samedi 30 avril 2011

Ce n'était pas gagné

9782081222809Voici un livre que l'on m'a offert pour son titre, titre qui résume joliment ce à quoi se confrontent les personnages de ce roman puisqu'ils "vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre".

Je n'épiloguerai pas ici sur les interprétations possibles qui ont poussé mes anciens collègues à le choisir. Je ne sais encore si eux comme moi avons perdu beaucoup à mon départ, mais ce qui est sûr c'est que le cadre de ce roman ne m'aurait pas spontanément attirée, contrairement à la très belle couverture. Quand je vous aurai dit qu'il y est pas mal question de football, vous comprendrez mon scepticisme...

Sylvia, jeune ado de 16 ans, vit à Madrid chez son père Lorenzo. Plutôt mature, tout en continuant le lycée, elle s'occupe du quotidien face à ce père qui, au chômage et dépressif depuis que sa femme l'a quitté, peine à donner le change. Elle n'en garde pas moins  les préoccupations de son âge. Pendant que sa fille se demande qui lui ravira sa virginité et l'enverra au septième ciel, pour Lorenzo c'est la descente aux enfers quand il tue son ancien ami et patron lors d'un cambriolage vengeur qui tourne mal.

"Lorenzo s'est enfui avec les yeux gris de Paco cloués dans les siens. Ce n'est pas facile de tuer un homme qu'on connaît, de se battre avec lui. C'est sale. Ca tient du suicide, de sa propre mort, on tue quelque chose de soi, tout ce qui a été partagé."

Tout ne va pas pour le mieux non plus pour les parents de Lorenzo. Alors que la santé de la mère se dégrade, le père, Léandro, ancien professeur de piano respectable, est saisi du démon de midi à 73 ans et dilapide les biens familiaux auprès de prostituées.

Une nuit, Sylvia se fait renverser par un bolide conduit par un jeune et séduisant joueur de foot argentin, Ariel, recruté depuis peu par le club madrilène pour son talentueux coup de pied. Elle s'en sort avec une jambe cassée et une idylle improbable naît entre les deux jeunes gens.

Si j'ai douté pouvoir arriver au terme de ce livre de 445 pages, mes craintes se sont envolées à mon insu malgré les intrusions fréquentes sur les terrains de foot et les tribulations sexuelles d'un Leandro souvent pathétique. C'était sans compter sur le talent de l'auteur qui distille subtilement la progression de son intrigue, donnant alternativement voix aux quatre protagonistes, et sur laquelle vient se greffer  une multitude de personnages secondaires à la fragilité émouvante. Il nous sert sur un plateau un roman social et réaliste où un modernisme plutôt noir se dispute à une nostalgie sépia.

Exit le mélo, la jeunesse des uns fait la nique à la solitude des autres mais les générations en devenir font preuve d'une lucidité que préfèrent estomper leurs aînés, tout occupés qu'ils sont à colmater les désillusions de leurs vies. Roman du désir et de l'argent qui mènent les personnages par le bout du nez entre nécessité et culpabilité, les hommes n'y ont pas le beau rôle. Déboussolés, ils tentent maladroitement de s'adapter à la force des femmes. Le footballeur Ariel est à l'opposé des clichés habituels et réussit même à s'attirer la sympathie du lecteur (en l'occurrence la mienne, un exploit...), l'auteur dénonçant la marchandisation des sportifs.

"Le désir travaille comme le vent. Sans effort apparent. Voiles déployées, il file à une vitesse folle. Portes et volets clos, il cogne en quête de brèches ou de rainures pour s'infiltrer. Le désir associé à un objet nous condanne à lui. Mais il peut prendre une autre forme, abstraite, déconcertante, qui nous enveloppe comme un état d'âme et annonce que nous sommes prêts. Il nous reste alors juste à attendre, toutes voiles dehors, qu'il souffle vers nous. C'est le désir de désirer."

Au final un grand brassage sociétal balayant large, du sport ultra médiatisé à la prostitution (la frontière est parfois ténue), de l'émigration clandestine au chômage en passant par le luxe et la précarité érigés en art de vivre, tout nous parle de la fugacité des choses, de la fatalité et du hasard, de l'amour et de la mort. Un brillant instantané de l'Espagne de ce début de siècle où chacun, les nantis comme les moins bien lotis, perd sa vie à la gagner, à moins que ce ne soit l'inverse... N'attendez pas de happy end, la réalité tout simplement.

