9782266219945En 1946, Staline amnistie et invite les Russes blancs, monarchistes ayant fui le bolchévisme, à rejoindre l'Union soviétique.
La famille Sandansky vit en France depuis les années vingt, notamment Vladimir et sa femme Alice. Installés sur la côte d'Azur en 1938, ils vivent à Vence avec leurs sept enfants tous nés en France. Marina est l'aînée, elle mène une existence sans histoire, son adolescence a été marquée par la guerre,  mais elle s'apprête à passer son bac et à poursuivre de brillantes études, quand son père cède aux sirènes de la propagande stalinienne, pensant rejoindre enfin la Crimée natale et s'installer dans la ville d'Odessa. Comme toutes les adolescentes, Marina est amoureuse et n'est guère enchantée par l'engouement paternel, mineure elle se plie cependant  à son autorité, abandonne Marc et monte dans un train de la gare de Nice le 10 Octobre 1947, persuadée qu'elle reviendra bientôt reprendre ses études et retrouver Marc qui lui a promis de l'attendre. Si le voyage commence bien, il tourne rapidement au cauchemar et leur apprend vite à perdre leurs rêflexes bourgeois. Et quant à l'arrivée et à l'installation au paradis du socialisme, n'en parlons même pas !

"La Russie n'existe plus, monsieur. vous emmenez vos enfants en URSS. Ce n'est pas le même pays."

Je vous passe le détail des multiples réjouissances que vont rencontrer la famille Sandansky. Pendant que la mère s'enfonce dans la dépression et que le père trime pour quelques kopecks, Marina s'occupe de ses nombreux  frères et soeurs, bravant le froid, la faim et les humiliations, elle prend vite conscience qu'elle n'est plus française et qu'un rideau de fer la sépare dorénavant de Marc. Elle deviendra une citoyenne soviétique contrainte et forcée sans jamais oublier d'où elle vient, ni celui qu'elle aimait.

Si le sujet prête au romanesque, j'avoue que j'ai trouvé le ton de ce récit un peu trop mélodramatique puisque principalement centré sur la narration de l'adolescente. Il n'en reste pas moins que cette page d'histoire est véridique et que le devenir de ces Retournants est tragique. Une grande majorité d'entre eux n'a pas supporté le retour et a succombé au triste sort que leur a réservé l'URSS en ruines de l'après-guerre, seule une petite minorité a réussi à s'adapter. Ce livre a le mérite de leur rendre hommage.

Je dédis ce billet à la mémoire d'une vieille aristocrate russe, cliente du magasin de mes parents dans les années 60, qui vivait dans une chambre de bonne dans notre rue. C'est elle qui m'a fait découvrir l'église orthodoxe de la rue Daru et m'a bercée des mots de Boris Pasternak, prix Nobel l'année de ma naissance et décédé le jour de mon anniversaire. Elle devait y voir un signe car elle m'aimait beaucoup et m'a fait cadeau d'une petite icône en bois que j'ai encore. J'ai toujours au fond de moi l'écho de son accent slave et de ses rrrrrrrrr.... Ma fascination pour ce pays viendrait-elle de là, ça se pourrait bien !  

Pain amer     Marie-Odile Ascher     Editions Pocket 

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(Du Kremlin Staline veille sur chacun. 1940)