Le Souk de Moustafette

Un no man's land où farfouiller, papoter, se régaler, rigoler de tout, de rien, mais toujours un livre à la main...

dimanche 20 avril 2008

Tu vas passer Noël ici ?

9782757807255C'est la question que tout le monde pose au commissaire Erlendur Sveinsson qui, à l'égal de ses confrères Adamsberg (F. Vargas) ou Wallender (H. Mankell), respire toujours autant la joie de vivre, n'en finit pas de courir après les fantômes de son passé et de se faire du mouron pour sa toxico de fille.
Ici, c'est l'un des plus grands hôtels de Reykjavik. On vient d'y retrouver le portier et factotum de service en bien mauvaise posture, à savoir déguisé en Père Noël, le coeur transpercé de plusieurs coups de couteau, la quéquette en berne et au bout de laquelle pendouille un préservatif. Alors que tout le monde l'attendait pour animer le goûter des enfants, le Père Noël semble s'être offert une petite gâterie qui lui fut fatale.
Evidemment, ça fait un peu désordre dans cet îlot luxueux.

"Un imposant arbre de Noël trônait dans le hall et partout il y avait des décorations, des sapins et des boules scintillantes. D'invisibles haut-parleurs entonnaient le Douce nuit, sainte nuit. De grands bus étaient garés devant l'hôtel et leurs passagers s'attroupaient à la réception. C'étaient des touristes étrangers venus passer les fêtes de Noël et du nouvel an en Islande parce que, dans leur esprit, l'Islande était ce fascinant pays où l'aventure est au coin de la rue."

Rien d'étonnant à ce que le directeur veuille donc étouffer l'affaire au plus vite. Mais c'est quand même curieux que personne ne connaisse ce Gudlaugur Egilsson alors qu'il travaillait depuis une vingtaine d'années. Et pourquoi vivait-il dans ce cagibi du sous-sol de l'hôtel ?

Erlundur, qui n'a jamais trouvé un quelconque intérêt aux festivités de Noël, décide de squatter une minable chambre sans chauffage allouée à contre coeur par une direction qui n'apprécie guère que l'on vienne mettre le nez dans ses coulisses et dans sa cuisine interne. Furetant et discutant ça et là, il va dérouler petit à petit le fil de la vie de la victime, un curieux personnage qui fut jadis un enfant star.
Le brillant commissaire Erlunder est-il toujours aussi doué ? Combien de jours lui faudra-t-il pour plier l'affaire et pourra-t-il regagner ses pénates comme tout le monde le 24 Décembre ? "Arrête donc de me bassiner avec ça, répondit Erlunder, sur quoi il raccrocha."

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé Erlundur et sa clique d'inspecteurs. Mais j'avoue avoir été un peu déçue par l'histoire qui sert de trame de fond à l'enquête.
Cela dit, même si à la longue je me suis un peu ennuyée, ça reste un polar correct et un huis-clos bien ficelé.
Faut dire qu'après "La femme en vert", que j'avais trouvé ABSOLUMENT puissant, la barre était bien haute...

Les avis plus enthousiastes de VAL  et  TAMARA

La Voix    Arnaldur Indridason     Editions Points Seuil

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jeudi 17 avril 2008

Il l'a rêvé, il l'a fait

9782864246350Et il a bien eu raison, y'a pas d'âge pour se faire la belle !
C'est ce que pense Sébastien Lesquettes, dit "Einstein", qui en a assez de végéter aux "Cannabis" comme il a baptisé la maison de retraite où ses enfants l'ont laissé pour un mois et qui, trois ans plus tard, ne sont toujours pas revenus le chercher.

C'est accompagné de Laurent, chauffeur de taxi sénégalais qui le véhicule dès ses premières heures de liberté retrouvée, qu'Einstein nous balade parmi ses souvenirs, entre jours heureux et drames de sa jeunesse pendant la guerre et dans la Résistance, événements qui le mèneront à l'âge d'homme, mari et père de famille, mais aussi amant comblé de Paula.

Paula, désormais seul but de la vie d'Einstein.
Et nous voilà embarqués dans un road-movie entre Paris et province d'aujourd'hui, zone occupée et zone libre d'hier, à la recherche de Paula, jeune résistante croisée et aimée à la vitesse de la lumière, disparue dans la tourmente, retrouvée des années plus tard, aimée encore et à nouveau envolée.

