dimanche 2 mars 2008

Viennoiseries

caf__viennoisSi vous souhaitez découvrir comment s'est construite la légende des fameux cafés viennois...
Si vous voulez savoir d'où vient votre croissant, qui a peut-être accompagné votre café en ce dimanche, et qui fut créé à Vienne par les boulangers pour immortaliser la victoire de l'Empire sur les Turcs en 1683...
Si vous ne savez pas ce qui différencie un café Shwarzer, d'un Kleiner, d'un Verkehrt, ou encore d'un Einspänner, et j'en passe car il y en a une sacrée collection et ce n'est pas simple de commander juste "kaffee bitte" (moi, j'avoue avoir une préférence pour le Maria Theresa !)...
Si vous rêver de déguster la seule et unique Sachertorte, et non pas ses avatars que l'on trouve sous la même appelation mais avec une minuscule différence d'importance, Sacher torte...
Et enfin, si vous êtes une nostalgique de Sissi et du style rococo...
Ce livre est pour vous !

"Pour qui hésite entre la solitude et la compagnie, pour qui n'aime ni rester chez soi ni traîner dehors, pour qui alterne entre l'ennui, la paresse et la mélancolie, il suffit de pousser la porte du Prückel, du Sperl, du Central ou d'un autre pour se sentir apaisé et bienvenu.
Les cafés viennois sont les havres des états d'âmes.(...) On peut grignoter salé, sucré, ou boire un seul café et traîner des heures sans jamais subir le moindre regard désobligeant de la part du garçon. Les tables sont en marbre et les patères en cuivre. Les journaux sont du jour, les gâteaux sont frais et les clients discrets."

Si de plus, vous n'êtes pas contre un petit saut dans l'Histoire, alors laissez-vous entraîner par Frieda qui revient dans sa ville natale cinquante-quatre ans après l'avoir quittée lors de l'Anschluss. Elle est accompagnée de sa fille Clara. Ce pélerinage est l'occasion pour Frieda de régler ses comptes avec ce pays qui en 1938 a ouvert tout grand ses bras à un autre enfant du pays prénommé Adolf, a pactisé avec le diable et qui, depuis la défaite, n'a pas fait preuve de trop de repentir.

"Les Allemands étaient de très bons nazis, et de mauvais antisémites. Les Autrichiens furent de mauvais nazis, mais des antisémites hors pair !"

Donc, une très sympathique et instructive balade, une douce relation mère-fille et une réflexion sur l'identité et le sentiment d'appartenance.
Pour une vision plus violente de la difficulté de vivre avec le poids du passé et de la honte, voir les romans de l'auteure autrichienne Elfriede Jelinek, notamment "Les exclus" et "Enfants des morts", beaucoup plus hard, j'avoue que je n'ai pas encore trouvé le courage de m'y plonger.

Café viennois     Michèle Halberstadt     Editions Le Livre de Poche

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vendredi 29 février 2008

Marthe à l'ombre !

9782742771639Un beau matin, alors qu'elle cogite assise sur son poste de télévision, Marthe décide de changer de vie.
Ni une ni deux, elle saute dans un TGV afin d'aller annoncer la bonne nouvelle à son père.
Outre la décision de tout larguer (travail, appart, amant), Marthe décrète que dorénavant elle ne fera plus que ce qu'elle veut.
Jusque là donc, presque rien d'anormal...
Si ce n'est que Marthe a un curieux rapport à son corps et au monde.

Alors, quoi de mieux qu'un train bloqué des heures au milieu de nulle part pour commencer à mettre en pratique ses nouveaux principes. Tel une entomologiste, Marthe peut alors observer à la loupe le microcosme voyageur. D'accord, sa focale est un brin originale et la demoiselle, d'emblée, ne passe pas inaperçue. Non seulement elle devient la bête noire du contrôleur, mais ses façons d'être vont aussi en surprendre plus d'un.
Quand l'événement est médiatisé, Marthe n'est pas loin d'atteindre son heure de gloire, et lorsqu'on on sait que le nul part en question s'appelle Mourron... il y a vraiment de quoi s'en faire !
Hélas, les trains qui arrivent en retard chamboulent parfois l'ordre des choses. Marthe en fera l'expérience.

"Je nous regarde; nous formons un liseré de vie, une couture humaine surfilée à grands points sur le pont détruit. Devant une mer évaporée, nous composons une broderie de bestioles échouées, déposées en serpentin sur une digue abandonnée; la marée s'est définitivement retirée."

