mardi 13 mars 2018

Mordernité en noir et blanc

1928_Alexandre-Deïneka_Jeunesse-dorée

1928 - Jeunesse dorée -    Alexandre Deïneka (1899-1969 URSS)

ww joursbillard

1919 - Partie de billard -  Waclaw Wąsowicz (1891-1941 Pologne)

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lundi 12 mars 2018

Huis clos au Kosovo

cvt_Une-petite-guerre-parfaite_456824 Mars 1999, dans un appartement du quartier de Dardania, à Pristina, une bande d'amies fêtent tant bien que mal l'anniversaire de Rea. Cadeau offert par l'OTAN qui, le même soir, lâche ses premières bombes sur les installations serbes du Kosovo et les hommes de Milošević. Les invitées ne s'éternisent pas, pressées de fuir la ville avant le début des frappes. Ne restent que Rea, Nita et Hana qui vont vivre enfermées, ou presque, quatre-vingts jours, ne sortant qu'en de très rares occasions, reliées à l'extérieur par la télévision quand l'électricité n'est pas coupée et par quelques appels téléphoniques venus de l'étranger. Les Américains avaient prédit une guerre propre et rapide. Elle fut sale, comme toujours, et trop longue, une guerre c'est toujours trop long.

Seizième jour. "Mais cette guerre est une guerre parfaite. Aucun soldat américain n'est mort jusqu'à présent, parce que cette fois, on combat depuis le ciel. Point. C'est une nouvelle méthode, autant changer un peu de temps en temps, autrement les guerres se ressembleraient toutes, et cela ne voudrait plus la peine de les raconter dans les livres d'histoire : une fois qu'on en aurait décrit une, on serait tranquille pour toutes les autres. Mais on la racontera celle-ci, et comment : la guerre parfaite, sans soldats morts. Les civils crèvent par milliers, la terre se vide de ses habitants pour être remplie ensuite de Serbes exclusivement. Celui qui a inventé ce plan à Belgrade a dû penser qu'il avait affaire à une piscine, pas à une patrie. C'est un raisonnement hygiénique, ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça du nettoyage ethnique. Videz la piscine de son eau sale puis remplissez-la avec de l'eau propre."

Parallèlement au quotidien des trois femmes, on suit le périple de quelques uns des membres de leur famille et de leur entourage, plus ou moins épargnés car utiles, raflés ou échappés tentant de rejoindre qui l'Albanie, qui la Macédoine ou le Montenegro. A l'étranger, d'autres Kosovars en exil, frères ou amis, essaient de concilier les futilités de leur vie avec la réalité morbide que délivrent les journalistes ou les organisations humanitaires. Cauchemar et barbarie pour les uns, angoisse et attente pour les autres ; au milieu, quelques actes isolés d'humanité, de solidarité.

"Elle sort dans le couloir. La lune est pacifique, de celles qui mettent le monde en extase. Le linge étendu flotte légèrement, baignant dans cette si belle lumière, sur fond sonore de dérapages de camions et de rafales de mitraillettes. C'est un cauchemar magnifique."

Une lecture assez éprouvante, même si l'auteure ne se complet pas dans les scènes de viols ou d'exécutions. Elle porte la voix des femmes qui ont pour mission de protéger les hommes, celles qui n'ont pas voulu fuir ni dire au revoir : "Je ne t'ai pas embrassé donc nous ne nous sommes pas quittés donc rien de grave ne peut arriver." Elle transpire la tension et la peur, l'isolement, l'enfermement et l'ennui qui laissent l'esprit libre de divaguer, d'imaginer le pire ou le miracle. Une lecture qui a su raviver les images de ces années 90 qui me hantent encore alors que j'assistais éberluée à l'exode de tous ces gens, de quelques nationalités qu'ils fussent, sur des routes maintes fois empruntées en temps de paix et associées à des souvenirs heureux. Des gens, des lieux, si proches et si vivants, qui ne renvoyaient que folie et désolation. Et un immense sentiment d'impuissance devant les basculements de l'Histoire.

"Mais les larmes d'un homme sont belles, et si l'on vit dans les Balkans, elles deviennent d'une beauté à vous couper le souffle."

L'auteure est née en 1960 en Albanie, elle a quitté son pays en 1988 et a choisi d'écrire dans sa langue d'adoption.

Une petite guerre parfaite    Elvira Dones   (traduit de l'italien par L. Pailhès)   Editions Métailié

 

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 (Indépendance en 2008, non reconnue par la Russie et la Chine, entre autres)

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vendredi 9 mars 2018

Brillant !..."tel un piano à queue".

