L'envers du décor
Prétendument envoyé d'Athènes, Hermès Diaktoros débarque sur l'île de Thiminos, pour assister la police locale afin d'élucider le meurtre d'une jeune femme retrouvée au pied d'une falaise.
Surprise, l'affaire est réglée et enterrée. Point de rapport d'autopsie, point de dépositions, on a conclu à un suicide, et Hermès est prié de renfiler ses sandales ailées et de s'envoler vers d'autres horizons.
Il n'en faut pas moins à ce drôle de personnage pour s'incruster.
"Depuis la mer, l'île de Thiminos apparaissait pour ce qu'elle était: un énorme rocher à la base tellement errodée par le ressac qu'il semblait flotter, porté par les vagues de la mer Egée. La plupart des côtes étaient des falaises abruptes; les autres, en pente plus douce, offraient un mélange de rocaille et de terre poussièreuse. Il n'y avait pas grand chose hormis quelques pins noirs plantés à des angles improbables dans le flanc de la montagne et des buissons épineux cachés entre les rochers. Pourtant, ça et là, quelques éléments colorés surprenaient le regard: sur une plage déserte, une minuscule chapelle blanche était entourée d'un jardin de plantes vivaces aux fleurs fuchsia."
Toujours aimable, trimballant en permanence un fourre-tout dont il tire un tas de choses plus hétéroclites les unes que les autres, notamment des cigarettes "Santé", entre nous soit dit elles sont infectes mais leur emballage est kitsch à souhait, chaussé de ses baskets blanches qu'il entretient avec une maniaquerie digne d'un vieux garçon, Hermès Diaktoros va parcourir l'île de fond en comble et tirer les vers du nez de ses habitants qui n'apprécient guère la manoeuvre !
Ce roman policier n'en est pas vraiment un, enfin au sens classique du terme. D'où mon avis mitigé.
Je n'ai pas un goût prononcé pour la tragédie amoureuse et le sens de l'honneur de la famille, ni pour l'hystérie machiste méditerranéenne. Il est beaucoup question de tout cela dans ce livre, et on rigole pas avec ces trois piliers de la culture héllénique.
Cependant j'aime la Grèce, ses îles et ses habitants. J'ai eu la chance d'y vivre deux ans. J'y ai donc connu les quatre saisons et leurs psychodrames !
L'été, c'est le grand melting-pot, les hommes trinquent dans les tavernes, les femmes triment, tout le monde sourit à tout le monde, business oblige et orchestre tout ... Puis l'été et les touristes passent. De septembre à novembre, c'est le paradis, presque plus de touristes, tout refleurit, la chaleur est douce, et on se dit qu'on pourrait finir ses jours ici...
Mais quand décembre arrive avec ses pluies continues et les premiers froids, les tempêtes repeignent le turquoise de la mer en gris acier, les petites maisons blanches et fraîches se transforment en petits chez soi froids et très humides, les pittoresques ruelles en pentes charrient boue et déchets divers, le "supermarket" est régulièrement en rupture de stocks (surtout si vous n'êtes pas du coin, ou alors les prix gonflent et dégonflent mystérieusement, c'est de bonne guerre !), les hommes partent en mer pour des périodes plus ou moins longues, où s'ils restent à terre, ils s'ennuient et traînent au kafénéon; les femmes triment, encore, mais à l'intérieur, et dépriment entre deux messes et dix commérages.
Car l'hiver, sur les petites îles, il n'y a RIEN à faire, si ce n'est ATTENDRE.
Attendre le ferry hebdomadaire, seul événement qui apporte un peu d'animation, ainsi que quelques colis espérés; attendre le retour des hommes; attendre des journées ensoleillées entre deux semaines de pluie, afin de s'oxygéner et de faire sécher les fringues; attendre que ça passe, tout simplement, en bouffant, en picolant, en fumant, en rigolant, en s'engueulant et en s'occupant de ce qui se passe chez le voisin. (Et en lisant aussi, me direz-vous, non ?. J'avoue que parfois on se lasse de tourner des pages gondolées, tout de vêtements humides vêtu et sous des couettes du même acabit !). Bref, attendre le retour du printemps devient une obsession, si on ne craque pas avant.
