samedi 28 avril 2012

Terra nullius

9782864248521Très jeune déjà, Daniel Rooke préfère la compagnie des chiffres et des astres à celle de ses semblables.
Plutôt doué, il décide de devenir astronome. Hélas, le royaume de sa Majesté n'ayant pas de poste à lui proposer, il entre dans les Marine Forces et, jusqu'en 1781, s'en ira guerroyer outre-atlantique sur le Resolution où il se lie d'amitié avec le jeune, l'avenant et ambitieux Talbot Silk aussi à l'aise avec les mots que Rooke l'est avec les chiffres.
De retour en Angleterre, le voilà en 1786 en partance pour la Nouvelle-Galles du Sud sur un bateau convoyeur de prisonniers anglais. Rooke, recommandé par l'Astronome royal,  est chargé d'observer l'éventuel retour d'une comète uniquement visible dans l'hémisphère sud . Silk, devenu entre temps capitaine-lieutenant, fait aussi parti du voyage.

"Comme un organe étranglé par un garrot, Rooke avait l'impression d'avoir été comprimé par toutes ces années de scolarité et de vie en mer. A présent, il pouvait enfin se dilater et combler l'espace qui lui convenait, quel qu'il fût. Dans ce lieu, avec ses pensées comme seule compagnie, il deviendrait la personne qu'il était vraiment, ni plus ni moins.
Lui-même. C'était un territoire aussi inexploré que celui où il se trouvait."

Effectivement, retranché dans son observatoire, une hutte sommaire à l'écart du reste des soldats et des prisonniers, Rooke a enfin trouvé sa place. Si la population locale, "les naturels" comme les nomment les Anglais, se montre dans un premier temps distante et observatrice, elle se voit bientôt contrainte d'entrer en contact avec les sujets de sa Majesté. De son côté, Rooke ne tarde pas à attiser la curiosité d'un groupe de femmes et d'enfants avec lesquels il entreprend de communiquer malgré la barrière de la langue. Fascination mutuelle, étrange étranger l'un pour l'autre, Rooke et une fillette nommée Tagaran se nouent d'amitié, chacun partant explorer le monde et le langage de l'autre.

"Le voyage de découverte dans lequel il venait de se lancer était d'une importance comparable, un voyage qui ne se contentait pas d'explorer la langue d'une race jusque-là inconnue, mais qui allait à l'intérieur du cosmos qu'ils habitaient : l'organisation de leur société, les dieux qu'ils vénéraient, leurs pensées et espoirs, leurs craintes et passions."

Transporté par l'enthousiasme de ces échanges, Rooke en oublierait presqu'il porte un uniforme, jusqu'au jour où un événement lui rappelle qu'un soldat se doit d'obéir aveuglément aux ordres.

 Que voilà un roman original ! Comme on voudrait qu'il dure encore un peu ! J'ai même été jusqu'à imaginer une suite, hautement improbable, où fusionneraient Daniel Rooke et Narcisse Pelletier (croisé ICI) !  Et avec quel talent son auteur nous dépeint l'évolution de ce petit lieutenant devenu grand ! Lui, le timide et le maladroit qui ne trouve pas les mots, le solitaire enfermé dans sa tour d'ivoire pour mieux se protéger de l'ombre de ses pairs, lui qui jusqu'alors se suffisait à lui-même, le voilà soudain pris d'un frénétique désir des autres, ces autres si semblables et si différents à la fois, le voilà heureux de constater que toutes les faiblesses qui l'éloignaient des ses congénères deviennent une force irrésistible qui le pousse enfin vers autrui. Et si, sous l'influence de son ami Silk, la fugace tentation de tirer gloriole d'être le premier déchiffreur d'une langue inconnue l'effleure un instant, il comprendra rapidement que la finalité de cette entreprise est ailleurs, bien au-delà des mots.