"Le professeur de mathématiques développe sur le tableau un problème de vecteurs. Le début du cours a été magnifique, la passion intacte après de années d'enseignement. Tout est mathématiques, leur a-t-il dit. Quand vous achetez, quand vous vendez, quand vous grandissez, quand vous vieillissez, quand vous partez de chez vos parents, quand vous trouvez un travail, quand vous tombez amoureux, quand vous écoutez une chanson inconnue, tout est mathématiques. La vie est mathématiques, additions et soustractions, divisions, multiplications, si vous comprenez les mathématiques vous comprendrez un peu mieux la vie."

 Savoir perdre     David Trueba      Editions  Flammarion

spo_ballon_083

Posté par Moustafette à 23:51 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags :

dimanche 24 avril 2011

Atmosphère

9782841114061Gwenni Morgan grandit dans un petit village du Pays de Galles à la fin des années 50. Elle observe le monde adulte du haut de ses douze ans et celui-ci ne semble guère l'enchanter, contrairement à celui qu'elle rejoint la nuit venue où, entre veille et sommeil, elle s'entraîne à voler au-dessus du village. Elle entretient ce don au grand dam de sa mère qui craint pour la réputation de Gwenni que l'on qualifie déjà de fillette un peu bizarre.

"Quand on monte très haut dans le ciel, on peut entendre la terre fredonner. C'est comme un enchantement, on n'a plus envie de redescendre."

Il faut dire que Gwenni a un imaginaire en perpétuelle ébullition... Elle donne vie à de curieux visages incrustés dans les murs, anime les pichets qui trônent sur les étagères ou les étoles de renard qui reposent sur les épaules de certaines villageoises. Elle aime également à se réfugier dans les romans policiers que lui prête sa tante. Aussi, lorsque le mari de Mrs Ewans disparaît, elle ne peut s'empêcher de fouiner partout d'autant plus qu'elle est persuadée d'avoir aperçu son cadavre lors d'une de ses virées nocturnes. Mais à trop fouiller, Gwenni va soulever des secrets qu'elle était loin d'avoir imaginés. 

L'intrigue policière passe vite au second plan pour laisser place à un roman d'atmosphère. Atmosphère humide de l'Angleterre rurale enveloppée de brume et sur laquelle règne encore l'esprit druidique celte. Atmosphère confinée des intérieurs saturés d'effluves de sandwiches au concombre ou de sauce à la menthe, tandis que sur un coin de poêle une bouilloire attend toujours prête pour le thé. Atmosphère prude et pudibonde que la religion fait peser jusqu'à la folie sur les habitants. Et enfin, celle de l'enfance qui s'échappe et qu'une fillette appréhende de quitter. Gwenni élève alors un rempart de petites phobies destiné à la protéger du monde compliqué des adultes, réveillant en cela nos peurs de petites filles, nos interrogations et nos explications parfois farfelues. 

On retrouve dans ce joli roman tout ce que les enfants sont capables de mettre en place pour faire de la triste réalité un monde merveilleux, et nous suivons Gwenni, telle une Alice sautillante, dans sa lecture de l'univers où ses meilleurs amis sont la nature, les livres, son chat et les gâteaux à la vanille.

"J'ai mis les six livres et les deux cahiers dans mon carton, sous mon lit, avec mes Camarades d'école, les romans policiers de Tante Lol, les aventures du Club des cinq que Tante Siân m'offre chaque année pour Noël, ma liste de mots préférés du dictionnaire de l'école et mes trois carnets de dédicaces, le bleu, le vert et le rouge."

Un livre en forme de balade initiatique, entre réalisme et poésie, à l'instar de la couverture en relief et d'un titre qui donnent envie de s'envoler et de retrouver le monde de notre enfance.

Lecture en partenariat avec  logobob01 que je remercie pour cette sympathique découverte.     

 La terre fredonne en si bémol      Mari  Strachan      Editions NiL

 

flag_galles

 

 

Posté par Moustafette à 17:19 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,
jeudi 14 avril 2011

Attachements

000888400Quoi de mieux qu'une vieille voisine excentrique pour se tirer d'une déprime conjugale ?
Bien malgré elle, Georgie va en faire l'expérience et se transformer en ange gardien, celui de Mrs Shapiro qui, lorsqu'elle ne traîne pas clope au bec en robe de chambre et gros chaussons Roi Lion, sait se montrer très séductrice. 