On retrouve tout cela dans ce bouquin, et c'est ce qui m'a plu.
De la pure tragédie moderne qui colle de près à la réalité, mais mâtinée d'un brin de fantaisie.
Et le rôle de ce curieux inconnu, venu semer la zizanie dans cet univers clos, se dévoile peu à peu.
Un livre pour qui a envie de connaître l'envers du décor estival égéen, et pour les amoureux de la Grèce.
L'inconnu d'Athènes Anne Zouroudi Editions Gallimard
(paquet d'origine !)
Commentaires sur L'envers du décor
des livres sur la grece j'en ai lu plusieurs qui m'ont embalee ! j'adore le paquet de cigarettes (SANTE : c'est pas un nom pour une clope, franchement !)
Je suis allée en Grèce avec le lycée. Un bon souvenir. Mon premier voyage sans mes parents. Bises Mous !
Ah ben voilà c'est malin maintenant j'ai affreusement envie de le lire et de m'ennuyer dans les iles en attendant le printemps (bon le temps d'un livre certes c'est de la triche
)
MAgnifique billet Mous....
Ma grand-mère fumait des Karelia quand elle était plus jeune (j'en ai beaucoup fumé aussi) mais le paquet était beaucoup moins spectaculaire
![]()
S'il s'appelle Hermès, je craque !
je crois bien que je vais le lire !
Merci pour ce petit voyage en Grèce que tu offres là !
Ce que tu décris me fait penser à un livre : "La Joueuse d’échecs de Bertina Henrichs".
L'histoire se passe dans une île Grecque, on n'y parle des femmes, entre autres. Il pourrait te plaire.
@F@b,je crois même qu'elles ne sont plus en vente,c'est peu dire ! En attendant ta critique, bonne lecture,je suis sûre que ça te plaira !
@Belle,pour un premier voyage,c'était une belle destination. Bonne soirée !
@Yueyin,merci ! Je n'aimais pas le goût des Karelias mais quand je sens leur odeur, je sais que je suis bien en Grèce !
@Cathulu,aurais-tu envie d'une paire de sandales ailées garanties non polluante ou d'un petit sac bcbg ?!
@Sylire,oui je l'ai lu et bcp aimé.
moustafette.canalblog.com/archives/2007/04/10/index.html
C'est excellemment raconté, Moustafette, cette ambiance des îles grecques en hiver (je ne connais la Grèce hivernale que par une amie). Cela ne donne pas envie de partir en Grèce, mais ça donne envie de partir dans ce livre. J'espère que le roman la racontera aussi bien que vous.
@George F,beaucoup mieux sans conteste !
Tu m'as donné envie de le lire... J'ai un souvenir totalement touristique et très agréable de la Grèce, et je réalise soudain que je n'ai aucun roman sur les réalités de ce pays !
@Webdouwap,ce livre te donnera un très bon aperçu d'une autre réalité des îles.
Mous, je l'ai fini aujourd'hui et je me suis régalée... le côté petite ile grècque en hivers au quotidien mais aussi cette espèce de loi du silence autour d'un code de valeur qui semble aussi contraignant que archaïque et puis cet étrange personnage... dis moi c'est moi qui rêve où il ne s'appelle pas Hermès pour rien... sa capacité à sortir juste le bon objet de son sac, ses sandales ailée, son refus de faire même le plus petit signe d'obédience à l'église... je en sais pas... mais ça m'a fait gamberger... en tous cas merci mille fois
je te le renvoie cette semaine
Yueyin,les dieux semblent tjs parmi les Grecs. Et ce climat dramatico-hystérique persiste dans les petits univers clos que sont les îles; j'ai assisté à qq "représentations" in-vivo !!!
Contente que tu aies aimé.
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