Voilà quelques semaines que je tournais autour de ce livre à la couverture loufoque et poétique. Les pages qu'elle protège le sont tout autant, et il en va de même pour l'esprit de Marthe.
On comprend vite qu'elle appartient à ces têtes étoilées qui peinent à trouver leur place dans notre réalité.
Si Marthe est à la fois, agaçante, rigolote, futile, pathétique, elle est surtout touchante et émouvante. Touchante dans ses tentatives maladroites d'échanges avec ce genre humain que l'on qualifie de normal, et émouvante face à cette liberté nouvellement acquise qui l'emporte avec îvresse vers les autres.
Comme tout le monde, Marthe ne demande qu'une chose, un peu d'amour et de reconnaissance.

J'ai une tendresse particulière pour ces être fragiles qui arpentent la vie en funambules et conjuguent le monde comme un jeu dont les règles oscillent entre logique des rêves et cruauté des cauchemars. Marthe fait partie de ces gens.
Un premier roman hors des sentiers battus pour nous conter la difficulté du papillon à s'extraire de sa chrysalide.

Chanson pour bestioles     Cécile Reyboz     Editions Actes Sud

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mardi 26 février 2008

L'effet Breizh

9782266156851Le livre de Sylire est venu apporter chez moi ses odeurs de varech et de sarrazin mêlés.
Et pour que je sois bien dans l'ambiance, il pleut et vente...
Mais je m'en fiche car je suis au coin du feu, à relire quelques pages avant d'écrire ce billet et à rêvasser qu'un jour, peut-être, j'habiterai en Bretagne.

En attendant, ce recueil met en appétit.
Une quinzaine de nouvelles qui nous plonge dans les aspects divers et variés de cette terre et de ses habitants.
J'ai été particulièrement séduite par "Les bonnes" et "Comment ne pas perdre la tête".
La première nous conte l'histoire de trois soeurs qui, chacune à leur tour, iront faire la bonne chez les bourgeois. Un texte simple pour dire la réalité d'une époque et de femmes résignées.
La seconde est l'histoire d'un rendez-vous manqué à Notre-Dame de Grainfollet au début du siècle dernier. Mais la Bretagne semble pouvoir faire des miracles, Madelon en fera l'expérience quelques soixante ans après. Un récit plein de nostalgie sur l'air de la chanson de Lucienne Delyle "Mon amant de Saint-Jean".

"Et, pareils à des cordes volantes, des sentiments dont ils ne soupçonnaient pas l'existence ont débordé de leur corps pour aller s'emmêler, faire des boucles, faire des noeuds, se nouer et se dénouer dans le coeur bouillant du feu de la Saint-Jean."

KATELL et  LE BIBLIOMANE l'ont lu, ainsi que bien d'autres.
ELFE également, et en plus elle nous offre une belle surprise.
Et merci à SYLIRE pour ce prêt et les photos de son Finistère.

Elle fait des galettes, c'est toute sa vie    Karine Fougeray    Editions Pocket

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dimanche 24 février 2008

Fantaisie pédopsy !

9782290004494Je ne sais pas ce qui m'a pris d'acheter ce livre.
J'achète rarement des poches dans les éditions "J'ai lu".
Je n'aime pas cette couverture.
Je donne peu dans le genre "paranormal".
J'ai trois kilomètres de pal qui m'attendent.

Une fois commencée la lecture, j'ai lu ce roman d'une traite.
C'est pas d'une écriture renversante, mais comme pour tous ces livres dont l'on sait bien que "ça ne se peut pas", si l'intrigue est bien menée et originale, et bien, on s'assoit sur ces invraisemblances et on tourne les pages sans s'arrêter, surtout si on est en vacances et qu'on peut lire jusqu'à trois du mat !
Evidemment, j'ai surtout apprécié les séances du petit héros chez son psy. C'est drôle et très juste.
L'auteur rend à merveille ce petit truc qui fait que les enfants prennent au pied de la lettre les propos des adultes,vous en livrent une interprétation parfois très fantaisiste, ou s'en font tout un film qui, la plupart du temps, n'a strictement rien à voir avec la réalité. Sauf que des fois...

"Maman m'a détesté avant de m'aimer à cause du premier accident. Celui de ma naissance. Ca s'est passé comme pour l'empereur Jules César. Ils enfoncent un couteau dans la dame jusqu'à ce que son ventre éclate et puis ils te sortent de là, tout hurlant et couvert de sang. Ils croyaient que je n'arriverais pas à sortir normalement."