"Elle était à l'âge où l'on porte des bottines extra-larges à scratch, mais elle trottinait comme une reine de l'élégance, coquettement perchée sur des escarpins à bouts ouverts, d'où émergeait l'extrémité crasseuse de ses chaussettes d'un blanc douteux."

Mrs Shapiro a aussi la chance d'être propriétaire d'une grande maison à Londres, bâtisse évidemment très convoitée par des agents immobiliers à l'affût de vieillards fragilisés qu'ils rêvent d'envoyer fissa au mouroir afin de réaliser de juteuses opérations... Sans famille, et vivant dans un taudis indescriptible avec ses sept chats, Mrs Shapiro est le parfait pigeon. Mais c'est sans compter sur la solidarité qui va s'établir entre les deux femmes et quelques autres personnages tout aussi originaux dont le sympathique Mr Ali.

La personnalité de cette vieille dame indigne fait tout le charme de ce roman, son accent, ses petites manies culinaires et autres, son amour des chats, ainsi que son passé un peu trouble. Car comme tout un chacun, Mrs Shapiro camoufle dans son capharnaüm londonien quelques secrets bien gardés que cette fouineuse de Georgie va se faire un plaisir de découvrir. Ce sera aussi pour elle l'occasion de se confronter à l'histoire d'autres cultures, de revenir sur celle de sa famille sous l'ère thatchérienne et d'appliquer aux êtres humains les théories techniques de la colle et les adhésifs, sujets sur lesquels elle planche parallèlement pour une revue.

"Parfois, quand j'essaie de comprendre ce qui se passe dans le monde, je me surprends à penser à la colle. Chaque adhésif interagit à sa manière avec les surfaces et l'environnement. (...) Vendredi, j'étais devant mon ordinateur, méditant cette profonde dualité philososphique, quand une idée subtile s'est fait jour dans mon esprit. Ce qu'il me fallait pour entrer en contact avec Mrs Shapiro, c'était un agent de durcissement. Et quoi de plus dur que Mr Wolf ?"

Souvent au bord du drame, l'auteur opte définitivement pour la pirouette et l'humour  afin de survoler pêle-mêle les thèmes les plus graves ( le sionisme, les grèves des mineurs anglais) comme les plus légers (dont un roman dans le roman dont on se réjouit de ne pas connaître la fin). Ce qui donne au final un livre sympathique et distrayant que l'on pourrait situer entre Pancol et Gavalda, et qu'on a très envie de retrouver sur un grand écran dans une comédie dont les Anglais ont le secret.

2693581074  Merci  ! 

Des adhésifs dans le monde moderne     Marina  Lewycka     Editions des Deux Terres

 

chat_042

 

 

Posté par Moustafette à 20:52 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags :
mercredi 30 mars 2011

Passe à ton voisin

9782749115788Pour rien au monde je ne souhaiterais ré-habiter dans un immeuble, mais lorsqu'il s'agit d'y déambuler via la littérature, je n'ai rien contre, bien au contraire. D'autant plus que les murs de celui-ci sont joliment décorés...
Patrick Cauvin nous fait cavaler dans les couloirs, grimper et redescendre, frapper aux portes des uns et des autres pour nous introduire chez des voisins imaginaires inspirés par les personnages des toiles d'un ami peintre.

C'est fou ce qu'on loge de monde dans un immeuble ! Soixante très courts portraits pour soixante petites tranches de vie entassées les unes sur les autres dans les hauts du XVIIIe arrondissement. Du petit notable au commerçant, du sauvage taciturne à l'expansif bruyant, provinciaux exilés, émigrés ou vieux parigots, petits vieux retraités ou jeunes actifs, chacun à ses marottes ou ses manies, son heure de gloire ou de drame, ses secrets, mais tous sont uniques. Il n'y avait qu'un écrivain pour imaginer que toutes ces vies pourraient être des romans. Patrick Cauvin réussit à glisser une touche d'originalité dans la banalité de ces vies calfeutrées derrière leurs portes.

