20180115_201546copieIl existe un joli petit musée à Paris dans un lieu insolite, l'Hôpital Sainte-Anne (haut lieu de la psychiatrie pour les non parisiens). Ici, point de foule, ni de bousculade, ni de file d'attente interminable. C'est à l'entrée de l'hôpital, très facile à trouver, et c'est gratuit...

L'Hôpital Sainte-Anne a fêté ses 150 ans d'existence l'an dernier. A cette occasion, plusieurs expos sont organisées depuis Mai 2017. Celle que j'ai visitée la semaine dernière se tient jusqu'au 28 Février, elle s'intitule Elle était une fois ACTE-II et présente un fonds qui couvre les années 50; l'expo ACTE-I qui s'est tenue à l'automne dernier concernait les années 1858-1949, une prochaine aura lieu au printemps. 

J'ai été très émue de revenir à Sainte-Anne où j'ai étudié et travaillé pendant 10 ans. Je n'avais pas foulé les allées de l'hôpital depuis 1987 mais j'ai vite retrouvé mes marques, de nombreux bâtiments étant classés, ils sont toujours là, seuls les noms ont parfois changé. Il y a eu des changements, certes, mais ils concernent surtout ce qui se passe à l'intérieur des services...

Depuis quelques temps, ce qu'on appelle "l'Art Brut"  (que l'on nommait avant "l'art pathologique") est devenu la poule aux oeufs d'or de certains marchands d'art qui spéculent à tout va sur des oeuvres très souvent anonymes et dont les auteurs, de fait, ne voit jamais la couleur d'un euro. Le musée MAHHSA a eu l'excellente idée de récolter dans le monde entier des oeuvres de patients qui, au moins, sont à l'abri des rapaces cités plus haut ; certains sont cotés, voire devenus célèbres, la majorité sont restés anonymes. Les oeuvres de ces derniers sont particulièrement émouvantes. Une feuille de cahier, de l'encre, un peu de mercurochrome ou de teinture d'iode faisaient souvent l'affaire. Des pensées, compréhensibles ou pas, des représentations de leur réalité interne, l'expression de leur souffrance, de leurs délires ou tout simplement de leur quotidien, tout cela forme un bien beau témoignage du monde "artsilaire".

 

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Guillaume PUJOLLE   La loi des rebelles  1939  

 

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Caroline MACDONALD    Robespierre

 

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Amy  Wilde  juin 1948  

 

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A.P  BRAGANCA   1951

 

portrait

Alexandre  NELIDOFF  Interné en 1947

 

cahier

Un bien joli texte...

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Un autre plus angoissant !

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Certains plus récents s'affichent en extérieur

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La psychose, ça fait mal au schéma corporel....

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Mais ça n'empêche pas d'avoir parfois de l'humour !

©crédit photographique
Collection Sainte-Anne

 

Merci aux artistes, aux gardiens de fous puis aux infirmiers-ères psy, aux art-thérapeutes, aux psychiatres qui ont su protéger ces oeuvres, et à l'Hôpital Sainte-Anne où j'ai eu la chance d'avoir connu et pratiqué une psychiatrie que je ne reconnais plus au jour d'aujourd'hui, toute bardée qu'elle est de protocoles qui évitent de penser, une psychiatrie gestionnaire et sécuritaire où le soin s'oublie.

Et merci au MAHHSA d'exister, visitez leur site si vous voulez en savoir plus. 

Une autre exposition d'Art brut se tient à Paris à  La maison de Victor Hugo  jusqu'au 18 Mars. 

 

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