Louis Drax, enfant précoce de neuf ans à l'imagination fertile, a une facheuse tendance aux accidents. Le jour de son anniversaire, lors d'un pique-nique avec ses parents, il tombe dans un ravin. Malgré la réanimation, force est de constater qu'il ne répond plus; il est déclaré mort. Mais quelques heures plus tard, il se réveille à la morgue, avant de sombrer dans le coma.
Une enquêtrice et un médecin vont se pencher sur son cas.
Des choses de plus en plus bizarres vont se produire...

Voilà, ça mange pas de pain de se laisser prendre par cette histoire abracadabrante, au rythme enlevé et qui se lit comme un polar.
Les critiques parlent de best-seller et un film est en préparation.

FLORINETTE l'a aussi lu.

La neuvième vie de Louis Drax     Liz Jensen     Editions J'ai lu

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jeudi 21 février 2008

Amers ricains...

9782226179739Six nouvelles écrites entre 1997 et 2002.
Et un contexte particulier, puisque nous sommes dans le nord de l'Afghanistan peu après le départ des Talibans, et dans les républiques d'Asie centrale récemment libérées du joug soviétique.

Nous suivons respectivement les tribulations de photographes de guerre plutôt mal en point, une scientifique venue au secours de la mer d'Aral, un couple de treackers, le fils d'un ambassadeur, des humanitaires tourmentés.
Premier point commun, tous ces personnages sont américains...
Voilà de quoi éclairer, déjà, l'angle sous lequel l'auteur va aborder la rencontre d'univers forcément aux antipodes les uns des autres.

J'ai été assez sensible à la première nouvelle "Défi à la mort", qui nous plonge dans le chaos politique afghan de l'après 11 septembre 2001 et dans la complexité des relations entre petits chefs de guerre et forces US agissant en sous-main des autorités officielles. Entre les deux, que pèse l'existence de civils et les codes habituels peuvent-ils encore régir les rapports humains ? Un récit réaliste et de beaux portraits.

Savoir-faire et négociations KGB-ONU à la sauce ouzbeke, dans "Aral". Désastre écologique et conséquences.
Crise conjugale lors d'un treacking dans les montagnes kazakhes, sous l'oeil imperturbable de Viktor, ancien combattant de la guerre soviétique en Afghanistan reconverti en guide touristique. Désenchantement et ironie !

"Sa critique de l'individualisme bourgeois ne l'avait pas préparé à de tels événements, de même que rien n'avait préparé les Américains à ce qu'un jour ils le paient pour veiller sur leurs loisirs."

"Le fils de l'amabassadeur" et "Dieu vit à St Pétersbourg" nous livrent une caricature d'expatriés, de milieux sociaux bien différents mais tout aussi désabusés les uns que les autres, imbus de leur supériorité, voire de leur impunité, et de leurs certitudes. Turpides sexuelles sur fond de désoeuvrement alcoolisé ou d'évangélisation !
Et dans quel état d'esprit revient-on au pays après plusieurs mois passés au Kirghizstan ? C'est ce à quoi ce confronte le héros de la dernière nouvelle "Les animaux de notre vie".

L'auteur, sans complaisance pour ses compatriotes, dresse un tableau plutôt désespéré de ces êtres en exil venus fuir on ne sait quoi. L'éloignement aidant et l'immersion dans un monde où les repères habituels n'ont plus cours, rien de mieux pour se révéler à soi-même.
Derrière la fiction, on sent le vécu. L'auteur est parti, à 23 ans, enseigner l'anglais dans ces territoires lointains. Il a été rapatrié au bout de huit mois, suite à des problèmes de santé et des désordres psychiques. Il participe ensuite à différentes missions des Peace Corps en Afghanistan et en Irak.
En filigramme, Tom Bissell pose la seule et unique question : qu'est-ce que les Etats-Unis sont venus foutre là, et de quel droit ?

"Parce qu'il était américain, Misterrr Timothy avait raison même quand il avait tort."

Dieu vit à Saint-Pétersbourg     Tom Bissell     Editions Albin Michel

 

 

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mardi 19 février 2008

Bas les masques !

9782221109625Dans la famille "Tout dans l'apparence", je voudrais... Personne !
C'est la première idée qui me vient en refermant ce livre.
En ce jour anniversaire du patriarche, on a droit à une belle brochette de personnages, puisque toute la tribu est réunie avec femmes et enfants, masques et colifichets Prada, complexes et vanités, rancoeurs et regrets.

