mardi 30 janvier 2018

Un portefeuille bien garni !

51beeHah8RLQuelle bonne surprise de pouvoir à nouveau pousser la porte de l'atelier de reliure de Mathilde Berger ! Je ne savais pas qu'il y avait une suite à La relieuse du gué et j'ai replongé avec plaisir dans cette nouvelle aventure. Nous retrouvons Mathilde, toujours à Montlaudun, en Dordogne, entourée de ses sympathiques amis commerçants. Un jour, une femme étrange et hautaine, elle-même relieuse, la sollicite pour une collaboration. Astride Malinger est entrée en possession d'une pépite littéraire dénichée dans une brocante pour une bouchée de pain; elle propose à Mathilde de nettoyer le papier, tandis qu'elle-même se chargera de la reliure. Le personnage étant peu sympathique, Mathilde hésite. 

"- N'exagérons rien, soixante kilomètres entre deux relieurs, c'est la distance minimum requise. D'ailleurs mettons les choses au point tout de suite. Vous êtes "relieuse", c'est ainsi que vous vous présentez n'est-ce pas ? Moi je suis relieur-doreur. C'est mon titre. Une relieuse, mademoiselle, c'est une machine, comme une lieuse sert au fourrage."

Mais les réticences de la relieuse cèdent lorsqu'elle se retrouve face à un Premier Folio de Shakespeare. Elle s'installe pour une semaine chez Astride afin d'effectuer son travail. Commence alors une curieuse cohabitation, mêlée d'attirance et de répulsion pour cette belle femme au comportement lunatique voire paranoïaque, vivant seule avec ses chiens à l'écart des autres, entièrement centrée sur son métier, obnubilée par sa dernière acquisition et la valeur qu'elle représente.

Un désaccord éclate entre les deux femmes alors qu'Astride doit rémunérer Mathilde pour le travail accompli. Mathilde repart sans un sou mais avec, en compensation, un portefeuille rouge acquis en même temps que les écrits de Shakespeare et dont se désintéresse complètement Astride. Le portefeuille n'est pas vide et va entraîner la relieuse dans une merveilleuse aventure. Qui a écrit les feuillets contenus à l'intérieur? Quels liens ont-ils avec le Premier Folio ? Aidée de personnages secondaires bienveillants, Mathilde se lance dans cette quête avec naïveté et détermination, loin de se douter où la mènera sa découverte, ni qu'Astride Malinger n'est pas prête à sortir de sa vie. 

" Comme j'avais fait connaissance avec Shakespeare, je prenais congé, page après page, contrôlais mon travail, libérant le Premier Folio des dernières traces de taches et poussières. Sur mon cerveau, je gravais son image, dans mes mains, son volume, sur le bout de mes doigts, sa matière."

J'ai tourné, moi aussi, les pages de ce roman, avec tant l'avidité qu'en deux soirs l'affaire était pliée ! Ce fut une lecture douillette et distrayante, et ça m'a fait un bien fou de me laisser emporter par la plume romanesque de l'auteure. J'adore ces histoires de vieux papiers. En dehors de toute valeur marchande, et quelque soit le propos, je suis toujours émue de découvrir d'anciens écrits. Cela vous est-il déjà arrivé ?

 

Le portefeuille rouge      Anne Delaflotte Mehdevi     Editions Babel  Actes Sud  

 

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dimanche 28 janvier 2018

Magie blanche

main_vad_productLoin de moi l'idée de faire de la pub pour Le Figaro, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé, mais je dois reconnaître que ce numéro hors-série est une merveille. C'est aussi l'occasion de prolonger le Défi littéraire organisé par Madame lit, la lecture de Janvier concernait la Russie. N'ayant pas envie de quitter tout de suite cet immense pays, je n'ai pas su résister lorsque ce magazine a croisé ma route. 

Outre de magnifiques photos, les auteurs nous convient à des flâneries sur de biens beaux sentiers. D'abord du côté de l'histoire, de 1718 à 1991 avec neuf grandes dates marquant la ville. Puis plusieurs articles consacrés à Pierre le Grand et Pierre Ier, Elisabeth Ire et Catherine II, les Tsars Nicolas, les Romanov, Raspoutine, nous servent de guides pour des promenades architecturales somptueuses au fil des différents palais, multiples églises et musées. Et bien sûr, une balade littéraire s'imposait dans les pas de Pouchkine, Gogol, Dostoïevski et d'Anna Akhmatova.

