dimanche 31 octobre 2010

Finalement, la retraite... bof !

9782070787739Bienvenue au Trou, charmante bourgade d'un Sud enchanteur, ciel toujours bleu 365 jours par an, royaume médical de la famille Fenouil, père et fils spécialistes en tous genres, Le Trou, sa clinique, son crématorium flambant neuf, ses cimetières, moyenne d'âge des habitants 70-80 ans.

C'est là que Nicole, une jeunette de 60 ans, a choisi de prendre sa retraite après trente ans passés au PTT de Moisy dans le Nord.  Trente ans à économiser pour un petit appart de rêve dans une chouette résidence et sous le soleil permanent  "ça se refuse pas" avait dit l'agence immobilière.

"Nicole aime le beau temps. Elle trouve que même les cons quand le soleil brille c'est plus facile à supporter."

Depuis trois mois qu'elle y est, Nicole découvre la population.

"Là, installées sur des bancs, des cohortes d'antiques, des brochettes de permanentes bleues, des colonies d'yeux aveugles et de cannes blanches. Un soleil froid illuminait la scène. Elle n'avait jamais vu ça. Des dizaines et des dizaines de créatures décrépites en plein conciliabule. Telles des mouches dans l'étable qui bourdonnent autour des pots remplis de lait, telles étaient-elles toutes en train de parler de leur tension, de leur coeur, de leur cataracte, des soins qui n'étaient jamais assez bien faits, des médecins qui n'étaient jamais assez attentifs, de tout cela qui, avant, ne se produisait pas, parce qu'avant, bien sûr, avant était l'âge merveilleux de leur jeunesse d'or."

Des femmes, beaucoup de femmes forcément... Mme Cointe et Mme Rousse qui carburent au porto sur fond de télé braillante, Mme Daspet qui compte ses amants, Mme Chiffe qui prie à longueur de journée, Mme Rouby qui vit nuit et jour dans le noir par crainte des voleurs, Lucette persécutée par les nombreux téléphones que lui installe son fils, Mamoune qui fait tourner son fils en bourrique, et puis la femme de Gilbert, mort il y a cinq ans, qui s'évertue à conduire la 106 aux aurores au grand dam de sa fille, et encore Ginette, Maguy, Mauricette, Paulette Marguerite, etc etc...

Côté hommes c'est plus restreint, ces dames n'ont guère le choix... Il y a THE mâle, Pierre-Martin, le coq de la basse-cour, bon pied, dans ses Nike, bon oeil, pour reluquer encore, 90 ans au compteur, "tout auréolé de gloire dans son short bleu" lorsqu'il s'entraîne pour le marathon de Londres.
Le jeune Kévin, qui chôme pas au crématorium et a un certain goût pour les vieilles, enfin les plus girondes.
Et le père Catelan qui supporte plus grand chose, prêche contre la télévision, les 4 x 4 et se prend pour Zorro.

Un événement planétaire va surprendre tout ce petit monde et boulverser les journées meublées de cancaneries, de jalousies, de bondieuseries, de rendez-vous médicaux, de parties de scrabble, rythmées par les bulletins météo, les infos et les feuilletons mièvres. Tout cela sous l'oeil bienveillant de Notre cher Président.

"Notre Président, qui se bat sur tous les fronts pour aider le peuple français, a proposé une réduction du prix de vente des propthèses de cinquante centimes d'euro."

On l'aura deviné, notre avenir n'est pas rose. C'est drôle, grinçant, affolant, voire même désespérant, mais émouvant et tendre. On rit jaune car on ne peut pas s'empêcher de se demander : " Et moi, quelle vieille ou quel vieux je deviendrai ?", sachant qu'inexorablement on s'achemine un jour ou l'autre vers le club des t'as mal où et des qui qu'est mort ?...

Finalement, les caisses de retraite et de prévoyance devraient envoyer ce livre gracieusement à tous les travailleurs qui s'approchent, inconscients, dangeureusement du grand âge fatidique; ça nous éviterait de descendre dans les rue vitupérer contre Notre cher Président et sa politique du grand capital mafieux. Parce que franchement, vue sous l'angle de l'auteur, la retraite ça donne pas envie...

A compléter par le livre du regretté Pascal Garnier " Lune captive dans un oeil mort" (pas de billet pour cause de plein de choses). Voilà, après tout ça, reste toujours une solution, le suicide !...