Un ange trublion passe, Gabriel, très vieil ami de la famille, et dépose son cadeau enrubanné de mauvais augure.

On prend les mêmes moins un, le patriarche, et on recommence une semaine plus tard pour la grande comédie des funérailles. Les masques tombent, les complexes s'exposent, les vanités se ravalent, les rancoeurs se dévoilent mais les regrets restent.
Mais point de jeu de massacre, non, car chez ces gens-là on cause pas, on compte, et chacun de se confesser dans son coin, avare de partager ses émotions, de protéger ses vérités. C'est moins dangeureux de parler au mort, plutôt qu'aux vivants...

"Puis, gravissant le perron, traversant le hall, je suis entré dans le salon, comme quelques jours auparavant, où je les ai tous retrouvés, mais dans une configuration différente, comme une cellule dont les atomes auraient été mélangés, dans une répartition anarchique des plus et des moins, des noirs et des blancs.
Oui, c'est exactement cela que j'ai ressenti en les voyant, l'anarchie, le désordre, le renversement des valeurs, comme si l'unité et l'harmonie de ta famille avaient disparu en même temps que toi, parce que tu en étais le garant."

Un récit polyphonique, à huit voix, qui apportent chacune leur tour une pièce supplémentaire à ce puzzle double-face. Celui qui inaugure le jeu, en posant la première pierre, détient aussi le pouvoir de faire voler le tout en éclats en tirant prématurément sa révérence.
Bref, une famille pas très sympathique, mais à laquelle, grâce aux dernières pages, j'abandonne tout de même un peu de compassion, et tous mes respects au patriarche...
Roman de la maîtrise, il en va de même pour le style et l'écriture de l'auteur, masculine, concise et pragmatique, sans bavure.

Un grand merci à SOPHIE qui n'a pas craint de faire traverser les mers à ce livre, afin de me faire découvrir son auteur. Je lorgne déjà sur son précédent !
L'avis de TAMARA et de  FLO
Le blog du livre  ICI

De manière à connaître le jour et l'heure   Nicolas Cauchy   Editions R. Laffont

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samedi 16 février 2008

Diablement romanesque !

9782742769315Gabrielle Demachy, orpheline d'origine hongroise, est élevée par sa tante Agota dans le Paris du début du XXe siècle. A l'automne 1913, à l'aube de ses vingt ans, elle s'engage dans une course poursuite afin éclaircir la mort de son cousin bien-aimé, Endre Luckacz, disparu en Birmanie cinq ans plus tôt.

Grâce au mystérieux Terrieux, employé au ministère de la Guerre, elle se fait embaucher comme institutrice chez les Bertin-Galay, famille bourgeoise dirigée de main de maître par Mme Mathilde, l'héritière de l'usine de biscuits Bertin.
Mme Mathilde a quatre enfants, dont Pierre, médecin, qui a lui aussi voyagé et travaillé pour l'armée en Birmanie, et qui a vraisemblablement cotoyé Endre, le cousin de Gabrielle. Il est veuf et père d'une petite Millie; c'est pour s'occuper de cette enfant triste et sauvage que Gabrielle est engagée. Elle part vivre avec Millie dans la maison familiale du Mesnil, alors la campagne parisienne, où passe et se retrouve régulièrement toute la lignée Bertin-Galay.
Tout en dissimulant les véritables raisons qui l'animent, Gabrielle, qui ne manque ni de charme ni d'aplomb, va mener son enquête et traverser cette dernière année de paix avant la Grande Guerre.

Anne-Marie Garat entraîne le lecteur dans un véritable tourbillon romanesque. De la bourgeoisie au petit monde des gens de maison, de la réalité ouvrière à l'univers balbutiant du cinématographe en passant par les coulisses du journalisme, des intrigues militaires aux événements qui nous parlent à tous, nous croisons une multitude de personnages qui tentent de s'adapter, pour le pire et le meilleur, à ce monde qui bascule dans la modernité.

Dans la tradition des romans-feuilletons du XIXe siècle, l'auteur sait faire rebondir son récit avec brio, le tout servi par une écriture tour à tour réaliste et poétique, voire parfois lyrique.
Contrairement à ce que peut laisser penser la 4ème de couv, l'action se situe essentiellement dans le Paris grouillant et riche de son peuple à jamais disparu, ce qui participe grandement au charme de ce roman.
Mais vous aurez quand même droit à une escapade dans la magnifique Venise, avec en prime une belle histoire d'amour sur fond de rebellion anarchiste...

