Le Souk de Moustafette

Un no man's land où farfouiller, papoter, se régaler, rigoler de tout, de rien, mais toujours un livre à la main...

dimanche 27 janvier 2008

A votre kirghiz !

djamSeït a treize ans en 1943, et il se souviendra longtemps de cet été là.
Tous ses frères sont partis défendre la Patrie. Si le nomadisme des tribus d'Asie centrale a cessé depuis déjà quelques années, les familles vivent encore selon les lois ancestrales.
C'est en qualité d'unique fils resté auprès des siens, qu'il se retrouve à veiller sur Djamilia, la très jeune et rebelle épouse de son frère aîné.
En ces années de guerre, il faut atteindre le plan drastique décrété par les soviets afin de nourrir les troupes. Femmes et enfants travaillent au kolkhoze, ainsi que les soldats convalescents revenus au village.

C'est ainsi que Seït et Djamilia font connaissance et équipe avec Danïiar, jeune Kazakh solitaire, rêveur, taciturne et encore tourmenté par les années passées au front.
Seït, à peine sorti de l'enfance, a dû arrêter l'école et la peinture pour laquelle il montre de grandes dispositions. Veillant jalousement sur Djamilia, Seït n'en est pas moins fasciné par Danïiar, son mystère et sa voix envoûtante.
Sous les yeux de l'adolescent qu'il devient, et dans le décor somptueux qu'offrent les montagnes kirghiz et la plaine kazakh, il va être l'unique témoin et complice de la relation qui se noue entre ses deux compagnons de labeur.
Débordé par les émotions et les sentiments qui l'agitent mais qu'il ne sait identifier et encore moins nommer, la nature et le dessin seront ses seules voies de salut.

"Là-bas, au-delà de la rivière, quelque part au bord de la steppe kazakh, comme la bouche d'un tandyr (four) brûlant, flambait langoureusement le soleil vespéral de la moisson. Il s'enfonça lentement derrière l'horizon, trempant d'une lueur d'incendie de petits nuages friables sur le ciel et jetant ses derniers miroitements sur la steppe mauve, déjà couverte en ses bas-fonds par le bleu de ténèbres précoces."

J'ai eu un coup de foudre pour cette longue nouvelle et pour Seït, son jeune narrateur.
Outre l'aspect historique et ethnologique, cette balade en Asie centrale est un hommage vibrant à la terre.
Seït y ancre sa fierté de petit homme, mais la beauté brute des éléments et les parfums portés par les vents brûlants de la steppe lui permettront aussi de s'aventurer dans des territoires plus intimes.
Ce gamin est craquant de naïveté et c'est avec tendresse qu'on l'accompagne jusqu'à la découverte du sentiment amoureux. Sur le chemin du grandir, on n'a pas envie de lui lâcher la main, mais pourtant il faudra bien.
Grâce à ses couleurs et ses pinceaux, il trouvera seul la ressource de transformer sa souffrance.
C'est ce qu'on appelle l'art, et il vient de le rencontrer...

Pour ARAGON, qui a participé à la traduction et en signe la jolie préface, "c'est la plus belle histoire d'amour du monde".
Je ne suis pas loin de penser de même. C'est aussi un très beau portrait de femme libre. Et cette lecture fait un bien fou après les méandres nombrilistes dans lesquels je me suis fourvoyée il y a peu... C'est tout ce qu'il me fallait pour me purifier l'esprit !

Un petit tour au Kirghizstan ?  C'est ICI et vous en saurez plus aussi sur cet auteur.

Djamilia   Tchinghiz Aïtmatov   Editions Folio

2848b 

Posté par Moustafette à 12:18 - SOUK AUX LIVRES - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je vais le noter pour le jour où j'aurai à nouveau envie de faire un tour en Asie centrale.

Posté par Naina, dimanche 27 janvier 2008 à 13:16

Je ne l' aurais sûrement pas choisi spontanément mais ... j' avoue que tu me donnes envie ;-)
Quant à café-café , puisqu'il n' y pas l' air
d' avoir d'autres amateurs , je te le renverrai en début de semaine ...
Bon dimanche !

Posté par La Pyrénéenne, dimanche 27 janvier 2008 à 13:17

Il est dans ma PAL depuis bien longtemps. Je vais le faire remonter dare-dare.

