dimanche 25 mars 2012

22° à l'ombre

plnparasolnb

Sans commentaire...

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jeudi 22 mars 2012

Seventies

9782878585117Louise Morvan cherche à élucider la mort suspecte de son oncle, Julian Eden, décédé dans les années 70 en pleine tourmente Power Flowers. Elle l'a porté au rang d'îcone, a hérité de son appartement, de son Aston Martin et repris à son compte son agence, devenue Morvan Investigation. Son amant, ça aide, est Serge Clémenti, flic au 36 quai des Orfèvres.

"Et cette histoire de prescription était insupportable. On pouvait tuer en toute impunité et attendre que le temps passe, que la société oublie. Les victimes valaient moins cher que les vieux trente-trois tours des années psychédéliques."

Il s'avère bien vite que la drôlesse va semer le trouble avec ses idées de ranimer le tonton. Nous sommes en 1994, nombre des fréquentations de Julian Eden sont encore de ce monde ainsi qu'un vieux flic, Casadès, ayant jadis enquêté sur sa mort et qu'à l'époque on avait mystérieusement muté. Louise remet le grappin sur Casadès et va plonger dans son sillage pour une sacrée virée dans les années très rock and roll de la décennie 7O. Bref, ça va castagner sur une bande son bien rythmée, d'autant plus que la Louise est plutôt du genre à mouiller sa chemise pour arriver à ses fins. 

A cette époque traîne aussi à Paris Jim Morison him-self qui fréquente, comme le tonton et ses acolytes, le célèbre Rock and Roll Circus, le vrai celui du 56 rue de Seine, où se croise du beau monde. Le fantôme du roi lézard, venu puiser sa poésie hallucinée dans la capitale, plane sur cette histoire pour le plus grand plaisir des fans ou des nostalgiques de ces temps insouciants.

"Il ne les avait pas oubliées, ces gazelles du Roch and Roll Circus, ces mômes longilignes et fraîches. Dans ces années dépourvues de sida, elles ne pensaient qu'à s'envoyer en l'air et à raconter des conneries sur l'équilibre cosmique et les portes de la perception. On arrivait toujours à en trouver une pour vous faire un massage karmique. Chouette époque."

Louise Morvan est une enquêtrice têtue, emmerdeuse mais sympathique. On la retrouve, et dans l'ordre, dans Baka !, Soeurs de sangTravestis, Techno bobo, Strad et La nuit de Géronimo. Dans les années 2000, elle se fit griller la vedette par le duo Lola Just et Ingrid Diesel, autres figures récurrentes de Dominique Sylvain, mais quels que soient les romans, on retrouve avec bonheur une écriture vive et énergique pour nous trimballer aux quatre coins de Paris, qu'il soit branché ou populaire.

Dernières photos de Jim Morrison à Paris  ICI
Et pour retrouver le Paris des années 60-70 c'est par LA

 

Pour le plaisir des oreilles et la magie d'un solo qui m'a toujour fait voyager bien loin...

the-doors-jim-morrison-sing-with-smoking-on-stage

"I see myself as a huge fiery comet, a shooting star.
Everyone stops, points up and gasps "Oh look at that !"
Then whooshe, and I'm gone...
and they'll never see anything like it ever again
and they won't be able to forget me, ever"
James Douglas Morrison
8/12/43 Melbourne (Floride) - 3/7/71 Paris

  
Le Roi Lézard     Dominique Sylvain     Editions Viviane Hamy

   

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dimanche 18 mars 2012

Deux vies en une

9782070136629Narcisse Pelletier n'a que dix-huit ans lorsque, en compagnie de quelques matelots, il pose les pieds sur une plage en apparence déserte du nord-est de l'Australie. Ils ont débarqué d'une chaloupe avec pour mission de trouver de l'eau potable à rapporter à bord de la goélette Saint-Paul. Parti seul de son côté explorer les arrières du rivage, Narcisse revient bredouille.

"Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrit qu'il y était seul. La chaloupe n'était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoises. La goélette n'était plus au mouillage à l'entrée de la baie, aucune voile n'apparaissait même à l'horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n'y fit. Ils étaient partis."

Ainsi débute cet excellent roman.
Dix-sept années plus tard, en 1861, Octave de Vallombrun, membre de la Société de Géographie, faisant escale à Sydney se voit sollicité par le gouverneur et convié à une réunion cosmopolite permettant de statuer sur la nationalité d'un blanc qu'un navire anglais à découvert sur une plage, nu, tatoué et s'exprimant dans un langage inconnu. Il apparaît bien vite que cet homme est Narcisse Pelletier. Mais de Vallombrun ne le découvrira que petit à petit car celui qu'on appelle désormais le sauvage blanc a non seulement oublié sa langue mais aussi sa culture d'origine. De Vallombrun est officiellement chargé de le ramener en France, il a devant lui de longs mois de voyage pour rééduquer ce drôle de sauvage.