41088G-zvELJe ne sais pas vous, mais moi je me verrais bien au volant de cette Volga M24 "qui brillait au soleil tel un piano à queue ", pour un périple dans les Balkans, par temps de paix si possible... C'est à peu près ce que nous offre l'auteur puisque l'action se situe en partie à la fin des années 80 alors que la montée des nationalismes se fait de plus en plus pressante et que ce qui reste de la Yougoslavie ne s'est pas encore complètement embrasé. Je laisse le principal protagoniste se présenter.

"Je m'appelle Dželal Pljevljak. J'ai travaillé pour l'armée en tant que civil et aujourd'hui, si je n'étais pas celui que je suis, j'aurais déjà pris ma retraite, je serais au volant d'une Golf, couleur cerise, modèle 1987 ou 1988, je me serais fait construire une maison dans le Sandžak face à une plantation de pruniers qui aurait déjà donné de bons fruits. Je serais assis au pied de ces arbres et je n'aurais jamais rien su de celui que je suis à présent."

Oui mais voilà, c'est une Volga que lui vend le général Karamujić. Une Volga qui va changer le destin de Dželal, lui permettant chaque semaine de faire le trajet Split-Livno afin d'assister à la grande prière du vendredi. Dželal, en apparence homme discret, assez solitaire, respectueux, pieux musulman, est pourtant empreint d'une tristesse dont nous ne saurons rien. Au volant de sa Volga, il aime se remémorer ses 35 années passées à l'armée comme chauffeur, réfléchir à la khutba (sermon) qu'il a écouté à la mosquée et à ses échanges avec le nouvel et mystérieux imam, tout en évitant consciencieusement de repenser à certains aspects de sa vie. Un jour, un des pneus éclate. Les Fatumić lui viennent en aide et il se lie d'amitié avec le vieil Osman et cette famille bosniaque, prend l'habitude de s'arrêter régulièrement chez eux pour apporter du chocolat aux enfants, et surtout écouter Osman lui raconter des histoires d'antant. Fin de la première partie qui se termine le 1er Janvier 1988, nous laissant présager un coup de tonnerre.

Première partie étrange, le personnage de Dželal comme à distance de ses émotions, un récit un peu désaffecté, retenu, contrastant avec une érudition religieuse étonnante. Mais peu à peu, entrée en scène de nouveaux et nombreux personnages, avec leur diversité et leur originalité, et là, la magie opère doucement, insidieusement. Puis soudain, la seconde partie vient nous cueillir, dynamise le récit, l'émulsifie. Elle se déroule en 1992 sous la forme d'une enquête journalistique concernant un fait divers qui, s'il a marqué les mémoires, a vite été relégué au second plan par la guerre. Bien entendu, ce fait divers a eu lieu le 1er Janvier 1988. L'enquête va venir éclairer petit à petit le lecteur et l'histoire de Dželal, lever les pans d'ombre et combler les frustrations qui entourent le récit un peu lisse qu'il nous faisait de sa vie. Et je n'en dévoilerai pas plus.

Miljenko Jergović, comme à son habitude, relate avec virtuosité la cohabitation et le chevauchement des cultures, plonge habilement dans les strates ottomanes et austro-hongroises du passé, nous balade dans cette mosaïque de peuples cimentée par Tito jusqu'en 1980. Et c'est avec érudition et subtilité qu'il fait glisser ses personnages d'une époque à une autre, dans le labyrinthe des alliances et des revirements où les protagonistes se fourvoient, voire se perdent parfois eux-mêmes.

"Il faut respecter les gens qui luttent. C'est ceux qui ne luttent pas qui posent des problèmes."

Les allers-retours, qu'ils concernent les Oustachis de la Seconde Guerre mondiale ou la Yougoslavie de Tito, offrent des pages sombres et poétiques grâce au talent de conteur du vieil Osman, telle la belle histoire des chevaux sauvages de Golija, ; la présence discrète du chauffeur Dželal enregistre sans complaisance les petits arrangements des militaires avec le socialisme ; enfin, l'analyse factuelle rondement menée par les journalistes remet en perspective les événements, alors que les grondements de la guerre défilent à la télévision. Un roman à la construction sans faille, d'une tonalité virevoltante, excessive, sans être indigeste, et non dénuée d'humour. 

"Quand Tito passait, il laissait derrière lui une odeur de citron et Avram croyait que c'était le doux parfum du thé que le maréchal prenait le matin avec sa femme Jovanka ou bien un parfum à l'huile de rose bulgare, d'où chez Avram la conviction que le communisme sentait la rose."

