samedi 18 juin 2011

Marie-Blanche ou l'oubli !

arton25005-5aa22Qu'il était passionnant cet entretien avec l'auteur ! (vous pouvez l'écouter ICI.)
Et qu'elle semblait touchante l'histoire familiale qui devait nous narrer le destin tragique de la mère de l'auteur qui fut victime d'une filiation trouble, d'une mère plutôt toxique, d'un oncle incestueux et de déracinements successifs qui conduisirent rapidement Marie-Blanche à noyer ses blessures dans l'alcool et à séjourner dans des établissements psychiatriques pour finir par s'échapper définitivement de la vie en passant par une fenêtre.

Tous les ingrédients étaient réunis pour une fresque familiale comme je les aime. Seulement voilà, il suffit de pas grand chose pour qu'une mayonnaise ne prenne pas, et là la sauce a tourné rapidement. Je n'ai pas réussi à mettre la main sur "la puissance romanesque" d' "une saga familiale bouleversante" et "splendide" qui s'apparente au "chef d'oeuvre" et autres qualificatifs dithyrambiques qui parsèment la 4ème de couverture.

L'ennui m'étant tombé dessus très rapidement suite à une narration sans émotions ni intensité dramatique, à un style des plus banals, à une succession de faits qui laisse peu de place à l'introspection, j'ai jeté ce pavé l'éponge, à la page 229 (sur 606), ravalant ma déception, ruminant ma colère (22 € quand même) et ronchonnant qu'on ne m'y prendrait plus.

Des avis sur Babelio qui vont dans le même sens. Attendons de voir ce que donnera le partenariat de Newsbook. 

Après ça, comment voulez-vous que je me réconcilie avec les auteurs américains ?

Marie-Blanche     Jim Fergus      Editions Le cherche midi   

enervee

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lundi 13 juin 2011

Verba volant, scripta manent

69tiroirsOn a coutume de dire que la lecture est une activité solitaire. Rien n'est moins sûr...
Adam Lozanitch, étudiant en lettres et correcteur à ses heures, se plonge dans la lecture de "Ma Fondation", ouvrage publié à compte d'auteur en 1936 par un certain Anastase Branitza. Pour une somme mirobolante, un homme propose à Adam d'apporter des corrections conséquentes à l'ouvrage. Soulever la couverture de maroquin rouge va s'apparenter à une originale traversée du miroir et confirmer l'étrange sensation qui envahie le jeune homme depuis quelques temps.

"Depuis un an, en lisant, il lui semblait parfois rencontrer d'autres lecteurs. De temps en temps, peu souvent, mais toujours plus nettement, il se rappelait ces autres personnes, pour la plus part inconnues, qui lisaient en même temps le même livre que lui. (...), il arrivait à la conclusion que sa personnalité vacillait dangeureusement à l'extrême limite de la raison. Ou n'était-ce qu'une illusion due à un excès de littérature et à une carence de vie ?"

Cette fois encore, Adam s'aperçoit qu'il n'est pas seul à lire "Ma Fondation", livre pour le moins étrange puisqu'aucun personnage ne l'habite, qu'aucune intrigue ne s'y déroule. En effet, ce n'est, qu'une suite de descriptions minutieuses d'un domaine somptueux, de la villa qui y trône et de son riche mobilier.
Dans ce décor improbable, Adam va croiser une kyrielle de personnages qui ont tous plus ou moins à voir avec le fantasque Anastase. Au premier rang desquels la très attendrissante Natalia Dimitriévitch, fille de libraire qui, en son temps, a réussi à sauvegarder quelques exemplaires de "Ma Fondation". C'est aujourd'hui une vieille dame excentrique qui entretient un rapport fusionnel non seulement avec son passé - "Il me manque un souvenir... Je ne retrouve plus un souvenir de mon père... Comment ai-je pu, mon Dieu, comment ai-je pu l'égarer ?" -  mais aussi avec la lecture. D'ailleurs, elle vient d'embaucher la jeune Iélina pour l'assister dans son activité de prédilection. Mais Iélina n'est-elle pas justement cette jolie fille qu'Adam a aperçue un peu plus tôt dans la réalité ? 