"Le voyage de retour de Narcisse vers notre monde n'aura lieu qu'une fois et dans un seul sens. J'en serai le scribe."

Si l'on découvre d'abord les premiers pas de Narcisse au sein de la tribu aborigène qui l'a sauvé d'une mort certaine, on pourrait se croire embarquer pour un simple roman d'aventures anthropologiques. Mais très vite on abandonne provisoirement ce genre pour le registre épistolaire puisque de Vallombrun va entretenir une longue correspondance avec le président de la Société de Géographie auquel il livre ses observations, l'évolution de ses relations avec Narcisse, ses interrogations, ses doutes, et cela même bien après le retour en France. Les chapitres donnent voix alternativement au naufragé et au scientifique.  

C'est un roman bourré de charme et de talent.
Charme de l'aventure humaine qui va lier ces deux hommes : point trop d'angélisme, puisque d'un côté de Vallombrun compte bien sur cette expérience pour redorer son blason d'explorateur et asseoir ainsi son autorité au sein de la Société de Géographie, et que de l'autre Narcisse garde une part de son mystère. Il y a cependant beaucoup d'humanité dans cette relation qui réunit des mondes opposés, un noble et un matelot, un civilisé et un sauvage ayant pourtant appartenu au monde du premier.

"Ce qui a commencé sur une plage déserte d'Australie oblige à penser autrement l'Homme."

Talent du style et de l'écriture qui eux aussi alternent avec aisance selon les chapitres. L'élégance des lettres de de Vallombrun et de ses questionnements sont un réel plaisir littéraire, et le cheminement intérieur de Narcisse, plus naïf et touchant, trouvent un équilibre parfait pour aborder le thème de la différence et du lien aux autres. Au-delà de la réflexion sur la notion de civilité ou, comme disent certains, de civilisation, se profile le thème de la double appartenance avec les conflits qu'elle génère qui peuvent aller jusqu'à la folie. Au final, le tout nous ramène inéluctablement à notre époque...

"S'il répondait à mes questions, il se mettait dans le danger le plus extrême. Mourir, non pas de mort clinique, mais mourir à lui-même et à tous les autres. Mourir de ne pas pouvoir être en même temps blanc et sauvage."

Premiers pas dans la fiction pour un auteur qui un temps porta un titre un peu ronflant et qu'on dirait venu d'un autre siècle, puisqu'il fut de 2000 à 2005 "Administrateur supérieur des Terres australes et antartiques françaises", si, si, ça existe encore... Cela étant, ce livre est une belle réussite dont on a peu entendu parler, un de plus !

Quelques mots sur le vrai Narcisse Pelletier dans un échange auteur-lecteurs ICI

Ce qu'il advint du sauvage blanc     François Garde     Editions Gallimard

HQ

"Entrevue avec les sauvages" 1836
(gravure dessinée par Danvin, gravée par Monnin)

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mercredi 14 mars 2012

Il y a un an

9782843045752Jour pour jour, tout comme Brice Casadamont, j'attendais le camoin des Déménageurs bretons qui allaient déverser les 40m3 de meubles  et de cartons dans ce qui allait être ma nouvelle demeure. Heureusement pour moi, la comparaison avec le protagoniste du dernier roman de Pascal Garnier s'arrête là !

Quittant Lyon pour le petit village de Saint-Joseph proche de Valence, Brice se retrouve complètement désemparé devant le vide de la grande maison qui l'accueille. Il attend le retour de sa femme Emma, une trentenaire reporter sans cesse en vadrouille aux quatre coins du monde. On comprend vite que, sous cette absence et cet hypothétique retour, il y a anguille sous roche.
Alors qu'il est incapable d'investir les lieux tant qu'Emma n'est pas là, Brice va finalement s'installer dans le garage où il vivra au milieu d'un fatras de cartons éventrés au fur et à mesure de ses besoins.

"Mais les choses, les choses !... Il en grouillait des centaines, des milliers autour de lui dans la pénombre du garage. Les cartons en vomissaient chaque jour de nouvelles. Chacune attendait de lui une fonction, un emploi et il ne savait que les éparpiller au hasard, leur imposant une sorte de partouze monstrueuse. A force, bien sûr, elles se reproduisaient, engendraient l'inconcevable. On imagine mal ce que peut donner l'accouplement d'une moulinette à légumes avec une paire de skis. C'est épouvantable. On se serait cru dans un tableau de Jérôme Bosch."