Bref, que du bonheur et une furieuse envie de s'envoler là-bas même s'il n'y a pas de neige !

 "Véritable musée à ciel ouvert, la Venise du Nord n'a pas fini de fasciner. Ecrivains, peintres, cinéastes, joailliers, architectes : tous ont trouvé au bord de la Neva le climat rugueux et mélancolique qui sied tant à l'inspiration artistique."

 

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L'église de St Nicolas des Marins

 

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Notre-Dame de Kazan, St Sauveur sur le Sang Versé, La Trinité

 

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Le palais de Tsarskoïe Selo

 

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Le coq d'or, opéra de Rimski-Korsakov, illustation de H. Brüderlin

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Anna Akhmatova 1889-1966 (crédit photos AKG-IMAGES)

 Saint-Pétersbourg La magie blanche    Source et crédit photos Le Figaro

Hors série n°107  Décembre 2017.

 

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jeudi 25 janvier 2018

САМИЗДАТ-Samizdat

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C'est sur l'annonce de la mort de Staline que s'ouvre ce roman, nous sommes en Mars 1953. Cette année va non seulement débarrasser la planète d'un tyran sanguinaire mais également cimenter l'amitié de trois gamins qui se rencontrent à l'école primaire et ne se quitteront plus jusqu'à la chute de l'URSS. Un homme, Victor Iouliévitch, leur professeur de lettres, va leur transmettre son amour de la littérature en les entraînant dans des promenades littéraires à travers Moscou. Cet amour scellera leur destin.

"Soufflant dans sa petite flûte, il les emmenait hors d'une époque misérable et malade, les transportant dans un univers où fonctionnait la pensée, où vivaient la liberté, la musique et les arts de toutes sortes."

Ilya se passionne pour la photo, Sania pour la musique et Micha pour la poésie. Le vent de liberté du dégel khrouchtchévien retombe bien vite pour laisser la place aux vieilles habitudes paranoïaques. Devenus étudiants puis adultes, les trois amis, tout en poursuivant leurs activités professionnelles, s'engagent dans la défense des minorités, la diffusion de samizdat, dans ce qu'on appellera bientôt la dissidence.

"La plus haute reconnaissance, ce n'était pas le prix Nobel,  mais le bruissement de ces feuillets recopiés à la machine et à  la main, avec des fautes et des coquilles, presqu'illisibles : Tsvétaïeva, Akhmatova, Mandelstam, Pasternak, Soljénitsyne et, pour finir, Brodsky."

Des appartements communautaires aux datchas douillettes, nous suivons une multitude de personnages d'origines diverses, petit peuple, descendants de familles princières, dissidents en partance ou de retour des camps, candidats à l'exil, petits ou hauts fonctionnaires passant souvent d'un statut de privilégiés à celui de parias, rarement l'inverse.

"La vie soviétique a vraiment quelque chose d'étonnant à moins que ce soit russe, ça... On ne peut jamais savoir d'où viendra la trahison et d'où viendra l'aide. Les rôles peuvent être intervertis en un clin d'oeil. Pas vrai ? "   

Sous l'omniprésence du KGB, tout ce monde se côtoie, partageant souvenirs, combines, espoirs, convictions et désillusions dans une effervescence non dénuée d'humour et d'ironie. Et si leurs trajectoires éloignent parfois les trois amis, elles convergent toujours quand l'un a besoin des deux autres. 

"Le thé et la vodka coulaient à flots, les vapeurs des discussions politiques s'accumulaient dans les cuisines au point que l'humidité remontait le long des murs jusqu'aux micros cachés dans les plafonds."

"Vous avez une façon de vivre plutôt antisoviétique ! fit-il observer avec étonnement.  - Non, Boris, a-soviétique !  répondit Nicolaï Mikhaïlovitch en souriant."

En digne héritière de ses pairs, l'auteure nous offre une véritable fresque "à la Russe", un tourbillon de patronymes, surnoms et diminutifs, d'amours, d'amitiés, de trahisons, de revirements etc... Un patchwork tendre et tragique de petites histoires de vie dans la grande Histoire sans forcément de suite chronologique (ce qui est, au début, un peu déroutant). De beaux portraits d'hommes et de femmes, en lutte contre le pouvoir mais aussi contre eux-mêmes. Une chose est sûre, ils sont tous habités par un attachement viscéral à leur culture et à leur pays trop souvent malmené.

