mardi 8 mai 2012

Electron libre

9782841865932Pour fêter, littérairement parlant, la fin de sarkoland  rien de mieux que ce roman qui  m'a  accompagnée cette dernière semaine comme un doux présage.

Un homme se réveille un beau jour dans une maison isolée, sans mémoire, sans identité, sans papiers. Un seul élément de l'environnement résonne un peu en lui, un livre découvert dans l'abri de jardin à proximité d'un antique Chesterfield et d'une vieille Remington. Qui dit livre dit librairie... Quittant sa retraite et marchant au hasard, il découvre un pays qui ressemble plus à un cauchemar qu'à un paradis et où l'absurde le dispute à la bêtise.

"Rien à manger ni à boire à part dans les classes Excellium et Premium, ou si vous étiez en classe Medium mais aviez une carte de fidélité, ou en classe Medium et Basic avec une carte Masterflash, sauf si vous n'aviez pas payé vos billets sur le Réseau, mais à plein tarif, ou tarif orange, pas tarif vert ni jaune, sauf en Excellium. Si vous ou l'un des membres de votre famille travaillait dans les chemins de fer, les sandwiches étaient offerts."

Les librairies étant le berceau de tous les possibles, commence alors l'errance de cet électron libre, une errance des plus déconcertantes... De Centrale Park où, envoyé par Emplois Solutions, il trime  avec la plus basse frange de la société, en passant par le plateau d'un jeu télévisé pour finir à Nantown en pleine révolte, une zone franche regroupant tous les centres d'assistance téléphonique, notre bonhomme n'en finit pas d'échapper à la mort et de s'évader grâce à de mystérieuses interventions musclées d'un ange-gardien surentraîné. Au gré de ses multiples identités de hasard et de la sagesse qui se dégage de son personnage, il ne tarde pas à devenir populaire. Au point qu'un ponte du CAC 80 lui lègue toutes les parts de sa multinationale, Trust Me, avant de se suicider. Et la Révolution est en marche...

"Chez Trust Me, on le surnommait Pourquoi, question dont il inondait en permanence ses collaborateurs. Il ne voulait rien qu'on fît sans se demander pourquoi, sans relâche, jusqu'à atteindre l'irréfragable*.

* Par exemple : sortons un nouveau produit / pourquoi / pour concurrencer Love U sur ce secteur / pourquoi / pour rester n°1 / pourquoi / pour faire des bénéfices / pourquoi / pour garder la confiances des marchés / pourquoi / pour ne pas que l'action baisse / pourquoi / parce que les actionnaires ne seront pas contents/ et alors ? "

Ce Candide saura-t-il découvrir enfin qui il est ? Parviendra-t-il à remettre un peu de bon sens dans le monde sans queue ni tête qu'est devenu la société ?  

A vous de le découvrir en plongeant dans l'univers impitoyable du profit, du vedettariat et de la communication. Satire sociale vitriolée, endiablée, l'auteur s'en donne à coeur joie dans une peinture décapante de notre futur voire, déjà, de notre présent. Vous aurez juste le temps de reprendre votre souffle lors de pauses dictionnaire indispensables afin de découvrir un tas de mots oubliés ou inusités et qui refleurissent ici pour notre plus grand plaisir. Voilà un roman d'une drôlerie et d'une inventivité rafraîchissantes qui fusent comme autant de SOS vers ces temps de renouveau (?)...

Entre la fable futuriste du Julien des fauves de Michel Lancelot et la burlesque Machine à jouir de Michel Steiner, gouleyant !

L'avis d' Aifelle.
Merci  à Keisha chez qui j'ai répéré le bouquin.   

Autogenèse     Erwan Larher     Editions Michalon

ypers30 

Posté par Moustafette à 08:25 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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