"J'aime les femmes et les livres, Laurent, je les adorais, je les adore. Lire...aimer...les seules vérités qui restent accessibles et acceptables pour tous quand les utopies s'écroulent. Le reste... idéologies, blablas, révolutions, rêves, tout n'est qu'avortements, fausses couches, morts et résurections, spectacle permanent. (...) On tue pour rien, on ressuscite pour débouler sur le même néant. Vanité des vanités... Sauf... Sauf lire et aimer ! Ouvrir un bouquin, une femme, laisser courir le regard, accrocher une phrase sur l'écran de papier blanc, tourner une page, découvrir qu'une peau couleur d'ivoire contient mille palindromes que tu peux déchiffrer avec tes lèvres et tes doigts dans tous les sens de la volupté, ânonner l'alphabet de l'amour, une fois, puis une deuxième, une troisième... et entrer, en invité, dans une histoire qui n'a été écrite que pour toi. Ce jour-là, Paula était son histoire, la mienne, une folle envie de vivre que je lisais à voix basse pour elle et moi."

On se demande bien pourquoi un tel homme devrait finir ses jours enfermé dans un mouroir doré, entouré de mémères gâteuses en charentaises sucrant les fraises ou claquant du dentier à longueur de journée !

Prendre la poudre d'escampette n'est pas seulement une dernière bouffée d'air pur. C'est aussi l'occasion de revisiter l'Histoire, celle d'une génération, écloppée de la guerre et de ses souffrances.
Opportunité aussi de revisiter Paris et d'alpaguer, sur un ton gouailleur digne d'Audouard, notre société moderne.
Et enfin, ultime possibilité de partager deux jours de liberté avec un autre exclu, un autre déraciné, Laurent, personnage en exil, amoureux de la vie et pour qui la solidarité a encore un sens. Peut-être est-il le fils auquel Einstein aurait pu confier sa part d'ombre et de lumière, le fils qui aurait dû pouvoir témoigner pour son père ; mais on ne choisit pas sa famille...

Une très belle leçon de vie et de mort donnée par un vieux rebelle non dépourvu d'humour !
Un rôle en or pour Gabin. Comment ça, il est mort ? N'importe quoi !!!!!

Le Jour où Albert Einstein s'est échappé   Joseph Bialot   Editions Métailié

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"l'imagination est plus importante que le savoir" A.E

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dimanche 6 avril 2008

Au poil !

9782213632162Le groupe ZO, collectif alternatif et libertaire, pose ses valises à l'Edena, un camp naturiste du Sud-Ouest de la France, le temps de faire le point sur leurs actions de l'année écoulée et de préparer les luttes à venir.

"Calo, subitement attendri, observe ses compagnons. Force est d'admettre que ce sont des gens formidables. Une belle brochette de modernité. Des humains, de vrais humains sur qui comptent dorénavant, en gros, cinq cents êtres responsables et ingénieux dont la vie est devenue plus franche, plus douce. Maintenant, il faut juste la rendre plus simple. Beaucoup de ceux qui participent à ce semblant d'utopie ont un travail, une fonction, un rang. Même s'ils avouent, en voyant que ce qu'ils ont mis en route fonctionne parfaitement, commencer à en avoir marre du turbin, et vive Paul Lafargue."

Toujours sympas ces zozos-là, ne ratent pas une occasion de joindre l'utile à l'agréable !
Les tentes dressées, la bouffe bio déballée et les premières appréhensions passées, "parce qu'à poil on ne peut plus rien cacher", la répartition des taches s'organise et les groupes de réflexion vont bon train entre trempettes dans l'Océan et dégustation de vin blanc.
Lutte contre le gaspillage et recyclage, décroissance et microcrédit, clandestinité ou passage à Internet, rappels historiques et modernité, pouvoir et contre-pouvoir, prises de bec et auto-critiques, les sujets ne manquent pas.

Pour pimenter un peu cette université d'été à la sauce anar, voilà qu'un crime est commis à l'Edena. Rosa, une vieille femme d'origine espagnole qui donnait un coup de main au camping est retrouvée le crâne fracassé. Quand il s'avère que cette Rosa pourrait bien être la fille du célèbre Buenaventura Durruti, militant anarchiste lui-même assassiné par les franquistes pendant la guerre d'Espagne, le groupe ZO ne peut que prêter main forte au gérant de L'Edena afin de démasquer le coupable. Juste une question d'honneur. Seulement, il va falloir composer avec la maréchaussée...

