Le Souk de Moustafette

Un no man's land où farfouiller, papoter, se régaler, rigoler de tout, de rien, mais toujours un livre à la main...

lundi 19 mai 2008

Le poids des hommes

9782070355570L'histoire débute en 1952 alors que la mère du narrateur (Pavel), médecin urologue, est appelée auprès de Staline afin de soulager les douleurs du Vodj par des techniques peu orthodoxes dont elle a le secret. Evidemment, ce qui devient une protection certaine exige quelques concessions, comme par exemple celle de quitter son mari...une broutille !
Heureusement, le petit père des peuples a la bonne idée de mourir l'année suivante, ce qui permet à la mère de Pavel de retrouver son mari, mais de perdre aussi son poste dans la capitale soviétique.

"Elle ne m'a jamais parlé de ses retrouvailles avec mon père. L'un et l'autre sont restés de bons communistes. Le retour à une vie ordinaire après avoir été supplicié était normal pour l'époque. Comme il l'était de ne pas tenir rigueur au régime. La dérive de certains n'assombrissait en rien le projet révolutionnaire et la foi qu'on avait en lui. Peu d'homme étaient alors capables d'ajouter à la souffrance de la torture celle de la désillusion.
Alors que les premiers sous-marins nucléaires appareillaient, mon père a été muté dans une base de la mer de Barens pour assurer le suivi technique de la flotte nucléaire. C'est là que je naquis en 1957."

Et l'histoire se termine quelques quarante ans plus tard, sur le destin tragique d'un sous-marin nucléaire, sur lequel Vania, le fils de Pavel, effectue sa première plongée lors de grandes manoeuvres de la Flotte du Nord.
Entre les deux, nous suivons le destin de deux hommes.

D'abord celui de Pavel, qui se débat entre sa femme diminuée suite à un traumatisme cranien, sa fille prise dans la nouvelle frénésie médiatique, ses vieux copains convertis au libéralisme de façon parfois radicale, les tractations avec le représentant de l'état suite au décès de Vania, son deuil et ses propres répères qui se brouillent. A quarante quatre ans Pavel change de vie. Il négocie sa mise en retraite anticipée, investit l'argent donné par l'état, prend une maîtresse mais s'accroche à ce bout de terre sibérienne où la dureté de la vie forge le carctère des hommes.

"Il nous arrivait de dormir à l'isba ou de nous improviser un campement de fortune dans des lieux plus reculés où nous ne rencontrions jamais personne. Il n'est pas rare qu'un couple se dise seul au monde, mais là nous l'étions pour de bon dans ces étendues sans fin où la nature paraît à son avantage, cachant sa maladie comme une vieille femme autrefois coquette le fait de son déclin."   

Parallèlement, nous suivons l'ascension d'un petit agent du KGB qui finira à la tête du pays et qui, comme tous ses prédécesseurs, aura peu d'états d'âme lorsqu'il s'agit de choisir entre le pays et les hommes. Patrie, empire ou fédération, selon les époques, peu importe, la règle du jeu est toujours identique, la valeur humaine est quasi nulle et seuls importent le pouvoir et la force lancés à la face du monde occidental.

Des petites histoires "sans importance" sur trois générations pour nous brosser la grande Histoire.
Un découpage en règle du fonctionnement paranoïaque d'un régime et les conséquences inéluctables sur les hommes qui y sont soumis.
Un mélange habile de fiction et de réalité.
Une construction originale et des personnages attachants de fragilité.
Conclusion, un livre à recommander sans hésitation.

Si vous avez du temps, cette vidéo , un très bon documentaire pour compléter la lecture, avec la voix de Bernard Giraudeau en prime.
Et l'avis de GAMBADOU.

Une exécution ordinaire     Marc Dugain     Editions Folio

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Posté par Moustafette à 07:17 - SOUK AUX LIVRES - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Nous l'avons à la bibli ! Mais il ne me tente pas trop !

Posté par BelleSahi, lundi 19 mai 2008 à 08:23

J' ai souvent du mal avec la russie :-(

Posté par La Pyrénéenne, lundi 19 mai 2008 à 09:44

J'ai bien accroché dans la 1ère partie, mais ensuite je n'ai pas aimé ce découpage. Du coup je n'ai même pas eu envie de le chroniquer sur mon blog.

