sans-titreUne jolie couverture qui ne peut laisser indifférent, forcément !

Harry Steen, industriel canadien en transit, se réfugie dans une vieille librairie mexicaine afin d'échapper à une soudaine averse tropicale. C'est là que fortuitement il découvre un vieil opus relatant un mystérieux phénomène climatique s'étant déroulé en 1851 dans le ciel de Duncairn, petite bourgade écossaise où Harry a lui-même séjourné quelques mois dans sa jeunesse et où sa vie a pris un tournant décisif suite à une déconvenue amoureuse.

"Du sommet d'une colline à l'autre, nord, sud, est et ouest, le ciel de la localité était si noir et si lisse qu'il formait comme un miroir d'obsidienne au polissage parfait, reflétant toute la campagne au-dessous. (...) Ce nuage noir flottait si bas que certains des habitants possédant la vue la plus perçante  juraient même avoir réussi à discerner leur propre reflet, en miniature, qui les observait d'en haut."

Grâce à un conservateur en livres rares, un personnage improbable comme tant d'autres dans ce roman, nous voilà embarqués dans une quête littéraire originale. Parallèlement, cette trouvaille va mettre la mémoire de Harry a rude épreuve, l'obligeant à replonger dans son enfance à Tollgate, faubourg miteux de Glasgow, dont il s'échappe pour aller enseigner à Duncairn. Duncairn qu'il fuira à son tour pour s'embarquer sur de vieux rafiots qui le conduiront de l'Afrique de l'est à l'Amérique du sud, périples au cours desquels mille rencontres et aventures façonneront son destin jusqu'à son installation au Canada, son incursion au large des îles Fidji, dans l'étrange archipel d'Oluba et, pour finir, le retour dans son Ecosse natale grâce à ce mystérieux nuage d'obsidienne. La boucle est bouclée...

"Chez les Olubiennes, des jambes musclées sont considérées comme les attributs les plus désirables. Alors que je marchais sur la plage, lors de mes premières journées dans l'île, j'observai les insulaires de sexe masculin occupés à réparer leurs filets de pêche et les voiles tissées de leurs canoës à balancier. Mais le plus captivant, c'était de voir des femmes de tous âges effectuer de vigoureuses flexions des genoux et d'autres exercices de jambes. Répondant à mes questions, l'un des chefs olubiens m'expliqua que l'exercice correspondait au rite du paratac, un terme qui m'était alors inconnu."

J'ai retrouvé avec un vif plaisir l'imagination foisonnante de l'auteur que j'avais déjà appréciée dans L'épouse hollandaise. Erik McCormack est un amuseur, un conteur qui vous mène par le bout du nez dans des univers farfelus et réjouissants dont il est bien difficile de s'extraire pour retrouver un quotidien qui paraît soudain bien banal !

"Mais, pour moi, la pirogue restait le mode de déplacement le plus relaxant. Je m'allongeais sur le dos et me reposais pendant qu'on pagayait pour moi dans les eaux vaseuses des rivières de la jungle. Comme lors de mon précédent périple sur les routes d'Afrique, j'imaginais ces forêts primaires défilant de part et d'autre comme les rayonnages de certaines bibliothèques infinies, remplis de livres tous semblables d'aspect."

 

Le nuage d'obsidienne    Erik McCormack    (Traduit de l'anglais par J-F Hel Guedj )  

Editions Christian Bourgois

 

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