samedi 30 avril 2011

Ce n'était pas gagné

9782081222809Voici un livre que l'on m'a offert pour son titre, titre qui résume joliment ce à quoi se confrontent les personnages de ce roman puisqu'ils "vont tour à tour éprouver le désir de gagner et la douleur de perdre".

Je n'épiloguerai pas ici sur les interprétations possibles qui ont poussé mes anciens collègues à le choisir. Je ne sais encore si eux comme moi avons perdu beaucoup à mon départ, mais ce qui est sûr c'est que le cadre de ce roman ne m'aurait pas spontanément attirée, contrairement à la très belle couverture. Quand je vous aurai dit qu'il y est pas mal question de football, vous comprendrez mon scepticisme...

Sylvia, jeune ado de 16 ans, vit à Madrid chez son père Lorenzo. Plutôt mature, tout en continuant le lycée, elle s'occupe du quotidien face à ce père qui, au chômage et dépressif depuis que sa femme l'a quitté, peine à donner le change. Elle n'en garde pas moins  les préoccupations de son âge. Pendant que sa fille se demande qui lui ravira sa virginité et l'enverra au septième ciel, pour Lorenzo c'est la descente aux enfers quand il tue son ancien ami et patron lors d'un cambriolage vengeur qui tourne mal.

"Lorenzo s'est enfui avec les yeux gris de Paco cloués dans les siens. Ce n'est pas facile de tuer un homme qu'on connaît, de se battre avec lui. C'est sale. Ca tient du suicide, de sa propre mort, on tue quelque chose de soi, tout ce qui a été partagé."

Tout ne va pas pour le mieux non plus pour les parents de Lorenzo. Alors que la santé de la mère se dégrade, le père, Léandro, ancien professeur de piano respectable, est saisi du démon de midi à 73 ans et dilapide les biens familiaux auprès de prostituées.

Une nuit, Sylvia se fait renverser par un bolide conduit par un jeune et séduisant joueur de foot argentin, Ariel, recruté depuis peu par le club madrilène pour son talentueux coup de pied. Elle s'en sort avec une jambe cassée et une idylle improbable naît entre les deux jeunes gens.

Si j'ai douté pouvoir arriver au terme de ce livre de 445 pages, mes craintes se sont envolées à mon insu malgré les intrusions fréquentes sur les terrains de foot et les tribulations sexuelles d'un Leandro souvent pathétique. C'était sans compter sur le talent de l'auteur qui distille subtilement la progression de son intrigue, donnant alternativement voix aux quatre protagonistes, et sur laquelle vient se greffer  une multitude de personnages secondaires à la fragilité émouvante. Il nous sert sur un plateau un roman social et réaliste où un modernisme plutôt noir se dispute à une nostalgie sépia.

Exit le mélo, la jeunesse des uns fait la nique à la solitude des autres mais les générations en devenir font preuve d'une lucidité que préfèrent estomper leurs aînés, tout occupés qu'ils sont à colmater les désillusions de leurs vies. Roman du désir et de l'argent qui mènent les personnages par le bout du nez entre nécessité et culpabilité, les hommes n'y ont pas le beau rôle. Déboussolés, ils tentent maladroitement de s'adapter à la force des femmes. Le footballeur Ariel est à l'opposé des clichés habituels et réussit même à s'attirer la sympathie du lecteur (en l'occurrence la mienne, un exploit...), l'auteur dénonçant la marchandisation des sportifs.

"Le désir travaille comme le vent. Sans effort apparent. Voiles déployées, il file à une vitesse folle. Portes et volets clos, il cogne en quête de brèches ou de rainures pour s'infiltrer. Le désir associé à un objet nous condanne à lui. Mais il peut prendre une autre forme, abstraite, déconcertante, qui nous enveloppe comme un état d'âme et annonce que nous sommes prêts. Il nous reste alors juste à attendre, toutes voiles dehors, qu'il souffle vers nous. C'est le désir de désirer."