" (...) la mystérieuse âme slave, tendre et virile, irrationnelle et passionnée, agrémentée d'une note de folie sublime et d'une cruauté capable de tous les sacrifices."

En s'appuyant sur sa propre expérience et mêlant habilement réalité et fiction, Ludmila Oulitskaïa signe un authentique témoignage sur la dissidence mais surtout un bel hommage à toute une génération d'anonymes qui ont permis à d'autres de devenir des noms célèbres. Et puis, comme le dit si bien Victor Iouliévitch : " La littérature est la seule chose qui aide l'homme à survivre et à se réconcilier avec son temps ! "

Alors restons vivants et continuons à lire !

C'était ma participation à Un hiver en Russie et au Défi littéraire 2018  proposé par Madame lit

 

Le chapiteau vert   Ludmila  Oulitskaïa  (traduit du russe par S. Benech)  Éditions  Folio Gallimard

 

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mardi 23 janvier 2018

Déjà ?!!

Jonquilles

Entre deux averses et deux coups de vent, surprise hier au jardin

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Du jaune bien précoce pour égailler la grisaille et bien commencer la semaine !

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vendredi 19 janvier 2018

ARTSILAIRE !

20180115_201546copieIl existe un joli petit musée à Paris dans un lieu insolite, l'Hôpital Sainte-Anne (haut lieu de la psychiatrie pour les non parisiens). Ici, point de foule, ni de bousculade, ni de file d'attente interminable. C'est à l'entrée de l'hôpital, très facile à trouver, et c'est gratuit...

L'Hôpital Sainte-Anne a fêté ses 150 ans d'existence l'an dernier. A cette occasion, plusieurs expos sont organisées depuis Mai 2017. Celle que j'ai visitée la semaine dernière se tient jusqu'au 28 Février, elle s'intitule Elle était une fois ACTE-II et présente un fonds qui couvre les années 50; l'expo ACTE-I qui s'est tenue à l'automne dernier concernait les années 1858-1949, une prochaine aura lieu au printemps. 

J'ai été très émue de revenir à Sainte-Anne où j'ai étudié et travaillé pendant 10 ans. Je n'avais pas foulé les allées de l'hôpital depuis 1987 mais j'ai vite retrouvé mes marques, de nombreux bâtiments étant classés, ils sont toujours là, seuls les noms ont parfois changé. Il y a eu des changements, certes, mais ils concernent surtout ce qui se passe à l'intérieur des services...

Depuis quelques temps, ce qu'on appelle "l'Art Brut"  (que l'on nommait avant "l'art pathologique") est devenu la poule aux oeufs d'or de certains marchands d'art qui spéculent à tout va sur des oeuvres très souvent anonymes et dont les auteurs, de fait, ne voit jamais la couleur d'un euro. Le musée MAHHSA a eu l'excellente idée de récolter dans le monde entier des oeuvres de patients qui, au moins, sont à l'abri des rapaces cités plus haut ; certains sont cotés, voire devenus célèbres, la majorité sont restés anonymes. Les oeuvres de ces derniers sont particulièrement émouvantes. Une feuille de cahier, de l'encre, un peu de mercurochrome ou de teinture d'iode faisaient souvent l'affaire. Des pensées, compréhensibles ou pas, des représentations de leur réalité interne, l'expression de leur souffrance, de leurs délires ou tout simplement de leur quotidien, tout cela forme un bien beau témoignage du monde "artsilaire".

 

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Guillaume PUJOLLE   La loi des rebelles  1939  

 

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Caroline MACDONALD    Robespierre

 

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Amy  Wilde  juin 1948  

 

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A.P  BRAGANCA   1951

 

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Alexandre  NELIDOFF  Interné en 1947

 

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Un bien joli texte...

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Un autre plus angoissant !

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Certains plus récents s'affichent en extérieur

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La psychose, ça fait mal au schéma corporel....

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Mais ça n'empêche pas d'avoir parfois de l'humour !

©crédit photographique
Collection Sainte-Anne

 

Merci aux artistes, aux gardiens de fous puis aux infirmiers-ères psy, aux art-thérapeutes, aux psychiatres qui ont su protéger ces oeuvres, et à l'Hôpital Sainte-Anne où j'ai eu la chance d'avoir connu et pratiqué une psychiatrie que je ne reconnais plus au jour d'aujourd'hui, toute bardée qu'elle est de protocoles qui évitent de penser, une psychiatrie gestionnaire et sécuritaire où le soin s'oublie.

