dimanche 30 septembre 2018

Tendre Septembre

music_instr_020J'ai toujours eu une tendresse particulière pour le mois de Septembre, sans doute une nostalgie de la rentrée des classes, la fin de l'effervescence estivale, les couleurs qui commencent à changer sous un soleil souvent encore généreux. Cependant, il faut bien se l'avouer, l'automne est là. Alors on pense à Vivaldi pour mettre un terme à ce mois italien du Défi littéraire de Madame lit. 

Pas d'images sur cette vidéo, alors fermez les yeux et laissez-vous porter par la voix de Philippe Jaroussky. Un pur moment de grâce...

 

  Bel automne à vous ! Et prochaine escale, la Grande-Bretagne.

 

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mardi 25 septembre 2018

Je t'aime moi non plus

product_9782070466122_195x320Voilà que j'ai enfin lu ce roman aux "dix millions de lecteurs" comme l'annonce le bandeau rouge de la présente édition ! L'avantage, c'est qu'il n'y a plus grand chose de neuf à en dire. J'avoue qu'au final cet engouement général m'a un peu surprise. L'histoire de ces deux gamines ne m'a pas d'emblée transportée. Cependant, je me suis laissée entraîner dans ce quartier populaire napolitain aux allures de village, sans déplaisir mais sans enthousiasme débordant non plus.

"Nous en discutâmes longuement. Nous avions douze ans et nous marchions sans fin dans les rues brûlantes du quartier, au milieu des mouches et de la poussière que les vieux camions soulevaient sur leur passage, comme deux petites vieilles qui font le point sur leur vie pleine de déceptions, en se serrant l'une contre l'autre."

L'amitié à géométrie variable des deux protagonistes est au centre du roman, avec en toile de fond la pauvreté et la violence ordinaire, machiste ou mafieuse, et l'émergence de la modernité. En ce début des années 60, la condition féminine n'est guère plus reluisante, soit promotion sociale via le mariage, soit les études au risque de se retrouver prise dans un conflit de loyauté vis à vis de son milieu. Après tergiversations, les deux héroïnes emprunteront chacune un chemin différent. Contre toute attente, la rebelle rentre apparemment dans le rang et la timorée va s'émanciper. 

Plaidoyer pour l'éducation, ce roman est agréable à lire. Certains aspects pourraient être transposés dans n'importe quel pays, de même que l'ambivalence des sentiments qui caractérise l'adolescence. Bref, je suis toujours à la recherche de la prodigiosité de cette amitié qui a fait couler tant d'encre. Pas sûre de lire la suite... sauf s'il y est question de chaussures italiennes, pour lesquelles j'avoue avoir un faible !

Dernière lecture italienne pour le Défi littéraire de Madame lit.

L'amie prodigieuse     Elena Ferrante (traduction Elsa Damien)     Editions Folio

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mercredi 19 septembre 2018

Bande de nazes

mengeleLa traque romancée d'un des médecins d'Auschwitz qui, à ma grande surprise, n'a débuté qu'en 1959. Naïvement, on aurait été en droit de croire que son nom figurait en bonne place sur les listes des criminels de guerre recherchés par les Alliés dès la fin du conflit. Que nenni, l'heure est à la reconstruction, les Américains s'engage dans la Guerre froide débutante, la RFA opte pour "la reconnaissance du droit à l'erreur politique, amnistie pour les victimes de la dénazification, cohésion nationale, amnésie générale...".

Arrivé en Amérique du sud en 1949, après avoir pourtant séjourné dans un camp de prisonniers américain, Josef Mengele va mener la belle vie avec ses petits copains grâce à la complicité de Perón, alors au mieux de sa forme, qui voyait le fascisme comme un bon compromis entre communisme et capitalisme..."Alors, en attendant que la guerre froide dégénère, Perón devient le grand chiffonnier. Il fouille les poubelles d’Europe, entreprend une gigantesque opération de recyclage : il gouvernera l’Histoire, avec les détritus de l’Histoire. Perón ouvre les portes de son pays à des milliers et des milliers de nazis, de fascistes et de collabos ; des soldats, des ingénieurs, des scientifiques, des techniciens et des médecins ; des criminels de guerre invités à doter l’Argentine de barrages, de missiles et de centrales nucléaires, à la transformer en superpuissance."

Mengele sera cependant repéré dès 1954 par un ancien combattant communiste autrichien, mais le mandat d'arrêt ne sera émis qu'en 1959, alors qu'en 56 il récupère, en toute légalité et sous sa véritable identité, un passeport ouest-allemand, revient en Allemagne après un petit séjour suisse, où il retrouve son fils Rolf pour faire du ski (on croit rêver), avant de regagner ses pénates sud-américaines. Le Mossad se lance alors sur sa trace, mais les Israéliens ont beaucoup d'autres chats à fouetter tout au long des années 60. Occasions manquées, complicités de différents dictateurs sud-américains, appuis familiaux et lenteurs administratives gangrenées allemandes, grosses aides financières à l'appui, Argentine, Paraguay, Brésil, Mengele passe la seconde moitié de sa vie à fuir mais s'en tire toujours, jusqu'à sa mort en 1979 sur une plage brésilienne.