"Natalia Dimitriévitch ayant prescrit que l'on devait alimenter le poêle de la bibliothèque le matin, le midi et le soir, on s'affairait autour du feu, on descendait à la cave chercher des bûches déposées là depuis longtemps, et l'on sortait jeter les cendres de la veille. Les jours de gel, la vieille dame vérifiait elle-même si chaque livre était bien enveloppé de sa jaquette ou remis dans son coffret de protection, si aucun signet ne dépassait...
- L'an dernier, un recueil de nouvelles a échappé à mon attention et quand je l'ai ouvert au printemps, je n'en revenais pas, il avait une extinction de voix, se plaignait-elle."

Les déambulations livresques d'Adam et de ses comparses vont nous livrer l'histoire tragique mais fabuleuse d'Anastase Branitza. Mais pas seulement. Car, roman à tiroirs par excellence, c'est aussi à un voyage dans l'histoire de Belgrade auquel nous convie Goran Petrovic. D'une plume alliant humour, poésie et merveilleux, il nous offre une fantastique ode à la mémoire, à la transmission et donc inévitablement aux livres. C'est également l'occasion, mais en doutons-nous, de nous rappeler que les livres sont de grands magiciens. Outre les voyages multiples dans lesquels ils vous embarquent, ils scandent sans doute les événements de votre vie, mais surtout ils peuvent se révéler de précieux magiciens de l'âme, quand ils ne vous changent pas radicalement.

Lorsque l'imaginaire chevauche si talentueusement la réalité, ne nous en privons pas.

" Un secrétaire en bois de rose et de citronnier. Il est vrai que vous n'allez peut-être pas le comprendre d'emblée, car il s'agit d'un vrai labyrinthe de compartiments secrets. Mais, si l'on ouvre chacun des soixante-neuf petits tiroirs dans l'ordre voulu, le double fond du soixante-dixième donne aussitôt sur un espace sans fin."

Un livre que l'on se doit de lire !

Soixante-neuf tiroirs      Goran Petrovic      Editions   Le Serpent à Plumes

tiroirs

 

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vendredi 10 juin 2011

СИБИРЬ

arton138-37575Un opus des plus brefs mais des plus passionnants pour celles et ceux  qui, comme l'auteur, voient leur imaginaire s'emballer à la simple prononciation de cette destination.

"Aimer la Sibérie, ça ne se fait pas. Pourtant, ce nom terrible a pour moi un charme secret. D'abord, il est beau. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais il est beau."

Immensités géographiques, historiques, culturelles, vous n'échapperez pas au voyage dans le Transsibérien, en compagnie d'auteurs contemporains, Sylvie Germain, Mathias Enard, Jean Echenoz, entre autres, mais aussi des précurseurs du genre qui les premiers ont été attirés par ce train mythique, Blaise Cendrars ou Joseph Kessel. Irkoutsk, Oulan-Oude, Vladivostok, autant de brèves escales propices à la réminiscence d'émois passés ou aux rencontres furtives. autant d'hommages aux grands hommes comme aux anonymes dont les yeux ont contemplé les mêmes paysages, bois, steppes, lacs, fleuves...

"Maisons de planches noires, palissades noires moirées d'argent, toîts de tôle blancs sous des fils électriques erratiques, pistes où cahotent des Ladas. J'ai lu quelque part, il me semble, que le goût russe des palissades était une façon de se protéger de l'espace immense, de l'angoisse qui naît de l'illimité."

La seconde partie du livre est composée de trois articles inédits qui nous entraînent vers la Sibérie septentrionale. Départ de Khatanga pour l'univers de la taïga et de la toundra, celui des petits peuples, Yakoutes, Tchouktches, Dolganes, rivages gelés de la banquise que se disputent aux rennes ou aux ours les épaves de sous-marins nucléaires et les brise-glace, pour arriver finalement au détroit de Béring et resdescendre vers Magadan et Sakhaline en passant par le Kamchatka. 

Russes ou autres,  "On croise ici des destins qui sortent de l'ordinaire. Des vies taillées à coups de hache."

Au premier rang desquels, les millions de Zeks dont les fantômes errent encore sur les routes des goulags. Et c'est là tout le paradoxe de ce continent. Tout comme la beauté fulgurante des paysages est soudain poignardée par la réalité du gloaque russe, tous ces noms, qui pour les uns résonnent comme autant d'ailleurs générateurs de rêves, ont été le lit des pires cauchemars des autres.

Dans un autre registre, il est à craindre qu'un autre cauchemar se profile. La Sibérie, terre d'exils par excellence, l'est aussi pour l'écologie. Si on peut comprendre que l'âpreté et la rudesse de la vie quotidienne n'en font pas une priorité, il n'en reste pas moins que cette terre sert de poubelle à l'armée et que l'exploitation de son sous-sol riche en gaz, pétrole et minéraux très recherchés remplit les poches des oligarques au mépris de tout.

Sibérie, soit 13 millions de km² que l'auteur nous fait traverser en quatre-vingt douze pages. Grâce à de nombreux instantanés agrémentés de références littéraires triées sur le volet, il réussit à balayer espace et temps qui n'ont plus grand sens sous ces latitudes.

Une petite virée dans l'île Sakhaline ? C'est  ICI  et c'est magnifique ! 

Sibérie      Olivier Rolin      Editions Inculte

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Boris Klevogin 2004

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mardi 7 juin 2011

Marche ou crève

La_diagonale_du__4dc2b5c2490c6Un homme d'affaires à qui tout réussit ou presque, sa femme l'a quitté et son associé est décédé brutalement, plaque tout du jour au lendemain pour se réfugier dans un gîte isolé sur un plateau ardéchois le long d'une ligne imaginaire au nom ensorcelleur, la Diagonale du vide. Cette ligne fictive s'étend grosso modo des Landes aux Ardennes et détient le record de la plus faible densité humaine au km². Voilà qui ne saurait déplaire à la sauvage que je deviens en vieillissant, et de me dire que je me suis peut-être trompée de destination en venant me perdre au fond du Finistère, mais passons...

"Ne plus bouger. Ne plus partir. Surtout ne plus parler. Trouver au plus vite un endroit retiré. Avec du silence. De la lenteur. Peut-être un brin de tristesse. De préférence dans une région sauvage."

Marc Travenne macère donc dans sa solitude quand surgit une blonde randonneuse qui n'a de cesse de l'intriguer. Pensant saisir une occasion de donner un tournant à sa vie, il décide de partir à sa recherche quelques jours après le départ cette femme mystérieuse. Il la retrouvera et s'embarquera dans un curieux périple, alors que parallèlement une ancienne et brève maîtresse entre à nouveau en contact avec lui et que sa vieille mère, elle aussi solitaire, lui réclame une dernière virée au village de son enfance.

Que dire de ce livre ? J'ai d'abord accusé une légère déception à la rencontre des protagonistes. Pierre Péju nous a habitués à des personnages à la marge, des paumés, des tourmentés, des exclus. Ceux croisés sur la diagonale du vide n'échappent pas à la règle mais, car il y a un mais, ils évoluent dans des milieux bien différents de ceux où l'auteur nous entraîne d'ordinaire. On a ici en toile de fond le monde du business, de la presse, de l'armée et des services secrets, ça pue donc le fric, la facilité, le pouvoir et les magouilles à plein nez.

La route de Marc Travenne dévie donc rapidement des GR français pour emprunter des chemins bien plus scabreux et plonger dans des ambiances de 11 Septembre new-yorkais et de guerre d'Afghanistan, ce qui n'est pas vraiment des randonnées de tout repos, vous vous en doutez, et pas spécialement mes road-movies favoris.

Fidèle à lui-même, Pierre Péju a toujours la grâce et le talent de nous peindre les grands espaces désolés qu'il affectionne tant. Y errent sur des fils fragiles, qui finiront par s'entre-mêler ou rompre, des personnages à la dérive mais envers lesquels j'ai eu du mal à éprouver l'empathie naturelle qui me saisit en général à la lecture des romans de l'auteur.

"Mais là-bas après chaque journée étouffante il y a ce que j'appelle la récompense du soir, ce moment de pure clarté afghane, lorsque les choses semblent posées dans la transparence et comme nimbées par un poudroiement doré, une pluie de particules d'or, poussière ou pollen autour des corps, tandis que les ombres des maisons, des hommes et des bêtes, ombres épaisses et brunes comme du feutre, s'allongent démesurément sur le sol encore brûlant jusqu'à ce que le soleil disparaisse et que le poudroiement ne soit plus qu'une nuée lasse et soudain cendreuse, soulevée par les sabots des bêtes qui ne bougent presque plus dans la nuit qui tombe, ou par les pneus d'un de ces magnifiques camions afghans, qui surgit tout à coup, surchargé, avec des images naïves, souvent drôles, peinturlurées partout sur son capot et ses portières."

J'aurais aimé retrouver davantage de ces envolées lyriques, de celles qui m'ont tant fait aimer "Le rire de l'ogre", mais l'auteur privilégie ici les ressorts d'une intrigue un peu convenue, à la fois facile et tirée par les cheveux, qui résonne plus avec l'actualité et moins avec l'anonymat. Il est beaucoup plus aisé d'être à la marge quand on est un nanti au portefeuille bien rempli, ce qui donne un aspect improbable à ce roman et une rédemption un peu surfaite. Un invisible aimant m'a cependant tirée jusqu'à la dernière ligne malgré la mise à distance de mes émotions.

L'avis de Krol plutôt enthousiaste  LA
Et celui de Bellesahi qui vous en parlait ICI 

La Diagonale du vide      Pierre Péju       Editions Folio

divers069  

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lundi 30 mai 2011

A quels seins se vouer ?

9782709634472La petite Agatina voit toujours arriver le 5 Février avec joie. Ce jour est synonyme de réjouissances culinaires en compagnie de sa grand-mère, elle aussi prénommée Agata, laquelle  met un point d'honneur à célébrer la sainte du même nom afin d'assurer la protection des femmes de la famille et de leurs précieux atours. Pour cela rien de plus simple, il suffit de confectionner les fameux gâteaux, les tétins de sainte-Agathe, spécialité sicilienne de Catane, sans doute la plus coquine et la plus suggestive des pâtisseries comme l'atteste la photo ci-contre.

Ce moment partagé est aussi l'occasion pour la grand-mère de préparer la fillette à sa future vie de femme et de lui asséner quelques maximes de son cru afin de la mettre en garde contre la gente masculine, tâche non négigeable dans l'univers machiste sicilien. Une femme avertie en vaut-elle deux ? Rien n'est moins sûr...

"Au moment du café, les cassatelle étaient accueillies par des applaudissements. Le grand plateau débordait de ces petites montagnes invitantes, disposées deux par deux. Elles incitaient d'abord à toucher, puis à lêcher le sucre glace et enfin à mordre avec délicatesse, pour ne pas les blesser. Quand je croquais, la crème à la ricotta, au sucre et au chocolat envahissait ma bouche, je la sentais s'étaler sur mon palais ; je fermais les yeux et le plaisir s'étendait à tout mon corps de petite fille (...)"

Mais pour la narratrice, cette cérémonie culinaire est surtout une délicieuse occasion de revisiter l'histoire familiale et de nous conter ce qu'est devenue la petite Agatina. Au fil des pages, nous nous embarquons pour un savoureux voyage au pays de la ricotta, des boulettes de thon à l'orange et au thym, des artichauts panés et de la gelée au café et à la cannelle ! Préparez-vous à une explosion de saveurs et de parfums qui viendront chatouiller vos papilles et vos narines tandis que vous cheminerez sur les chemins caillouteux ou les rues poussièreuses de la Sicile en compagnie de personnages hauts en couleur et aux caractères bien trempés !

"Assunta avait rencontré son mari, mon arrière-grand-père, à l'époque de la moisson : un bandit de passage qui battait la campagne en évitant les routes fréquentées et les places des villages. Ils s'étaient croisés une nuit d'août, avant l'aube, quand l'air condense les rêves sur les hommes et les transforme en désir. Le ciel était un pan de tissu sombre tendu entre les étoiles qui en trouaient la trame."

Dotée d'un talent évocateur indéniable, l'auteure nous offre une vision sans fioriture de la société sicilienne où, si les hommes n'ont pas le beau rôle, les femmes ne sont pas en reste non plus... Entre dévotions et autres bondieuseries, les langues de vipères vont bon train tandis que mafiosi machos font la loi et chavirer le coeur des femmes, même celles les plus émancipées ou les plus averties... La cuisine et l'amour ont toujours fait bon ménage, la fillette Agatina n'échappera pas à son destin. Le Sirocco balaiera de son souffle torride sa vie adulte, un souffle qui peut rendre fou, mais la sensualité qu'il génère vaut peut-être la peine de s'y laisser emporter.

Comme le pendant italien à "L'illustrissime gâteau café café d'Irina Sasson " de Joëlle Tiano, "Les tétins de sainte-Agathe" viennent lui faire une douce et sympathique concurrence. Ils trouveront leur place sur les étagères de votre bibliothèque ou de votre cuisine, c'est au choix, car bien sûr la recette y figure mais, comme pour le précédent, ne comptez pas sur moi pour la divulguer ici... Ne me remerciez pas de prendre soin de votre ligne ! 

Merci à l'équipe de     Logo-Partenariats-News-Book    pour ce délicieux premier partenariat !

Les tétins de sainte-Agathe      Giuseppina Torregrossa      Editions JC Lattès

ste-agathe
Sainte-Agathe de Catane
(Francisco de Zurbaran
1630-1633
Musée Fabre Montpellier)

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dimanche 22 mai 2011

Bijou cailloux

9782265092570Elsa Préau, institutrice et directrice d'école à la retraite, revient vivre en région parisienne après avoir passé une dizaine d'années dans le sud. Elle réintègre son pavillon meulière qui, tel un vestige du passé, persiste à témoigner de ce que fut ce coin de banlieue en pleine restructuration. Caché derrière de hautes haies, le jardin devient vite le refuge des chats errants et, depuis l'étage, les fenêtres sont un magnifique poste d'observation pour cette vieille dame un brin fantasque et solitaire.

"Le dimanche était un terrible jour. Les enfants ne revenaient pas de l'école en chantonnant sur le trottoir, le facteur ne circulait plus en faisant teinter* la sonnette de son vélo, le ballet des camions-bennes et tracto-pelles travaillant sur des chantiers avoisinants cessait brutalement, les vitres de la maison de Mme Préau ne vibraient plus à leur passage, la rue était déserte, le quartier comme siphonné de toute clameur, pas même un matou borgne pour traverser en fraude le jardin couvert de rosée, le silence épaississait jusqu'à l'insoutenable.
Alors Mme Préau regardait chez ses voisins."

Fort de son expérience auprès des enfants, Elsa ne tarde pas à détecter que quelque chose ne tourne pas rond dans le comportement d'un des garçons de ses voisins. Contrairement à son frère et à sa soeur plus jeunes il ne joue pas, se contentant seulement de manipuler quelques brindilles et cailloux, il a un air malingre et négligé et ne communique pas avec les autres.

Tout en continuant son petit trin-trin quotidien, entre visites de son fils et de sa femme de ménage, Elsa va mener sa petite enquête d'autant plus que les bizarreries se multiplient... 

Je n'en dirai pas plus. Je vous laisse vous perdre dans les méandres de la vie d'Elsa, entre cauchemar ou réalité. L'auteur vous trimballera par le bout du nez distillant çà et là, et de façon désordonnée, des indices qui vous éclairent pour mieux vous faire douter l'instant d'après.

Décidément les vieilles dames indignes ont le vent en poupe et leur fréquentation est jubilatoire !

Allez traîner dans La Ruelle Bleue  pour faire davantage connaissance avec Elsa, vous ne le regretterez pas.

(* Il y a du laisser-aller chez les correcteurs, "tinter" aurait été plus approprié...)  

L'enfant aux cailloux      Sophie Loubière      Editions Fleuve Noir

019  

 

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mardi 17 mai 2011

Gadjo tovarich

9782841115433Perdus au fin fond des montagnes de Transylvanie, les villageois de Baia Luna, Roumains, Hongrois, Saxons et Tziganes, cohabitent sous la protection de la Vierge du Perpétuel Secours. Tout va presque bien à Baia Luna. Car, bien qu'oubliés du progrès socialiste de l'après-guerre, les habitants n'en fêtent pas moins le succès de Spoutnik 2 qui bip-bipe au-dessus de leurs têtes en cette nuit du 5 Novembre 1957.

Si cette fameuse nuit consacre la supériorité soviétique en matière aérospatiale à grands coups de zuika et de sylvaner, elle signe aussi le début d'une série d'étranges événements dont Pavel Botev, quinze ans à l'époque, va être le témoin.  Le suicide apparent de son institutrice suivi de la mort du père Johannes et de sa gouvernante, puis la disparition de la statue de la Vierge du Pertpétuel Secours, viennent troubler la vie de la communauté et alimenter les conversations du café-épicerie tenu par Ilja, le grand-père de Pavel.

"Et je fus littéralement foudroyé par l'abondance des produits disposés sur les rayonnages hauts comme des tours qui s'élevaient derrière le comptoir. Dans ce magasin, constatai-je, on trouvait quatre marques différentes de dentifrice et deux fois autant de sortes de savons, dont le noble Luxor à l'essence de roses, que réclamait régulièrement cette vieille bique de Vera Raducanu, pour humilier grand-père. Alors qu'Ilja n'avait qu'une étagère de conserves dont on ne savait jamais exactement ce qu'elles contenaient parce que les étiquettes étaient complètement défraîchies, dans l'espace de vente de la coopérative de consommation populaire socialiste s'empilaient, en pyramides artistiques, d'innombrables boîtes de fer-blanc contenant tous les légumes imaginables."

Suite à un tas de circonstances, Pavel se retrouve en première ligne, embringué dans une aventure qui durera pas moins de... trente deux ans ! Et c'est l'histoire encore toute récente de la Roumanie qui nous est magistralement servie là sur un plateau, car il faudra à Pavel traverser les années 60 et bien au-delà, jusqu'à la chute du Condutador et de sa femme à la fin de 1989, pour connaître le fin mot de l'histoire de ces trois morts qui ont marqué son adolescence et orienteront toute sa vie.

Si vous aimez le cinéma de Kusturica ou de Tony Gatlif, ce livre est pour vous !

Vous y croiserez un couple de vieux copains extravagants, Dimitriu l'érudit chef du clan tzigane et Ilja le gadjo illétré, liés à la vie à la mort et qui, quand ils ne sont pas fâchés, consacrent leur temps à traquer la mère de Dieu; Johannes Baptiste le curé fédérateur au passé pas très net, l'institutrice la Barbu qui noie sa déprime dans l'eau de vie de prunes, un photographe féru de Nietzstche, Buba la belle et jeune Tzigane au troisième oeil redoutable et un tas d'autres personnages truculents qui pataugent, joyeusement résignés, dans la gadoue et la brume hivernales de Baia Luna  quand ils ne s'étripent pas au nom du collectivisme ou de la Securitate devant un antique téléviseur qui déverse des propos aussi solennels qu'hilarants.

Si vous ajoutez un entonnoir en guise de cornet acoustique, du barbelé en place et lieu d'antenne, des reliques lactées en provenance directe des seins de la Vierge, des théories scientifiques farfelues, un mystérieux cahier vert et de troublantes photos, vous obtenez un capharnaüm explosif qui poussent nos héros à cavaler de la terre à la lune et des montagnes à la ville à la poursuite de la vérité dans un thriller politico-satyrique unique en son genre.

"La carte, écrite dans une calligraphie chargée, proposait des plats multiples, qui nous parurent plus que suspects. De toute évidence, cet établissement servait des spécialités culinaires qui n'étaitent pas présentées l'une à côté de l'autre, mais l'une sur l'autre, comme un "Artichaut sur vinaigrette", qui ne correspondait à rien de concret dans l'esprit de grand-père. De plus, les prix étaient astronomiques. Sur la dernière page, sous la rubrique " Plats roboratifs du patrimoine culinaire populaire", nous découvrîmes enfin des mets à notre goût." 

Un immense merci à  logomassecrtitique pour cette découverte rocambolesque et osée qui mêle adroitement l'humour et la tendresse à la triste réalité de la folie d'un homme...

 Le jour où la Vierge a marché sur la lune      Rolf Bauerdick      Editions NiL

 

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jeudi 12 mai 2011

Au bord du vide

9782742796779Une maison au bord d'une falaise qui menace de s'effondrer à tout instant, une mère aux nerfs fragiles et à la main leste, un père souvent absent, un pépé canne à pêche et une mémé gâteaux, un bon copain, un vélo et des zéros à l'école. On a l'impression d'avoir déjà lu ça une centaine de fois, mais quand l'auteur s'appelle Claudie Gallay on s'embarque sans hésitation pour la cent unième.

 D'un côté il y a des saveurs de tartines de pain beurrées couvertes de copeaux de chocolat, des séjours chez les grands-parents comme des petites percées de paradis quand ça tangue trop chez les parents, des courses à vélo dans la campagne ou la joie d'un voyage à la mer, de l'autre le sentiment de ne pas compter, que la vie peut ressembler à un château de sable, le corps qui parle quand les mots manquent... Bref, une histoire simple aux effluves de parfums d'enfance mêlés, les plus doux comme les plus amers.

"Je prends une feuille dans le tas et je fais un dessin. Quand j'ai fini, je lui montre.
- C'est une montagne ? il demande.
- C'est là-bas que je veux aller quand je serai grand, quand j'en aurai fini avec ici.
Il pose le dessin bien à plat sur le bureau et il le regarde attentivement. Il secoue un peu la tête.
- Dans ton dessin, il n'y a personne, pas de maisons, pas de routes. Où habitent les gens ?
- Il n'y en a pas, je dis. C'est que du silence.
Le silence, c'est quelque chose de grand, de rond, on peut s'enfoncer. Je lui montre avec mes mains. Je n'ai pas besoin de mots. Il comprend. Il note dans son cahier.
- C'est tout pour aujourd'hui, il dit, on a bien travaillé." 

Laissez-vous toucher par ce petit héros pris dans les bourrasques des adultes et qui, tel un funambule, se balade sur la corde raide des émotions et tente tant bien que mal de conserver son équilibre tandis qu'autour de lui le monde s'écroule.
Entre nostalgie et mélancolie, ce livre résonnera chez ceux qui ont encore un peu mal à leur enfance mais qui gardent au fond d'eux quelques instants magiques qui leur ont donné la force de grandir.

Les années cerises      Claudie  Gallay     Editions Babel Actes Sud

plante086

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dimanche 8 mai 2011

Mea culpa

4141iconfessionsJ'ai tardé à rendre ma copie car j'ai voulu relire les cinq nouvelles qui composent cet opus, la première lecture n'ayant pas été des plus convaincantes. Hélas, je suis au regret de constater que la seconde ne l'a pas été davantage.

A l'instar de la photo de couverture, cinq hommes seuls tentent de briser la paroie de verre qui les sépare de leurs semblables, enfermés qu'ils sont dans la banalité et la monotonie de leur vie.

"Il se sentait seul sans être malheureux ; en fait, seul sans être heureux. C'était un mélange contrasté de confort et d'inconfort."

Loin de nous plonger dans les affres tourmentées ou  les illuminations géniales que génère la solitude, l'auteur opte pour une analyse plutôt froide et détaillée des états d'âmes d'hommes ordinaires qui peinent à trouver le chemin qui mène aux autres. L'écriture est parfois d'une précision quasi clinique qui laisse peu de place à la fantaisie. Les personnages ruminent leur piètre condition d'hommes seuls, sans pour autant ni en souffrir réellement ni en jouir. A moins d'aborder le sujet sous l'angle de l'absurde, petit clin d'oeil à Camus, je suis complètement passée à côté de ce livre.  J'ai regretté l'absence d'émotion et de sentiments qui m'ont rendu les personnages ennuyeux voire antipathiques, et j'ai attendu à chaque fois en vain une chute qui, en un subtil retournement, m'aurait fait changer d'avis.

Bref, un livre bien écrit mais d'une écriture trop sage, trop polie, qui, à mon goût, manque cruellement d'une poésie ou d'une révolte dont la solitude n'est pourtant pas avare. J'espère ne pas être cynique en disant qu'on n'a pas très envie de fréquenter ces personnages et que, finalement, leur isolement n'est peut-être pas le fruit du hasard...

Désolée pour ce premier partenariat en forme de flop avec Les Agents Littéraires.

Confessions solitaires     Andrea Della Vecchia      Editions Publibook   

roc

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mardi 3 mai 2011

Parenthèse

9782848050959Ces cent courtes pages  nous plongent dans l'intimité d'un couple de fermiers irlandais qui accueille, par un été caniculaire, une enfant dont les parents n'ont guère le temps ni l'envie de s'occuper.
La fillette va se retrouver pendant quelques mois fille unique, objet de toutes les attentions de cet homme et de cette femme plutôt bienveillants à son égard, et appréhender un monde adulte à l'opposé de celui qui fait habituellement son quotidien.

"J'aimerais être dehors, en train de travailler. Je n'ai pas l'habitude de rester tranquille et je ne sais pas quoi faire de mes mains. Une partie de moi voudrait que mon père me laisse là pendant qu'une autre partie voudrait qu'il me ramène, vers ce que je connais. Je suis dans une situation où je ne peux ni être ce que je suis toujours ni devenir ce que je pourrais être."

Beaucoup de pudeur, de délicatesse dans le récit de cette rencontre toute en tendresse retenue sous laquelle se cache un drame que la fillette découvrira petit à petit.  Une narration minimaliste où la sobriété sied à ce temps en suspension, une parenthèse où les réminiscences des uns ouvrent à de nouveaux sentiments chez l'autre.

Un saut dans l'enfance bien agréable !

Les trois lumières     Claire Keegan      Editions  Sabine Wespieser

valise

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