 Au final, une petite tragédie parmi tant d'autres, mais une terrible histoire, entre sacrifice et rédemption.

"Tout souvenir, comme toute histoire humaine écrite ou non écrite, ressemble plutôt à un rêve qu'aux ombres laissées par la réalité. Il en va de même avec l'histoire de Dželal Pljevljak et la mémoire de l'affaire qui a marqué la Yougoslavie juste avant la guerre. En écrivant ces lignes, l'inquiétude nous saisit à l'idée que tout ce dont nous avons fait état aurait pu se passer autrement, pour ne pas dire à l'inverse, le noir aurait été blanc, la nuit le jour, et que toute mémoire n'est qu'un rêve au milieu d'une agonie."

Ce n'est pas ma première rencontre avec Miljenko Jergović, et ce ne sera pas la dernière ! Autre roman chroniqué  Le palais en noyer  ICI

Volga, Volga   Miljenko Jergović  (traduit du croate/bosniaque par A. Grujičić)  Editions Actes Sud

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jeudi 8 mars 2018

Rituel

1931-30_Oksana-Pavlenko_Long-live-the-eight-of-March

Oksana Pavlenko (Ukraine 1895-1991)

1930 "Longue vie au 8 Mars !"

 

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lundi 5 mars 2018

Ouf !!!

51yNML5AqkLJe viens de "terminer" ce livre et je suis bien contente. Je mets des guillemets car ce que j'ai trouvé chouette dans ce bouquin c'est qu'on peut sauter vingt, trente, cinquante pages, sans jamais perdre le fil de l'histoire, tellement tout est prévisible. Au début, j'ai tourné les pages consciencieusement mais très vite un gros nuage d'énervement m'est tombé dessus avant que je l'identifie plutôt comme une petite angoisse à m'imaginer à la place de monsieur Budaï. Je déteste les situations kafkaïennes qui rendent fou.

Aussi vite fait que ma lecture, mon résumé, pour une fois, sera bref. Un brillant linguiste, qui pense atterrir à Helsinki pour un congrès, se retrouve dans une ville inconnue, surpeuplée, où l'on parle une langue incompréhensible, sans bagage ni argent ou presque, où pour le moindre truc on fait la queue pendant des heures, et où tout le monde se fout royalement de son petit problème. Voilà. Il va s'adapter et se débrouiller, risquer sa vie même, pour finir par trouver une solution. D'ailleurs, on se demande pourquoi il n'y a pas pensé plus tôt, pfff, ces intellectuels... Un point positif pour moi, si la bouffe locale est insipide, au moins dans ce pays on peut encore fumer tranquille, même dans les chambres d'hôtel, wahou quasi un paradis !

285 longues, très longues pages. J'ai réglé le problème en 15 minutes. Juste l'occasion de lire ça et là qu'à un moment, il avait mal aux dents, situation anxiogène extrême pour moi, hop encore 50 pages de sautées ; il croise sur sa route un zoo avec des animaux très très mal en point, je ne lis jamais les descriptions qui font mal et ne supporte pas la maltraitance animale, encore 70 pages de virées en râlant ; je poursuis en sautillant quand, soudain, j'aperçois, page 197, des mots qui me causent, "Vie théâtrale", inscrits sur un journal qu'un autochtone lit dans le métro, là je compatis fortement avec Budaï et me dis, ça y est il est sauvé ! Faut pas rêver, dans le grand absurde, point de salut. Dégoûtée, je saute de la page 201 à la 264, manifestation, barricades, mitraillettes, chars, bain de sang, bof, suite normale, pas de surprise. Je lis les quatre dernières pages par curiosité, va-t-il mourir ? survivre ? Arf... je dirai rien, un peu de suspense que diable !

Bien sûr, je suis de mauvaise foi. Bien sûr, ce livre écrit en 1970 par l'auteur hongrois se veut une formidable critique de l'enfermement, de l'indifférence, de l'incommunicabilité et des sociétés totalitaires où prévaut le collectif sur l'individu, et voire, de façon visionnaire, de l'évolution de nos sociétés modernes, même de la mondialisation où le totalitarisme revêt d'autres masques. Bien sûr, les gens souffrent, cherchent à comprendre, se révoltent, se résignent, se suicident ou se battent, se soumettent, changent, adhèrent, luttent, se révoltent à nouveau etc, etc... Mais 150 pages auraient largement suffit pour nous faire passer le message. Ce registre n'est pas fait pour moi. Je lui préfère les 126 pages de Iouri Bouïda et son Train zéro (billet ICI )  La différence ? il a était publié en 1997, laissons donc Épépé dans son contexte et passons à autre chose.

