lundi 31 décembre 2007
Bad trip
Délire ou réalité, cette traduction du Livre blanc se veut une cosmogonie des petits peuples sibériens de l'Arctique.
L'auteur nous explique les circonstances assez rocambolesques qui ont présidé à la découverte de l'ouvrage sur l'île de Vaïgatch.
"Les tribus locales donnaient à Vaïgatch le nom de "Kheïdidia-no", ce qui signifie "terre sacrée (ou interdite)". Les aborigènes venaient même des contrées les plus reculées d'Asie polaire pour s'incliner devant les fameux objets sacrés.
La chasse, l'abattage des morses et la pêche étaient strictement interdits dans ces territoires. Ce tabou a perduré pendant des siècles et a commencé à être violé de façon systématique seulement dans les années 1950, à la suite de l'installation d'une base atomique soviétique dans l'ïle."
Le Livre blanc, composé de six chants, nous présente les figures emblématiques de la mythologie de ce peuple de la mer de Barents. Koutkh le corbeau qui vit dans le monde d'En-Haut. De son île céleste, il est aux premières loges pour assister au triste spectacle que lui offrent les hommes peuplant le monde du Milieu. Un jour, n'en pouvant plus, il décide d'envoyer le Libérateur Er Sogodokh, Oreille d'ours. Ce dernier est chargé de faire revenir l'ordre entre le monde du Milieu et celui des Ténèbres où vivent les morts toujours plus affamés.
Les chamanes font la navette entre les trois univers afin d'aider à ce grand nettoyage, genre pulp fiction à la sauce polaire, où les lances et les amanites tue-mouche remplacent allègrement les flingues et la cocaïne ! On dépèce, tranche, dévore, rote, fornique. La banquise change de couleur et prend des teintes révolutionnaires...
"A la fin, ils étaient complètement désespérés. Et lui, il continuait à les tuer. Il en avait déjà tué beaucoup. Des guerriers s'étaient sauvés. Tous les hommes s'étaient sauvés. Il a embroché deux hommes. Leur coupe la tête. Leur transperce la cervelle. Les agite au bout de sa lance. Il crie : Ne vous sauvez pas comme ça ! On peut se battre encore un peu !"
Le Petit Chaperon rouge et Barbe bleue ont l'air bien palichon à côté !
Entre tradition et parodie, l'auteur s'en est donné à coeur joie pour revisiter la Sibérie primitive.
Le Livre blanc Ilya Strogoff Editions Actes Sud