Mêlant adroitement fiction et réalité, l'auteur  nous offre un bien beau dépaysement littéraire et une habile réflexion romanesque autour des notions d'identité, d'altérité et d'intégrité, le tout servi dans une langue non dénuée de poésie. Une simple mais attachante histoire, celle d'une naissance d'un homme à lui-même ! A savourer, vraiment.

"Il n'y avait pas de débat possible avec les étoiles. Elles n'avaient que faire de la logique. Elles étaient merveilleusement indifférentes au dilemme du lieutenant Daniel Rooke, cette poussière de conscience. Sous la lumière éternelle des cieux, son scintillement de vie n'était pas plus important que les étincelles qui s'échappaient du feu."

L'avis de  Keisha 

 Le Lieutenant     Kate Grenville     Editions Métailié

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mercredi 25 avril 2012

Dimanche 29 à l'Autre rive

maspero

Toute une journée en compagnie de François Maspero
c'est ce que nous offre le café-librairie L'Autre rive
ce dimanche 29 Avril près de Huelgoat.
Plus de détails  ICI
On en a de la chance !!!

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mardi 24 avril 2012

Un p'tit Pouy en passant

9782353060450Depuis bientôt cinq ans, Maxime se la coule douce dans la Creuse.
A presque cinquante ans, il a devancé l'âge de la retraite, un peu contraint et forcé il est vrai au regard de son dernier emploi, genre chef d'un groupuscule terroriste, le collectif Van Gogh. Entre culture de son potager, apéros et lecture de L'Eveil creusois, il ne demande rien à personne. Jusqu'au jour où une flopée de CRS et flicaille en tout genre investisse sa bicoque qui, du jour au lendemain, se retrouve "en zone sensible" sous prétexte que ses braves voisins, le couple Kowa, sont les parents du nouveau ministre de l'Intérieur.

"De nos jours, il vaut mieux passer pour un Creusois qu'un Polack, le chabichou est plus rassurant que le bortsch. Ce type était apparemment un requin aux dents longues et à l'haleine de hyène. Grimpette accélérée dans les sphères du pouvoir. Populiste à cran, extrêmiste droitier parfois, chrétien de gauche de temps en temps. Réactionnaire se faisant toujours passer pour progressiste."

Terminée la vie du terroir, Maxime va devoir retrouver ses vieux réflexes de clandestin pour espérer un jour continuer à cultiver ses salades et son cannabis en plein soleil en compagnie de son meilleur ami, le poète Raymond Queneau. La cavale commence à La Souterraine et se poursuit sur 175 pages, descendues cul sec et le sourire aux lèvres, aux quatre coins de la France jusqu'au sommet du Stromboli. Les ficelles sont parfois un peu grosses mais il faut bien ça pour croquer les RG et les sombres coulisses de notre chère République. Le tout dans un langage fleuri et parfumé... un régal !

"Le 4 septembre, au Voltigeur, Yvonne Berthier avait droit à un chèvre d'exception. Sans doute un Banon.
Armand avait fait très fort. Depuis qu'il avait déposé le fromage sur la table, c'était comme si un militaire venait de se déchausser dans les parages."

Du Pouy, quoi ! Parfait pour égayer un week-end électoral.
Toute ressemblance blablabla...

Samedi 14     Jean-Bernard Pouy     Editions La Branche

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samedi 21 avril 2012

Philosophons à Venise...

9782081247475Arthur Schopenhauer quitte Leipzig en 1818 fâché contre son éditeur qui retarde encore la parution de son traité de philosophie. En voiture postale, il prend la route de Venise avec dans sa poche une lettre de Goethe qui l'introduira dans le cercle du poète Lord Byron, lui-même installé dans la Sérénissime alors sous le joug de l'empire autrichien.
Il rencontre sur sa route le fantasque Fidelis von Morgenrot avec lequel il se lie d'amitié. Celui-ci s'en revient d'Orient avec un goût prononcé pour l'opium, les brahmanes et les Upanishads. Or, Schopenhauer a lui aussi était fortement impressionné par la lecture de ces textes sacrés au point qu'il s'en est inspiré pour asseoir certaines de ses théories philosophiques.