 Épépé     Ferenc Karinthy   (traduit du hongrois par Judith & Pierre Karinthy)     Editions Zulma

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samedi 3 mars 2018

Gemme, tu aimes, il aime...

001311698Je poursuis mes promenades littéraires dans les Balkans. Cette fois, c'est en compagnie de Stanislav Dugi, vieux professeur de littérature, en deuil d'une épouse assez fantasque. Celle à qui il vouait un amour indéfectible s'en est allée emportant avec elle son mystère. Mariés depuis trente ans, Višnja a toujours été une épouse aimante et attentive malgré leur différence d'âge, elle n'exigeait qu'une chose, s'octroyer, une fois l'an, une semaine de liberté dont Stanislav ne saurait rien. Taraudé par la jalousie, il se plie malgré tout à ce "caprice". Seul témoin de ces escapades, le collier qui orne le cou de Višnja et dont elle ne se sépare jamais, un collier de pierres multicolores dont le nombre varie au gré de... on ne sait trop quoi.

"Parfois le professeur avait l'impression que le collier de Léontine s'était rallongé ou raccourci, que les pierres changeaient de couleur, qu'elles étaient différentes, et que chaque année, suivant une règle qui lui était propre, Léontine le recomposait."

Lorsque la mort s'en vient ravir la belle, elle laisse un Stanislav désemparé face à l'absence et à ses questionnements définitivement sans réponse. L'écriture sera sa planche de salut. Égrainant le fameux collier tel un chapelet, l'imagination le porte une dernière fois vers son épouse. Sous forme de fictions à peine déguisées, il invente pour chaque pierre un fragment de possible et, telles des perles qu'on enfile, il aligne sur le lien de son récit des fantasmes colorés qui viennent donner du sens au mystère et combler l'inconnu.

Le roman s'ouvre sur le décès du professeur trois mois après celui de sa femme Il laisse en héritage un manuscrit dans lequel se mêlent aux éléments autobiographiques de courtes nouvelles aux tonalités variées. Une pour chaque pierre qui, il n'en doute pas, a été offerte par un amant. En préambule, un petit aparté nous renseigne sur la couleur, l'origine, le symbolisme, la mythologie, les pouvoirs et les bienfaits de ces pierres semi-précieuses. A charge pour Balaban, l'assistant de recherche du professeur Dugi, de gérer cet héritage littéraire et de nous livrer une chute réjouissante !

Une couverture pour le moins originale, un sujet traité de façon inattendue, entre légèreté et fatalisme, des fictions dans la fiction, un petit traité de lithothérapie, un style tour à tour gouailleur, trivial, pudique, poétique. Un petit bijou qui s'inscrit bien dans l'originalité de la littérature balkanique moderne. Une coquette et pétillante digression qui réhabilite ce sentiment mal aimé qu'est la jalousie !

Un extrait consacré à la pierre de Lune : " (...) sous la clarté lunaire, dans ses bras, elle scintillait telle une sirène jaillie de cette mer obscure, de cet océan nocturne. (...) C'était beau, de voir le monde comme on le voit de la Lune."

Un grand bravo à l'illustratrice JULIA DASIC dont une de ses Vénus callipyges orne la couverture du roman. Je vous invite à découvrir son univers peuplé d'Odalisques, de créatures éthérées ou inquiétantes, femmes organiques ou fantastiques,  "sirènes névrosées", sur son site ICI , ainsi que quelques animations vidéos pleines de poésie  LA.   

 Autour de ton cou  Mirjana Bobić  (traduit du serbe pa S. Despot & S. Milošević-Valenti) 

Editions Xenia

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jeudi 1 mars 2018

Vent d'Est

music_instr_020Le vent d'Est qui balaie nos contrées depuis quelques jours ne nous apporte pas que de la froidure. Déferlent avec lui, et durant tout ce mois de Mars, des calligraphies voyageuses qui nous viennent du fin fond de l'Europe. Enrobant les mots et suscitant des images, elles vont nous murmurer, je l'espère, de bien belles histoires. Россия, Shqipëria, Հայաստան,  Ελλάδα,  Magyarországייִדיש, România, България, Hrvatska, Bosna i Hercegovina, Crna Gora, Srbija, Kosovë, Україна, Polska, Slovensko, Česko...

