mardi 31 juillet 2007

Sombre velours

sgJe poursuis ma découverte de Sylvie Germain.
J'ai un peu traîné pour cause de festival et de jardinage intensif.
Et puis aussi parce que ce livre, même s'il est très bien écrit, m'a moins transportée que MAGNUS .

Prokop Poupa et ses amis dissidents, intellectuels comme lui, exercent des petits boulots à Prague. Prof de littérature, Prokop se voit assigné, par le régime communiste et à titre de représailles, à un poste de balayeur.
Divorcé et père de deux enfants, Prokop vit seul et s'accomode de son sort. En fait, il ne vit pas complètement seul, puisqu'il partage son logis et ses lectures avec son dieu Lare*, sous l'égide duquel il médite et s'interroge sur tout et rien, la vie, la nature, les hommes et Dieu.

"Ce fut un choc, une sensation physique; ce qui était écrit avec une si belle densité venait, dans l'instant même de la lecture, de se matérialiser. Chaque mot se faisait grain de pluie, de soleil, de vent, se faisait fleur, fleur de rocaille, lichen et lierre. Et ces mots végétaux, minéraux, granuleux, lui emplissaient la bouche, lui fondaient dans la gorge."

Prokop nous entaîne dans l'immensité de ses territoires intimes, sa mémoire, ses rêves et ses souffrances. Au risque de s'y perdre et de ne pouvoir, ni de vouloir, prendre le train de l'Histoire. Car la Révolution de Velours couve et les rues de Prague bruissent des revendications des manifestants. Prokop assiste aux événements comme dans un état second. Tout engoncé qu'il est dans ses doutes et sa dépression, il ne sait que faire de sa dignité enfin retrouvée et de cette nouvelle liberté pour laquelle y a lutté.
Pour ne pas sombrer définitivement et résister à la vague consumériste qui balaie le pays, il se raccrochera à la banalité des choses, un chemin de terre, des sculptures, un air de saxo ...

"Prokop, planté sur le trottoir, regardait le passager au saxo rouler des épaules derrière la vitre. Il reconnut Viktor. Il ne l'avait pas vu depuis deux ans. Viktor ne le remarqua pas; il jouait les yeux fermés. Les portes du wagon s'ouvrirent. La musique déboula dans la rue, éclaboussant la nuit de sons or et vermeils. Prokop resta un instant ébloui par cette lumière sonore qui jaillissait à profusion du corps ondoyant de Viktor; les notes rebondissaient sur les rails et l'asphalte avec la turbulence d'une giboulée de grêle."

Un roman emprunt de mélancolie et qui colle bien au temps maussade qui plombe nos cieux. C'est donc ma seconde rencontre avec un héros germanien, et je suis encore surprise que celui-ci ne se soit pas suicidé avant la fin du livre ! Mais l'auteur est une désespérée optimiste qui sauve ses personnages grâce à une écriture sensuelle dont elle seule a le secret, comme en témoignent ces deux extraits !

* Pour en savoir plus sur les dieux Lares, c'est .
   

Immensités     Sylvie Germain     Editions Folio

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dimanche 29 juillet 2007

Belles pierres

Trizayroute1Au bout de cette voûte de verdure, sur la droite se dissimule l'Abbaye de TRIZAY.
On aborde l'Abbaye par l'arrière. C'est la vue que j'ai mise vendredi en fin d'article.
Lorsqu'on pénêtre dans l'enceinte, on est accueilli par la sculpture d'un cheval fougueux et si l'on s'asseoit sur l'un des bancs qui lui font face, on a une splendide vue d'ensemble des bâtiments. Si j'étais toute seule lors de la visite de l'expo et des diverses salles, dehors nous étions deux, la dame en rose et moi ! Je n'ai pas osé lui demander de se pousser, elle désherbait les allées un petit couteau à la main, et comme nous avions fait un brin de causette, il fallait qu'elle se remette au boulot. En agrandissant la photo, on la voit vraiment bien ! C'est ma façon de la remercier pour le soin qu'elle apporte à cet espace intemporel ...

Trizay1

L'Abbaye a été restaurée tout récemment, ce qui explique la blancheur étincellante de la pierre.

Trizay7

Par contre, j'ai été déçue par les vitraux modernes
dans ce lieu millénaire

Trizayvitr1

Mais dès que le soleil donne
tout prend un aspect poudré

Trizay2

Morceaux choisis

collage4

Et je laisse ces bienheureuses créatures ruminer
dans leur petit paradis ...

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A bientôt pour une autre balade en

Saintonge_carte

FREDERIQUE vous propose aussi sa visite ICI

 

 

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samedi 28 juillet 2007

GRRRR ....

PIC00008

La Crapaude va être contente,
ainsi que cette petite rainette
qui squatte mon sureau,
IL PLEUT !
Katell, svp, rappelle ce petit crachin breton
qui n'a rien à faire chez moi, si ce n'est
arroser ce que j'ai tondu hier ...
GRRRR encore !

1meteo10e

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AHHHH !!!