Un ton sarcastique, des portraits plus vrais que nature, un livre cependant réjouissant où l'on retrouve toute l'originalité de Pascale Gautier que j'avais déjà découverte et appréciée ICI

Pascale Gautier     Les vieilles     Editions Joëlle Losfeld

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jeudi 28 octobre 2010

Rions un peu en attendant la mort

foucaud

Puisque les médias aux ordres n'en parlent pas faites circuler les articles de

POLITIS

LOCIOL

MERCI A EVELYNE DUBIN (6/09/2010 sur France Bleue)

MEDIAPART

ENFIIIIIIIIIIIIIIIN ! sur LE POST (espérons que les JT relatent l' "incident")

Et parce qu'ELLES, elles n'en auront sûrement pas...

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Une toute dernière ICI qui m'a bien fait rire ! 

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mercredi 27 octobre 2010

Imaginaire

9782755700954Un matin d'Avril 1976, le monde bascule pour Harry, 10 ans, et son petit frère, dit le Lutin, 5 ans, tous deux fils d'un avocat et d'une universitaire. Raison : parents dans le collimateur de la junte de Videla qui, le 24 Mars, vient de renverser le gouvernement d'Isabel Peron, la troisième épouse du celèbre président Peron.

Sortie de classe en plein cours sans repasser par la case maison, la famille s'installe à la campagne, non loin de Buenos Aires, dans une planque. Une nouvelle vie de quelques semaines commence alors, nouvelle identité pour tous, nouvelle école pour les enfants, répétitions de stratégie "branle-bas de combat" en cas d'urgence, questions réponses, correctes incorrectes....

Mais autour de quoi tourne le monde quand on a 10 et 5 ans ? Ses séries télé, ses copains, ses magazines, ses jeux pour l'un, son doudou Dingo, son pyjama, son Nesquik, sa tasse à bec verseur pour l'autre... Ouf, presque tout cela peut se racheter, sauf les copains évidemment. Même la vieille 2 CV tient le coup, ce qui permet quelques escapades, loin de là, chez les grands-parents.  La vie reprend son cours même si la situation ne fait qu'empirer pour la liberté des adultes jusqu'au jour où la planque n'est plus sûre et où les parents doivent se résoudre à mettre les enfants à l'abri.

" La dernière chose que papa m'a dite, le dernier mot que ses lèvres m'adressèrent fut : "Kamchatka". Il m'embrassa en me piquant avec sa barbe de plusieurs jours et il monta dans la 2 CV. La voiture s'éloigna sur le ruban ondulant de la route, une bulle verte qui apparaissait et disparaissait avec chaque colline, de plus en plus petite, jusqu'à ce que je ne la vois plus. Je restais là un moment, la boîte de Risk sous le bras, avant que grand-père pose une main sur mon épaule et dise on rentre.  Et ce fut tout."

Ne vous fiez pas à ces premières lignes qui pourraient vous faire croire qu'on va tomber dans le pathos. Il n'en est rien. Grâce aux ressources dont savent faire preuve les enfants, Harry, le Lutin toujours dans son sillage, va traverser ces quelques semaines en s'appuyant sur ce qui a toujours fait son univers, les superhéros, le jeu Risk, le feuilleton Les Envahisseurs, dont père et fils sont fans, et Harry Houdini, le célèbre magicien évasionniste, dont il découvre les exploits dans un livre abandonné sur une armoire sans doute par les précédents occupants de la maison, et dont il se met en tête d'égaler les exploits.

Beaucoup d'humour vous attend malgré la gravité du sujet. J'ai adoré le choix de la nouvelle identité de la famille, le père devient David Vicente, hommage aux Envahisseurs, le Lutin choisit Simon, comme Simon Templar, faut dire que le petit fait une fixette sur les saints, et Harry, comme Harry Houdini. La mère deviendra Flavia mais ne veut pas donner la raison de son choix....

De l'originalité dans la présentation du roman dont les parties se décomposent comme les heures d'un emploi du temps d'écolier en écho aux changements que tous vont rencontrer.

"Première heure ; Biologie n.f. - Science qui a pour sujet les êtres organisés."

Des références à la mythologie et ses héros, au cinéma, aux grandes questions de l'univers, des portraits drôles et touchants comme seuls les enfants peuvent en faire (la grand-mère Mathilde est hilarante et la relation qu'Harry noue avec Lucas Tout Court, jeune clandestin qui rejoint la famille à la campagne, très émouvante). Bref une délicieuse parenthèse avant la tourmente, se dire l'essentiel, se dévoiler, oser, Risker imaginer un ailleurs et un avenir, loin là-bas comme au Kamchatka sur le plateau d'un jeu.