Jouons à toc toc toc et entrons chez :

 M. et Mme Perdurier qui vivent dans un 80 m² dont seuls quatorze mètres sont dévolus à leur habitat, le reste étant transformé en jardin potager... "M. Perdurier dit souvent que s'ils avaient habité dans un arrondissement plus méridional de la capitale, le 14e ou le 15e, il aurait tenté l'ananas, mais cela reste un rêve pieux.". Madeleine, la fleuriste qui lutte contre la concurrence du haut de son balcon . M. et Mme Dugoin, marionnettistes pour adultes au Théâtre de la lune sanglante. La famille Békélé qui joue des percus "à la parisienne", c'est à dire en sourdine pour ne pas indisposer les voisins qui pensaient être plus tranquilles quand la fille de la famille se mit au violon.  Elisa Boudin, la danseuse qui délaisse le palais Garnier car "elle estimait aussi que le tutu coupait sa silhouette et lui conférait l'apparence d'un abat-jour" et qu'elle est bien assez douée pour les boîtes de strip-tease de Pigalle. M. Delardieu, passionné de westerns (je vous laisse découvrir ce qui se cache chez lui) et qui fête chaque année la victoire de Sitting Bull sur le général Custer . Fanny la Récup "elle fait partie de la génération 68 tendance fromage de chèvre." . Et bien d'autres encore comme ce dernier chez qui je passerais volontiers mon temps si j'habitais moi-même cet immeuble, M. Bronsky, ancien libraire, qui nous bat toutes et tous avec ses trente mille volumes entassés dans trois pièces et dont le chat, Bébert, joue les équilibristes au sommet des piles de livres, mais pas n'importe lesquelles...  

Voilà un livre parfait pour les périodes d'errances littéraires, quand rien ne vous tente ou que votre esprit à du mal à se fixer sur la moindre fiction. On picore ces portraits tendres et drôles au hasard et à son rythme sans se soucier du début ou de la fin.

Un mot sur les dessins qui les illustrent. Ils sont l'oeuvre de Jordi Viusà, un original qui délaissa le métier de libraire pour se consacrer à la peinture. Sombres ou colorés, le coup de pinceau naïf, parfois destructuré, leur confère  une poésie à l'image de ces deux hommes qui se sont embarqués pour une dernière aventure. Patrick Cauvin est décédé en Août 2010 en nous laissant ce joli kaléidoscope en guise de testament. 

cauvin

Un des chats de l'immeuble

cauvin1

Madeleine la fleuriste

cauvin2

La famille Békélé

Un joli cadeau pour les amateurs du genre. Merci à celles qui me l'ont offert !

L'Immeuble      Patrick Cauvin      Editions Cherche Midi

buldings010  

Posté par Moustafette à 17:29 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :
samedi 26 mars 2011

Clopin-clopant

9782757821626C'est ainsi que j'ai cheminé pendant trois semaines tout au long de ce livre.
Non pas que l'histoire de ce chirurgien de soixante-six ans venu expier une faute professionnelle sur une île déserte de la Baltique m'ait rebutée. C'est plutôt faute à mon incapacité à lire plus d'une demi-heure avant de sombrer dans les bras de Morphée. Du coup, je nai pas eu l'impression de me délecter à sa juste mesure de cette très belle histoire de solitude et de renaissance.

"Les bruits, ici, apparaissent contraints de faire la queue avant d'être autorisés à entrer dans le silence."

Il n'en reste pas moins que ce roman nous entraîne avec talent au travers du labyrinthe des sentiments d'un homme qui a fui ses semblables et dont le passé revient, tel un cheval au galop, balayer sa routine mortifère. Cherchez la femme... Elle apparait par un petit matin neigeux sous les traits d'un amour de jeunesse, Harriet aujourd'hui vieille et malade, qui débarque et met en demeure Fredrik Welin d'honorer une promesse faite quarante ans plus tôt. Welin se voit contraint de quitter son île. Mais une femme peut en cacher une autre...

Dans une ambiance glacée, on évolue au rythme des réchauffements et des refroidissements qui vont peu à peu réveiller la vie figée du narrateur  et lui insuffler, parfois douloureusement, le goût des autres. Des personnages tous plus émouvants les uns que les autres au contact desquels il verra se fendiller la glace qui entoure son coeur. Le chant de la vie pourra alors s'immiscer dans le silence de la culpabilité et de la lâcheté.