Illustrateur de livres pour enfants, Brice met entre parenthèses ses activités lucratives pour faire connaissance avec l'environnement et les quelques habitants de Saint-Joseph, et notamment avec Blanche, une femme assez fantasque qui ne tarde pas à prendre sous son aile le pauvre Brice un brin paumé.

"Comme son nom l'indiquait, Blanche était vêtue de cette couleur de la pointe de ses souliers jusqu'au curieux bonnet de dentelle au crochet qui faisait penser à un cache-théière. Tout en blanc, mais d'un blanc cassé, tirant sur le vieil ivoire. On aurait dit une mariée qui serait restée trop longtemps en vitrine."

Je ne peux hélas en dire beaucoup plus car avec Pascal Garnier on sait d'où on part mais la destination est toujours des plus inattendues... Ce qui est sûr c'est qu'avec une certaine légèreté, voire une désinvolture quasi inoffensive, le blanc vire imperceptiblement au gris pour sombrer subitement dans le noir.

"Il aurait volontiers passé ses vacances dans le coma."

Voilà, c'est du Pascal Garnier tout craché, une écriture imagée mêlée d'un humour délicat...  Merci à Zulma de le ressusciter du fond des limbes, son ton unique nous manque !

Cartons     Pascal Garnier     Editions Zulma 

Copie de mariage_196

 

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dimanche 11 mars 2012

Abandon

97822531617522100 et quelques, à Paris on enlève une fillette à sa mère pour la parquer dans un centre de réhabilitation pour enfants de la Zone, carencés, maltraités, délinquants (ou en passe de le devenir), ils ressortiront de là à leur majorité, formatés, calibrés, aptes à devenir de parfaits sujets disciplinés ne perturbant pas la société ultrasécurisée qui sert de cadre à ce roman.

Au tout début, la petite Lila donne du fil à retordre à ses "bienfaiteurs" et je me réjouissais de son sale caractère qui n'était pas sans me rappeler celui d'une certaine Lisbeth Salander. Hélas, la comparaison s'arrêtera là. Lila a la chance de rencontrer un thérapeute trop bien disposé à son égard et trop peu à celui de l'autorité, mais elle rentre cependant rapidement dans les rangs, se plie docilement au successeur de son premier thérapeute disparu, lequel successeur est d'ailleurs aussi bienveillant à ceci près qu'il entretient en plus de bonnes relations avec les autorités, bref à sa majorité Lila réussira à obtenir à peu près ce qu'elle veut, à savoir un travail de copiste-numériste dans la bibliothèque où l'on s'évertue à supprimer toute trace d'ouvrages imprimés sur papier en prenant soin de remanier les textes afin qu'ils soient politiquement corrects. Là, grâce à un employé dont elle se fait rapidement un allié, elle réussira à retrouver dans des archives des éléments concernant son enfance et sa mère. Je parierais que le directeur de la bibliothèque ne tardera pas à tomber amoureux d'elle, et réciproquement, mais je ne le saurai jamais. Car quand ce directeur, à la page 212, reste planté à regarder la miss avec à la main l'écharpe qu'elle a malencontreusement laissé tomber, j'ai refermé le livre et l'ai balancé par terre. J'avais déjà failli jeter l'éponge à l'épisode des boîtes pour chat et fait un effort pour arriver jusque là, curieuse quand même de découvrir l'univers interdit des livres, mais là c'était trop m'en demander...

Une succession de clichés orwelliens et de concepts futuristes caricaturaux, trop d'heureux hasards et de bonnes rencontres, une naïveté proche de la mièvrerie, des personnages sculptés dans du beurre, une facilité déconcertante à résoudre les difficultés et une superficialité qui gomme toute l'intensité dramatique qui aurait sied au sujet. Tout cela est d'une simplicité si convenue et d'un tel ennui que j'ai du mal à comprendre le concert de louanges dont s'est paré ce livre.  A mon grand regret, je suis bien incapable d'y ajouter les miennes.

La ballade de Lila K     Blandine Le Callet     Editions Le Livre de Poche 

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lundi 5 mars 2012

Au matin

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Île de verdure voilée

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Posée sur la brume délicatement étalée

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Sur des Monts d'Arrée veloutés.
(photos prises vendredi, encore arrivée en retard au boulot !) 

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jeudi 1 mars 2012

Déroutant....

