrait de cette femme simple et pleine d'humanité. On ne s'ennuie pas un instant en sa compagnie.
Puisse le récit de sa lente transformation, qui va de la naîveté à l'engagement en passant par la découverte de la sensualité, vous émouvoir autant que moi !

La coquetière     Linda D. Cirino     Editions Liana Levi-piccolo

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dimanche 27 mai 2007

Mélimélo de mots *

9782879293110Vous me décoreriez tout en couleurs si pas avant longtemps ce livre se retrouvait entre vos mains et inondait votre encéphale de toute son inventionalité !
Mais votre partie arrière devra se protéger de façon rembourée s'il ne vous remplit pas d'aise et si l'idée de le cloturer croise celle d'en élaborer un autre. Car MUSKY a la jambe grandement étirée et l'appendice qui prolonge celle-ci pourrait bien d'une rotation gigantesque balayer l'hexagone et se heurter à la partie arrière déjà dénoncée, laissant remonter jusqu'au sommet de votre chef des vociférations récriminatives :

"C'EST PAS POSSIBLE DE PAS L'AIMER CE LIVRE, COMPRIS ?!!!"

Je m'accorde avec elle, après avoir éliminé des neurones de mon lobe occipito-temporal gauche, déjà fortement en abime par tous les livres que je l'ai obligé à décaractériser. J'ai dû aussi calculer la géographie des félins rigolots afin de combler les déficits spatio-temporels du récit. Mais j'ai gagné le succès d'emjamber le commencement de l'histoire. Après, c'est comme tu bois beaucoup de vodka et que ça fait moins de douleur et tu réflexionnes plus. Tu lis, c'est tout.

Sur un plateau, je pose mes excuses pour l'omission du sujet concerné de ce livre. La vodka fait aussi ressembler mon cortex à chaussette usée  fromage helvétique (mieux littérairement élégant et moins mauvaisement odorant).
L'ouvrage est le rendez-vous d'un trio ukrainien, grand-père, petit-fils et chienne à quatre pattes (pas sale garce féministe !) qui réceptionne un héros juif d'outre-atlantique obsessionnalisé par le pauvre bout de terre d'où ses prédécesseurs familiaux ont failli être ravagés par la guerre. Contre numéraire dollarien, il met les trois  en pelote de nerfs, jusqu'au bout de retrouver celle par qui ses ascendants ont pu par grâce encore photocopier leurs chromosomes, comme exemple le héros.

L'homme étasunien écrit aussi des pages simplement, un livre pour le monde entier, alors c'est sympathiquement reposant pour que tout le monde comprenne bien. Il retricote l'histoire depuis son arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, c'est longtemps comme 405 pages dans la poche. Comme sur un trampoline, tout rebondit et nous essore des rires, car sinon vous auriez trop de cascades d'eau sur les joues à cause de la douleur et de la tendresse qui habillent les personnages de l'auteur.

"Extrait du Livre des antécédents :
Les juifs ont six sens. Toucher, vue, goût, odorat, ouïe ... mémoire. Tandis que les Gentils perçoivent et traitent le monde par les sens traditionnels et se servent de la mémoire seulement comme un moyen de deuxième ordre pour interpréter les événements, pour les juifs, la mémoire n'est pas moins primordiable que la piqûre d'une épingle ... Ce n'est qu'en faisant remonter la piqûre d'épingle jusqu'à d'autres piqûres d'épingles...que le juif est capable de savoir pourquoi ça fait mal."    
 

 Comme eux, je fais trop de conserves dans ma mémoire. "Le souvenir était censé remplir le temps mais faisait du temps un trou à remplir". (Et je suis tranquille, c'est pas la vodka qui poinçonne mon cerveau).

Et le livre y est en plus aujourd'hui et je crois bientôt l'autre aussi du même écrivain.
MUSKY a tout bien arrangé chez elle; tout est illuminé là-bas, si c'est pas clarifiant ici.
Mais gaffe à vous! On est une paire maintenant à "investiguer et faire KGB  sur vous" derrière l'écran, et à articuler hautement :

OBLIGATION DE LIRE CE LIVRE, COMPRIS ?!!!!

* inscrupuleusement inspiré par l'original de l'auteur.

Tout est illuminé     Jonathan Safran Foer     Editions Points Seuil

noel_lumieres009

 

 

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