Au final un grand brassage sociétal balayant large, du sport ultra médiatisé à la prostitution (la frontière est parfois ténue), de l'émigration clandestine au chômage en passant par le luxe et la précarité érigés en art de vivre, tout nous parle de la fugacité des choses, de la fatalité et du hasard, de l'amour et de la mort. Un brillant instantané de l'Espagne de ce début de siècle où chacun, les nantis comme les moins bien lotis, perd sa vie à la gagner, à moins que ce ne soit l'inverse... N'attendez pas de happy end, la réalité tout simplement.

"Le professeur de mathématiques développe sur le tableau un problème de vecteurs. Le début du cours a été magnifique, la passion intacte après de années d'enseignement. Tout est mathématiques, leur a-t-il dit. Quand vous achetez, quand vous vendez, quand vous grandissez, quand vous vieillissez, quand vous partez de chez vos parents, quand vous trouvez un travail, quand vous tombez amoureux, quand vous écoutez une chanson inconnue, tout est mathématiques. La vie est mathématiques, additions et soustractions, divisions, multiplications, si vous comprenez les mathématiques vous comprendrez un peu mieux la vie."

 Savoir perdre     David Trueba      Editions  Flammarion

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dimanche 24 avril 2011

Atmosphère

9782841114061Gwenni Morgan grandit dans un petit village du Pays de Galles à la fin des années 50. Elle observe le monde adulte du haut de ses douze ans et celui-ci ne semble guère l'enchanter, contrairement à celui qu'elle rejoint la nuit venue où, entre veille et sommeil, elle s'entraîne à voler au-dessus du village. Elle entretient ce don au grand dam de sa mère qui craint pour la réputation de Gwenni que l'on qualifie déjà de fillette un peu bizarre.

"Quand on monte très haut dans le ciel, on peut entendre la terre fredonner. C'est comme un enchantement, on n'a plus envie de redescendre."

Il faut dire que Gwenni a un imaginaire en perpétuelle ébullition... Elle donne vie à de curieux visages incrustés dans les murs, anime les pichets qui trônent sur les étagères ou les étoles de renard qui reposent sur les épaules de certaines villageoises. Elle aime également à se réfugier dans les romans policiers que lui prête sa tante. Aussi, lorsque le mari de Mrs Ewans disparaît, elle ne peut s'empêcher de fouiner partout d'autant plus qu'elle est persuadée d'avoir aperçu son cadavre lors d'une de ses virées nocturnes. Mais à trop fouiller, Gwenni va soulever des secrets qu'elle était loin d'avoir imaginés. 

L'intrigue policière passe vite au second plan pour laisser place à un roman d'atmosphère. Atmosphère humide de l'Angleterre rurale enveloppée de brume et sur laquelle règne encore l'esprit druidique celte. Atmosphère confinée des intérieurs saturés d'effluves de sandwiches au concombre ou de sauce à la menthe, tandis que sur un coin de poêle une bouilloire attend toujours prête pour le thé. Atmosphère prude et pudibonde que la religion fait peser jusqu'à la folie sur les habitants. Et enfin, celle de l'enfance qui s'échappe et qu'une fillette appréhende de quitter. Gwenni élève alors un rempart de petites phobies destiné à la protéger du monde compliqué des adultes, réveillant en cela nos peurs de petites filles, nos interrogations et nos explications parfois farfelues. 

On retrouve dans ce joli roman tout ce que les enfants sont capables de mettre en place pour faire de la triste réalité un monde merveilleux, et nous suivons Gwenni, telle une Alice sautillante, dans sa lecture de l'univers où ses meilleurs amis sont la nature, les livres, son chat et les gâteaux à la vanille.

"J'ai mis les six livres et les deux cahiers dans mon carton, sous mon lit, avec mes Camarades d'école, les romans policiers de Tante Lol, les aventures du Club des cinq que Tante Siân m'offre chaque année pour Noël, ma liste de mots préférés du dictionnaire de l'école et mes trois carnets de dédicaces, le bleu, le vert et le rouge."