Et merci au MAHHSA d'exister, visitez leur site si vous voulez en savoir plus. 

Une autre exposition d'Art brut se tient à Paris à  La maison de Victor Hugo  jusqu'au 18 Mars. 

 

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lundi 15 janvier 2018

Paratac et vieux papiers !

sans-titreUne jolie couverture qui ne peut laisser indifférent, forcément !

Harry Steen, industriel canadien en transit, se réfugie dans une vieille librairie mexicaine afin d'échapper à une soudaine averse tropicale. C'est là que fortuitement il découvre un vieil opus relatant un mystérieux phénomène climatique s'étant déroulé en 1851 dans le ciel de Duncairn, petite bourgade écossaise où Harry a lui-même séjourné quelques mois dans sa jeunesse et où sa vie a pris un tournant décisif suite à une déconvenue amoureuse.

"Du sommet d'une colline à l'autre, nord, sud, est et ouest, le ciel de la localité était si noir et si lisse qu'il formait comme un miroir d'obsidienne au polissage parfait, reflétant toute la campagne au-dessous. (...) Ce nuage noir flottait si bas que certains des habitants possédant la vue la plus perçante  juraient même avoir réussi à discerner leur propre reflet, en miniature, qui les observait d'en haut."

Grâce à un conservateur en livres rares, un personnage improbable comme tant d'autres dans ce roman, nous voilà embarqués dans une quête littéraire originale. Parallèlement, cette trouvaille va mettre la mémoire de Harry a rude épreuve, l'obligeant à replonger dans son enfance à Tollgate, faubourg miteux de Glasgow, dont il s'échappe pour aller enseigner à Duncairn. Duncairn qu'il fuira à son tour pour s'embarquer sur de vieux rafiots qui le conduiront de l'Afrique de l'est à l'Amérique du sud, périples au cours desquels mille rencontres et aventures façonneront son destin jusqu'à son installation au Canada, son incursion au large des îles Fidji, dans l'étrange archipel d'Oluba et, pour finir, le retour dans son Ecosse natale grâce à ce mystérieux nuage d'obsidienne. La boucle est bouclée...

"Chez les Olubiennes, des jambes musclées sont considérées comme les attributs les plus désirables. Alors que je marchais sur la plage, lors de mes premières journées dans l'île, j'observai les insulaires de sexe masculin occupés à réparer leurs filets de pêche et les voiles tissées de leurs canoës à balancier. Mais le plus captivant, c'était de voir des femmes de tous âges effectuer de vigoureuses flexions des genoux et d'autres exercices de jambes. Répondant à mes questions, l'un des chefs olubiens m'expliqua que l'exercice correspondait au rite du paratac, un terme qui m'était alors inconnu."

J'ai retrouvé avec un vif plaisir l'imagination foisonnante de l'auteur que j'avais déjà appréciée dans L'épouse hollandaise. Erik McCormack est un amuseur, un conteur qui vous mène par le bout du nez dans des univers farfelus et réjouissants dont il est bien difficile de s'extraire pour retrouver un quotidien qui paraît soudain bien banal !

"Mais, pour moi, la pirogue restait le mode de déplacement le plus relaxant. Je m'allongeais sur le dos et me reposais pendant qu'on pagayait pour moi dans les eaux vaseuses des rivières de la jungle. Comme lors de mon précédent périple sur les routes d'Afrique, j'imaginais ces forêts primaires défilant de part et d'autre comme les rayonnages de certaines bibliothèques infinies, remplis de livres tous semblables d'aspect."

 

Le nuage d'obsidienne    Erik McCormack    (Traduit de l'anglais par J-F Hel Guedj )  

Editions Christian Bourgois

 

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mardi 9 janvier 2018

Benedictus

2164_1068131Lasse d'attendre une sortie poche qui ne vient pas - notez au passage que la patience est une de mes qualités, celui-ci datant de 2010 pour l'édition française - je me suis enfin décidée pour la version brochée au grand dam de ma bibliothèque, car le coin réservé à l'auteur n'accueillait, jusqu'à ce jour, que des poches et que ce grand, là, il me passe pas. Oui, j'ai des petites manies de lectrice qui ne s'expliquent pas, j'aime avoir les oeuvres de mes auteurs chouchous dans un même format, poche ou broché, mais pas les deux, c'est comme ça, na ! Donc, obligée de remanier mon rangement, de faire déménager à l'étage en dessous Jack Taylor qui, évidemment, s'entendait très bien avec Harry Hole, remarquez il est en bonne compagnie avec Adamsberg et Lisbeth Salander; remonter Sharko à côté de Martin Servaz, en espérant que Lucie Hennebelle ne viennent pas semer la zizanie entre ces deux-là; oui, mais alors, ceux du Département V, Morck et Assad, faut que je les case tout en haut, bonne idée, ça les changera de leur sous-sol miteux ! Mais Jack Caffery, s'entendra-t-il avec Erlendur et Wallender ?*  Rhaaa là là, c'est pas de tout repos une vie de lectrice maniaque !