"Dans le miroitement fastueux des toilettes, l'agitation des grands chapeaux d'été bouillonnants de tulle et de mousseline, cette société de toute l'Europe qu'attiraient Venise et son art, ses plages, la saison, le plaisir des bains, constituait un étrange mélange de corps et de physionomies dont, sous leur richesse et leur beauté, le raffinement de leur vêture et de leurs moeurs, émanait une mélancolie factice d'exil, une paresse compassée qu'en la traversant Gabrielle sentit, comme on devine, dans le parterre des fleurs et la senteur mariée de leurs essences flottant dans l'air, celle dont l'unique parfum à la fois exalte et dénonce leur instable et fortuite harmonie, trahit quel poison délectable les unit toutes."

1288 pages qui m'ont charmée et ont réussi à me faire oublier ma propre difficulté à m'adapter à un autre nouveau monde...
En attendant la suite, je laisse le mot de la fin à l'auteur qui, dans ses remerciements, a cette jolie formule que je lui retourne pour m'avoir entraînée si loin de mon quotidien (bien que l'Histoire soit un éternel recommencement) :

"Merci à celle, dont le nom m'est perdu, qui, en tamponnant les fiches de prêt d'une bibliothèque de mon enfance, bobinette et chevillette, m'ouvrait la porte des fictions."

Les avis de GACHUCHA et de SOLE

Dans la main du diable    Anne-Marie Garat    Editions Actes Sud Babel   

 

10086020_German_Troops_Return_to_the_Front_Kissed_and_Waved_Goodbye_from_Their_Womenfolk_Affiches

 

 

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dimanche 3 février 2008

E piricoloso sporgersi

9782264036285...sur le passé !
Voilà ce que pourrait penser Gianni Orzan, qui quelques mois après la mort de son père, avec lequel il n'était pas en très bons termes, est contacté par un curieux personnage, Gianni Bogliasco, qui justement, souhaite lui parler du défunt.
Après un premier contact fort maladroit qui manque de le faire virer parano, Gianni va en apprendre des vertes et des pas mûres sur son paternel, qu'il croyait être un odieux réac, version social-démocrate à la sauce italienne qui fricote avec les fachos et les cathos.

Quelle n'est donc pas sa surprise d'apprendre que son père était en fait un agent du KGB et qu'il a passé toute sa vie à fréquenter des gens qu'il honnissait. Et de prendre conscience, par conséquent, que lui le fils communiste, n'a eu de cesse de s'affronter avec cet homme qu'il détestait pour ses opinions de droite. La pilule va être difficile à avaler !

"Et quand tu penses qu'ils mentent aussi entre eux, repart-il, que les enfants mentent à leurs parents, que les parents mentent à leurs enfants, et les frères entre eux, que mari et femme se mentent, tu comprends que le monde que tu penses connaître n'est qu'une illusion énorme, que croire à cette illusion n'est pas une question de bêtise mais de bon sens, la condition nécessaire pour que le monde, tout le monde, puisse continuer à..."

Mais comme un mensonge n'arrive jamais seul, se pourrait-il que d'autres pans de sa vie ne révèlent quelque tromperie supplémentaire ?
Ce qui est sûr, c'est qu'il est légitime de se poser la question.

La 4ème de couv annonce un livre qui déclenche des fous rires, dixit une certaine Martine Laval. Bon, je n'ai sans doute pas le même humour que Télérama ! car si j'ai beaucoup aimé cet imbroglio italien, et surtout le personnage haut en couleurs de Bogliasco, de là à se bidonner, y'a un pas que je ne franchirais pas.
Ce livre ravira les amoureux de l'Italie, vespa, pizza, cremolati et tutti cuanti.
Une balade romaine sympathique et plaisante, aux effluves de jasmin et d'origan; et pour les adeptes, un texte truffé de références cinématographiques.
La vie peut-être un drôle de cinéma !

La force du passé    Sandro Veronesi    Editions 10/18

vespa

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vendredi 1 février 2008

Histoire de ouf !

9782070339341L'autre jour chez le Serial Lecteur, je lisais cette phrase qui rassérénerait de nombreux héros de polars, flics ou malfrats : "La réalité n'est qu'une hallucination provoquée par le manque d'alcool" (O'Mulligan).
Le personnage du livre de Franz Bartelt, lui non plus, ne renierait pas la véracité de cette sentence et ne manquerait pas de lever sa canette à la santé de ce O'Mulligan.
Effectivement, tout dépend de quel point de vue on envisage un problème...