Je me demande toujours comment vivre quand on est l'enfant d'un tel personnage. Rolf Mengele avait revu son père au Brésil en 1977. Le dialogue n'avait pas été franchement cordial. "Toi, mon fils unique, tu crois à toutes les saloperies qu'on écrit sur moi ! Tu n'es qu'un petit bourgeois, influencé par ton idiot de beau-père, tes études de droit et les médias, comme toute ta génération merdeuse. Cette histoire vous dépasse, alors foutez la paix à vos aînés, et respectez-les. Je n'ai rien fait de mal, Rolf, tu m'entends ?". Rolf exerce le métier d'avocat sous le nom de son épouse, il ne fut jamais condamné, tout comme le reste de la famille, pour délit d'assistance à criminel.

Un livre intelligent au ton vif et concis, extrêmement bien documenté, ne se complaisant pas dans le récit des atrocités commises par cet homme qui, comme beaucoup de ses semblables, a bénéficié d'un régime lui permettant de cultiver sa mégalomanie, pour finalement mourir en homme libre, mais enfermé dans sa paranoïa.  On ne va pas le plaindre..

Lu d'une traite, confondant mais passionnant !

Sylire l'a écouté et apprécié.

La disparition de Josef Mengele     Olivier Guez     Editions Le Livre de Poche

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mercredi 12 septembre 2018

Du café et des langues

CVT_Albergo-Italia_3572Changement radical pour ce second polar italien, exit le brouillard et les années 2000. Un bond en arrière de plus d'un siècle nous amène sous le climat torride de l'Erythrée en 1899. Depuis 1869 l'Italie ne cesse d'étendre sa présence dans l'ancien royaume de Saba, il faudra attendre 1941 pour que les Britanniques délogent les Italiens, qui s'en sont retournés chez eux avec le goût et le savoir faire du bon café (raccourci qui vaut ce qu'il vaut).

"Pendant ce temps, Manna avait jeté une poignée de grains verts dans une petite poêle de fer-blanc et les secouait sur le feu pour les faire griller. Une odeur amère et forte de café tout juste brûlé remplit la pièce (...) Manna versa les grains grillés dans un mortier de bois et Lettebrahàn les écrasa avec un pillon. L'odeur de café devint plus fine et plus intense (...) Puis arriva l'odeur du café que Manna avait fait bouillir sur le charbon dans une carafe allongée de terre cuite noire, et Caloprico oublia vraiment tout, affaire et Margherita, et aussi qu'il était un feringi, un t'liàn carabinier."

La méthode est un peu désuète, je vous l'accorde, tout comme ce polar qui ne brille pas par son intrigue mais dont tout le charme réside dans l'atmosphère étouffante où se mêlent, aux odeurs poisseuses et poussiéreuses des villes, les sonorités des langues et des dialectes divers. Autre charme, et non des moindres, la personnalité des personnages, notamment le très perspicace abyssin Ogbà, carabinier indigène et assistant du capitaine Caloprico, lequel se voit confier la mission d'élucider le vol d'un coffre fort dans un dépôt de munitions et la mort du discret Farandola lors de l'inauguration de l'hôtel Albergo Italia.

Une délicieuse brochette de suspects s'offre à ce duo d'enquêteurs, proche de Holmes et Watson, qui s'en vont à la recherche d'indices entre Massaoua, sur la mer Rouge, et Asmara la montagneuse à 2400 m d'altitude, offrant au lecteur une virée sympathique dans les paysages tour à tour riches ou arides, virée agrémentée d'un aperçu de la cohabitation qui s'instaura et dut composer pendant plus d'un demi-siècle.

" - Parce que ce pays ne me plaît pas. Pire, je ne le supporte pas. Il n'y a rien et il n'y aura jamais rien. Même les femmes ne me plaisent pas, et je vous jure que je suis un homme fait de chair et de sang. Si vous voulez mon avis, nous n'aurions jamais dû y venir, et après Adoua nous aurions mieux fait de l'abandonner et de rentrer chez nous. Nous l'avons déjà en Italie notre Afrique. Et puis, putain, ici, on n'arrive pas à respirer."

Un roman dépaysant, léger, coloré, parfumé, chantant, qui donne envie de découvrir le premier titre de ce triptyque sur le colonialisme qui débute avec "La huitième vibration" (qui relate la bataille d'Adoua en 1896 qui vit s'affronter les hommes du Négus et les troupes italiennes) et s'achève par "Le temps des hyènes".

"Il pensait qu'en effet, à Massaoua, on respire et à un certain point on s'habitue tellement à la chaleur que, s'il n'y en a pas, elle manque. Mais à Asmara, dès qu'il arrêtait de pleuvoir et que le soleil sortait, c'était comme si tout fleurissait à l'instant. Des couleurs brillantes au point de sembler artificielles. Si pleines. A Massaoua lumières blanches et ombres noires, ici au contraire ce sont les yeux qui brillent."