"Fidelis fabulait déjà de nouveau : Les yeux s'ouvrirent : des yeux bondit un regard, et du regard naquit le soleil ; et il le répéta plusieurs fois.
Mais oui, ce sont bien mes paroles, jubila Schopenhauer, vous ne connaissez ni un soleil ni une terre, vous connaissez seulement un oeil qui voit un soleil, et une main qui touche une terre. Tout ceci est seulement votre représentation. Rien que de la représentation. Tout est représentation ! "

Lorsque le mot "brahmanes" tombe dans les oreilles des espions du gendarme de l'Europe, l'influent Metternich, Schopenhauer est dès lors dans l'oeil de mire des Autrichiens, ne fréquenterait-il pas des proches des Carbineri locaux, ces mystérieux agitateurs politiques. De là à penser que les brahmanes pourraient mettre en danger le pouvoir autrichien en Italie, il n'y a qu'un pas ! Schopenhauer devient persona non grata mais ne s'inquiète pas pour si peu, il est tombé amoureux de la belle Teresa, souffleuse de verre sur l'île de Murano, et fréquente le peuple des canaux, dont le célèbre gondolier de Lord Byron, Tita, qui lui apprendra à manoeuvrer les gondoles.

Si comme moi vous préférez la philosophie lorsqu'elle est romancée plutôt qu'enfermée dans l'austérité des manuels, peut-être aimerez-vous ce livre léger et drôle qui m'a permis de faire connaissance avec ceux qui n'étaient jusque là que des noms, Schopenhauer et Lord Byron. Les chapitres alternent les rencontres dans une Venise hivernale et pittoresque de ce début de XIXe siècle, mais nous entraînent aussi à Weimar où vivent la mère et la soeur de Schopenhauer avec lesquelles il entretient des relations compliquées.Voilà un tableau plus ou moins fidèle à la réalité mais qui s'appuie néanmoins sur des faits authentiques. A partir d'expériences et d'anecdotes dont Schopenhauer est l'acteur ou le témoin l'auteur jette des ponts vers la pensée originale de ce philosophe. De caractère plutôt bougon et virulent en son temps, la reconnaissance de son oeuvre et la valeur des ses théories ne vinrent qu'après sa mort mais influencèrent nombre d'auteurs, notamment Hermann Hesse. J'ai refermé le roman un petit peu moins inculte...

"Le matin, il allait souvent à la Fondamenta Nuova pour contempler le gris et voir comment la lagune, le brouillard et les nuages se disputaient pour lui donner sa meilleure expression : les nuages lui conféraient la forme, l'eau de l'éclat, le brouillard de la profondeur. Quand alors des bateaux, collier de perles noires, passaient sur San Michele derrière une gondole funèbre, tandis que retentissait toujours faiblement la clochette des morts, plus d'un sans doute aurait sombré dans la tristesse, au moins dans la mélancolie. Or, Schopenhauer goûtait ce monde indécis et sans ombres ; on était bien pour penser, en lui, et sur lui, et sa peinture en grisaille disait l'absence de tous extrêmes et le règne de l'équilibre."    

Le Monde est dans la tête      Christoph Poschenrieder     Editions Flammarion


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mercredi 18 avril 2012

Un pavé

9782246739715En 1982, Brejnev vient de s'éteindre à Moscou,  Iouri Andropov lui succède et la RDA ne sait pas encore qu'elle entame la dernière ligne droite qui la verra bientôt foncer droit dans le Mur. Mais en attendant, non loin de la frontière tchécoslovaque, à Dresde vivent quelques habitants que l'on pourrait qualifier de privilégiés, puisque certains ont des postes respectables et fréquentent à l'occasion "la Rome orientale", comme on appelle cet îlot suspendu au bout d'un pont bien gardé, et qui abrite la nomenklatura locale.