"Etrange moment, en vérité, que ces deux libertaires et ce membre de l'armée, souriants et détendus, en train de cueillir des légumes, déterrer des oignons et des radis, tout partager en trois, bien disposer la cueillettes dans de vieux cageots grisâtres, et de transbahuter tout ce butin dans leurs véhicules respectifs.
On aurait dit une toile de Millet, en plus potager, moderne, joyeux."

Un polar chaleureux mais rafraîchissant, servi par l'écriture toujours aussi mordante et critique de l'auteur.
On passe vraiment un bon moment avec ces personnages plus vrais que nature. Prenez-en de la graine !

SERIAL LECTEUR  est aussi d'accord, il vous le dit ICI.
A lire aussi un bel hommage à Buenaventura Durruti

Nus   Jean-Bernard Pouy   Editions Fayard Noir

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mardi 1 avril 2008

L'art du rêve ou rêve d'art ?

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En 1985, exit les erzats brejnéviens, Gorbatchev arrive au pouvoir et la Péristroïka en est à ses premiers balbutiements.
Anatoli Pavlovitch Sukhanov ne s'en émeut pas plus que ça, sûr qu'il est de son assise sociale et de son appartenance à la classe des apparatchiks. Une vie de privilégié depuis les années soixante, père de deux grands enfants prometteurs, marié à la encore très belle Nina, fille du peintre Malinin qui siège à l'Académie des beaux-arts et vante depuis 1947 la gloire de la Patrie et du régime, grand appartement, voiture avec chauffeur, et directeur de la revue d'art la plus influente du pays, à savoir L'Art du Monde (merci beau-papa pour le poste).
Bref, tout va bien dans le meilleur des mondes soviétiques...

Mais au soir de l'anniversaire de son beau-père, fêté en grande pompe avec, pas moins, discours du ministre de la Culture en personne, Sukhanov va glisser, d'abord imperceptiblement, dans une drôle de faille spatio-temporelle qui l'entraînera sur les rives de son enfance, puis inéxorablement vers celles de sa jeunesse perdue et de ses engouements artistiques, et inévitablement vers l'âge mûr et ses compromis.
C'est la rencontre avec Lev Belkin, ancien camarade de jeunesse et peintre clandestin comme lui dans les années cinquante, qui mettra le feu aux poudres de l'esprit, jusque là, équilibré de Sukhanov.

De flashback en flashback, nous remontons l'histoire personnelle d'Anatoli tout en suivant parallèlement les soubresauts de l'Histoire de son pays. L'appartement communautaire, la guerre, un père étrangement absent, la terreur des années de purges, les rencontres avec quelques vieux professeurs, le choc artitistique du surréalisme, le dégel des années cinquante, le rêve, enfin proche, de sortir de la clandestinité et de voir sa peinture reconnue... Mais, principe de réalité oblige, le cours de sa vie s'infléchira dans un sens imprévu pour l'amener là où il siège aujourd'hui, et ce depuis vingt-cinq ans. Vingt-cinq ans qui lui auront permis d'ériger un mur de béton entre passé et présent, afin de maintenir à distance certains souvenirs bien dérangeants mais qui reviennent pourtant tel un boomerang.

"Et d'extraordinaires feux d'artifice jaillissaient dans toute leur gloire de lumière, des ciels radieux mêlaient le pourpre des soleils levants et le vert des soleils couchants, des amants flottaient sur les ailes de la musique et du bonheur au-dessus des toits bleus, des poètes errants inondaient la nuit de paroles en forme d'étoiles, la terre féconde jetait au jour des fleurs gorgées de pluie et des chevaux farouches - devant cette vision de la vie tout à la fois épanouie et dissoute en mille formes et milles teintes inédites, je me perdis éternellement dans les flammes de la couleur la plus pure, dans l'harmonie bénie de la touche d'un pinceau, dans les rêves les plus intimes de l'âme..."

