mardi 27 septembre 2011

Salon d'automne, 1ère

rlittreguierCe dimanche, joignant l'utile à l'agréable, je m'en suis allée découvrir Tréguier qui a, outre la bonne idée d'organiser des Rencontres Littéraires annuelles, le charme des petites villes médiévales rayonnant tout autour d'une place où trône une impressionnante cathédrale, signe de la richesse d'un passé religieux  (quelle ville n'en a pas en Bretagne...) saisissant.

Forcément, comme j'ai pas mal trainaillé chez St Tugdual en attente du bon vouloir des cieux de m'envoyer ou pas quelques rayons de soleil à mitrailler à travers les nombreux vitraux, j'ai raté Gérard Mordillat et Laurent Binet. Il a fallu que je me "contente" donc d'Anne-Marie Garat. Je n'ai cependant pas boudé mon plaisir ayant principalement fait le déplacement afin de l'entendre parler de son dernier ouvrage réédité Photos de familles (Actes Sud), la photo et les familles faisant partie de mes marottes au cas où vous ne l'auriez pas remarqué.

Non seulement j'ai pu assisté à un cours magistral sur l'histoire de la photographie, sujet que l'on trouve déjà dans "Chambre noire" que je conseille à tous les passionnés de daguerrotypies et autres niepceries, mais surtout à une passionnante digression sur l'imaginaire qui entoure les photos de famille au fil du temps.
Objets et actes de mémoire par excellence, les témoignages dont elles se veulent les porte-parole, parfois à mille lieues de la réalité qu'elles donnent à voir, en disent souvent beaucoup plus que ce qu'on imaginait au moment du clic fatidique. Car ici c'est le récit qui s'élabore autour qui a  sa véritable importance, récit des acteurs eux-mêmes ou de leurs descendants dans lequel s'inscrit la  filiation et la transmission du roman familial avec ses souvenirs, temps heureux des instants figés, mais aussi ses fantasmes et ses secrets. Si en écriture il faut parfois savoir lire entre les lignes, bien plus encore en photographie il faut toujours aller voir au-delà des apparences.

L'évolution numérique ne fut pas oubliée, avec le regret évident de l'attente. Pour les plus passionnés, celle de la magie de la révélation argentique dans l'atmosphère confinée des labos, mais attente fébrile également des amateurs, celle de pouvoir enfin récupérer ses clichés chez le bon vieux photographe du coin qui vous demandait au moins une semaine pour tirer 24 poses qui, oh déception, pouvaient d'ailleurs se révéler ratées ! L'ère de l'immédiateté, à laquelle s'ajoute une moindre contrainte économique, sans même parler de la durée de vie des supports, tout cela banalise, brouille et annhile les rituels et le cérémonial qui entouraient jadis l'art photographique.

Pour terminer et revenir à l'ouvrage, sachez qu'à partir de photographies d'anonymes, l'auteur a laissé filer sa plume, alliant son savoir à son talent littéraire pour nous offrir au final de bien beaux tableaux imaginaires d'un temps couleur sépia.
Une info pour celles et ceux qui ont aimé suivre l'histoire de Gabrielle Demachy initiée par Dans la main du diable, et de ses descendants que l'on retrouve dans L'enfant des ténèbres et Pense à demain, ce dernier volume sortira en poche chez Babel en février 2012.

amg

La faconde de son Sud-Ouest natal
m'a transportée pendant plus de deux heures.
Et, parce que parfois ça fait plaisir
d'être cohérent avec soi-même

nuages2

J'ai appris que "la photo est une matière nuageuse"
(rapport aux composés brumeux de la lumière et des grains d'argent mêlés) 
  Ceci explique sans doute cela...

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dimanche 25 septembre 2011

Bleu voilé

collage43

Mor Breiz
Vous pouvez agrandir la photo pour vous perdre
dans l'immensité de ce fondu de bleus.

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jeudi 22 septembre 2011

Ballade pour Yllka

cafedyllkaAprès quinze ans passés en Allemagne, Emina revient à Skopje dans sa famille maternelle.
A l'âge des premiers émois amoureux lorsqu'éclata la guerre en Bosnie, elle vit son père partir rejoindre les combattants et sa vie basculer le jour où il lui fallut quitter sa maison. Commença alors un périple qui la mena d'abord à Sarajevo puis en Croatie et enfin en Allemagne.
Si Emina et son petit frère arrivèrent sains et saufs chez des cousins d'Yllka en Allemagne, celle-ci ne les rejoignit pas et ses enfants ne surent jamais ce qu'il advint de leur mère restée à Sarajevo pour attendre son mari. 