Keisha également vient de le lire.

Lu dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

Albergo Italia     Carlo Lucarelli  (traduction S. Quadruppani)    Editions Métaillié

 Un peu de propagande !

"Depuis qu'il était entré, Colaprico était resté le nez en l'air à admirer les stucs d'Angleo Polisco"

 

 Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 2017 pour son patrimoine architectural colonial et Art déco, ses rues à la propreté irréprochable, sans l'ombre d'un uniforme, et sa douceur de vivre grâce à son climat tempéré... Cependant, n'oublions pas que la ville, "la piccola Roma", est la capitale de "la petite Corée du nord africaine", un régime dictatorial à la liberté d'expression et de circulation inexistante, aux prisons souterraines ou à ciel ouvert et à la multitude de flics en civil, au service militaire à durée indéterminé apparenté à du travail forcé, au choix d'études et de métier impossible etc, etc... Alors, oui, Asmara est une jolie vitrine.

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La route entre Asmara et Massaoua (© Nicolas Germain)

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La vieille ville de Massaoua (© Charlotte Ficheux)

 

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mardi 4 septembre 2018

Un peu de Parmesan ?

9782757869581Si vous aimez les polars sanglants et trépidants, passez votre chemin. Celles et ceux qui ont déjà fait connaissance avec le commissaire Soneri dans le précédent roman, "Le fleuve des brumes", savent que ce n'est pas un agité. Il serait plutôt de la trempe d'un Adamsberg ou d'un Wallender, un être un peu rêveur et nostalgique, amateur de bonne cuisine et de cigares, à la réflexion éthérée qui lui permet cependant d'élucider des affaires criminelles qui ont la bonne idée de se dérouler en bord de Pô, dans la belle ville de Parme. Il n'aime rien tant que flâner dans ses ruelles, surtout la nuit, quand le brouillard, personnage quasi à part entière, permet de filocher en catimini tout en cogitant. 

"A cette heure, tout était privé de géométrie. La ville dans le brouillard, surtout. La ville sans aucune dimension certaine, au coeur sinué de ruelles, là où un voile d'eau déforme les distances comme un verre mal poli et les transforme en perspectives trompeuses. Là où les pas qui résonnent semblent attirés par un gouffre tout proche où le chemin s'enfonce. Où les hommes seuls se sentent encore plus seuls."

Et du brouillard, il y en a en cette semaine de Noël. La période s'annonce calme jusqu'à ce qu'on découvre la vieille Ghitta Tagliavini assassinée dans sa demeure, une ancienne pension pour étudiants devenue un lieu de rendez-vous pour des cinq à sept discrets. Car Ghitta avait de la ressource et le sens des affaires. Soneri connaît bien les lieux puisqu'il les a lui-même fréquentés dans sa jeunesse. C'est là que logeait celle qui allait devenir sa femme, épouse qui le resta peu de temps puisqu'elle mourut en donnant naissance à leur enfant mort-né.

"Puis, en proie à l'angoisse, il descendit l'escalier et une fois dehors, un flot de tristesse lui serra la gorge. Il regarda longtemps la rue : le brouillard épais élevait une muraille moelleuse tout autour. Et comme toujours, c'était ce qui représentait le mieux ce qu'il avait dans la tête."

Voilà donc Soneri se prenant le passé en pleine figure, obligé d'arpenter ce quartier de la vieille ville, où il n'a pas souvent remis les pieds, et de remonter le temps pour comprendre qui pouvait bien en vouloir à une vieille apparemment sans histoire. En repoussant la porte de la via Saffi, Soneri subodore qu'il va sans doute affronter des fantômes qu'il aurait préféré laisser dans un placard. D'autant plus que des ramifications politiques pointent le bout de leur nez entrant en résonance avec les difficultés du commissaire à s'accomoder des changements et des désillusions du XXIe siècle.

Un roman où on se glisse à pas feutrés. On baigne dans une atmosphère nébuleuse dans laquelle on se laisse porter comme en apesanteur. Les personnages vous prennent par la main et vous guident dans le vieux Parme au charme un peu désuet, comme si le brouillard déposait une couleur sépia sur la modernité pour mieux en atténuer ses travers.

"Après tout, la vie ne ressemblait-elle pas à un homicide ? Ne s'achevait-elle pas toujours avec un mort ? Ne tuait-elle pas le temps en le minant chaque jour de ses petits affronts jusqu'à l'effondrement ? Et puis le temps n'a pas besoin d'alibi, il est comme le bourreau, il accomplit son oeuvre. Ce sont leurs victimes qui doivent trouver une motivation capable de soutenir leur chemin quotidien."

Un auteur qui compte désormais dans la littérature policière italienne et un commissaire qu'on ne demande qu'à retrouver, laissez-vous interpeller !

Un roman pour ouvrir le Défi littéraire de Madame lit d'un Septembre italien.

La pension de la via Saffi     Valerio Varesi (traduction Florence Rigollet)      Editions Points

 

nebbia

Source ICI et un diaporama LA

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