Bon, il en valait quand même la peine ce petit remaniement car, trêve de plaisanterie, j'ai aaaaaadoré retrouver ce bon vieux Jack Taylor.

"Je redoutais cette nouvelle entrevue ; elle avait clairement exprimé qu'elle ne souhaitait pas me revoir, mais presque tous les gens que je connaissais m'avaient dit la même chose."

Rhoo, n'importe quoi, j'ai jamais dit ça, moi ! Il y a 4 ou 5 ans, je l'ai laissé sur ses "Chemins de croix", bien cabossé par la vie, certes, mais abstinent pendant 350 pages, un record, le nez vierge de toute trace de poudre, patché à la nicotine et prêt à s'envoler pour l'Amérique après avoir vendu son appartement à prix d'or grâce au Tigre Celtique qui vivotait encore. Et là,  qu'est-ce que je retrouve ? Le même ! Adieu l'Amérique, Ridge souffrante, il n'a pas eu le coeur à la laisser seule face à cette épreuve, faut dire qu'il n'a plus beaucoup de copains, Jack. Alors "J'étais resté. Chaque jour, je le regrettais. Regretter est, sinon ce que je fais de mieux, du moins de plus fréquent."

Bref, plus clean que jamais, traînant toujours sa patte folle dans sa ville de Galway, fausses dents étincelantes et prothèse auditive neuve, il est bourré aux as mais sa cinquantaine bien tassée végète dans un petit deux pièces en compagnie d'une dizaine de livres seulement, les autres ayant brûlé lors de sa dernière enquête.

"J'observais les foules de gens qui passaient, déconcerté : pas un seul accent de Galway ne me parvenait aux oreilles. Aux informations, ils avaient annoncé que nous étions la nation la plus riche après le Japon. Il y avait, au dernier recensement, près de quatre mille millionnaires dans le pays et, oui les pauvres s'appauvrissaient sérieusement."

Heureusement, une missive inopinée va venir le tirer de son ennui et le faire repartir au turbin, sauf que cette fois là, c'est lui qui est visé. Il est le cinquième et dernier sur la liste d'une certaine soeur Benedictus prise d'une furieuse envie de règlement de comptes. Et elle a l'air déterminée, Jack peut déjà barrer trois noms, son tour approche. Aidé d'une Ridge convalescente, d'un Stewart plus zen que jamais et, à distance, d'un père Malachy toujours aussi imbuvable mais grand fumeur devant l'Eternel, le voilà pressé de mettre la main sur cette dangereuse nonne psychopathe. Avant de s'envoler enfin pour l'Amérique ?

"Il [le père Malachy qui fulmine de ne plus pouvoir fumer dans les bars] se leva. - Je vais m'en tirer une.

N'importe quel Américain qui se serait trouvé à portée d'oreille aurait été stupéfait d'entendre pareille chose, même si, avec tous les scandales autour des ecclésiastiques, ce n'était pas certain.

- Vous oubliez une chose, lui dis-je. Il se retourna et je complétais : - Payer. Même les prêtres doivent payer maintenant. Vous avez profité de tout gratuitement bien assez longtemps."

Comme toujours chez Ken Bruen, l'intrigue est mince; elle n'est que prétexte à un plaidoyer antilibéral et anticlérical à l'encontre de son pays, doublé d'une savoureuse balade littéraire et musicale, le tout sur un ton caustique qui ne mâche pas ses mots. Il est conseillé de lire les enquêtes galères de Jack Taylor dans l'ordre pour suivre et apprécier au mieux son évolution.

CATHULU  et  DASOLA  aiment aussi !

 

 En ce sanctuaire   Ken Bruen  (traduit de l'anglais par P. Bontil)  Editions Gallimard  série noire

 

*Dans l'ordre: Ken Bruen, Jo Nesbo, Fred Vargas, Millénium, Franck Thilliez, Bernard Minier, Jussi Adler-Olsen, Mo Hayder, Arnaldur Indridason, Henning Mankell.