"Le bras de sa mère soulève la petite casserole de cuivre où elle fait le café du matin. Elle voit l'avant-bras sortir de la manche brodée qui retombe... Lisse, doux, si doux. Et puis, plus rien. Seule l'odeur du café lui revient. Le reste a disparu. Gommé, évanoui... Des tonnes d'heures l'ont ensevelie de poussière. Des minutes, des secondes qui s'émiettent sans fin... Et la voix retentit parfois depuis le fond de la nuit, là où des arbres s'égouttent sous une pluie d'été. La voix d'Yllka, sa mère... A-t-elle cessé d'appeler sa fille ? Elle entrevoit un pan de sa robe lilas. Une vision qui s'attarde dans un jardin mouillé... Parce qu'au-delà de sa mémoire, Yllka fait peut-être encore le café du matin dans une cuisine quelque part à la surface de cette terre..."

Je vous invite à découvrir, si ce n'est déjà fait, une écriture toute en délicatesse, celle de Cécile Oumhani qui, partant d'un visage croisé dans un aéroport "l'ombre d'une tragédie logée au fond des yeux", a su décliner une variation pudique sur la guerre et les déchirements propres à l'exil. Un thème auquel s'associent les inévitables interrogations liées au sort des disparus, au travail de deuil, au retour sur les lieux de souffrance à la recherche de la mémoire. Retour redouté, questionnements sans réponse, fragilité des souvenirs d'enfance, c'est à l'odeur du café que sa mère préparait que s'accroche Emina dans un improbable espoir de la retrouver.

Les petits arrangements que passent les enfants avec l'absence et la violence sont particulièrement émouvants et sont autant de petites notes de sensibilité auxquelles le lecteur se cramponne avec eux afin de faire face à la tragédie. Le pire n'est jamais loin mais toujours suggéré avec sobriété.
Un petit livre de 124 pages que j'ai refermé la gorge nouée.

Le café d'Yllka      Cécile Oumhani     Editions Elyzad  

 

cimetiere_sarajevo
Cimetière de Sarajevo
Source http://www.paixbalkans.org

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samedi 17 septembre 2011

Une journée d'été

batz

Cap sur l'île de Batz

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Un peu de soleil dans l'eau froide

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Une touche de blanc entre vert et bleu

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Quelques taches de sanguine sur une plage

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Que demander de plus pour être heureux ?
Que ça dure encore et encore !

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vendredi 16 septembre 2011

Tout l'monde descend !

9782742799091Après quelques années passées à Rome, L. prend le train en compagnie de son jeune fils afin de rejoindre en Bretagne son amie d'enfance qu'elle m'a pas revue depuis vingt ans. Inévitablement, les souvenirs défilent derrière les vitres.

"Emmanuelle les attendrait à vingt et une heure sur le quai de la gare de Chateaulin. Si le temps le permettait, au cours du week-end ils passeraient une nuit dans la presqu'île de Crozon. Emmanuelle avait hérité du penty de ses grands-parents, une maison longue et basse au bord d'une falaise envahie par la bruyère et le vent, où les deux amies, à l'âge de neuf ans, avaient passé un mois de vacances, l'été."

Si c'est pas tentant tout ça ! J'aime beaucoup Chateaulin et les bords de l'Aulne, et le cap de la Chèvre, sans les touristes, c'est divin. Je me délectais donc de la suite et des turpides dans lesquelles les deux gamines allaient m'entraîner. 

Euh... seulement voilà, j'ai dû me tromper de train, rater la correspondance, oublier de composter mon billet, que sais-je encore ? Jamais lecture aussi courte (140 pages au format vertical, ce qui doit faire 80 en format poche, voire moins) ne m'a semblé si laborieuse.
Je suis restée totalement hermétique aux réminiscences du passé qu'évoque la narratrice, à sa rupture amoureuse, au devenir d'Emmanuelle. Et j'ai eu beau retourner tout le wagon, j'ai peiné à mettre la main sur la nostalgie qui habituellement va de pair avec ce genre littéraire. J'attends encore des nouvelles des retrouvailles entre copines et la scène de meurtre qui ouvre le roman ne m'a même pas fait tirer le signal d'alarme, pourtant c'est pas l'envie qui me manquait de descendre en marche...