"Aux mâts qui se dressaient à droite du point de contrôle, les drapeaux battaient mollement : le rouge, avec le marteau et la faucille, le noir-rouge-or avec le marteau, le compas et la couronne d'épis, le bleu avec le soleil qui se levait en son centre, un blanc avec les portraits stylisés de Marx, Engels et Lénine. Les sentinelles postées à côté des mâts regardaient fixement, droit devant, en présentant leur kalachnikov. Ces visages semblaient parfaitement impassibles et pourtant, il le savait, ils observaient le moindre de ses mouvements. Il sentit aussi le regard du capitaine derrière le miroir sans tain du poste de contrôle, celui qui donnait sur la place."

C'est le cas de Meno Rhode, correcteur pour les Editions de Dresde, de son beau-frère Richard Hoffman, médecin-chef et chirurgien réputé, d'Anne, son épouse et de leur deux enfants, dont Christian leur fils aîné. Si le roman tourne autour de ses quatre personnages principaux, l'auteur nous offre aussi un foisonnement de portraits divers et variés qui composent ce microcosme  étonnant auquel se mêle la classe laborieuse. Car nous sommes dans "la bourgeoisie" d'un quartier résidentiel dont la Tour est le centre à partir duquel rayonnent la Maison des Mille Yeux, la Maison Etoile du soir, la Maison aux Dauphins, la Maison Italienne, la Maison aux Glycines, la Caravelle. Mais ne vous y trompez pas, ces noms poétiques ne sont pas la garantie d'un confort grand luxe ni d'une vie facile et insouciante tout bourgois que l'on est au paradis socialiste. Car si les protagonistes jouissent de quelques facilités, ils doivent se plier comme tout un chacun à la bureaucratie ubuesque du pays.

"Dans le bureau DH - Dossiers Habitation -, traits obliques chiffre romain deux, Richard apprit que le chargé de dossier de l'Accueil central s'était trompé et que le bureau des demandes de chauffe-eau communaux se trouvait au onzième étage, couloir G, bureau AML - Administration municipale du Logement -, porte cinq en chiffre arabe. (...) En montant, en descendant, il croisa des connaissances, salua ici Mme Teerwagen, là Mme Stahl, de la maison des Mille Yeux, papota brièvement avec Clarens.
- Alors, pas en service non plus Hans ?
Clarens haussa les épaules, signe d'une impuissance silencieuse.
- Qu'est-ce que tu viens faire là ? cria-t-il d'un escalier à l'autre.
- Chauffe-eau, expertise, je rends service, dit Richard en brandissant le violon. Et toi ?
- Bureau d'autorisation des véhicules, augmentation du contingent de charbon, bureau des enterrements !
- Qui donc est mort ? fit Richard d'une voix forte.
Le psychiatre fit un signe de dénégation :
- Eh bien disons : l'espoir, mon cher, l'espoir !" 

 S'ils osent se livrer sur le ton de la plaisanterie ou de la confidence à quelques critiques, la question centrale et omniprésente est "Qui en est ?" (de la Stasi, évidemment), et le procédé est à la fois simple et pervers pour vous en faire "y être" et devenir "un de Ceux-là"... Et quand il s'avère que Richard mène une double vie et que son fils Christian fait des siennes lors de sa préparation militaire qui doit lui ouvrir les portes de l'université, la belle façade de respectabilité n'est pas loin de se fissurer.

Voilà un livre impossible à résumer davantage, car il s'agit d'une immersion à haute valeur littéraire dans plusieurs univers, sociologique, politique et culturel. Les critiques évoquent un talent égal à celui de Thomas Mann dans Les Buddenbrook. Personnellement, ce livre représente pour moi l'idée que je me fais d'un prix Nobel, ce que je lis rarement. Le sujet est ambitieux, l'écriture riche et dense (bien trop, n'hésitons pas à le dire), les personnages et références nombreux (pour qui n'est pas familiarisé avec l'Allemagne des notes de bas de page auraient souvent été les bienvenues) et c'est un roman presqu'aussi long que l'Elbe, 965 pages dans lesquelles je me suis parfois égarée mais pour mieux y revenir !