Tout en râlant, je m'en vais au courrier.
Sans doute avez-vous remarqué qu'en ce moment c'est des boîtes aux lettres que surgissent de sympathiques et attentionnés rayons de soleil.
C'est le cas chez VAL, chez FLO, chez KATELL et j'en oublie peut-être...

Et en ce jour pluvieux, c'est mon tour !

chat__Belle

Ce beau matou a des airs de JUJU.
Normal, c'est BELLESAHI qui me l'envoie !
Il est sorti à pas de velours de l'enveloppe,
bientôt suivi d'un autre

cb

Le petit plus, c'est le parfum de garrigue qui s'échappe de l'enveloppe.
Quelques feuilles de laurier et un odorant brin de thym !
Un vrai rayon de soleil que tout cela, et qui m'a fait chaud au coeur.

Merci 1000 fois BELLE, et à très bientôt !...

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vendredi 27 juillet 2007

Belles lettres

Expo_calligraphieJusqu'à la fin du mois, dans la très belle Abbaye de Trizay, se tient l'exposition de HASSAN MASSOUDY.

Célèbre calligraphe irakien, il est installé en France depuis 1969.
Ses larges traits aériens sont maintenant célèbres.
Il a signé les illustrations de nombreux ouvrages, notamment de Sindbad le Marin (Ed. Alternatives).

Voici un florilège de ce que j'ai pu admirer.

collage1

Cal8Cal4Cal6

quelques détails

collage

les pigments et les calames

Cette expo est un vrai plaisir pour les yeux.
Elle est organisée dans un lieu paisible où j'aime me réfugier l'été, loin de l'agitation touristique, un ancien prieuré bénédictin du XIe siècle qui a été restauré récemment, et dont voici un premier aperçu.

Trizay13

 

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jeudi 26 juillet 2007

Magic Slim

 

Cognac_Blues_Aff

Ce soir ce grand bluesman sera à COGNAC
et moi aussi ...
cure annuelle de blues oblige !

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mardi 24 juillet 2007

De fil en aiguille

9782226177025Un premier roman.
Un titre magnifique.
Une couverture évocatrice.
Le récit d'un enchaînement d'événements qui commence en Juin 44 sur une place publique où une femme est tondue et un homme pendu.

"Quand tout fut accompli, elle se laissa emporter, on l'emmenait, quelqu'un ouvrait le coffre d'une voiture, on l'y jetait en boule comme un rat crevé. Des pierres furent jetées sur son passage. Etait-elle morte ou vive, elle ne savait plus. Elle passe une main sur son crâne. Rasé. Morte, se dit-elle.
C'était l'été 44 à Gramont-l'Eventé, un petit coin tranquille de Bretagne."

Vingt cinq ans plus tard, César, le fils de ce couple maudit, subit encore la honte lorsqu'il est accusé d'un viol qu'il n'a pas commis. Il fuit son village breton, abandonnant Vitalie, sa mère, et Jeanne, la femme qu'il aime et qui découvre peu après qu'elle attend un enfant.
Pendant quinze ans César parcourt le monde, ne donnant aucun signe de vie.
Pendant quinze ans une femme l'attend et ne dit  rien à son enfant.
Pendant quinze ans une mère s'étiole et brode, enfermée dans sa honte et son isolement.
Pendant quinze ans une enfant grandit.
Mais quinze ans, c'est long. Et les secrets se fissurent, des non-dits s'échappent.

"Il y a des moments où je me tais, comment pourrait-il en être autrement, je ferme les poings au fond de mes poches, mon regard se voile, je pense alors à toutes ces choses tues, notre histoire à nous, la terreur de l'absence, l'abandon."

Alma, la fille que César ne connait pas, agitera ce petit univers en adoptant le symptôme qui, symboliquement, réunit ces femmes. Elle deviendra mutique. Son silence forcera celui de sa mère et de sa grand-mère, obligeant des petites vérités à émerger, des liens à se renouer. Minces fils qu'elle suivra pour remonter jusqu'à ce père enfin revenu de son périple au bord du monde. A petits pas, César quittera la lisière pour reprendre sa place au coeur de son monde.

Un roman simple, sans pathos, tout en pudeur.
Quatre monologues au cours desquels s'exprime tout ce que l'on ne peut pas formuler à l'autre. Quatre fils qu'une adolescente va réunir pour retisser son histoire et tenter de repriser le gros accroc que de vieux ciseaux ont fait dans sa vie.

L'homme qui marche      Marie-Hélène      Editions
au bord du monde          Westphalen       Albin Michel

 

broderie

 

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lundi 23 juillet 2007

Des nouvelles ?

BELLE

de BELLESAHI !
Elle a chaud, elle...

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samedi 21 juillet 2007

Russes tics

9782020789875

Mais qu'ont donc tous ces Russes à se mettre le nez dans la poudre !
Forcément, après on peut en faire des tonnes sur le caractère excessif et délirant de l'âme slave et de ses héros, tu m'étonnes ...
La cocaïne était déjà une drogue très prisée (ben oui, facile) dès la fin du XIXe siècle dans toute l'Europe. Sherlock Holmes, Freud, les Surréalistes, Cocteau etc..., ont franchi allègrement les lignes blanches, s'ouvrant ainsi "les portes de la perception" les menant à leur art. Rien d'étonnant non plus, qu'entre les deux guerres mondiales, cocaïne et morphine aient servi soit à stimuler le courage des soldats, soit à calmer leurs douleurs et leurs traumatismes.