J'aurais mieux fait de rester sur le quai ou de prendre le train d'avant, il paraît que le roman précédent semblait plus réussi. Bref, que l'auteur me pardonne, ce fut un voyage ennuyeux, sans émotion et qui n'encombrera guère ma mémoire.

Voilà, c'était ma piètre contribution à la rentrée littéraire !

Inverno     Hélène Frappat     Editions Actes Sud collection Un endroit où ne pas aller

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mercredi 14 septembre 2011

Mise en boîte

9782916589282La famille Tot se met en quatre pour recevoir le commandant Varro sous les ordres duquel leur fils Gyula combat sur le front russe.
Le militaire ayant les nerfs fragiles, toute contrariété doit lui être évitée pendant le séjour qui, s'il lui donne entière satisfaction, verra sans doute le sort de Gyula s'améliorer et ce dernier bénéficier de quelques privilèges non négligeables en ces temps de guerre. Mr et Mme Tot vont voir leur vie chamboulée, renier tous leurs principes, ramper devant l'imprévisible Varro, accepter  ses lubies les plus loufoques.

Sauf que.... entre chaque chapitre nous viennent des nouvelles du front. On apprend très vite que Guyla est mort. Un facteur délicat, voulant épargner la douleur des parents Tot, subtilise le courrier qui annonce son décès et le jette au puits.

 Moins connu que Ionesco ou Beckett, l'auteur a pourtant sa place dans la littérature et le théâtre de l'absurde. Car nous sommes ici dans le grotesque le plus complet. Que le lecteur soit détenteur d'une réalité que les personnages ignorent renforce le ridicule des situations auxquelles se plient les Tot, comme la fabrication des fameuses boîtes.

"- Et qu'est-ce que vous faîtes ?
- Le soir, comme ça, quand il n'y a rien de mieux à faire, on fait des boîtes.
Les yeux du commandant brillèrent.
- Des boîtes ? répéta-t-il. Mais c'est fichtrement intéressant ! s'écria-t-il. De quelles boîtes s'agit-il ?"

Métaphore d'une vaine servilité et de l'abnégation de l'être humain face au pouvoir, cette brève farce recule les limites de l'acceptable jusqu'à l'issue inévitable. La transgression, la révolte, la folie ou la mort ?  La réponse dans une fin surprenante de dignité !
Istvan Örkény est né en Hongrie et fut victime de la censure pour avoir participé à la révolution de 1956. 

"Rompu de fatigue, il regardait fixement devant lui. Il déroula le souvenir du jour précédent et, s'imaginant les jours à venir, dit d'un air sombre :
- Ca va mal finir, Mariska, je le crains."

Les Boîtes      Istvan  Örkény      Editions  Cambourakis  

ogjets27

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lundi 12 septembre 2011

J'aime...

spezetciel11

les nuages...

spezetciel10

les nuages qui passent...

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là-bas...

spezetciel05

là-bas...

spezetciel03

les merveilleux nuages ! 

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vendredi 9 septembre 2011

Drôles oiseaux, les vrais !

9782864247098Oui, mais ceux dont il est question ici sont mille fois plus attrayants. Loin d'être figés dans la froidure danoise, ils animent les rues poussièreuses de Yungay, petit village minier du nord du Chili qui subsiste tant bien que mal alors qu'alentour les mines ferment les unes après les autres.

C'est là que vit Malarossa, gamine d'une dizaine d'années, lucide, têtue, et un brin farouche. Elle veille sur Saladino Robles, son flambeur de père, seule famille qui lui reste, et le suit comme son ombre dans ses déambulations éthyliques et pugilistiques. Les tripots et les bordels n'ont plus aucun secret pour elle,  ses amis sont ceux de son père ou les prostituées du Pancho Déchiré, quartier général où se retrouve toute une clique de personnages truculents en quête d'un avenir meilleur tout en usant leurs vies à coup de pocker, à coup de poing et à coup de gnôle. Quand elle ne prend pas soin de son petit papa, Malarossa retrouve les objets perdus, maquille les morts, va à l'école quand il y a une institutrice et dessine des oiseaux en rêvant.

"Dans un de ces hameaux abandonnés, Malarossa aperçut quelque chose qu'elle prit pour une vision ou un bref mirage vespéral mais qui resta gravé sur sa rétine pour le reste de la journée et revint même dans ses rêves cette nuit-là : sur le quai désert, près d'un banc de bois, elle aperçut un homme, fantomatique dans les dernières lueurs du crépuscule. Haut comme une armoire, il portait un chapeau de paysan et se tenait près d'une pyramide de cages remplies d'oiseaux aux couleurs et aux plumages les plus variés."