"Le vrai pervers, ce n'est pas l'assassin, c'est le juge qui ne peut se passer du travail de l'assassin. Voilà ce que je pense. Le juge, c'est un drogué. Il est sous dépendance. Si demain les assassins décrétaient la grève générale, la moitié des juges deviendraient neurasthénique et l'autre moitié découperait les rombières en morceaux."

Contraint et forcé à un sevrage sévère, lors d'une prise d'otage délirante orchestrée par l'inquiétant Jacques Cageot-Dinguet, notre bonhomme aura maille à partir avec les portes de la perception. A moins qu'il ne s'agisse d'un voyage organisé au centre d'un psychisme sérieusement perturbé...
Mais que ne ferait-on pas pour l'amour de sa belle, surtout quand celle-ci aime énormément le pognon !

"J'avais failli lui planter mon couteau dans le bide avant de savoir qu'il y avait douze César. Il avait bien fait de pointer un flingue dans ma direction. Sous la menace, le savoir rentre tout seul. Les mômes, je suis sûr que si on leur faisait étudier les tables de multiplication avec un trou de carabine contre la tempe, ils ne mettraient pas des heures avant de devenir des prodiges du calcul mental. La manière forte, la voilà la manière. Quelle leçon il me donnait, le con !"

Un drôle de huis-clos aux dialogues savoureux.
VAL  et  LE BIBLIOMANE , eux aussi, ont bien rigolé !

Le jardin du Bossu    Franz Bartelt    Editions Folio Policier

 

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mardi 29 janvier 2008

Cordes raides...

9782742769025Lorsque nous faisons connaissance avec le narrateur, Aldo est devenu un célèbre violoniste. Il partage la vie de Rose depuis vingt-cinq ans, femme plus âgée et luthière de son état.
Au matin d'un grand concert, il entre en possession d'un récit écrit par Anna, sa mère, quelques temps avant son suicide. Récit d'enfance puis de la vie qu'elle a menée, seule d'abord, puis sous la protection de Marguerite qui dirigeait la pension de famille du même nom où elle vécut et travailla.

C'est aussi là qu'elle rencontre il grande Cagliostro, ventriloque et artiste de cabaret, régulièrement de passage à Paris et dont elle aura un enfant, Aldo.
Avant de disparaître définitivement, cet homme transmet son art à Anna, et celle-ci aura l'idée géniale de faire appel à cette voix venue du ventre afin de continuer à faire exister ce père absent, cet homme follement aimé. Le temps passant, Aldo grandit entouré de l'affection et de l'attention de tous les pensionnaires. L'un d'eux, Monsieur Zoltan, vieil Hongrois en exil, initiera Aldo au violon.

"La perspective des applaudissements du soir calma son irritation. Ils allaient l'apaiser, il le savait. L'isoler, le protéger. Leur évocation le plongea dans le souvenir de la Pension Marguerite, lorsque tout le monde se disputait son affection. Il avait eu de la chance. Une enfance de petit roi. L'image lui parut à la fois juste et saugrenue. Il esquissa un sourire et secoua la tête dans un geste de dérision."


Au fil de la lecture des feuillets maternels, on suit les tourments du violoniste tout au long de cette journée qui se clôture par le concert. Entre reviviscence des souvenirs, répétition, lecture des critiques, interview, confession, appels au secours lancés à sa femme et pour finir, levée d'inhibition libérant enfin l'artiste du carcan technique dans lequel sa musique s'est enfermée, au détriment de l'émotion et de la sensibilité, eh bien on n'est pas fâché que la journée se termine !

Histoire de voix et de confusions identitaires, livre de la honte et de la culpabilité, il s'agit avant tout d'un récit bourré de clins d'oeil symboliques qui ravira les passionnés de psychanalyse.
Peut-être un peu trop réducteur et caricatural, il reste cependant une analyse juste du plus vieux fantasme du monde.
J'ai aimé ce livre sans plus. Point de dégoût, mais pas d'émotion non plus, ni de compassion.
Serais-je devenue insensible aux affres de la création et aux états d'âme narcissiques des artistes ?
A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'une petite indigestion passagère suite à un abus de substances dangeureuses pour le moral, la misère et la souffrance humaines...

Je ne sais pas ce que je vais lire ce soir !

L'avis de BELLESAHI

La Pension Marguerite    Metin Arditi    Editions Actes Sud  Babel

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