97820701245341905, de graves troubles ébranlent tout l'Empire de Russie, la première Révolution russe est en marche. Juin de la même année, les marins du cuirassé Le Prince Potemkine de Tauride se mutinent, hissent le drapeau rouge, entrent dans le port d'Odessa et fraternisent avec les grêvistes et les étudiants. L'armée causaque réprime violemment les manifestations et massacre la foule. Paris 1926, on projette Le Cuirassé Potemkine, film muet d'Eisenstein, célèbre pour la fameuse scène du landeau qui dévale le gigantesque escalier de la ville d'Odessa..

Fiodor Zavalichine, Théo pour ses amis, vit en France depuis qu'il s'est engagé en 1916 dans le corps expéditionnaire russe pour combattre l'Allemagne. Resté à Paris après sa démobilisation, il travaille dans la société cinématographique Gaumont, puis devient photographe. Comme pour les nombreux Russes blancs en exil, la projection du film est l'occasion de revoir un peu de la terre natale. Or il s'avère que le régiment de Théo a participé à la violente répression d'Odessa avant de quitter rapidement la ville pour une autre destination et d'autres troubles à mâter. Le film fait subitement prendre conscience à Théo qu'il a tiré de loin sur la foule massée le long du célèbre escalier et qu'il a sans doute tué des gens. Cette révélation déclenche chez lui une telle panique qu'il se rend au commissariat le plus proche afin d'avouer son crime. On l'envoie gentiment balader mais, pris de soudaines convulsions, Théo se retrouve hospitalisé. Le même jour non loin de Deauville, on découvre les corps de sept femmes égorgées. Convalescent, Théo apprend cette nouvelle en lisant le journal, l'article fait mention de témoignages de gens de la région qui se souviennent d'une équipe de tournage, quelques femmes accompagnées de plusieurs hommes dont un portant une calotte métallique sous son chapeau. On sent que cette nouvelle interpelle Théo...

Jusque là cette histoire est prometteuse. Les toutes premières pages sont surprenantes et destabilisent étrangement le lecteur, on ne sait pas trop où on est ni où on va...

"Il n'y a pas moyen de s'en aller, pas moyen de rester non plus. Ce n'est pas un cul-de-sac, non, c'est un cerle vicieux, un labyrinthe dans lequel se cogne et se débat une conscience stupide qui tente de trouver une sortie là où il n'y a pas d'entrée..."

Voilà qui résume parfaitement le sujet. C'est après, pour moi, que ça se gâte. S'il ne fait aucun doute que le fil conducteur de ce roman est la culpabilité, j'ai été incapable d'en apprécier toute la finesse ainsi que toute la gravité. Il est indubitable que le héros et ses comparses auraient leur place chez Dostoïevski, auteur dont je suis, et ce n'est pas faute d'avoir essayé, hélas peu friande... Donc forcément, je suis passée à côté de ce livre.

Déception d'autant plus grande que j'avais été absolument bouleversée par le roman précédent de Iouri Bouïda -  Le train zéro* - qui a eu guère d'écho en France. Pourtant on est dans le même registre de la folie qui côtoie l'absurbe. Mais là où ce dernier titre m'avait prise aux tripes, je suis restée de glace devant les tentatives de rédemption du pauvre Théo. Le sujet est original, pour ne pas dire déroutant, on oscille entre l'atmosphère russe - belliqueuses chez les rouges, nostalgie chez les exilés - et la frivolité grisante du Paris des Années folles, le style est alerte et s'honore même de jolies formules, l'écriture agréable, bref  j'ai lu le livre sans réel déplaisir  mais, en dehors de sa célèbre référence historique, les mots ont glissé sans m'imprégner d'émotions. Dommage...

"Il existe sans doute une toute petite seconde pendant laquelle la honte, l'amour, la liberté, la vie et la mort se rejoignent en un seul et même point et se confondent quelque part, là-haut, en quelque chose de sombre et de joyeux, mais qui sait quand cela se produit, et ce que c'est que ce point... Qui sait ce qui attend le Minotaure derrière les portes du labyrinthe ? Il est libre de s'emparer de la liberté, mais après, la liberté prendra son dû, et il peut arriver n'importe quoi. Comme dit le poète : le premier pas est libre, mais nous sommes l'esclave du second."

(*Le train zéro ressort actuellement en poche chez Gallimard dans la collection L'imaginaire)

Deux avis chez Babelio  ICI

Potemkine ou le troisième coeur     Iouri Bouïda     Editions  Gallimard

 

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Posté par Moustafette à 21:24 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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