 Des mots qui chantent aussi comme des notes, portés par le violon des Tziganes et la clarinette du Klezmer des Juifs ashkénazes, par la balalaïka russe et les cuivres des fanfares des Balkans, par le bouzouki grec et le cymbalum hongrois. Alors, en espérant la Russie et ses auteurs invités au salon du livre de Paris ; en guettant ce que la littérature hongroise nous réserve chez Madame lit, puisque ce mois lui est consacré ; en attendant de parcourir de long en large l'Europe de l'Est grâce à Eva, Patrice et Goran ; je vous souhaite à toutes et à tous un Καλό μήνα ! comme on dit en Grèce en début de chaque mois... et vous laisse en compagnie du groupe  PAPRIKA  pour se mettre dans l'ambiance et se réchauffer.

 

 Rajout à 11h, un temps de circonstance ce matin au jardin.

arrosoir

Et un très bel éloge du froid  ICI  en mots et en photos

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mardi 27 février 2018

Bleus d'hiver

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dimanche 25 février 2018

Une coquetterie littéraire

cvt_Grains-de-beautes-et-autres-minuties-dun-collecti_5139Afin de réaliser des portraits de famille, la Marquise Adélaïde des Ailleurs fait mander au château de Chamarande monsieur Zérène, célèbre miniaturiste de l'Académie de Saint-Luc. Nous sommes en Avril 1764, Madame de Pompadour vient de s'éteindre à Versailles et la Marquise, veuve depuis un an, porte toujours un deuil qui ne semble pas l'accabler plus que nécessaire. Elle n'est pas insensible au charme du peintre, et affiche ses humeurs par le biais de mouches qui ornent différents points de son visage. Car, le saviez-vous, les mouches ont un langage. Moi, je l'ignorais. Mais Zérène, en homme de son temps, connaît la signification de ces petits bouts de velours ou de taffetas que l'on colle ça et là afin de faire passer un message, la Galante, l'Effrontée, la Majestueuse, la Discrète etc... Les hommes aussi pouvaient s'en affubler car leur fonction première était de dissimuler les traces de variole.

Zérène tombe sous le charme de la Marquise. Il caresse ses feuillets du bout de ses pinceaux et de ses craies, comme un amant caresserait du bout des doigts les courbes de sa belle. Des ondes de sensualité s'échappent, flottent entre ces deux êtres, si fortes qu'elles deviennent insupportables. Convenances obligent, la Marquise des Ailleurs honore son patronyme et envoie le peintre à l'autre bout du monde, vers ce pays de Siam qui la fascine tant, le mettant au défi de rapporter des grains de beautés de ces contrées lointaines. A son retour, elle s'offrira à lui.

"Nous voguons en plein midi turquoise. Soleil fiché sur le grand mât comme un gros kaki mûr."

Car bien sûr, Zérène relève le défi et s'embarque alors pour une folle traversée en mer de Chine sur la jonque de l'étrange capitaine Tuan. Périple des plus sensuels et merveilleux entre les îles Somnolentes, "Trois îles patientes attendent les hommes, en désir de s'éprendre, en désir de s'éperdre." , et d'autres aux noms évocateurs, l'Empourprée, la Ténébreuse, la Miroitante. Toutes recellent des trésors d'onirisme, sur lesquels veillent des personnages fantasques et des créatures fabuleuses qui promettent des rencontres magiques.

"Nuit du 11 février. Ciel de draps froissés. Mouillés. Insomnie. Toujours ce maudit mal de mer. Toujours cette nuance de céladon sur mon visage, digne des plus vieilles patines des porcelaines de Chine, craquelé de thé, de sel et de sueurs."

Zénère s'en reviendra-t-il au port de Canton avec, dans sa petite boîte à mouches en galuchat, les grains de beautés et de folie convoités par Adélaïde ? Voulez-vous découvrir l'Eau de Pâmoison, la Maison des Volutes de Thé ? Lisez ce bijou de poésie et de sensualité, à l'écriture brève comme des petits coups de pinceau, aux mots chamarrés et aux évocations truculentes. Plongez dans cet imaginaire capiteux qui laisse, quand on referme ce petit livre, comme un baume bienfaisant dans l'esprit.

"Allée nappée. Je m'engage. Cerisiers gourds de fleurs. Lourds de pollen. Sourds de silence. Je marche à pas d'échassier, levant haut les pieds, gêné de froisser ce sol enneigé de pétales."