Et il n'a pas fini de rêver Anatoli !
Sa conscience de l'année 1985 n'en peut plus de s'accrocher à des petits riens qui sont autant de sauts dans le passé. Des allers-retours de plus en plus fréquents qui ne lui permettent plus de distinguer le rêve de la réalité, l'hier et l'aujourd'hui. Il glisse, dérape, tout se délite autour de lui, sa maison, ses enfants, sa femme, son boulot, et même son passé qui n'est peut-être pas tout à fait celui qu'il croit.
Comme nous, lecteurs, qui croyons entrer dans un livre austère, témoin d'un monde froid et révolu, nous nous retrouvons à composer une toile, à mélanger des couleurs, des sensations, passons du tragique au comique, et baignons dans un surréalisme délicieusement orchestré par la plume de l'auteur, croisant au passage les palettes de Dali, Chagall et Kandinsky, égarés avec nous dans le Moscou aussi bien somptueux du pouvoir que celui crasseux des vieux quartiers.

Alors, Anatoli Pavlovitch Sukhanov sombre-t-il dans la folie ou tout simplement vers sa vraie vie ?
Il vous faudra tourner les pages et vous laissez séduire par ce livre pour le savoir...

La vie rêvée de Sukhanov     Olga Grushin     Editions Point Seuil

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Le rêve
Chagall 1939

Quid des peintres russes d'aujourd'hui ?
Voici quelques toiles contemporaines et modernes, piochées ici et là.

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La fille au livre
Vyacheslav TAMANOV 1995

b927
Vue de la fenêtre
Nikolay ARZHANOV 1993

b5308
N° 97
Vadim SUSHKO 1965

b15485
Nuit
Arseniy LEPINE 2006

b6293
Hiver
Boris KLEVOGIN 2004

Et encore Chagall pour le plaisir !

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Vie paysanne 1925

91828_CT_The_Creation_of_Man_1956_58_Affiches
Création de l'homme 1956

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dimanche 30 mars 2008

ВОДА ! ВОДА ! ВОДА ! *

9782742755240Sur une des îles qui forment la ville de Saint-Pétersbourg, vivent modestement Sophia et Trofim Ivanytch. Mariés depuis plusieurs années, l'enfant tant désiré se fait attendre.
Tout naturellement, ils accueillent Ganka, une jeune adolescente qui se retrouve soudainement orpheline.

Si au début ce trio cohabite sans heurts, Trofim Ivanytch ne reste pas insensible à la beauté de la jeunette...
Sous le regard mortifié de Sophia, alors qu'en cet été lourd et orageux les eaux de la Néva gonflent et débordent, le drame couve.

"Toute la nuit, le vent de la côte avait battu la fenêtre, faisant tinter les vitres. Les eaux de la Néva montaient. Et le sang, comme relié à elles par des veines souterraines, lui aussi montait. Sophia ne dormait pas. Trofmin Ivanytch, dans la pénombre, trouva à tâtons ses genoux et resta longtemps en elle. Mais il y avait de nouveau quelque chose qui clochait, il y avait de nouveau comme une fosse."

Ce court texte de 1929, à l'écriture réaliste et concise, est considéré comme "le chef d'oeuvre absolu" de l'auteur.
Mais, même si j'ai aimé le ton percutant et si je reconnais la prouesse littéraire qui consiste à plonger dans un esprit féminin rongé par les affres de la jalousie, du désespoir, et finalement de la folie, l'histoire de cette femme en mal d'enfant m'a laissé de marbre.

HONTE à moi...
Je n'ai toujours pas réussi à être touchée par la grâce de la littérature classique russe, ni par celle de la maternité !

* approximativement, que d'eau, que d'eau...

L'inondation     Evgueni Ziamatine     Editions Actes Sud

Samovar

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vendredi 28 mars 2008

Botanique (suite)

9782264042903R1Sur une immense propriété de la Nouvelle-Galles du Sud, en Australie, un homme légèrement monomaniaque vivant seul comme un roi en son royaume, se met en tête d'y planter toutes les espèces d'eucalyptus répertoriées sur la planète.
Holland, nouveau venu dans cette contrée, ne tarde pas à susciter curiosité et commérages, jusqu'au jour où il vient accueillir à la gare une fillette qui n'est autre que sa fille.
Suite au décès de sa femme, morte en donnant le jour à des jumeaux, Holland élève seul Ellen, l'autre enfant ayant suivi sa mère dans la tombe.