" Lorsque les noms de Hongrie et Budapest prirent la couleur de la conjuration et de la liberté, Anne et Judith Schevola se chargèrent des tirages ; au lieu des brochures du parti, Judith Schevola reprographiait désormais des textes dissidents. Richard observait Anne et vit que leur appartement était devenu en peu de temps une sorte de repères de conjurés. Des cartons à chaussures pleins de textes ronéotypés s'empilaient dans les chambres ; elles étaient emportées par des types qui ne prononçaient qu'un mot de passe ; une fois, ce fut André Tischer, avec une ambulance. Des livres étranges entrèrent dans la maison, des gens tout aussi étranges firent leur apparition, on les logeait, ils ne tardaient pas à lever les bras bien haut pour parler avec exaltation de je ne sais quel modèle de société (...)"

 Il n'en reste pas moins que c'est un superbe témoignage sur la fin d'un monde et d'une époque, mais c'est un livre qui se mérite. Si l'Union des Travailleurs de l'Esprit existait encore, Uwe Tellkamp aurait eu une médaille, sans doute aucun il a atteint ici la norme !

L'avis de CLARA

La Tour     Uwe Tellkamp     Editions Grasset

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(Vue de Dresde Wikipedia)

 

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samedi 14 avril 2012

Pâque et littérature

12035231_pEn Grèce, La Pâque orthodoxe est la fête la plus importante. Toute la Semaine Sainte les cérémonies religieuses se succèdent selon des rituels bien établis, pour se terminer en apothéose par une grande procession très kitch qui commence à minuit, dès que les cloches annoncent la résurrection du célèbre personnage grâce auquel nous avons droit à un jour férié ! Les rues de toutes les villes et de tous les villages sont illuminées par des milliers de petits cierges jaunes que tiennent les habitants qui suivent le pope, les icônes, les encensoirs, et l'épitaphe que l'on promène dans les rues en spalmodiant. Tout brille et ça sent bon l'encens ! Pétards et feu d'artifice clôturent la fête. Et en rentrant à la maison, on n'oublie pas de faire une petite croix sur la porte, avec la suie des cierges.

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Mais avant les réjouissances, dans les îles on assiste encore au grand nettoyage des maisons. Les hommes repassent les murs extérieurs à la chaux, peignent de différentes couleurs les pierres des rues, et les femmes s'agitent aux fourneaux. Chez elles, elles préparent les incontournables oeufs peints en rouge, symboles de chance, ainsi que les très bonnes brioches aux épices, les tsourekia. Et le dimanche matin, on peut les voir apporter de grands plats de râgout et de boulettes aux haricots et aux fèves, qu'elles viennent faire cuire dans le four du boulanger du village.

12048023_pOn offre aux enfants les lambada, ce sont des cierges de couleurs décorés et auxquels sont accrochés des petits jouets. Jadis, la coutume voulait qu'on leur offre une paire de chaussures ou un vêtement neufs.

 

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Et les hommes, me direz-vous ? Et bien ce même dimanche matin, ils sont en plein boulot, car c'est à eux que revient le dur labeur de faire cuire le mouton. Comme cela prend du temps, ça commence très tôt. Et comme cela donne chaud, ça donne aussi très soif...

On se met à table vers 15 heures, et avec tout ce qu'il y a à manger, ça se termine vers 18 heures; mais comme déja s'approche l'heure de l'apéro, autant y rester et continuer à chanter et à boire !