"Je crois savoir à quoi ressemble cette musique. A des voix humaines, quand elles sont vraiment limpides. Quand des êtres humains chantent sans peur."

Il n'est heureusement pas d'âge pour apprendre à renaître et repousser la ligne d'horizon de notre finitude.

DASOLA a été déçue. Un tas d'autres liens chez  CLARA 

Les chaussures italiennes      Henning  Mankell     Editions  Points

chaussure_046

  

Posté par Moustafette à 13:29 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags :

jeudi 10 mars 2011

Pestitude

9782253157533Edwin et Maureen ont chacun une fille quand ils se rencontrent après leur veuvage respectif.
Les fillettes n'apprécient guère ce remariage mais comprennent assez vite qu'elles ont plutôt avantage à s'allier pour le confort de leur petite vie. Tout va donc bien jusqu'au jour où une troisième laronne pointe son nez. Cette petite soeur va sceller l'alliance entre Livy et Emmy, pour le meilleur et pour le pire, tandis que toute la famille s'installe à la campagne chez la grand-mère qui carbure au gin sur ses vieux jours.

"Elle rit joyeusement, dans l'espoir d'égayer un peu la pauvre vieille dame, qui est devenue assez bizarre depuis la mort de son mari. Sa mère continue de la toiser, du regard mélancolique de la femme ménopausée."

Après deux tentatives pour se débarasser de cet petit être vagissant qui rend gagas les parents, Livy et Emmy se résolvent à entrer dans l'adolescence quand Pamela débarque d'Amérique, une tante plutôt turbulente qui ne prête aucune attention à Rosie mais prend délibérément le parti de Livy et d'Emmy. Jusqu'au jour fatal où les adolescentes fêtent la fin du lycée, fête d'où est évincée Rosie qui n'est qu'une gamine. Entre temps, la gamine a appris à diviser pour mieux régner.

"Rosie, postée derrière les portes et les doubles rideaux, observe et écoute ; c'est une ombre sur le palier, qui surprend des secrets échangés à mi-voix ; c'est un bruit de pas feutré dans le couloir mal éclairé près du téléphone. Une fois la fête passée, l'harmonie entre Livy et Emmy commence à se déliter. Des secrets sont éventés..."

Et la vengeance de Rosie sera terrible. Elle leur pourrira la vie, mais Livy et Emmy tiendront toujours bon et se serreront encore les coudes  quand sonnera l'heure de la retraite...

"- Emmy, nous, on était prêtes à la tuer par jalousie.
- Mais on avait dix ans, s'insurje Emmy. Je veux bien admettre qu'elle ait fait tout ça à l'époque par dépit, mais pourquoi ce coup de téléphone maintenant qu'elle en a quarante-cinq ? Tu ne vas pas me dire qu'elle est toujours jalouse de nous !"

Un vrai festival de pestitude made in England, cinquante ans d'humour grinçant, drôle, noir, cynique à souhait, en 243 courtes pages.
Par l'auteur du  Journal secret d'Amy Wingate.
Et on se réjouit de savoir que cette Anglaise, qui a commencé à écrire à 50 ans, a à son actif   une vingtaine de romans. Passant allègrement de la haine à l'amour, " Entre rires et larmes" et "Une semaine en hiver" sont publiés chez Pocket sous le nom de Marcia Willet.
On attend la traduction des autres de toute urgence, merci.

Cathulu et Keisha ont beaucoup aimé. D'autres avis à consulter chez  Kathel  qui n'a pas apprécié plus que ça.

Meurtres entre soeurs      Willa  Marsh      Editions  Le Livre de Poche

 

14749474_1200326398_bscsiOldTomGin

 

 

Posté par Moustafette à 23:04 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :
mardi 8 mars 2011

A lire ou à relire

les_femmes_qui_lisent_500

Posté par Moustafette à 10:43 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :
dimanche 6 mars 2011

Tiré par les cheveux...

9782355360473Alors que la canicule règne sur la ville, l'inspecteur Lukastik se voit offrir une pause rafraîchissante sur le toît d'un immeuble viennois au bord d'une piscine où un macchabée  fait trempette à demi déchiqueté par un requin. Chose pour le moins inconcevable quand on situe l'Autriche à sa place habituelle, à savoir au milieu de l'Europe, aucune mer à l'horizon...