 

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Source www.Garavans.ie

 

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jeudi 4 janvier 2018

Caryl en Sibérie

norilsk4Caryl Férey aime voyager, rigoler, picoler, c'est bien connu.

Et même si ces trois activités sont plus agréables à pratiquer dans l'hémisphère sud où ses pas le mènent le plus souvent, il n'est pas sectaire. Quand on lui propose d'aller faire un petit tour au nord de la Sibérie, il n'hésite pas longtemps. L'exotisme polaire a aussi ses charmes, particulièrement la ville de Norilsk où il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir séjourner, autorisation du FSB oblige... D'ailleurs on se demande comment l'énergumène qui accompagne l'auteur, le bien nommé La Bête (qui lui a inspiré le personnage de Mc Cash dans " Plutôt crever" et " La jambe gauche de Joe Strummer"), une espèce de cyclope brut de décoffrage porté sur la bouteille et le pétard, a pu passer à  travers les mailles du filet des services secrets...

"Il faisait près de -20°C avec le soir, et le vent sur les hauteurs de la ville semblait d'accord pour nous casser la gueule."

Ben oui, on n'allait pas l'envoyer là-bas en plein été... On est en Avril, mais le printemps n'est pas encore au programme. Mais qu'importe, dans ce trou du cul du monde, un des plus pollués sur terre, là où se concentrent des richesses géologiques qui font le bonheur des oligarques et le malheur de la planète, il fait chaud dans les bars et dans les coeurs quand bière et vodka coulent à flots et que copinent français, mineurs, ingénieurs et descendants des Zeks qui ont construit ce petit paradis du temps du Goulag.

"J'entends des voix chagrines se lamenter devant ce triste constat : Ah ! Envoyer un écrivain  avec son débile de copain dans une ville interdite de Sibérie pour qu'il nous raconte ses soûlographies, bravo ! "

Certes, l'éditeur avait sans doute de l'argent à placer quelque part, et pourquoi pas là-bas, hein ? Certes, l'auteur n'avait pas besoin d'aller à Norilsk pour nous livrer les informations désastreuses, mais au demeurant passionnantes, qui sont issues de ses recherches sur internet, certes il nous manque des photos qu'était censé prendre La Bête, certes, certes...  Mais qu'est-ce qu'ils se sont amusés !  Et nous on n'aurait jamais su que tous ces gens merveilleux existent, fiers qu'ils sont de farfouiller dans les entrailles de la terre mais, surtout, fiers de ne pas être que ça.

" Regarde ! plaidait-il. On travaille tous à  la mine mais je suis photographe, Dasha est graphiste. Tu as bien vu : on est poètes, musiciens, dessinateurs, peintres, comédiens, ingénieurs du son, violonistes ! Il n'y a pas de marché ici pour qu'on en vive, Norilsk est trop loin de tout, l'art est un hobby, on n'a pas le choix, mais on le vit à fond, en le partageant avec les autres. C'est aussi et surtout ça, Norilsk... Je t'en prie, dis-le dans ton livre : dis-leur que notre ville mérite mieux que ça. "

Le message est passé.

Caryl Férey adore voyager, picoler, rigoler. Mais avant tout, il aime rencontrer les gens. Un livre drôlement émouvant qui se lit très vite, trop vite. C'est comme recevoir un  vieux copain à son retour de voyage et l'écouter raconter ses frasques autour d'une bonne bouteille.  Ne vous en privez pas, vous passerez une bonne soirée !

Un reportage en images  ICI

Le site de la photographe Elena Chernyshova   pour le plaisir des yeux.

J'ai extrait ces 4 photos de sa magnifique exposition qui est passée par Brest en 2015. La couverture du livre en est issue, ce qui n'est mentionné nulle part grrrr...

Days of Night/Nights of day  Ici

 

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Anna Vasilievna Bigus, déportée à 19 ans, 10 ans de goulag, n'est jamais repartie

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La plus grande avenue de Norilsk, 2,5 km, construite par les Zeks

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Un jardin à l'intérieur, forcément 

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 Atmosphère atmosphère...

 

Norilsk      Caryl  Férey      Editions Paulsen

 

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lundi 1 janvier 2018

Une livre de voeux !

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       Quoi de mieux que cette jolie boîte pour vous souhaiter

une merveilleuse année littéraire et tout et tout !!!

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