Inutile de vous dire, le temps s'arrête ce jour là. Pas question pour les touristes de visiter le moindre musée. Heureusement il reste la plage et la mer bien fraîche encore ! Et sur le chemin du retour, en passant devant les jardins, on ne manque pas d'être invité à partager un verre de vin et un petit quelque chose à grignoter par de sympathiques grecs qui dansent entre hommes autour de leurs verres posés par terre. Les femmes les regardent tout en s'occupant des enfants énervés et gâvés de crèmes glacées et en servant les gentils touristes invités ! Le tout sur fond nostalgique du Rebetika.
Et OPA ! hurlent ces hommes fiers.

C'est aujourd'hui le jour de la Pâque orthodoxe et j'en profite pour ressortir un billet que j'avais déjà édité il y a cinq ans. Ce sera ma participation culinaire au Pari Hellène.

andreasstaikos

Nana est mariée et a deux amants. Elle prend son pied uniquement avec des hommes sachant lui mitonner des petits plats exquis. Très vite, on s'aperçoit que ces deux hommes sont voisins de palier. Rapidement eux aussi, ils vont se rendre compte qu'ils aiment la même femme. Un combat culinaire va s'engager entre ces deux-là, mi-rivaux mi-complices, pour l'amour de la belle. Le livre se partage entre digressions galantes, ruminations jalouses et recettes de cuisine. La table des matières est un gigantesque menu.

Dans un premier temps, c'est la couverture un brin surréaliste qui m'avait accroché l'oeil. Bien que méfiante, car la gastronomie n'est pas un de mes thèmes de prédilection, mais le fait que l'auteur soit grec avait fini de me convaincre.
Ayant eu maille à partir avec la cuisine grecque, qui ne brille pas par son raffinement, j'étais assez dubitative quant au résultat. Et ce d'autant plus que l'auteur est de sexe masculin. En Grèce, derrière les fourneaux, ce sont inévitablement les femmes qui s'y collent !

Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vos piles et vos listes, ce livre ne m'a pas plu. J'ai eu l'impression d'être dans un très mauvais vaudeville. La donzelle et ses caprices culinaires m'ont fortement agacée, quant aux états d'âme des deux chevaliers, ils m'ont laissé de glace. La crédibilité même du récit est gravement entachée. Car pour qui connait les affres de la canicule athénienne, on peine à croire au plaisir de se délecter d'un pastitsio ou d'une soupe de poulet en plein mois d'Août, quand l'organisme ne réclame que des éléments liquides frais voire même carrément surgelés ! Et à mon grand désespoir, aucune recette de ces gourmandises dégoulinantes de miel, ni même une petite description du halva citronné et saupoudré de cannelle ...

On voit se profiler le dénouement aussi sûrement que l'Acropole au-dessus d'Athènes. Non décidément, pas une once de sensualité, aucun débordement orgiaque, nul épicurisme raffiné. Point de torride pillage frigorifique ni de gargantuesque grande bouffe, encore moins de bain chocolaté. La seule touche de poésie se trouve dans certains titres des chapîtres. Heureusement, car j'aurais été bien en peine de vous citer un extrait.

" Coraux d'oursins naufragés dans une cuillérée d'eau de la mer Egée "

C'est mignon ça, comme image, non ? Mais beurk !  je déteste les fruits de mer crus... je préfère le batlava !

Les Liaisons culinaires     Andréas Staïkos     Actes Sud  Babel

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Image empruntée et
la recette du délicieux baklava ICI

 

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En passant par la Lorraine

9782702142974En 1937, les parents de Rosy, dix ans, divorcent. Quittant l'Allemagne, Mutti décide de s'installer en France et débarque avec sa fille dans un petit village de Moselle où vit ce qui reste de la famille paternelle. La grand-mère voit d'un mauvaise oeil  l'arrivée de cette belle-fille, fervente admiratrice du Führer. Elle n'a toujours pas digéré la perte de sa nationalité française lors de l'annexion de 1871 et, même si depuis l'Alsace-Lorraine est revenue dans le giron français, méfiance et rancune restent tenaces. L'oncle Andy qui vit aussi chez la grand-mère est mieux disposé à l'égard de Rosy et de Mutti et devient vite un substitut paternel pour la fillette, jusqu'à son départ pour la guerre en 1939 sous l'uniforme français. Au 32 Rue du Soleil, la cohabitation se complique pendant que la population fuit devant l'arrivée des troupes allemandes, puis les conditions de vie s'améliorent pour la mère et la fille jusqu'à ce jour de Novembre 1944 où les Alliés commencent à bombarder massivement la région.