Le temps passant et les eucalyptus poussant, Ellen se transforme en une superbe adolescente. A l'approche de ses vingt ans, son père décide de la marier à l'homme qui sera capable d'identifier les quelques quatre cents espèces d'eucalyptus qui peuplent sa propriété. La réputation de la beauté d'Ellen n'étant plus à faire, commence alors un défilé de prétendants plus ou moins érudits qui, sous le regard impassible de la princesse, tentent de passer l'épreuve, épreuve quasi insurmontable inutile de vous le préciser.

Ellen n'est pas loin de croire qu'elle finira vieille fille, peut-être même s'en réjouit-elle ?, lorsqu'arrive Roy Cove, spécialiste de chez spécialiste, la force tranquille, sûr de lui et bien décidé à remporter "le trophée". Ne prendrait-il pas même un malin plaisir à faire durer les choses, parfois sur le point de trébucher mais se rattrapant toujours in extremis (aux branches évidemment) ?
Tout absorbés qu'ils sont par leur botanique, Holland et Cove ne voient rien de ce qui se trame dans leurs dos. Car Ellen, qui en a ras-l'arrosoir des eucalyptus et ne s'imagine aucunement l'épouse de ce Cove se pourléchant déjà prématurément les babines, sûr qu'il est de croquer sa proie, Ellen la soumise va ENFIN se réveiller !

"Le mot eucalyptus vient du grec, "bien" et "couvert". Il décrit quelque chose de spécifique à ce genre. Jusqu'à ce qu'elles s'ouvrent, prêtes à être fertilisées, les fleurs d'eucalyptus sont protégées par un opercule, ce qui, de fait, place un couvercle sur les organes reproductifs.
Tout cela est très prude. En même temps - et nous voyons ici que le paradoxe est une carctéristique majeure de l'eucalyptus -, les feuilles qui les entourent affichent des moeurs presques dissolues, vu la façon dont elles exhibent tout un tas de différences d'épaisseur, de forme, de couleur et d'éclat: "un caractère changeant", pour formuler les choses à la manière botanique."

Pour les amateurs de contes modernes.
Pour les thésards ès calyptus.
Pour les asthmatiques et autres catarrheux chroniques.
Pour ceux qui envisagent d'en planter, à condition que le sol soit acide et humide.
Pour la belle couverture.
Pour un moment de lecture simple, pudique, mi-poétique mi-ironique, et parfumé.

Eucalyptus      Murray Bail     Editions 10/18

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dimanche 23 mars 2008

Histoire d'histoires

9782264044983Une petite fille d'une dizaine d'années, Vif-Argent, est recueillie par Pew, vieux gardien de phare et conteur intarissable.
Depuis 1828, il y a toujours eu un Pew au Phare de Cap Warth, à Salines au nord de l'Ecosse. De père en fils, les Pew ont vieillé sur les bateaux et les âmes de marins. Au fil des générations, ils ont recueilli les histoires d'amour ou de naufrages.
Ils se sont aussi transmis un handicap, la cécité. Le Pew d'aujourd'hui n'échappe pas à la règle. Mais justement, parce qu'il est aveugle, Pew voit au-delà du temps.
Le vieil homme choisit Vif-Argent pour prendre le relais, celui du phare mais aussi celui de sa mémoire. De sa nuit éternelle, au rythme du fracas des vagues qui balaient Cap Warth et son édifice témoin imperturbable, chaque soir Pew revisite l'histoire de Salines et de ses habitants.

"Pew, raconte-moi une histoire.
Quel genre d'histoire, petite.
Une histoire qui finit bien.
Cela n'existe pas.
Quoi, les fins heureuses ?
Les fins."

Ainsi allons-nous croiser Josiah Dark qui construisit le phare avec un ami, un jeune ingénieur nommé Robert Stevenson, et surtout Babel Dark son fils, premier pasteur de Salines, un être double aussi fougueux que tourmenté, l'esprit partagé entre la Bible, ses métaphores et les rondeurs de la belle Molly O'Rourke.
S'inviteront dans la danse, Wagner et son "Tristan et Iseult", Darwin et son "L'Origine des espèces" et  Robert Louis Stevenson, le fils de l'ingénieur, avec son "Ile au trésor" et son "Dr Jekyll et Mr Hyde".
Pew nous balade, nous emberlificote, car il n'a que faire de la chronologie, ses histoires s'emboîtant dans sa tête comme des poupées russes.
Mais les fins semblent pourtant bel et bien exister. Vif-Argent devra s'en aller poursuivre sa vie vers d'autres ailleurs, riche des enseignements du vieux Pew mais toujours un peu plus prompte à défendre sa liberté pour réaliser ce qu'elle sait faire de mieux... raconter des histoires.

"Il vaut mieux que j'envisage ma vie de cette façon: un mélange de miracle et de folie. Il vaut mieux que je me résigne à ne pouvoir contrôler aucune des choses essentielles. Ma vie est un chemin jonché de naufrages et d'appareillages. Il n'y a ni arrivées ni destinations; juste des bancs de sable et un naufrage; et puis, un autre bateau, une autre marée."

Me croirez-vous si je vous dis que j'étais triste d'avoir terminé ce livre ?
Il fait partie de ceux dont on a envie qu'ils durent toujours, comme les histoires du vieux Pew, de ceux dont on veut tourner encore et encore les pages afin de se laisser bercer par les vagues d'imagination qui se succèdent et retenir l'empreinte de leur poésie bien longtemps après avoir lu le mot FIN.
Bref, une très belle histoire d'amour et d'amitié sous le sceau de la transmission.
Je vous le conseille vraiment.

Garder la flamme     Jeanette Winterson     Editions 10/18

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jeudi 20 mars 2008

Clin d'oeil, Tshan !

9782877307666Quand le désir de devenir moine naît chez un gamin de huit ans, les parents ont le droit de penser que ça lui passera. Quand il entre au collège et qu'il réitère sa demande, les mêmes parents peuvent encore se bercer d'illusions, espérant que l'adolescence et ses convulsions auront tôt fait de ravir leur rejeton. Mais quand celui-ci, qui décidément a du mal à se faire entendre, commence à faire tout et n'importe quoi (c'est à dire plus grand chose), son père, qui est loin d'être idiot, se dit qu'il ferait peut-être bien d'écouter son fils et de le confier à l'abbesse du monastère qu'il fréquente tous les dimanches et où il pratique lui-même le zazen.

"Voyez-vous, Kimura-san, il existe à mon avis deux façons de vivre dans la voie religieuse. La première  consiste à devenir un moine remarquable, la seconde un moine admirable. Celui qui appartient à la catégorie que j'appelle remarquable est appelé à accéder à un rang toujours plus élevé et finit par se voir confier un haut poste au Bureau des affaires religieuses. L'autre, c'est la catégorie des moines qui se donnent entièrement à la pratique de la Voie et finissent par détenir un grand rayonnement. Si je vous demande de choisir, pour quelle catégorie allez-vous opter ?
- Pour le moine admirable, bien entendu.
- Bien. Mais je vous préviens que les moines admirables n'ont pas le sou ! dit-elle en éclatant de rire."

C'est qu'elle s'y connait l'abbesse qui, malgré son âge avancé et les clopes qu'elle fume à la chaîne, a une pêche d'enfer. Le Zen conserve... chouette !
Mais elle sait aussi se montrer impitoyable et verse peu dans le sentimentalisme. On ne transige pas avec les traditions religieuses.
Qui croyez-vous en souffrira le plus, le jeune bonze ? Pas si sûr.
Déplacez une pièce sur l'échiquier familial et tout ce petit monde appréhendera une autre réalité. Un peu comme le battement d'ailes du papillon qui déclenche un cataclysme.

Un texte sobre, tour à tour drôle et tendre.
Exactement ce dont j'avais besoin pour me remettre de mes dernières déceptions.
Bien. Je m'en vais de ce pas méditer devant le sanctuaire de mes piles à lire afin de déterminer sur quelle nouvelle voie littéraire je vais m'engager. Et si en plus je peux faire ça tout en tirant sur ma cigarette... le nirvana !
Ah, ça vous déculpabilise le Zen, j'en redemande !