 YUEYIN avait succombé à sa sortie en 2007. Ce livre a toutes les qualités requises pour devenir voyageur, si cela vous tente faites-le savoir.

Grains  de  beautés  et autres minuties d'un collectionneur de mouches     Frédéric  Clément        Editions Actes Sud

 

mouches

 

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mercredi 21 février 2018

La Situation

9782757868454Quelle surprenante situation sur l'échiquier historique que celle de l'Islande en cet été 1941 . Alors que depuis mai 1940 l'armée allemande occupe le Danemark, pourtant neutre dans ce conflit mondial, les troupes britanniques envahissent l'Islande pensant qu'Hitler lorgne sur ce coin inhospitalier de l'Atlantique Nord placé sous la couronne danoise. Inhospitalier certes, mais occupant une position stratégique sur les routes maritimes vers l'Europe. Les Américains s'en mêlent et débarquent à leur tour sur l'île. Inutile de préciser le chamboulement que cela représente pour les insulaires. Déferlent troupes, armes, jazz, cigarettes, alcool et dollars. Reykjavik et ses environs voient fleurir moult tripots, trafics et petits commerces.

Prodigieuse situation, notamment pour certaines femmes qui voient là une opportunité de quitter leurs tourbières ou leurs fjords, attirées quelles sont par la possibilité de s'émanciper, de s'enrichir un peu en travaillant à la ville pour les armées et, pourquoi pas, égayer le quotidien des soldats, voire en épouser un. Mais dangereuse situation pour les mineures qui se laissent parfois abusées par leurs beaux sourires.

Curieuse situation que celle de ce pays qui, sous l'influence du Reich occupant le Danemark, s'est affublé d'un parti nazi, a accueilli des ressortissants allemands avant que les Anglais ne déblaient le terrain. Quelques germes se seraient-ils égarés ?

Et enfin, quelle fâcheuse situation pour le terne Eyvindur, piètre représentant de commerce retrouvé abattu d'une balle de Colt 45, une croix gammée peinte sur ce qui lui reste de front, dans un appartement qui n'est même pas le sien et alors que sa copine vient de le plaquer.

"─ Merci. Mais je crois vraiment que nous n'avons rien à craindre. Le genre de choses que tu sembles redouter n'arriverait jamais ici. Pas en Islande."

Et bien, si. Deux petits gars, aussi novices l'un que l'autre en matière d'enquêtes criminelles, se voient confier l'affaire. Flovent, de la police de Reykjavik, et Thorson, un Islandais de l'Ouest (ainsi nomme-t-on ceux qui ont émigré au Canada) de la police militaire. Une collaboration laborieuse va leur faire supputer bien des hypothèses. Crime passionnel, espionnage, fantasmagorie nazie, eugénisme ? Les pistes et les suspects ne manquent pas.

Voilà de quoi retourne le premier tome de cette Trilogie des Ombres. Même si l'enquête est des plus classiques, même si les deux enquêteurs m'ont parfois donné le tournis avec toutes leurs questions aux allures de rafales de mitraillettes, j'ai apprécié de retrouver l'auteur que j'avais un peu délaissé depuis la disparition d'Erlendur dans les vapeurs de geysers ou les limbes des fjords (Duel et Le livre du roi m'étant carrément tombés des mains). J'avoue avoir été bien plus conquise par le contexte historique que par l'intrigue en elle-même. D'ailleurs, je regrette que l'auteur fasse débuter cette trilogie en 1941, j'aurais tellement aimé qu'il s'appesantisse plus sur le début de cette période d'occupation en Mai 40, qu'il donne plus la parole aux autochtones et à des ressentis plus profonds face à ce que les Islandais nomment eux-mêmes La Situation, car quand même, quelle révolution, quel tournant sociétal et économique cette occupation a dû représenter pour ce peuple de pêcheurs et de paysans, isolé, empreint de paganisme puis plutôt puritain ! Mais bon, j'ai cependant appris un tas de choses, et ce n'est déjà pas si mal.

"L'Islande n'était plus une île à l'écart du monde. Elle avait été entraînée dans le tourbillon des événements, et nombre de choses jadis inconcevables s'y produisaient aujourd'hui.(...) Peut-être était-ce avant tout leur innocence qui avait été sacrifiée quand les troupes britanniques étaient arrivées en ville avec leur bruit de bottes un matin de mai."

Lecture du mois de Février pour Le Défi Littéraire de Madame lit.

Dans l'ombre  Arnaldur Indriðason  (traduit de l'islandais par Éric Boury)  Editions Points 

 

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