"Ma mère et moi nous sommes installées à la cave le 26 Août 1944. Quand il s'est raconté que Paris était libéré et que les Américains allaient écraser Hitler, ma grand-mère - surnommée Oma Chouchou sans qu'on sache pourquoi - a décrété qu'il n'était plus de bon ton d'héberger des boches, même si elles faisaient partie de la famille. Tout juste accepterait-elle de les cacher à la cave, à condition qu'elles ne sortent que la nuit"

 Réfugiée dans la cave qui leur sert d'abri, Rosy tente de survivre avec pour seule compagnie sa petite poule Cosette, et les tic-tac, ces toutes fines araignées qu'elle redoute par dessus tout. Dans l'attente, Rosy se remémore son histoire et fait même quelques découvertes familiales.

Voilà un livre qui est venu compléter mes maigres connaissances scolaires concernant pourtant cette région frontalière si emblématique de notre pays. Il donne succintement aux lecteurs une double vision de l'intérieur de la problématique dans laquelle ont été prises les populations dans ce jeu de ping-pong  guerrier qui a pris fin en 1945. La voix qui guide le lecteur est celle de Rosy, aussi est-ce abordé de façon simple et naïve, comme seuls les enfants sont capables d'analyser la complexicité du monde adulte et ses subtilités idéologiques. Et pour être complexe, la situation de cette région l'est ! J'ai parfois eu du mal moi-même à m'y repérer un peu dans les allers-retours présent et passé proche qui se fondent dans l'esprit prisonnier de Rosy. Alors que le contexte l'est pour le moins, je m'attendais à un livre à la narration plus dramatique mais, et c'est ce qui sauve souvent les enfants pris dans les tourmentes, le ton est parfois léger et les émotions mises rapidement à distance dans l'urgence de ce qui pourrait encore advenir de pire. Cela m'a souvent donné l'impression de lire un conte plus qu'un roman.

"Les choses ne vont pas si mal, j'ai de quoi manger jusqu'au retour de Mutti. Je m'autorise un sourire, histoire de profiter de ce bonheur minuscule avant de le ranger dans mes autres jardins pour le revivre, quand le soleil de ma rue fera éclore les fleurs au lieu d'abîmer les morts et que les herbes folles combleront les cratères. Ca ne peut pas être la guerre tout le temps."

Ce petit bémol mis à part, c'est dans le genre un joli livre qui se lit très vite et dont la délicate couverture ne peut nous laisser insensibles ! 

L'avis de Clara

La demoiselle des tic-tac      Nathalie Hug     Editions Calman-Lévy

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jeudi 12 avril 2012

Chez Angèle

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Les oeufs ne sont pas en chocolat

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Et ses sabots non plus !

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lundi 9 avril 2012

A savourer...

97822340643001925, à Ilhéus, état du Nordeste au Brésil. La fièvre du cacao bat son plein, l'argent coule à flots, les investissements se multiplient et le progrès déferle sur la petite ville côtière. C'est dans ce contexte prolifique que Nacib, propriétaire d'un modeste bar, se voit abandonné par sa cuisinière à la vieille d'un repas important qui doit se tenir dans son établissement.
Au même moment, chassés du Sertão par la sécheresse et la famine, des retirantes arrivent à Ilhéus en quête de travail. C'est parmi eux que Nacib repère Gabriela qu'il embauche pour remplacer la vieille Filomena.