vendredi 28 décembre 2007
Virus suédois
La lecture de ce polar était programmée pour les vacances de Noël au coin du feu, voilà c'est fait ! Comme beaucoup, j'ai attrapé le virus qui, loin de m'assommer, m'a tenu éveillée jusqu'à quatre heures du mat.
Au personnage de Mikaël Blomkvist, j'ai préféré celui de Lisbeth Salander, sorte de Nikita cybernétique, qui aurait troqué sa spécialité ès armes à feu contre un diplome de hacking, niveau master 5 au moins !
Le haut degré d'asociabilité de cette Fifi brin d'acier bardée de tatouages et de piercings, limite autiste, et qui "par principe ne parlait pas avec la police", n'a pas été pour rien dans le sentiment de sympathie spontané qui me pousse à lui décerner le titre de l'héroïne de l'année.
"Ce jour-là, Lisbeth Salander était vêtue d'un tee-shirt noir avec une image d'E.T. exhibant des crocs de fauve, souligné d'un I am also un alien. Elle portait une jupe noire dont l'ourlet était défait, un court blouson de cuir râpé, ceinture cloutée, de grosses Doc Martens et des chaussettes aux rayures transversales rouges et vertes, montant jusqu'aux genoux. Son maquillage indiquait qu'elle était peut-être daltonnienne. Autrement dit, elle était extrêmement soignée."
L'auteur ayant lâchement abandonné ses personnages, je ne vais pas me précipiter sur la suite, histoire de faire durer le plaisir...
Comme en cette fin d'année je tire un peu ma flemme, je laisse la parole à VALDEBAZ qui nous fait ICI un résumé parfait de la situation et nous donne la liste des autres contaminés !
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes Stieg Larsson Actes Sud Noirs
jeudi 27 décembre 2007
Bon anniversaire !
à cette demoiselle de 40 ANS
mercredi 26 décembre 2007
Déboires russes !
En une quarantaine de nouvelles nous embrassons l'âme russe dans tout ce qu'elle a de fatalisme, d'absurde, de tragique et de drôle à la fois.
Les personnages de l'auteur ont bien retenu la devise de feu leur grand pays, "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !". Certes "Vodka, corruption et système D" pourrait en être le corollaire indispensable pour s'assurer une vie supportable, et générer des grands éclats de rire là où n'importe qui se tirerait une balle dans la tête !
"En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance." (Les Voisins)
Quarante-trois clichés, parfois très courts et répartis en six grands chapitres, pour brosser des portraits réalistes du peuple de la Russie profonde, pas les nouveaux riches moscovites, mais celui des travailleurs ou des petits chefs qui tentent de s'adapter, tant bien que mal, à l'évolution de leur pays. Les stygmates de l'étatisme et du communisme aidant, c'est pas une mince affaire !
"La tante Klava était une gardienne de la vieille école, experte en surveillance. Avant de travailler au foyer elle avait été ouvreuse dans un cinéma, et avant encore elle avait été responsable d'étage à l'hôtel Intourist. Sa figure n'exprimait jamais la moindre émotion, et sa réserve lexicale se limitait à deux phrases : "Où allez-vous ?" et "C'est interdit !". Mitia, qui n'était pas inscrit sur la liste des résidents du foyer, avait bien imaginé différentes ruses, mais sans jamais réussir à abuser la tante Klava. Enfin, si : un jour, il avait presque réussi." (Le Tank)
Les grandes interrogations existentielles concernent le quotidien (l'avenir se limitant souvent au lendemain), le fonctionnement de la machine à laver, l'absence d'éclairage et d'asphalte dans les rues des villages ou la bonne cohabitation entre voisins. La version russe de la réduction du temps de travail, la compréhension ou l'assimilation de concepts venus de l'Occident et l'entrée dans la société de consommation occupent suffisamment les personnages pour qu'ils évitent de se poser les questions primordiales : qui suis-je? où vais-je? dans quel état j'erre? .
Taïga Blues, titre original déjà évocateur, n'a pas perdu au change dans l'édition française. Cela aurait pu être un récit noir et désespéré. Au contraire, c'est avec humour et tendresse que l'auteur nous présente son pays et ses compatriotes.
Une évidence s'impose, seule une pénurie de vodka empêchera le monde russe de tourner...
Dernières nouvelles du bourbier Alexandre Ikonnikov Editions Points Seuil
mardi 25 décembre 2007
SOS Véto...
Que faire pour ce joli paon du jour trouvé tout à l'heure
dans le tas de bois ?
Il a les ailes un peu mal en point, mais il vole.
Comme je n'ai pas grand chose d'autre à faire
en ce jour de Noël,
je m'interroge :
Est-ce que ça hiberne ces petites bêtes là ?
Qu'est-ce que ça mange ?
Est-ce que leurs ailes se reconstituent ?
Dois-je le remettre dehors par ce froid ?
Si vous avez des idées...
MERCI !

à toutes et à tous
pour vos souhaits de Noël !
J'espère que cette journée
est douce et chaleureuse
pour tout le monde.
Un cadeau givré

tombé du ciel
Un plaisir d'ouvrir ses volets sur tout ce blanc !

lundi 24 décembre 2007


BONNES FÊTES TOUT LE MONDE !