Posté par Françoise, dimanche 27 janvier 2008 à 13:30

Je note.... bien sûr !

Posté par sylire, dimanche 27 janvier 2008 à 13:30

@Naina,tu aimeras j'en suis sûre !
@La Pyrénéenne,je te souhaite autant de plaisir qu'avec le café, mêm si c'est très différent.
OK pour le retour du petit chouchou !
@Françoise,en plus il se lit très vite.
@Sylire,je m'en doutais !

Posté par Moustafette, dimanche 27 janvier 2008 à 16:41

Comme toujours tu donnes très envie de lire ce livre !

Posté par BelleSahi, dimanche 27 janvier 2008 à 20:04

Hum, je note ce titre, merci ... A bientôt !

Posté par nath, lundi 28 janvier 2008 à 08:04

@Belle,ce jeune garçon d'attendrira sans doute.
@Nath,une belle occasion de découvrir ce pays.

Posté par Moustafette, lundi 28 janvier 2008 à 08:57

Pour ma part, j'avais trouvé "la plus belle histoire d'amour du monde" un peu survendue... ou alors mon côté fleur bleue n'a pas survécu au voyage ! ;-) Mais c'est un beau livre d'évasion, c'est certain.

Posté par Tamara, lundi 28 janvier 2008 à 17:53

J'avais également bien aimé cette lecture et j'en ai d'ailleurs également parlé sur mon blog ; c'est un peu loin maintenant mais la lecture en était bien dépaysante, mais l'amour n'a pas de frontière et est le même partout

Posté par RENNETTE, lundi 28 janvier 2008 à 20:23

En lisant ton billet, Moustafette, j'ai retrouvé un peu les paysages des "Cavaliers" de Kessel ... ou bien me suis-je complètement plantée ??? Dans tous les cas, je retiens ce livre pour la beauté des paysages d'Aise mineure o))

Posté par Nanne, lundi 28 janvier 2008 à 21:39

je note tout de suite ce livre qui me tente énormément.

Posté par Gambadou, lundi 28 janvier 2008 à 21:43

@Tamara,je crois qu'il ne faut pas prendre la formule au pied de la lettre. Je l'ai plus entendu dans le sens de la rencontre du jeune garçon avec lui-même et le monde des sentiments et de leur sublimation dans la peinture,mais peut-être que je me trompe.
@Rennette,et le premier chagrin d'amour, qui ne s'en souvient pas !?
@Nanne,tout à fait;et les paysages servent à merveille les émotions du jeune héros.
@Gambadou,à lire de préférence après un livre sombre ou tourmenté !

Posté par Moustafette, mardi 29 janvier 2008 à 14:44

Un coucou en passant !

Posté par BelleSahi, mardi 29 janvier 2008 à 15:24

Je viens tout juste de finir "la tournée d'automne" de Jacques POULIN et cet auteur est cité comme étant l'écrivain préféré du personnage principal du livre : "Il était tombé amoureux de tous les livres de cet auteur, dont il avait pourtant ignoré l'existence jusque-là". Je m'apprêtait à noter le nom de cet auteur quand je me suis souvenu que je l'avais déjà noté. Un nom pareil, cela ne s'oublie pas !

Une raison de plus pour moi de découvrir cet auteur !

Posté par sylire, mardi 29 janvier 2008 à 18:55

@Sylire, hé hé,tu m'intéresses et m'appâtes avec ce Poulin dont j'ai déjà lu de bonnes critiques; j'attends donc ton article doublement impatiente, car j'avais justement envie de découvrir moi aussi les autres écrits d'Aïtmatov.

Posté par Moustafette, mardi 29 janvier 2008 à 21:32

J'ai fait des fautes dans mon commentaire !!! On me pressait pour avoir l'ordi...
Mon article sur la tournée d'automne, ce sera pour jeudi ou vendredi.

Posté par sylire, mardi 29 janvier 2008 à 22:09

Voilà un livre plus que tentant, j'aime cette région du monde déjà, elle me fait rêver alors ce que tu en dis en plus, je craque !!!

Posté par yueyin, vendredi 1 février 2008 à 22:47

@Yueyin,une lecture fraîche et poétique !

Posté par Moustafette, samedi 2 février 2008 à 19:53

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