Notre homme ne se laisse pas émouvoir pour si peu, adepte qu'il est de la philosophie de Wittgenstein - en gros "le fait est ce qui est complexe, l'état des choses est ce qui est simple", il suffit de déplacer son point de vue, ou son raisonnement, pour une perception différente de la réalité et des faits qu'elle donne à voir. Partant du point 6.5 de l'avant-dernier aphorisme du Tractatus logico philosophicus qui stipule qu' "il n'y a pas d'énigme. Wittgenstein fait préalablement remarquer que lorsqu'on ne parvient pas à formuler une réponse, c'est qu'on ne peut pas formuler la question. Il résulte que si une question peut-être posée, elle peut aussi recevoir une réponse." , c'est ce à quoi va s'employer Lukastik aidé en cela par son adjoint Peter Jordan, pour lequel il éprouve guère de sympathie, et par Erich Slatin devenu par hasard un spécialiste émérite de ces bestioles aux mâchoires démesurées. Un indice minuscule va les mener rapidement à l'identité de la victime et à  son entourage. S'en suivra un curieux jeu de piste entre une galerie de  suspects  plutôt étranges pour  une élucidation de la fameuse énigme que j'ai trouvé un peu tirée par les cheveux... Ce qui ne m'a pas empêché d'apprécier ce roman.

En effet, le charme du livre réside avant tout dans la bizarrerie des personnages et dans  le style narratif truffé de métaphores plus originales et incroyables les unes que les autres. Lukastik est un flic comme on en a encore peu rencontré, plutôt antipathique de par son autosuffisance, ses petites manies parfois limites et ses ruminations contrephobiques, mais dont il émane cependant une sorte de flegme envoûtant. Quant au style, j'avoue m'être bien plus surprise à guetter les métaphores que l'avancement de l'enquête. Un auteur à suivre, assurément, dont il ne faut pas redouter l'érudition.

Quelques pépites :

"Chacun de ses mouvements trahissait une légère incertitude. Cet homme semblait marcher sur le fil de ses propres doutes - en vacillant, mais non sans habileté. Voilà en quoi consiste l'art du funambule : la perfection dans l'incertitude."

"Sa mémoire s'y refusait. Elle reposait dans son crâne, tel un animal à fourrure, chaud et repu."

"Évidemment, il existait une foule de voitures qui ne produisaient pas cet effet, qui pendaient comme des sacs avachis sur le corps de leurs propriétaires."

"Elle salua Lukastik avec un regard qui avait quelque chose d'une paire de ciseaux avançant par saccades dans du papier cartonné."

"(...) Lukastik, lequel, en dépit de l'antipathie que lui vouait Jordan, figurait en première place des numéros enregistrés. Un peu comme on installerait une belle-mère détestée au premier rang dans une compétition de sport automobile."

"Il s'appelait Karl Prunner, il ressemblait plus à un uniforme qu'à un homme."

Une intrigue et un flic viennois dont Yspaddaden vous parle  ICI 

Requins d'eau douce      Heinrich  Steinfest     Editions  Carnets Nord

requins017

 

Posté par Moustafette à 09:04 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : ,
samedi 26 février 2011

Chocolat light (Challenge Chocolat 10)

9782743600990Que celles et ceux qui, par le titre alléchés, salivent déjà, je suis au regret de leur dire qu'hélas ils ne friseront pas l'indigestion chocolatée en dégustant ce roman.

L'intrigue se déroule près de la frontière italienne, dans une Suisse à peine éclaboussée par les soubresauts de la Seconde Guerre mondiale, plus exactement à Chesa Silviscina, petit paradis entouré de lacs et de montagnes, où vit Madame Arnitz. Autour d'elle gravite toute une jeunesse insouciante dont elle aime à s'entourer, parmi laquelle ses filles Isabella et Margot ainsi que leurs amis.
L'équilibre doré se brise le jour où Isabella introduit Arturo, jeune professeur juif venu ici incognito, se mettre à l'abri des lois antisémites italiennes. Margot et Arturo vont s'amouracher l'un de l'autre ce qui provoquera un drame et précipitera leur fuite.
Des années plus tard, la fille d'Isabella va tenter de reconstituer cet épisode auquel sa mère, aujourd'hui disparue, a pris part.