Posté par Mireille, lundi 19 mai 2008 à 10:56

Les romans de Marc Dugain font souvent l'unanimité, mais je n'en ai pas encore lus !

Posté par cathe, lundi 19 mai 2008 à 11:17

c'est dommage que je ne connaissais pas ton blog il y a 1 mois (avant mon voyage en France), j'y aurais surement trouve des idees !
a partir d'aujourd'hui, je te suis
Geia sou ;-)

Posté par F@bF@b, lundi 19 mai 2008 à 12:53

Le sujet de ce livre m'intéresserait beaucoup (l'histoire de la Russie m'a toujours attirée) mais j'ai peur de trouver ça un peu lourd... je note donc pour un moment où ce genre de lecture me tentera davantage.

Posté par Karine, lundi 19 mai 2008 à 15:29

Livre de Marc Dugain

Bonsoir à tout le monde, Ton commentaire tombe à pic Moustafette, je suis en train de terminer la lecture de "la malédiction d'Edgar" (l'histoire des -accroche-toi !- USA vu depusi les intrigues du FBI, d'après doc d'archives). Très bien écrit, prenant ! Un auteur de qualité que je continuerai de découvir avec ce titre que tu conseilles aujourd'hui !

Posté par propanette, lundi 19 mai 2008 à 20:35

@Belle,tu préfères les petits bateaux qui vont sur l'eau...et qui font rêver !
@Véro,j'ai vu que tu étais en plein dedans et pas dans le plus gai, ni le plus chaud...(je l'ai dans ma pile et j'en repousse tjs la lecture!)
@Mireille,j'aime bien les récits "aller-retour" donc cela ne m'a pas génée.D'une façon plus générale, j'ai trouvé que c'est une bonne analyse romancée du fonctionnement des gouvernants de ce pays.
@Cathe,j'avais lu et aimé "la chambre des officiers". J'apprécie quand il y a un fond historique derrière la fiction.
@F@b,j'espère que tu trouveras des idées de lecture à ton goût. Entre le Souk et la longue liste de lecteurs compulsifs cités à droite,tu devrais trouver ton bonheur !
@Karine,c'est un roman avant tout,l'analyse politique est succincte mais bien vue, et cela donne au final une lecture très digeste.
@Propanette,en refermant celui-ci je m'étais dit que je tenterais bien "la malédiction d'Edgar",histoire de me faire du mal!!! Et effectivement cet auteur semble doué pour une certaine politique-fiction.

Posté par Moustafette, lundi 19 mai 2008 à 23:10

Ben oui c'est vrai j'avoue.

Posté par BelleSahi, mardi 20 mai 2008 à 13:00

Ca fait envie!

Posté par chiffonnette, mercredi 21 mai 2008 à 19:39

A priori je n'étais pas tentée mais meintenat et bein euh si ! ce que tu dis des personnages et de la façon de croquer un pays et une époque me plait tout à fait, hop je note...

Posté par yueyin, mercredi 21 mai 2008 à 23:21

@Chiffonnette,Yueyin,eh bien ne résistez pas !

Posté par Moustafette, jeudi 22 mai 2008 à 21:09

Depuis que j'ai lu "La chambre des officiers", j'avoue un faible pour cet auteur qui a beaucoup de talent. J'ai repéré celui-ci dont le sujet m'intéresse, mais aussi "La malédiction d'Edgard" sur la CIA. Cela fera un bon compromis entre l'Est et l'Ouest :o)))

Posté par Nanne, jeudi 29 mai 2008 à 21:41

@Nanne,je suis aussi tentée par "Edgard", et je pense que celui-ci te plaira.

Posté par Moustafette, vendredi 30 mai 2008 à 11:23

Bonjour, j'ai dit le bien que je pensais le 08/02/07 du roman de Dugain qui a su faire un savant mélange entre la fiction et la réalité tant au niveau de l'histoire qu'avec les personnages. J'attends le film avec Dussolier dans le rôle de Staline. Bonne fin d'après-midi.

Posté par dasola, jeudi 14 mai 2009 à 17:09

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