Un joli roman d'initiation qu'il ne faut pas laisser passer. Le narrateur sait nous faire partager avec justesse et pudeur les ressentis des enfants, tout en sous-entendus, mêlant habilement au passé son regard d'adulte. Je souhaiterais que  l'imaginaire soit encore ce qu'on ne peut ôter aux hommes.

Rappelons que le coup d'état de Mars 1976 a vu rester au pouvoir la junte jusqu'en 1983. La répression a fait 30 000 disparus, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés pour 30 millions d'habitants et 500 bébés kidnappés aux desaparecidos (sources 2002). Et les Mères de la place de Mai manifestent depuis 33 ans avec une seule question " Donde estan ? ". Celles de Flavia et de David Vincente sont ou ont sans doute été parmi elles.

Message personnel au cas où ses yeux tomberaient sur ces lignes : Elsa Nani, professeur d'espagnol qui a, elle aussi, quitté l'Argentine, elle m'a fait découvrir pêle-mêle Mafalda, le maté, le tango, Garcia Lorca, Guernica et les anarchistes espagnols. Elle m'a aussi donné le goût des voyages et appris à revendiquer différence et originalité. Elle a marqué à jamais mon adolescence. Un précieux tuteur, selon la formule consacrée de Cyrulnik. Merci à elle où qu'elle soit aujourd'hui.

Kamchatka     Marcelo Figueras     Editions du Panama

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vendredi 22 octobre 2010

Monologue d'une bibliothécaire

full_89Elle n'en peut plus cette bibliothécaire sur le retour, coincée dans son rayon géographie au sous-sol de sa bibliothèque de province, et où quasiment personne ne lui demande rien. Un matin, elle y trouve un homme enfermé là la veille au soir. Trop contente d'avoir quelqu'un sous la main pour l'écouter s'épancher sur les rancoeurs et ressentiments accumulés depuis des années.

Les vannes ouvertes, la logorrhée s'écoulera n'épargnant personne. Les auteurs, les lecteurs, les collègues, l'Histoire, la culture, l'amour, et elle aussi, avec sa névrose, sa solitude, ses révoltes et ses rêves...

64 pages pour un simple moment d'égarement, un délicieux "accès de fanfaisie".

" Moi aussi j'ai des angoisses. Cela ne se voit pas forcément, je sais me tenir, hein, mais j'en ai un paquet. La pire, c'est l'angoisse de la fantaisie. Elle m'assaille sans cesse. Il suffit que je vois un livre mal enfoncé dans une étagère, un peu de travers, un peu différent, un peu trop joli, un peu trop attirant, comme celui là-bas, pour que... J'ai peur qu'il tombe, j'ai peur qu'on le remarque trop, je ne parviens plus à me concentrer... ni à parler... avant d'avoir... Excusez-moi... Il faut que je le remette à sa juste place. Voilà. On ne le remarque plus. Il allait tomber, vous êtes d'accord ? Peut-être que j'exagère. Je suis un peu stressée par tous ces livres à ordonner, et en même temps ça me calme d'être ici."

 

La cote 400     Sophie Divry     Editions Les Allusifs

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samedi 16 octobre 2010

Vous allez bientôt vous réveiller

9782742792221Sans aucun doute, l'auteur de ce blog a dû croiser un tel personnage pour rester silencieuse aussi longtemps... De longs mois passés à flotter entre turbulences immobilières, affres familiales alzheimeriennes et remous syndicalistes, et qui la voient, fidèle à son habitude de ne rien faire comme tout le monde, sortir de son hibernation bloguesque à l'heure où l'hiver pointe son nez... Gageons qu'elle risque de ne pas être des plus constantes encore pendant quelques temps.

Il faut dire que ce bouquin, loin de vous détendre, vous file des sueurs froides mais vous scotche cependant inéluctablement, incapable que vous êtes de cesser de tourner les pages. Vous êtes tout juste bon à vous relever dans la nuit afin de vérifier que votre porte est bien fermée, surtout quand vous connaissez l'univers de la psychiatrie...

Passant outre quelques invraissemblances, l'écriture, presqu'exclusivement au présent, vous engourdit sournoisement, vous balade puis vous enfonce dans des contrées obscures d'où de brusques poussées d'adrénaline vous réveillent brutalement. Mais on s'y fait. A la fin, même pas peur !

On n'attend plus que la seconde enquête de Joona Linna.

L'Hypnotiseur   Lars Kepler   Editions  Actes Sud Noirs

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