Chassés croisés amoureux, dévoilements familiaux distillés au compte-gouttes, dédale de témoignages entrecroisés à diverses époques jusqu'aux dernières pages où, tel un nom de code, le chocolat chez Hanselmann tant attendu livre un ultime éclairage.
Ce roman est à l'image de la Suisse, à savoir une intrigue calfeutrée narrée sur un ton presque bénin mais lourd de sous-entendus et qui ne se révèle pas facilement.

"La bibliothécaire avait pris l'habitude ensuite de poser à côté de son livre une tablette de chocolat, de celle avec une vue de la Suisse, parce qu'elle avait compris qu'il avait des difficuktés pour se nourrir et que ces biscuits qu'elle lui offrait avec le thé elle les voyait disparaître en un instant. Elle restait là l'air satisfait à le regarder manger, carré après carré, sans cesser de lire. Mais un après-midi où Arturo avait glissé la tablette dans sa poche, elle s'était approchée et avec un sourire bizarre lui avait demandé s'il la mettait de côté pour quelqu'un."
 
Une histoire plutôt bien écrite même si le montage est complexe (je me suis plus d'une fois égarée dans les époques) pour, au final, une révélation qui n'en est pas vraiment une et n'a rien de fracassant.
L'atout de ce livre réside dans cette atmosphère particulière, un brin surannée, qui fait le fameux charme discret de la bourgeoisie et qui contraste avec le contexte dramatique de l'époque.

Je suis donc restée un peu sur ma faim tout en appréciant l'arrière-fond historique.

Un chocolat chez Hanselmann      Rosetta Loy      Editions  Rivages

 

baumberger_otto_lugano  

Posté par Moustafette à 19:11 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :
mercredi 23 février 2011

Un sacré souffle !

31bVqoMaP7LLa vie va comme elle peut pour la famille Batov dans la bonne ville de Léningrad, c'est à dire aussi bien qu'il est possible dans l'URSS des années brejnéviennes. Andreï grandit dans une famille unie d'honnêtes travailleurs, se découvre très vite un goût pour la musique, les filles et la vodka, se voit refuser l'entrée aux Jeunesses Communistes et par la même se fermer les portes des grandes écoles. Enfin un jour la Perestroïka est en marche, puis en 1991 l'URSS se disloque, Elstine succède à Gorbatchev, Léningrad redevient Saint-Pétersbourg, le service militaire appelle Andreï, son frère aîné émigre chez l'ennemi juré à Los Angeles et son père décède.

"Je marchais et je me jurais que je ne me marierais jamais, que j'obtiendrais à tout prix mon indépendance matérielle et spirituelle, que je me libérerais des préjugés et des lieux communs ambiants, que je ne laisserais plus jamais personne mener la danse à ma place, et que je ne me soumettrais jamais à l'idée même de dépendance et de manque de liberté.
Mon vingt-troisième anniversaire m'avait apporté une révélation : ma liberté, ma liberté individuelle, était ce que j'avais de plus précieux. Et que ça valait le coup de lutter pour elle et de continuer à vivre, même si on est en prison, même si tout le monde autour porte des fers et ne connaît la liberté que par ouï-dire."

Joli serment mis à mal lorsqu'il découvre qu'il est père à son tour sans l'avoir vraiment décidé. Déboussolé, une opportunité se présente à lui quand des hommes d'affaires chinois venus dîner dans le cabaret où il se produit lui proposent un pont en or sous la forme d'un contrat. Andreï s'engage pour six mois et part égayer les soirées de restaurants chics dans la région automne du Xinjian.

A partir de là, on s'embarque pour un road-movie hallucinant.
 

Atteindre le pays Ouïghour s'apparente déjà au parcours du combattant version bataillon de joyeux camionneurs. A côté Le salaire de la peur, c'est du gâteau. Nous voilà sur des routes où culminent des cols à 5000 m d'altitude traversant des paysages grandioses, convois bloqués pendant des semaines entre deux tempêtes de neige et propulsés dans le quotidien du peuple Kirghize loin des sentiers battus des agences de voyages.