 "Des exclamations fusaient lorsqu'elle arrivait avec sa démarche dansante, les yeux baissés, un sourire que ses lèvres adressaient à toutes les bouches. Elle entrait, disait bonjour en s'avançant parmi les tables et allait droit vers le comptoir pour y déposer la gamelle. En principe, à cette heure-là, les clients auraient dû être rares, seulement quelques retardataires pressés de rentrer chez eux. Or, de plus en plus, les habitués faisaient durer l'heure de l'apéritif et réglaient leur temps sur l'apparition de Gabriela en buvant un dernier verre après son arrivée."

Si, dans un premier temps, la beauté et les talents de Gabriela font grimper le chiffre d'affaire, Nacib ne tarde pas à tomber amoureux d'elle, ne rêve plus que de l'épouser et d'en faire une dame de la bonne société. Mais son ami le libraire l'avait prévenu : "Il y a des fleurs qui se fanent dans les vases". Rongé par la jalousie face aux convoitises grandissantes de ses amis et clients, Nacib se voit contraint de faire des choix car le climat se dégrade...

Installez-vous à une table du Vesuvio et, si ce n'est déjà fait, prenez part à cette savoureuse chronique bahianaise qui vous mènera au coeur d'intrigues politiques et amoureuses d'un pays en plein essort.  D'une plume sensuelle, parfumée et colorée, Jorge Amado vante son amour des femmes et de son pays, et c'est avec gourmandise que je me suis évadée à nouveau dans ce livre depuis longtemps épuisé. Stock a la bonne idée de republier ce texte et, malgré les nombreuses coquilles qui l'émaillent, trente ans après une première lecture mon plaisir s'est révélé intact. Conclusion, cherchez-le plutôt d'occasion - quelques exemplaires circulent encore en poche - mais ne passez pas à côté, c'est un livre délicieux !

Gabriela, girofle et cannelle     Jorge Amado     Editions Stock

 

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samedi 7 avril 2012

Court

FemmeMetroGUne soixantaine de pages pour une brève histoire d'amour entre Koùla, la quarantaine bourgeoise, et Mimis, seulement vingt ans et étudiant. Ils s'aperçoivent chaque soir dans le même métro, se rapprochent, s'apprivoisent l'un l'autre pour finir par s'aimer au coeur d' un hiver grec de la fin des années 70.

Si cette histoire est d'une simplicité déconcertante, elle pourra toucher celles et ceux qui ont vécu ce genre d'aventure. Les thèmes classiques de la jeunesse et du temps qui passe sont ici abordés avec concision et pudeur. Un bref moment d'égarement dont, pour moi, le charme réside dans la ville qui lui sert de décor. J'ai eu grand plaisir à parcourir Athènes, d'Omonia à Kifissia en passant par Monastiràki, Attiki et Agios Nikolaos, et à plonger dans les sous-sol des ruelles pour retrouver l'atmosphère unique des tavernes populaires, aveugles et imprégnées de l'odeur caractéristique de cave et des tonneaux de vins. Entre romantisme et nostalgie, devinez de quel côté penche ma balance...

"Des murs noircis par la fumée, décorés par endroits d'ivrognes peints à l'eau, des tables dont la toile cirée huileuse, collante, luisait sous les néons, et au fond un juke-box qui jouait. Un public mélangé : hommes du peuple, soldats, étudiants, et un ou deux pochards, bien réels eux. L'un d'eux, entre deux âges, tournait sur lui-même, se penchant pour caresser le carrelage froid. De temps à autre il poussait des sifflements, frappait le sol du pied et rejetait la tête en arrière."

En Grèce, cette histoire à l'écriture parfaitement maîtrisée a fait de cet opus un livre culte. L'auteur, Mènis Koumandarèas, est peu connu en France malgré la traduction de cinq de ses romans.

Un petit livre qui me permet une reprise en douceur.
Lu dans le cadre du Pari Hellène.

La femme du métro      Mènis Koumandarèas     Quidam Editeur

 

leparihellene

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