Les avis de CHIMERE et du BIBLIOMANE

Je veux devenir moine zen !    Miura Kiyohiro    Editions Picquier poche

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jeudi 13 mars 2008

Mauvaises pioches

9782070306817Abandon !
C'est coloré, chatoyant, artistique en diable, mais les aventures du bel éphèbe surdoué, Fra Fillipo Lippi, peintre et moine libertin de surcroit , m'ont profondément ennuyée.
Celui-ci aura beau devenir le futur maître de Botticelli, il n'aura pas réussi à me faire dépasser la page 91.
Pour les inconditionnels de la Florence du XVe siècle

La passion Lippi     Sophie Chauveau     Editions Folio

9782742758364Abandon !
Lu dans le cadre de lectures autrichiennes afin de tenter une réflexion sur l'insidence de la collaboration de ce pays avec le IIIe Reich dans l'oeuvre des auteurs modernes.
Cinq portraits de femmes qui toutes adoptent des stratégies diverses et variées pour composer ou fuir leur réalité.
Ces nouvelles et ces femmes m'ont vite lassée avec leurs tergiversations peu palpitantes !

Trois sentiers vers le lac   Ingeborg Bachmann   Editions Actes Sud Babel

9782350870304Abandon !
Là, ça m'embête car j'aime beaucoup et le titre et cette couverture, de plus la 4ème de couv était alléchante.
Sur une ïle du Chili, une ancienne militante de gauche a ouvert une maison afin d'accueillir des femmes en perdition. Perdition plus psychique que sociale puisque qu'on y croise entre autres une historienne, une femme d'affaires, une journaliste, mais aussi des femmes plus modestes.
Les vingt locataires de l'Auberge se livrent mutuellement leurs histoires et leurs désillusions.
Et inévitablement le sujet qui, toujours et encore, revient sur le tapis, l'amour et les hommes.
Et que croyez-vous qu'il arrive ? Comme par hasard, sur cette île battue par les vents, au bout du bout du monde, le seul médecin est un beau mec venu lui aussi s'exiler pour soigner quelques blessures secrètes.
Et bien sûr, ce gros bourdon viendra affoler les guêpes de la communauté, enfin au moins deux, peut-être plus, mais je ne le saurai jamais puisque j'ai refermé ce livre à la moitié des 326 pages tant leurs digressions sur les relations hommes-femmes m'ont rasée (lassée, ennuyée, rasée, je suis à bout de synonymes !).

"Ton désir de te protéger est désespéré car tu n'as pas la force de caractère pour te défaire totalement de l'amour. Mais tu te se sens en danger. Floreana, quel est le pire qui puisse t'arriver ? Qu'on ne t'aime pas.
Serait-ce si grave ? "

Enfin une parole sensée...

L'Auberge des femmes tristes   Marcella Serrano   Editions Héloïse d'Ormesson

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mardi 11 mars 2008

Qu'est-ce que tadjik ?

8monoJ'ai dit que c'est dommage que ces monologues de femmes aient été écrits par un homme !

Huit textes pour dire la vie de quelques femmes.
Qu'elles soient comblées ou trompées, dans la mouise ou du côté du pouvoir, mère, épouse, amante ou prostituée, elles ont toutes plus ou moins la même vision d'elles-mêmes, une image souvent dépréciée. La faute aux hommes violents, alcooliques, absents, volages ?
Pas seulement. Ces femmes savent aussi se mettent des claques, se moquer d'elles-mêmes et des autres, se secouer, pour mieux rebondir ou supporter leur quotidien.

"Qui aurait dit que j'en arriverais là ? Parce que, entre nous, j'ai l'air fin de me retrouver ici, avec un fils de vingt ans, presque fiancé, une fille de seize, elle aussi à marier bientôt... Dire que je ne vais pas tarder à être grand-mère. Grand-mère ! A même pas quarante ans... Mais sans un cheveu blanc, s'il vous plaît. Si, si, vous pouvez venir voir vous-mêmes: ce n'est pas de la teinture, c'est ma couleur naturelle. Et presque pas une ride, avec ça. Juste une ou deux, peut-être, autour des yeux. Mais ça, c'est la vie qui le veut."

Une écriture résolument moderne, tonique et réaliste.
Est-ce un fait de la traduction ou le ton propre à l'auteur ? En tout cas, c'est une belle surprise que ces monologues tadjiks qui font souffler un vent de fierté venu d'un pays dont j'aimerais entendre plus souvent parler.
Merci à l'auteur de combler ce manque et de prêter sa plume aux femmes de son pays.

Les articles de SYLIRE  et  NAINA

Huit monologues de femmes    Barzou Abdourazzoqov    Editions Zulma

Tajikistan
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Posté par Moustafette à 07:32 - SOUK AUX LIVRES - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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