"Nous avons mis une bonne heure à gravir la pente de trois ou quatre kilomètres. Youra s'est arrêté au sommet, il est sorti de son véhicule, et a donné un coup sur chaque roue. Moi, le temps qu'il accomplisse son rituel païen, je regardais le paysage, dans le fond. J'en avais le souffle coupé ! Le convoi, comme un serpent de toutes les couleurs, avançait dans la montée, les véhicules espacés à intervalles réguliers, et personne autour ! Rien que des montagnes et des montagnes, de la neige, du vent qui vous siffle dans les oreilles, hurle, vient se heurter contre la bâche du camion, ricoche et repart vers les cimes lointaines, glacées et étincelantes. Et machinalement, on est pris d'admiration pour ces gens, la cigarette au bec et le sourire moqueur, ils nous dépassent en klaxonnant, heureux, Dieu soit loué, d'être encore en vie, et ils continuent à grimper, à grimper en faisant crisser leurs pneus."

Arrivé sain et sauf à Kachgar, ancienne étape de la mythique route de la soie, Andreï se paye du bon temps au frais de la princesse. Puis direction Urumchi, la capitale régionale, où il attaque sérieusement son boulot et la vie dorée des expats qui va avec. Il devient même une star locale, enregistre un disque et rempile pour un an, fréquente une faune hétéroclite qui mêle mafieux, personnages troubles du contre-espionnage ou simples quidams. Se familiarisant avec les us et coutumes locales, il tente de composer entre son statut de privilégié et une certaine réalité chinoise qui donne rarement bonne conscience. Le jour où il tombe amoureux d'une jeune Ouïghoure il apprendra qu'en Chine, star ou pas, on ne décline pas impunément le mot "liberté" à toutes les sauces. Et celle à laquelle il sera assaisonné sera plus aigre que douce...

Si vous voulez du dépaysement et de l'aventure, jetez-vous sur ce bouquin qui renferme tout cela mais bien plus encore !

L'auteur nous fait partager sa bonne connaissance des cultures qui composent ce continent enclavé qu'est l'Asie centrale. Il nous livre un témoignage qui fait le grand écart entre la jeune Russie indépendante balbutiante, le pays Ouïghour écrasé par une Chine expansionniste à l'affût des ressources pétrolières - prétexte à une politique de la table rase (et pas seulement depuis les émeutes médiatisées de juillet 2009) proche de celle mise en oeuvre au Tibet -  et enfin les grands espaces sauvages et inhospitaliers situés entre l'ouest de ce Turkistan oriental baillonné et le Kirghizistan indépendant où Andreï terminera son périple dans une fuite éperdue, tour à tour cauchemardesque et magique.

C'est aussi un livre magnifique sur l'amitié qui lie des hommes rudes malmenés par l'Histoire. Si le ton est dans son ensemble plutôt léger, genre cigarettes, vodka et p'tites pépées, l'auteur à l'art de nous décocher des coups de poings en pleine face quand on s'y attend le moins, nous assénant de cruelles réalités.

"Les Chinois disent qu'on peut toujours se sortir d'une impasse. Au fond, il suffirait de se retourner et reprendre le chemin inverse, or on est habitué à aller de l'avant uniquement, parce qu'on a les yeux sur la figure, et pas sur le cul. Quand on se trouve dans une impasse, on craque, on s'affole, on perd le moral, alors que les Chinois se dirigent tout simplement vers la sortie. J'ai compris le sens de cet adage au lever du jour, c'est ce qui a été mon satori, mon illumination. Je me suis tout bonnement évanoui. C'était une issue comme une autre, n'est-ce pas ?"

Le narrateur réussira-t-il à rester fidèle à son serment ? En tout cas il tentera de trouver la Voie qui y mène et ne rentrera pas au pays tel qu'il en est parti. J'avoue que la dernière partie m'a secouée. Un sentiment de malaise m'est tombé dessus et, bien que déjà vigilante à limiter tout ce qui est estampillé made in China, je me suis mise à regarder d'un air triste les enceintes de mon ordinateur, sentant s'échapper, en même temps que la musique, le souffle chaud du Taklamatan.

Lisez ce livre, faites-le connaître, réclamez-le à vos libraires, que la voix de ces peuples lointains se fasse entendre haut et fort grâce à l' auteur qui réussit là un joli coup bien peu médiatisé.   

Une autre critique et un tas d'autres choses à y lire
Et pour en savoir plus allez faire un tour  ICI
 

Le Tao du saxophoniste      Andreï Batov     Editions  Mon Petit Editeur


Une petite chronique instructive


 

ouighour

 

Posté par Moustafette à 20:14 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : ,