vendredi 4 mai 2007

L'éternité est amoureuse des oeuvres du temps...

9782264040602Si cette phrase vous bouleverse, précipitez-vous sur ce livre.
A quinze heures trente je me suis affalée dans une chaise longue, pour ne me relever que trois heures et quinze minutes plus tard. Juste le temps de lire d'une traite ce roman.
Résultat, un coup de soleil, un coup de blues, un coup de coeur.

Vous souvenez-vous du 21 Septembre 1969 ? Moi oui.
Jonas ne s'en souvient que parce que c'est le jour où Paul, son frère aîné, est décédé. Il avait 15 ans. Mais Jonas n'était pas encore né; ce sont ses parents qui lui ont raconté. Car ce n'est pas un sujet tabou, même si c'est douloureux.
" 502 jours séparent le dernier jour de ta vie du premier jour de la mienne. (...) Il y a 12 058 heures entre nous.(...) Au moment de ma naissance, 722 880 minutes s'étaient écoulées. "

Et puis un jour, alors qu'il a treize ans, Jonas cherche quelque chose au grenier et tombe sur des albums photos qu'il n'a jamais vus et sur une vieille veste ayant appartenu à Paul. Dans une des poches se trouve une lettre... A partir de là, le discours officiel ne lui suffit plus. Non pas qu'il soupçonne ses parents de lui cacher une quelconque vérité, mais il pressent qu'il y en a une autre.

Aidé par un ami de sa mère qui a bien connu Paul, Jonas se lance à la recherche de ce frère qui parfois le visite dans ses rêves mais dont il ne connait pas la voix. Il bouscule un peu les adultes et leurs souvenirs, il fouine, il prend son temps, il recoupe, et ... il trouve.
" J'avais trouvé le coffre à trésors de Paul. Je souris en direction du carton comme s'il s'était agi d'un être vivant. Un être aimé. Je soulevai alors le couvercle. Et là, parmi quelques lettres, photographies et autres papiers, je vis ton journal. Ce carton m'avait attendu dans l'obscurité pendant près de dix huit ans. Dix huit années de poussière et de saleté avaient presque obstrué l'ouverture de la cachette de Paul. Mais je l'avais découverte. "

Moi, ce genre de situation me file des frissons. J'ai une âme de chercheuse de secrets, de réponses, de révélations ... Et celles que découvrira Jonas sont magnifiques.
Tout en fougue et en pudeur, sentiments propres à l'adolescence, l'auteur nous tisse une superbe histoire.
Délicatement, il nous entraîne sur les chemins intimes que les ados savent si bien dissimuler aux adultes.
Et Jonas est la preuve que, bien souvent, ils sont plus forts que nous.

" C'est l'éternité qui tire un feu d'artifice, commenta Paul. Un feu d'artifice éternel qui envoûte quiconque le regarde. Un feu d'artifice toujours présent au-dessus de nos têtes, même si nous n'y prêtons pas toujours attention. C'est le feu d'artifice de l'éternité.(...) J'étais occupé à penser à l'éternité, aux étoiles, à l'amour."

Mon frère et son frère     Hakan Lindquist     Editions 10/18

feuartifi15   

 

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jeudi 3 mai 2007

LA REINE NUE

9782742766604Le clan Padovani est en émoi. Guilietta la reine mère, écrivain de renom, commence à perdre la boule !
Femme excentrique et indépendante, celle-ci a mené tambour battant sa vie, aussi bien privée que professionnelle. De ses trois maris, elle n'a gardé que ses septs enfants. Le succès de ses livres lui a permis de se faire construire La Villa sur la Riviera et d'y offrir une vie luxueuse à ses rejetons, puis plus tard à ses petits-enfants.

" D'une famille si peu orthodoxe, Guilietta avait réussi à faire une tribu qu'unissaient des liens étroits et au sein de laquelle régnait une parfaite concorde. Les frères et les soeurs vivaient dans un rayon de trente kilomètres autour d'un centre que figurait La Villa de leur mère. Ils ne s'étaient jamais quittés, se voyaient très souvent et se verraient plus souvent encore quand deviendrait manifestes les troubles mentaux de Guilietta. "

Aussi quand Guilietta annonce qu'il faudra la payer pour l'entendre raconter ses souvenirs, ses enfants ne doutent plus qu'elle s'enfonce doucement mais sûrement dans la démence. Ces septs-là n'hésitent pas un instant. Ils commencent par rentrer dans le jeu de leur mère, mais s'aperçoivent très vite que la situation ne pourra qu'empirer. Alors chacun se relaie un jour par semaine auprès de la vieille femme, n'hésitant pas à délaisser conjoints et enfants, voire même activité professionnelle.
Au cours des trois années que durera la déchéance de la mère tant aimée, chacun se retrouvera face à lui-même. Et se révèleront alors les vrais caractères des uns et des autres, ainsi que quelques pans cachés de la vie maternelle. Et certains ne s'en remettront pas.

"La vie de Loretta s'est mise à filer. Comme un bas qu'un ongle, malencontreusement, vient d'accrocher: plusieurs mailles sautent, une échelle se met à courir, descend le long de la jambe, rien ne peut la stopper, le dégât est irréparable."

Tout au long de courts chapitres, l'auteur nous promène d'un personnage à l'autre, sautant de l'esprit embrouillé de la mère aux périgrinations et déconvenues de ses enfants, en passant par les fragments du journal intime de  Guiellieta. Fidèle à son style, Anne Bragance réussit sur un ton léger, délicat et non dénué d'humour, à nous faire avaler une pilule qui aurait pu, n'en doutons pas, s'avérer bien plus amère.

La reine nue     Anne Bragance     Editions  Actes Sud

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mardi 1 mai 2007

UNE COQUINE ...

9782876734470de 91 ans, voilà ce qu'est Geneviève Briand-Lemercier !
Et elle lutte vaillemment contre le vieillissement sous la férule de l'odieuse Mme Bertrand, prof d'astrologie transcendantale, dont elle suit l'enseignement depuis douze ans et qui, non contente de la dépouiller financièrement, veut aussi la déposséder de ses écrits. Sa théorie est simple; le thème astral de Geneviève se rapprochant dangeureusement de ceux de certains écrivains morts prématurément, il devient impérieux de se débarrasser de tous ces mots qui encombrent les placards de notre héroïne.

Car Geneviève suit depuis toujours les conseils de son père : tenir chaque jour son journal et noter ses rêves. S'attelant à ce travail de désécriture, c'est l'occasion pour Geneviève de relire ses anciens cahiers et de nous faire partager l'histoire de sa vie. Elle en profite aussi pour nous faire partager ses autres marottes. Toujours dans un but profilactique et scientifique, elle tient à jour deux sortes de chroniques nécrologiques dans des grands répertoires. Quand elle n'écrit pas, Geneviève est une adepte forcenée des achats par correspondance et de petits calculs en tout genre, pour bénéficier de super cadeaux et autres chèques de gros lots.
Mais comme vous vous en doutez, loin de l'enrichir, cette activité n'est guère lucrative. Alors, avec la complicité de son concierge, elle devient la championne du trafic de friteuse, d'appareil à fondue et autres ustensiles dont elle ne se sert pas et qu'elle entasse dans son appartement. Elle est aussi la reine des emprunts auprès des membres de sa famille, pour lesquels elle ne nourrit pas le même amour qu'elle a pour les mots !

Sur la pointe des pieds, je me suis introduite dans l'entrée de Geneviève et j'ai fureté dans "son placard aux écritures". Voici ce que j'ai trouvé :
"Dans la partie supérieure, des cahiers d'écolières. Leur apparence varie un peu selon les époques et les modes. Certains sont décorés sur la page de couverture.(...) Sur la dernière page, il y a presque toujours les tables de multiplication.(...) Sur l'étagère du milieu, il y a les dix sept cahiers de quatre cents pages plus récents.(...) Au dessus des cahiers récents, il y a les dossiers des rêves."

Et là, perdue dans ses récits oniriques, je me suis faite piquer par Geneviève. Mais peu perméable aux discours sécuritaires, elle ne s'est pas précipitée sur son téléphone pour composer le 17 ! Au contraire, elle m'a proposé de poursuivre ma visite en sa compagnie ...
" Sur l'étagère au-dessus des rêves, c'est la documentation que j'accumule sur les cas de très grande longévité. Il y a un peu de tout là-dedans : des coupures de presse, des photos, des notes recopiées, et même des lettres.(...) Les deux derniers éléments à inscrire à l'inventaire de mes écritures sont le Grand Répertoire Rouge et le Grand Répertoire Noir. Ils sont rangés dans le tiroir du placard, toujours fermé à clef."

L'heure passant, j'ai refusé le goûter qu'elle me proposait (vous comprendrez pourquoi, si vous lisez ce livre) et après lui avoir souhaité longue vie, je suis rentrée chez moi pour écrire cette critique. J'ai passé un agréable après-midi en compagnie de cette espiègle petite vieille, craquante de naïveté et qui a plus d'un tour dans son sac ...
Mais est-elle si naïve qu'elle en a l'air ?

Pour une critique à un degré supérieur, voir la critique d'Oedipe. Car l'auteur est un linguiste émérite, qui ne pouvait que faire des ponts avec la discipline psychanalytique. Et ce sera aussi l'occasion de découvrir un autre de ses romans, plus ancien celui-ci.

Une très vieille petite fille     Michel Arrivé     Editions Champ Vallon

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lundi 30 avril 2007

EST-CE POSSIBLE ?

9782228898959Peut-on encore rêver sous un régime totalitaire ? 
Non pas fantasmer tout éveillé au jour de la libération et à la chute du tyran, non, rêver en dormant, tout simplement, librement.
Telle est la question que s'est posée l'auteur Charlotte Beradt (1901-1986).

Un mot sur l'auteur. Juive allemande communiste, elle émigre en Angleterre en 1939, puis aux Etats-Unis en 1940. Dans les années vingt, elle travaille dans une grande maison d'édition et fait alors la connaissance de nombreux écrivains. Parmi eux Heinrich Blücher, le futur mari d'Hannah Arendt, et Martin Heradt qui deviendra son mari. Les deux couples se lient d'amitié et se retrouveront en exil à New York.
En Allemagne, elle choisit de s'engager aux côtés des communistes, seule résistance face au régime hitlérien. Plus tard, elle reviendra sur son engagement, mais affirmera que " la terreur brune et la politique rouge furent les événements déterminants qui ont marqué ma vie". De 1933 à 1939, sans doute pour juguler sa peur face à ses propres rêves, elle décide de collecter les rêves de ses compatriotes. Elle en rassemblera plus de trois cents. Rêves de médecins, d'avocats, de commerçants, d'industriels, d'employés, d'ouvriers, de femmes au foyer etc... Au fur et à mesure, elle les rédige de façon déguisée et les envoie à l'étranger. Elle expliquera qu'elle cherchait à réunir du matériel d'information pour la presse en exil.
Ce travail prendra la forme d'un livre et sera publié pour la première fois en 1966.

Mais C. Beradt n'aborde pas cet ouvrage sous un angle purement psychanalytique, bien qu'elle ne soit pas opposée à cette discipline. Elle veut établir " un rapport entre le monde le plus intime des sujets et le monde politique, assumer qu'il puisse y avoir des rêves politiques inspirés chez eux non par les conflits de leur vie privée mais par ceux dans lesquels les a plongés l'espace public". Elle rejoint ainsi Hannah Arendt sur le versant psychique du totalitarisme et son intériorisation par les sujets un par un. Seront aussi écartés les rêves de violences physiques.

Alors, quelles sont les constantes retrouvées par l'auteur ?
* La mise au pas du sujet s'effectue par le biais de la honte en public, sous le regard inexpressif de l'entourage.
* L'omniprésence de la propagande sous forme de lois, décrets, haut-parleurs, banderoles, affiches qui s'insinuent jusque dans la vie nocturne. On retrouve aussi le monde cauchemardesque de la bureaucratie cher à Kafka, auquel s'ajoute l'absurdité poussée à l'extrême.
* La crainte de ne pas satisfaire aux critères de l'aryanité, avec des focalisations sur des détails physiques ou sanguins, mêmes chez les sujets les moins "suspects".
* Le passage de la suggestion à l'autosuggestion, de la censure à l'autocensure.
* Et chose surprenante, le déplacement de cette dernière dans le domaine privée et notamment sur de simples objets, susceptibles de dévoiler les pensées intimes de leurs propriétaires. C'est Big Brother avant l'heure dans l'imagination terrorisée des êtres sous emprise.
* Enfin vient l'incrédulité face à ce que le sujet observe et ressent. D'où l'utilisation, en un renversement en son contraire, de l'humour noir et du grotesque comme ultime lutte contre l'angoisse, la lâcheté, la peur.

Quelques exemples :
* Tel homme rêve qu'au moment où il s'apprête à lire un auteur réprouvé par le régime, bien tranquillement allongé sur son sofa, les murs de son appartement disparaissent.
" Effrayé, je regarde autour de moi : aussi loin que porte le regard, plus de murs aux appartements. J'entends un haut-parleur hurler : conformément au décret sur la suppression des murs du 17 de ce mois ..."
* Telle femme se voit dénoncer par son poêle à bois dont la porte s'ouvre comme une bouche.
* Tel jeune homme rêve qu'il ne rêve plus que de formes géométriques parce qu'il est interdit de rêver, ou cet autre qui, par précaution, rêve qu'il rêve en russe, langue qu'il ne comprend ni ne parle.
* Tel autre, ancien militant, se parodie,
"je rêve que je m'installe solennellement à mon bureau après m'être enfin décidé à porter plainte contre la situation actuelle. Je glisse une feuille blanche, sans un mot dessus, dans une enveloppe et je suis fier d'avoir porté plainte, puis j'ai vraiment honte."
* Tel médecin, qui s'était juré de résister, rêve qu'il est renvoyé puis rappelé car lui seul est capable de soigner Hitler. Il en est fier et se réveille en larmes.

La dernière partie du livre se compose de deux textes récents (2002). L'un d'un historien allemand, qui démontre en quoi ce recueil est spécifiquement politique et trouve sa place dans le débat de la responsabilité pour les générations actuelles. L'autre d'un psychanalyste français, qui s'appuie sur les théories classiques du rêve et du traumatisme, afin d'éclairer le travail de l'auteur et le totalitarisme, d'un point de vue plus clinique.

J'ai trouvé dans cet ouvrage des résonances très actuelles, toute proportion gardée. Et c'est justement cela le problème, là nous sommes dans l'extrême, dans l'énorme. Mais quand les frontières de l'intimité des individus s'estompent sous l'emprise sectaire quelqu'elle soit, l'autoritarisme politique ou le matraquage médiatique, aveuglement et irrationnel ne sont pas loin. Quand les individus vivent dans un monde où tout est réglementé, anticipé, organisé, contrôlé, sécurisé, le terme individu n'a plus lieu d'être puisqu'un tel sujet n'a presque plus besoin de penser, il est "programmé", pire il s'auto-programme insidueusement. C'est exactement ce dont nous parle C. Beradt.
Pour conclure, je citerai ce dirigeant nazi qui déclarait "La seule personne qui soit encore un individu privé en Allemagne, c'est celui qui dort ", comme quoi il sous-estimait les possibilités du III ème Reich car comme le démontre C. Beradt " le rêve lui-même n'est plus un refuge. "
Alors résistons et pensons pendant que nous sommes bien réveillés ...

Rêver sous le III ème Reich     Charlotte Beradt     Editions Payot

 

rodin

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dimanche 29 avril 2007

Un train un bouquin !

9782757801413Saintes-Bordeaux-Saintes, 3 heures + 20 minutes de tram + disons 3 heures de terrasse, les repas compris, ( j'ai même été tentée de l'ouvrir pendant le colloque auquel j'assistais Vendredi, mais j'ai pas osé ) =  j'ai dévoré ce livre.
Et si comme moi, vous adorez que l'on vous raconte des histoires, n'hésitez pas. Et cette fois vous pouvez me croire, je l'ai terminé.

Un écrivain s'installe à Camberloo, au Canada. Il loue une maison, emménage avec chat, livres, feuilles et stylos. Son voisin, après quelques jours d'observation à travers la haie du jardin, finit par lui faire la causette. C'est Thomas Vanderlinden, vieux professeur d'histoire à la retraite féru d'auteurs du XVI siècle. Mais le vieil homme ne tarde pas à tomber malade et notre écrivain, en mal d'inspiration, lui rend visite chaque jour. Et le vieux Thomas va lui raconter l'histoire de sa mère, Rachel l'épouse hollandaise. Je vous laisse découvrir ce qu'est une épouse hollandaise !

Rachel a aimé deux hommes. Le premier s'appelait Rowland Vanderlinden, il est anthropologue, il voyage beaucoup et un jour... il ne rentre pas. Le second débarque un beau jour, il dit s'appeler Rowland Vanderlinden et être son mari. Rachel ne pose aucune question, et veut même surtout ne rien savoir. Peu de temps après, c'est la naissance de Thomas et le début de la Première Guerre Mondiale. Rowland Vanderlinden finit par s'engager... lui non plus ne reviendra pas. Thomas grandit, il est le fils de Rowland Vanderlinden.
Le temps passe, Rachel vieillit. Un jour elle annonce à son fils que celui qu'il croit être son père n'est pas son père. Et elle le charge de retrouver Rowland Vanderlinden, qu'elle veut revoir avant de mourir, si lui-même est encore en vie...

Le récit du vieux Thomas va nous entraîner de personnages en paysages, aux quatre coins du monde, à la découverte des deux mystérieux Rowland. Peuplades primitives ou occidentaux exilés, rites, mythes et médecine traditionnelle, voyageurs infatigables, ermites scientifiques ou sédentaires, marins, mineurs ou chaman, tous pourraient se croiser à "l'Institut des Egarés" ou échouer sur "la Barre des Naufrages" ; Amérique du Sud, Afrique, Inde, Tibet, Ecosse, Canada et pour finir îles du Pacifique, telles les Motamuas " l'aisselle puante de la planète ".
Outre Rowland, l'autre fil conducteur est le ver de Guinée, une charmante bestiole que vont rencontrer les protagonistes, comme un présage ou une fatalité.

Tout comme ce ver, Eric McCormack s'est immiscé l'air de rien dans mes deux dernières journées. Il m'a enchaînée à son imaginaire et ne m'a plus lachée. Et, tels les contaminés de cette histoire, à défaut d'allumette ou de brindille, je n'ai pas eu d'autre choix que de tourner, de tourner et de tourner encore les pages ...

" Pour savoir comment les histoires se finissaient, il fallait s'enraciner, rester suffissamment de temps dans un même endroit, une vie entière si nécessaire. Il avait déjà la certitude que son histoire serait la seule dont il verrait jamais la conclusion."

J'imaginais lire un roman interminable et captivant, dans un train qui semblait ne jamais s'arrêter. Et quand enfin il stoppa, je relevai la tête et vis sur le quai une foule bigarrée. Les femmes portaient des foulards colorés et les hommes des chapeaux que je reconnus immédiatement. Quand je demandai où nous étions, en éclatant de rire quelqu'un me répondit " Samarkand ! Samarkand ! "
Et je me dis que j'étais arrivée ...

Mais qu'est-ce que je raconte ?
Et qui est cet abruti qui gueule "Saintes, Saintes 3 minutes d'arrêt !"

L'épouse hollandaise     Eric McCormack     Points Seuil

transport32

 

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mercredi 25 avril 2007

A TIRE D'AILE

9782878582062Alouette est fille unique, elle a 35 ans et elle est laide.
Ses parents, petits bourgeois de province, désespèrent de lui trouver un mari.
Chacun, sans se l'avouer, c'est fait une raison. Et la vie, ô combien ritualisée, de cette famille suit son cours.
Jusqu'au jour où Alouette part une semaine chez un oncle à la campagne, et laisse en tête à tête ses vieux parents.
Les préparatifs du voyage donnent à eux-seuls une idée de "l'obsessionnalité" de cette famille !

D'abord désemparé au premier soir, le couple va devoir s'organiser pour "survivre" aux sept jours d'absence de leur fille chérie.Trés vite, une seconde jeunesse s'emparera d'eux. Restaurants, sortie au théâtre, rencontres, retrouvailles, tout va s'enchaîner avec le naturel propre à la vie.
Le père renouera avec ses anciens compagnons, Les Guépards, dont la devise est de "populariser la consommation des boissons alcoolisées tout en cultivant l'amitié virile". Ce qui nous vaudra une description savoureuse de leurs agapes et d'une fort sympathique partie de tarots.
La mère retrouvera des gestes simples de séduction toute féminine et rejouera même du piano.
Mais la veille du retour de l'enfant prodige, la crise éclate. Le père craque, aidé il est vrai par une alcoolémie en forte hausse ! Et le sujet tabou, la laideur de la fille, arrive enfin sur le tapis. Les parents videront leur sac lors d'une nuit blanche telle qu'ils n'en ont sans doute jamais connue.
Au retour d'Alouette, l'ordre reprend sa place.
Les parents redeviennent vieux, banalisant l'insouciance retrouvée pendant ces quelques jours. Et la fille rentre plus laide encore, car le régime crème et beurre de la campagne lui aura été profitable.
Parents et enfant s'enferment à nouveau dans leur souffrance et leurs mensonges, chacun se persuadant qu'il a manqué à l'autre.

Que les amateurs de romans au rythme trépidant passent leur chemin, ce livre n'est pas pour eux. N'attendez pas non plus un jeu de massacre, ni un ton acerbe et décapant. On est plus proche de Balzac et de Flaubert, n'oublions pas que ce livre parut pour la première fois en 1924.
L'auteur nous décrit la vie d'une petite ville de province et de son microcosme, et dépeint à merveille la vie étriquée de ces trois personnages que les rituels aident à lutter contre l'angoisse. Et gare à la vie si par hasard elle tentait de s'immiscer dans cet univers figé !

A n'en pas douter, de nos jours, ce couple et sa fille bénéficieraient d'une indication de thérapie familaile ! Ce roman illustre parfaitement les théories systémiques. A savoir que le symptôme d'un des membres de la famille a une fonction pour l'individu, mais aussi et surtout pour l'entourage. Et qu'un tout petit changement en entraîne d'autres, parfois majeurs, qui en retour agissent sur le symptôme. Mais pour que cela dure, encore faut-il que la fonction symbolique de la parole puisse opérer, sinon chacun continuera à porter son fardeau...
Merci MUSKY qui a conseillé et aimé ce livre. Il trouvera donc sa place dans mon mémoire et, par la même occasion, me déculpabilise de consacrer si peu de temps à ce dernier !!!

Alouette     Dezso Kosztolanyi     Editions Viviane Hamy

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mercredi 18 avril 2007

La vendeuse, la voleuse et l'acheteuse ...

arton71Je vous le dis tout de suite, je n'ai pas tapé de scandale dans feu ma librairie préférée.
Tout simplement car l'aimable vendeuse n'était point à son poste. Celle qui était présente est guère plus avenante, et celui qui remplace le patron (son frère), idem; mais bon, une vacancière bcbg s'est chargée de ma revanche. Pas grand chose, juste une petite remarque comme quoi elle n'osait pas demander un paquet cadeau, tellement elle avait l'impression de les déranger ! C'est à dire que nous étions quasiment dans la pénombre à 12 h 30, étant donné que les lumières avaient été éteintes, qu'il y avait cinq personnes qui faisaient la queue à la caisse et que les têtes des individus précédemment cités étaient aussi sombres que leur boutique ! Pas le genre à faire du rab.
La saison commence à peine, et je n'ose imaginer ce que cela sera cet été, quand l'île aura multiplié sa population par dix ...

Quant à la voleuse, et bien je lui ai réglé son compte il y a deux jours. Je suis allée jusqu'au bout. Et en refermant ce livre, je me suis dit que cela fera un bon mélo américain plein de bons sentiments, genre le Titanic, version terrestre sur fond de Seconde Guerre mondiale. Le rôle du paquebot reviendra à l'Allemagne; celui du capitaine à Hitler, qui entraînera son pays sur l'océan déchaîné du nazisme; les ponts seront occupés selon les différentes classes sociales, et dans la cale et la salle des machines, on retrouvera évidemment le peuple juif. Deux ados se rencontreront, se soumettront, résisteront, s'aimeront trop tard, car l'un mourra et l'autre vivra. Et patati et patata...
Bref, rien de nouveau sous le soleil.

Je n'ai pas totalement détesté. La grande faucheuse narratrice ne m'a pas dérangée. Il y a quelques bonnes trouvailles, et le récit est émaillé ça et là de sentences et d'aphorismes poético-naïfs, et de dessins du même ordre.
L'humour n'est pas absent. J'ai adoré la déclinaison des verbes " Heil Hitlerer " et " Führerer ".

Effectivement, il y a tout ce qu'il faut pour séduire les ados, du moins ceux qui sont capables de se plonger dans un pavé de 514 pages. A cet âge on est encore immortel, donc la Mort ne les gênera pas. Pour les anxieux, ça les aidera même à apprivoiser ce concept. Et ils apprendront comment fonctionnent l'embrigadement de masse et un système dictatorial, que tous les Allemands n'ont pas été d'affreux nazis et qu'ils ont aussi souffert de la guerre. Peut-être apprécieront-ils plus les cours d'histoire...
Et si la starlette anorexique, qui jouera la voleuse, leur transmet le virus de la lecture et de l'écriture, que demander de plus !!!

Bref, un seul mot pour conclure, offrez-leur le bouquin !
Et si ça vous tente, piquez-leur ensuite !

La voleuse de livres     Markus Zusak     OH ! Editions

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vendredi 13 avril 2007

L'acheteuse de livres !

20e est en colère, suite au questionnement de GACHUCHA.

Lundi dernier, je vous faisais part de mon vif intéret pour un livre que j'avais d'acheté, La voleuse de livres. Je venais juste de le commencer, et ça m'apprendra à ne plus faire ce genre d'annonce.

Dans mon dernier commentaire, je mettais déjà un bémol à mon enthousiasme. Mais quand j'ai lu la remarque de Gachucha, j'ai vu rouge. En effet ce livre est destiné principalement à la jeunesse, à partir de 12 ans !!!!

Vers qui diriger ma colère ?
- L'auteur
- L'éditeur
- Le libraire
- Moi

- L'auteur ? Y est-il pour quelque chose ? Markus Zusak a écrit une histoire originale qui aurait eu le mérite d'être creusée un peu plus. Admettons qu'il ne fut pas mis au courant des magouilles de ...
- L'éditeur ! Alors celui-là je le retiens . Non seulement le site de cette maison ne signale rien concernant le public concerné, mais il se permet de comparer ce livre au Journal d'Anne Franck et à La nuit d'Elie Wiesel, via les critiques américaines ! J'attends toujours d'avoir le souffle coupé comme me le prédit The Guardian, sur la 4 ème de couv. Et de plus, il se fait un joli doublet en le sortant simultanément en collection jeunesse, et au même prix.
- Le libraire, enfin en l'occurence la vendeuse de la librairie. Celle-là déjà je ne pouvais pas me l'encadrer, tellement elle est aimable. Je m'étais promise de ne plus retourner dans cette librairie, mais bon, je veux finir de remplir ma carte de fidélité. C'est sûr que je vais y retourner pour le coup et pour l'engueuler. Je suis sûre qu'elle m'a baratinée et qu'elle n'a même pas lu ce bouquin . Déja l'an dernier, elle m'avait sidérée quand j'avais voulu acheter le dernier livre D'Elie Wiesel justement. Elle ne connaissait pas cet auteur ! Alors vous pensez bien, peste que je suis, l'autre jour, l'air de rien, je lui ai fait remarquer que si La voleuse de livre était comparé à un ouvrage de Wiesel, ce devait être un chef d'oeuvre. Elle me répondit un " Oui, oui " évasif et me récita le speach,  sans doute passe partout, que l'on doit enseigner dans les écoles de vente. Je ne sais pas pourquoi, cette fille, j'ai décidé de ne pas la lâcher et d'être sa bête noire jusqu'au jour où j'irai clore mon compte et ressortirai sans payer mes achats...
- Moi, qui en ce lundi de Pâques est fait la cloche ! J'ai investi 20 € pour un livre qui peut largement attendre une sortie en poche. Mais surtout je vous l'ai conseillé avant de l'avoir fini et peut-être l'avez-vous acheté. Au moins il y en a une à qui je peux présenter des excuses, Gachucha. Les autres, vous pouvez me dénoncer à votre libraire pour qu'il vous l'échange !

J'aurais mieux fait de suivre le conseil du titre ! Pour la peine je ne remets pas la photo de la couverture, que je continue cependant à trouver fort belle. Et enfin, je dis bravo pour cette entourloupe à Oh Editions, qui portent bien leur nom.

Eh la Mort, tu peux te marrer, tu t'es bien foutu de nous !!!

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mardi 10 avril 2007

Akomi ena taksidi stin Ellàda !

joueuse_echecs_piccEncore un petit voyage en Grèce !
Grâce à ce court roman qui se passe sur l'île de Naxos.

Eleni, la quarantaine passée, y est née, elle y vit avec son mari et ses deux enfants et y travaille comme femme de chambre. La vie s'écoule rythmée par les saisons, les papotages avec les copines et les rencontres furtives avec les touristes de passage dans le petit hôtel où elle travaille. En réalité, des touristes, elle n'en voit surtout que les affaires qu'ils laissent traîner dans leurs chambres.

Le séjour d'un couple parisien dans la chambre 17, va chambouler la vie d'Eleni.
D'abord il y a la langue française. " Ses mots dansaient sur un parquet ciré, faisant de petites arabesques, des courbettes, se saluant, tirant des chapeaux invisibles dans un frémissement de satin et de tulle. Ce déploiement ailé de danseurs d'opéra pour demander le sel ou s'enquérir du temps, n'était-ce pas le comble du luxe ? ".
Puis il y a l'Eau sauvage de Dior dont se parfume le Parisien de la 17. Pour Eleni, ce parfum, de par son qualificatif, est le symbole de la liberté. Car en secret, elle rêve des Champs Elysées !
Et enfin le comble du raffinement à la française, c'est cet échiquier et tous ces pions, jeu que ne connait pas Eleni.
Un jour, elle fait tomber une des pièces qu'elle ne sait où replacer. Et c'est là que commence la longue route qui mènera Eleni vers l'émancipation.

Le jeu d'échecs permettra à la jeune femme de se révéler à elle-même. Elle trouvera en elle des ressorts insoupçonnés pour apprendre, jouer et perfectionner ce qui deviendra une passion dévorante. " Elle fut frappée par l'agilité de la reine. Pièce redoutable par excellence, elle régnait sur la partie avec ses avancées rapides et ses capacités multiples. La seule figure féminine avait donc tous les pouvoirs. Cette idée subversive plut à Eleni. Elle faillit éclater de rire."

L'auteur décrit à merveille la vie en vase clos que connaissent les îliens. Les commérages et les rumeurs que l'on colporte et amplifie; les fâcheries et les points d'honneur que mettent certains à s'ignorer alors qu'ils se croisent chaque jour; les stratagèmes que l'on déploie pour préserver un peu de son intimité; le regard et l'opprobre de la communauté qu'il faut affronter s'il vous vient l'envie de vous écarter des chemins tout tracés ou l'idée de transgresser les règles de vie, etc, etc...

Une tendresse particulière pour un personnage secondaire ? Oui, pour Kouros, le vieux professeur d'Eleni, amateur d'opéras, et  qui deviendra son complice. " Par goût ou par paresse, il ne voyait plus grand monde. La solitude assumée, c'est la liberté, avait-il décrété. Il avait réussi à apprivoiser la solitude, à la faire sienne. Etre son unique interlocuteur était somme toute assez agréable. Il avait acquis ce privilège de ne plus s'ennuyer en société. Il pouvait enfin faire l'école buissonnière au lieu de se rendre à des réunions mondaines. Pour faire sa vie en tant qu'ours, il faut avoir les moyens ! "
Le portrait de Panis, le mari d'Eleni, est d'une justesse toute machiste. Et méfiez-vous aussi des bonnes copines !

Bref, un livre simple, vrai et intelligent, pour nous conter le tout petit combat d'une femme, qui peut nous paraître à nous, femmes émancipées, bien dérisoire. Le tout servi sur un plateau fleurant bon l'ouzo et le café frappé, les dolmades et les baklava dégoulinants de miel !

La joueuse d'échecs     Bertina Henrichs     Editions Liana Levi

 

ogjets91

 

 

      

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lundi 9 avril 2007

En cours !

arton71Vous vous doutez bien qu'avec une telle couverture et un titre pareil, ma main n'a eu d'autre choix que de se saisir de l'objet !
Je ne l'ai vu traîner sur aucune page de mes sites favoris. Quelqu'un en a-t-il entendu parler ?
Je n'ai lu qu'une quarantaine de pages, mais déjà je ne résiste pas à l'envie de jouer les tentatrices, et de vous citer quelques mots de ce pavé.

" Lorsqu'on a nettoyé la route, son livre a été piétiné à plusieurs reprises. Les ordres étaient de dégager seulement les gravats, mais le bien le plus précieux de la fillette a été jeté dans la benne à ordures. Je n'ai alors pu m'empêcher de monter à bord et de le prendre, sans savoir que je le garderais et que je le consulterais un nombre incalculable de fois au fil des ans. J'observerais les endroits où nos chemins se croisent et je m'émerveillerais de ce que la fillette a vu et de la façon dont elle a survécu. C'est tout ce que je peux faire - remettre ces événements en perspective avec ceux dont j'ai été témoin à cette époque. (...)
Venez avec moi, si ça vous tente. Je vais vous raconter une histoire.
Je vais vous montrer quelque chose. "

Et comment que je vais venir ! Faut pas me parler comme ça, non mais ! Même si celle qui m'invite ainsi, la narratrice, s'appelle la Mort !!!! Le premier chapitre s'intitule " Mort et Chocolat ", de quoi prolonger les agapes du week-end ...
Encore quelques mots pour vous mettre l'eau à la bouche, si ce n'est déjà fait :

" Une histoire simple, en fait, où il est question, notamment :
- D'une fillette ;
- De mots ;
- D'un accordéoniste ;
- D'Allemands fanatiques ;
- D'un boxeur juif ;
- Et d'un certain nombre de vols.
J'ai vu la voleuse de livres à trois reprises. "

Si vous voulez en savoir plus, tournez cette page ! Moi, j'y retourne. La Mort m'attend pour 484 pages encore. Ouf, c'est férié ....

squel

 

Posté par Moustafette à 10:18 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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