dimanche 23 décembre 2007
EnSlovèneigement...
A première vue, titre et couverture avaient tout pour me déplaire. Mais la littérature slovène ne courant pas les rues et la 4ème de couv aidant, je me suis laissée tenter. Le résumé a très peu à voir avec ce qui suit, j'imaginais une autre histoire...
Parisienne d'adoption, Lila est revenue en Slovénie pour enterrer son père et prendre possession de sa maison au bord du lac de Bled. Elle ne doit rester que deux jours dans cette station thermale très kitsch de l'ex-Yougoslavie. A Paris l'attend Pierre, son mari, son grand fils Oscar, son travail, elle est "nez" chez un grand parfumeur, et Simone, sa vieille copine.
Bien sûr, rien ne se passera comme prévu.
A commencer par la maison de son père qu'elle ne voulait même pas visiter, mais où elle va s'installer et se couper de tout ce qui faisait sa vie d'avant.
"C'est une drôle de dame, pense-t-elle en approchant de la maison. On dirait une beauté fanée qui a déposé ses armes, une vieille excentrique qui ne se farde plus depuis longtemps. Avec une âme bohème et un goût pour l'essentiel venu sur le tard, se dit-elle en rentrant."
A continuer par ces curieuses rencontres, d'abord l'inconnu ivre à la vieille BMW, puis Nast le Roumain, vieux dandy et maître d'échecs, qui se cache et qu'elle retrouve régulièrement pour boire un verre dans l'ancienne villa de Tito transformée en hôtel; et surtout Sergueï, le médecin du dispensaire, solitaire et un brin désabusé.
Il y a aussi la lecture d'un manuscrit, "Un coeur de trop", découvert dans l'armoire paternelle, et le chat qui reprend sa place dans la maison... Et enfin la neige qui fait ressembler le lac, son îlot et son église, à un gros gâteau de sucre glace, et le gel qui pourrait figer et suspendre le temps.
A Paris, au même moment, Simone poireaute, se souvient de leurs années de jeunesse, nous raconte la vie parfumée de Lila, et râle un peu, car quand même, elle exagère Lila, tout plaquer comme ça, partir pour deux jours et s'absenter deux mois sans fournir la moindre explication...
"Depuis combien de temps ne se sont-elles pas retrouvées toutes les deux comme ce matin ? Simone et Lila, Lila et Simone, comme à la belle époque de la rue de Rennes... Les reines de la rue de Rennes. Leurs longs petits déjeuners à deux. Leurs thés, cafés, confitures... Croissants le dimanche ou un autre jour... Fleurs de temps en temps... La musique, toujours... Les histoires de train de Lila... Elle avait toujours quelque chose à raconter. Comme Simone avait toujours quelque chose à montrer. Ses dernières inventions, derniers dessins, dernières photos..."
Passée une légère déception, l'action ne se situant pas uniquement en Slovénie, je me suis laissée porter par ce récit à deux voix et j'ai cheminé avec plaisir sur cette passerelle tendue entre Ouest et Est. L'atmosphère "fin de règne", qui enveloppe Bled et ses habitants, colle à merveille à la parenthèse dans laquelle Lila s' enferme. J'adore ces moments de fêlure qui font basculer les vies, ces craquelures soudaines qui donnent la force de larguer les amarres et l'illusion d'un autre possible.
Mais fêlures et craquelures peuvent aussi se révéler dangeureuses, surtout sur la glace...
Sautez dans vos bottes et baladez-vous à BLED , et voyez si c'est pas romantique tout ça (cliquez à gauche sur panorame). J'irais bien y faire un tour...
Et ICI pour voir la diversité des paysages de ce petit pays qui va prendre la présidence de l'Union Européenne le 1er Janvier prochain; pour un peu d'Histoire, tournez ces pages.
Un coeur de trop Brina Svit Editions Folio
vendredi 21 décembre 2007
Plongeon irlandais
A la mort de son père, Imogen hérite d'une malle remplie de photos, de papiers personnels, journaux intimes, articles de presse, correspondance diverse.
Après quelques hésitations, elle se décide enfin à en entreprendre la lecture, espérant peut-être ainsi comprendre la disparition de son frère Johnny, survenue trente ans plutôt.
Comment ce nageur émérite a-t-il pu se noyer ? Imogen ne croit pas à cette mort accidentelle survenue alors qu'elle-même était internée dans une clinique psychiatrique, suite à un accès de mutisme soudain.
Nous plongeons avec la narratrice dans l'océan du passé familial. Et la pèche sera fructueuse car, si elle n'obtient pas explicitement la réponse à sa question, Imogen y trouvera cependant de nombreuses révélations concernant les générations précédentes.
Non-dits, secrets, traumas, répétitions, tout cela balaiera d'un éclairage nouveau l'absence de Johnny.
Entre deux plongées en eaux troubles, nous refaisons surface dans le présent pour entendre enfin ce qui a plombé la langue d'Imogen en 1970.
"J'ai une photo de Johnny prise l'année où il remporta le championnat scolaire interrégional de natation. Il n'a pas l'air triste. A dire vrai, il a un sourire satisfait. Je lui avais dit alors: "Regarde comme tu as l'air content de toi, imbécile.
- J'ai gagné, avait-il rétorqué. Pourquoi ne serais-je pas content de moi ?"
Mettez-lui un uniforme, avec sa casquette soigneusement serrée sous le bras droit, effacez l'air de contentement de son visage, et c'est le sosie de l'oncle Harry."
Sans trop de surprise quant à l'intrigue, l'auteur nous dépeint, d'une écriture limpide et sans aternoiements, l'Irlande puritaine où solitude et fuites sont les seules issues de secours face aux conventions et à l'enfermement qui en découle.
Un roman qui ravira aussi les amoureux(ses) des ambiances de bord de mer.
"J'habite aujourd'hui une maison coquette à Sandycove, sur une route qui mène à la mer. J'ai besoin de vivre près de la mer; je ne veux pas être dedans ni dessus, mais il m'est difficile de vivre sans son bruit, son odeur, sans les reflets du ciel, des nuages, de la nuit, des gris, des bleus, et j'aime le tumulte des tempêtes."
J'avais piqué cette idée de lecture chez CATHULU.
Ceci n'est pas un roman Jennifer Johnston Editions 10/18