Un livre en forme de balade initiatique, entre réalisme et poésie, à l'instar de la couverture en relief et d'un titre qui donnent envie de s'envoler et de retrouver le monde de notre enfance.

Lecture en partenariat avec  logobob01 que je remercie pour cette sympathique découverte.     

 La terre fredonne en si bémol      Mari  Strachan      Editions NiL

 

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jeudi 14 avril 2011

Attachements

000888400Quoi de mieux qu'une vieille voisine excentrique pour se tirer d'une déprime conjugale ?
Bien malgré elle, Georgie va en faire l'expérience et se transformer en ange gardien, celui de Mrs Shapiro qui, lorsqu'elle ne traîne pas clope au bec en robe de chambre et gros chaussons Roi Lion, sait se montrer très séductrice. 

"Elle était à l'âge où l'on porte des bottines extra-larges à scratch, mais elle trottinait comme une reine de l'élégance, coquettement perchée sur des escarpins à bouts ouverts, d'où émergeait l'extrémité crasseuse de ses chaussettes d'un blanc douteux."

Mrs Shapiro a aussi la chance d'être propriétaire d'une grande maison à Londres, bâtisse évidemment très convoitée par des agents immobiliers à l'affût de vieillards fragilisés qu'ils rêvent d'envoyer fissa au mouroir afin de réaliser de juteuses opérations... Sans famille, et vivant dans un taudis indescriptible avec ses sept chats, Mrs Shapiro est le parfait pigeon. Mais c'est sans compter sur la solidarité qui va s'établir entre les deux femmes et quelques autres personnages tout aussi originaux dont le sympathique Mr Ali.

La personnalité de cette vieille dame indigne fait tout le charme de ce roman, son accent, ses petites manies culinaires et autres, son amour des chats, ainsi que son passé un peu trouble. Car comme tout un chacun, Mrs Shapiro camoufle dans son capharnaüm londonien quelques secrets bien gardés que cette fouineuse de Georgie va se faire un plaisir de découvrir. Ce sera aussi pour elle l'occasion de se confronter à l'histoire d'autres cultures, de revenir sur celle de sa famille sous l'ère thatchérienne et d'appliquer aux êtres humains les théories techniques de la colle et les adhésifs, sujets sur lesquels elle planche parallèlement pour une revue.

"Parfois, quand j'essaie de comprendre ce qui se passe dans le monde, je me surprends à penser à la colle. Chaque adhésif interagit à sa manière avec les surfaces et l'environnement. (...) Vendredi, j'étais devant mon ordinateur, méditant cette profonde dualité philososphique, quand une idée subtile s'est fait jour dans mon esprit. Ce qu'il me fallait pour entrer en contact avec Mrs Shapiro, c'était un agent de durcissement. Et quoi de plus dur que Mr Wolf ?"

Souvent au bord du drame, l'auteur opte définitivement pour la pirouette et l'humour  afin de survoler pêle-mêle les thèmes les plus graves ( le sionisme, les grèves des mineurs anglais) comme les plus légers (dont un roman dans le roman dont on se réjouit de ne pas connaître la fin). Ce qui donne au final un livre sympathique et distrayant que l'on pourrait situer entre Pancol et Gavalda, et qu'on a très envie de retrouver sur un grand écran dans une comédie dont les Anglais ont le secret.

2693581074  Merci  ! 

Des adhésifs dans le monde moderne     Marina  Lewycka     Editions des Deux Terres

 

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dimanche 10 avril 2011

Cornouaille et bouquins

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Un fauteuil au-dessus de la mer d'Iroise pour une pause lecture solitaire

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 dans le décor sauvage de la pointe de Brezellec avant un petit tour à Audierne

(presqu'au hasard !)

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Suivez le guide

audiernelib01

Une charmante vieille dame confortablement installée dans son fauteuil
 vous y accueille puis replonge bien vite dans son livre

audiernelib04

Une ambiance surannée pour des livres impeccablement rangés sous leur papier cristal

bouquiniste

Une adresse à noter... 

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