Un arrière-fond nous brosse un aperçu de la situation sociale et politique du pays, et plus précisément de la lutte des mineurs qui voient leurs villages disparaître aussi vite qu'ils ont été construits, c'est à dire à la va vite pour alimenter les fûts des canons de l'Europe alors en guerre. Les années de paix et la crise de 29 aidant, le salpêtre n'intéresse plus personne et l'exode vers les villes de la côte s'intensifie.

Voilà, ça pourrait être sordide, misérabiliste, glauque, etc, etc mais comme ça se passe en Amérique du sud, forcément c'est cocasse, pittoresque, démesuré voire surnaturel... On côtoie les morts et les putains, ça picole et ça castagne à toutes les pages mais... re-forcément puisqu'on est en Amérique du sud, c'est magique et poétique.

Et le désert d'Atacama est là, toujours, écrasant de chaleur, aveuglant de blancheur, le plus aride de la planète mais qui n'en fait pas moins naître sous la plume de l'auteur des descriptions pleines de poésie, avant de replonger dans la tragi-comédie de la vie quotidienne.

"Le ciel du désert, haut, diaphane, explicite, est une éclatante célébration d'étoiles magnifiées par l'obscurité qui prétend les voiler ; des étoiles qui font briller et resplendir leur lumière naissante, de toutes les tailles et luminosités, étoiles proches ou lointaines, étoiles inaccessibles, belles comme des lanternes de papier, fixes comme des prunelles de chat ou clignotantes commes les yeux des lézards ; étoiles baptisées ou sans nom, étoiles mortes, étoiles froides comme le givre, ardentes comme des braises, mystérieuses comme des feux follets ; étoiles formant des croix, des voies, des constellations, un univers scintillant et mystérieux de corps célestes - astres, nébuleuses, soleils, planètes, aérolithes - réunis en grappes, là à deux doigts de son ivresse." 

En digne héritier des ses aînés, Hernan Rivera Letelier est un merveilleux conteur de la vie et de l'éphémère.
A ranger dans la catégorie réalisme magique sud-américain et à découvrir donc.

L'avis de KATHEL

Malarrosa      Hernan  Rivera Letelier       Editions  Métailié

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mardi 6 septembre 2011

Drôles d'oiseaux

LESPLUMESDUDINOEncore un polar nordique avec, cette fois, pour toile de fond une polémique scientifique autour de l'évolution des dinosaures.
Pas d'inquiètude, faut pas avoir un master de paléontologie pour suivre, l'essentiel du roman concernant plus la vie et l'histoire des protagonistes à savoir une chercheuse mère célibataire, ses collègues et leurs marottes, ses amis et bien sûr le flic de service.

Je n'ai pas ressenti une grande empathie pour les personnages et leurs problèmes d'égo, d'identité sexuelle, de désir ou non de paternité... Quant au flic, qui est quand même censé être le meilleur du Danemark, on peut dire qu'il plane complètement au-dessus de l'enquête, empêtré qu'il est dans ses souvenirs, vrais ou faux, et j'ai passé mon temps à avoir envie de lui filer des coups de pied au cul pour qu'il bouge le sien au lieu de laisser faire le boulot par la nana qui va présenter son mémoire et qui a p'tet autre chose à faire. J'avais envie de lire un polar pas un catalogue de SOS enfance maltraitée et des névroses qui vont avec. Si le mobile reste crédible, les moyens le sont un peu moins. L'écriture ? Ben, c'est écrit, c'est traduit, rien d'extraordinaire donc. Et je n'ai guère avancé sur la question cruciale, qu'est-ce que ça changerait que les oiseaux descendent ou non des dinosaures ?

Bref, je suis totalement de mauvaise foi (je l'ai quand même terminé), de mauvaise humeur (je voudrais du soleil pour mes vacances, pas la tempête) et je n'ai pas envie de faire un billet positif. Na.

Un avis plus enthousiaste, et sans doute plus objectif,   ICI  

Les plumes du dinosaure      Sissel-Jo Gazan      Editions Le Serpent à plumes   

 

bondecolere

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dimanche 4 septembre 2011

En boucle !

 

 Merci à Etta James et à la soul des années 60

 

Bon dimanche

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