Il n'y a donc pas de raison que les Bolchéviks échappent à la règle. Et notamment Piotr Poustota, poète pétersbourgeois qui, en cette année 1920, se voit miraculeusement sauvé des griffes de la Tchéka par un commandant rouge, le célèbre et mystérieux Tchapaïev. Poustota se voit ainsi nommé commissaire politique de la division de cavalerie commandée par Tchapaïev. Ces deux-là ne se quitteront plus jusqu'aux rivages de "la Mongolie intérieure". Lors d'une bataille Poustota se conduira en héros. Blessé à la tête, il sombrera dans un coma dont il émergera deux mois plus tard, ne se souvenant de rien. De curieux cauchemars émailleront ses nuits et ses jours seront parsemés d'étranges événements. Après cet extrait, vous comprendrez pourquoi !

"La tension disparut en un clin d'oeil. Jerbounov ouvrit la boîte, prit un couteau posé sur la nappe et s'en servit pour puiser une quantité effroyable de poudre qu'il remua à toute vitesse dans sa vodka. Barboline fit la même chose, d'abord avec son verre puis avec le mien.
- Voilà, maintenant on peut boire sans honte à la révolution mondiale, dit-il.
Un doute dut se refléter sur mon visage, car Jerbounov sourit malicieusement et dit :
- C'est la tradition, mon frère. Nos racines. On appelle cela le "thé baltique" !
Chacun leva son verre et but d'un coup son contenu. Il ne me restait plus qu'à suivre leur exemple."

Et c'est comme ça qu'on se retrouve, de nos jours, entre les murs d'un hôpital psychiatrique moscovite ! Parmi les internés, un certain Piotr Poustota qui, sous l'emprise des neuroleptiques, s'évade vers de drôles d'univers, seul ou en compagnie de ses compagnons d'infortune.
Comme dans un jeu de ricochet, de chapître en chapître, les deux récits se mêlent et se répondent par-delà le temps. Lequel est le vrai Poustota ? Où se trouve "la Mongolie intérieure" ? Qu'est-ce que cette mystérieuse mitrailleuse d'argile ? Autant de questions auxquelles je n'apporterai pas de réponses, vous laissant le soin de les découvrir en lisant cette fable philosophique qui, sous ses abords loufoques, nous donne à réfléchir sur l'illusion et la réalité de notre monde.
Il y aurait dans tout ça un petit parfum de bouddhisme que cela ne m'étonnerait pas ...

La Mitrailleuse d'argile     Viktor Pelevine     Editions Points Seuil 

Chapaev

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mercredi 18 juillet 2007

Les Lapidiales

lapidiales8Après l'Allemagne, je suis repartie faire un tour en Union Soviétique, entre passé et présent, Mongolie et hôpital psychiatrique. Tout un programme ...
En attendant mon retour, je vous propose un autre beau voyage, mais celui-là tout près de chez moi, au pays des casseurs de pierres.

Quel point commun entre le socle de la Statue de la Liberté, la cathédrale de Cologne, Fort Boyard ? Ils ont tous été construits avec cette magnifique pierre blanche extraite des carrières de CRAZANNES
Dans les alentours, d'autres carrières se sont transformées en musée à ciel ouvert. Tous les ans, LES LAPIDIALES réunissent des sculpteurs qui viennent travailler les falaises en direct. Et en septembre, dans ce splendide théâtre naturel, la saison se clôture par des animations et des balades contées nocturnes.

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Voici ce que ça donne, au soleil

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Détail

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En couleur

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Et en noir et blanc

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Le rire de l'ogre ?
Comment peut-on douter
à la lumière des torches
qu'elles ne soient pas vivantes !

C'est un vrai plaisir tous les ans à l'automne, d'aller à la rencontre de ces étranges gardiens de la forêt. Et chaque fois, je ne peux m'empêcher d'imaginer la végétation reprenant ses droits et des hommes découvrant, dans un autre millénaire, ces traces laissées par le marteau et le burin.
Que se raconteraient-ils ?

Pour finir la balade par une note littéraire, je vous conseille la lecture de "Le rire de l'ogre" de Pierre Péju (Folio), un roman poignant où il est aussi question du rapport de l'homme à la matière.

"Les statues, ces machins de pierre qu'on s'esquinte à fabriquer, elles nous font sentir aussi ce que c'est qu'être sur terre. Elles pèsent sur le sol. Elles appuient comme des diablesses. Alors nous autres, à côté d'elles, on comprend qu'on pourrait s'envoler, emportés par un coup de vent. Une fois qu'elles existent, nous on n'est plus du tout importants, on n'est rien ! C'est elles qui veillent. Elles qui surveillent."

Alors si vous passez non loin, surtout faites le détour !
Je mets les liens des deux sites. Et cliquez sur les photos pour les agrandir.
Rendez-vous à la rentrée pour la suite de l'expo ...

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