indexJe poursuis ma découverte d'Almudena Grandes avec ce roman paru en 2002, avant Le Coeur glacé. Epoque, ambiance, intrigue, personnages totalement différents. Histoire d'un trio que rien ne prédisposait à se rencontrer, et pourtant...

"Mais les vies difficiles font des adultes difficiles, et la facilité est fluente, onctueuse, confortable, utile, et ne coûte presque rien, elle est souvent imprévisible et laisse dans la mémoire une empreinte profonde, durable."

Juan, médecin madrilène approchant la quarantaine, quitte la clinique réputée où il exerçait et vient s'installer dans un lotissement cossu d'une banlieue balnéaire du golfe de Cadix. Il est accompagné d'Alfonso, son frère cadet handicapé mental, et de Tamara, sa nièce de 11 ans, orpheline suite à la disparition de ses parents par accident. "Depuis qu'il avait admis qu'il ne lui appartenait pas de décider, Juan Olmedo ne s'était jamais attardé à planifier sa vie privée."

Sara, discrète retraitée madrilène, célibataire et quinquagénaire, est d'origine modeste. Mais dorénavant à l'aise financièrement, elle est arrivée depuis peu dans la région et occupe la maison qui fait face à celle de Juan. "Jusqu'à ce moment-là, elle avait vécu pour se venger. Désormais, il lui fallait apprendre à survivre aux conséquences de la vengeance."

Maribel est la femme de ménage de Sara, elle est gironde, nature, peu cultivée mais enjouée malgré une vie laborieuse. Elle élève seul Andrès, son fils de 11 ans qui sympathise vite avec Tamara. Maribel devient également l'employée de Juan. "Vous voyez, j'en sais, des choses, tout un tas... Mais si je vis avec tout ce que je sais, j'en crève, c'est là le problème, mon problème."

Du passé de chacun, au gré des "vents contraires" qui balaient la côte, émergent petit à petit blessures, mensonges et trahisons qui nourrissent ces trois solitudes. Telles des boules de billard, leurs trajectoires, lorsqu'elles se croisent, permettront aux protagonistes de se révéler dans des chamboulements peut-être salutaires.

Ce roman est encore un pavé de presque 900 pages, si je lui ai trouvé quelques longueurs, je n'ai pu pour autant le lâcher. J'ai retrouvé le talent de l'auteure à décortiquer les âmes, à fouiller les conséquences des choix et des petits arrangements avec la vie permettant aux personnages de poursuivre leur chemin. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire de vents, le Levant et le Ponant, qui perturbent les humeurs des humains (et des mouettes !) dont le souffle va modeler cette grande histoire d'amitié.

" ̶  Pour que vous vous fassiez une idée, dans les tribunaux de cette région, on admet le levant comme circonstance atténuante dans les procès pour coups et blessures, mauvais traitements, et même homicides. Et le pourcentage de malades mentaux sur le littoral de Cadix, plus particulièrement dans la zone du détroit, où les vents soufflent encore plus fort qu'ici, crève le plafond des statistiques nationales, exception faite de la Costa Brava, où souffle la tramontane (...)."

Je ne vous conseille pas de lire les critiques de Babelio, dans l'ensemble elles sont bonnes, mais certaines en dévoilent beaucoup trop. Et pour les réfractaires, sachez que la Guerre civile y est évoquée de façon parcellaire. Ce n'est pas non plus une gentille histoire à la Gavalda, la narration est parfois complexe, la chronologie capricieuse et les bons sentiments absents. C'est une lecture qui se mérite et dont on n'oublie pas facilement les personnages.

Seconde contribution au mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Vents contraires     Almudena Grandes (traduction G. Iaculli)   Editions Le Livre de Poche

 

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