Le Souk de Moustafette

vendredi 17 août 2018

Tout fout l'camp

Ces deux-là vont pouvoir continuer à s'engueuler au paradis du Rythm & Blues

 

Matt Murphy a définitivement rangé sa guitarre le 15 juin dernier et la proprio du Soul Food Café vient aussi de tirer sa révérence. Reste plus que Dan Aykroyd, la musique, et ce film culte que j'adore.

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vendredi 10 août 2018

Mauvais esprit

plouezochaffeglise

Humour ecclésiastique de très mauvais goût ?
Mais où l'auteur de cette affiche placardée
dans une église a-t-il la tête ? !

plouezoh

Oui je sais je fais du mauvais esprit...
Moi je me suis laissée toucher par la beauté du lieu.

 

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dimanche 5 août 2018

Un petit coup de fraîcheur

41ko5dmVd5LEn Janvier 2017, une mission scientifique internationale s'installe dans la base Arctica dans la région de Thulé au Groenland. Scientifiques et chercheurs vont cohabiter pendant quelques mois et mener à bien leur mission de veille sur les conséquences du réchauffement climatique. Pendant ce temps, quelque part en Norvège, Luv Svenden, une biologiste, répertorie les hécatombes animales inexpliquées qui se multiplient depuis quelques décennies. Quand les membres d'Arctica découvrent, lors d'une sortie sur l'inlandsis, les cadavres d'un millier de boeufs musqués prisonniers du permafrost, Luv Svenden les rejoint.

"L'atterrissage à Kangerlussuaq au nord de Nuuk, la capitale du Groenland, ce désert de glace grand comme trois fois le France, a été des plus spectaculaire et mouvementé dans le blizzard et la nuit, l'aéroport bordant un bras de mer en baie de Baffin. Après avoir survolé en partie la banquise disloquée, flottant sur des eaux d'un vert sombre devenu aussi noir que du goudron dans cette obscurité, l'avion battu par le vent s'est posé d'abord sur une roue, puis sur l'autre, comme une oie maladroite."

Alors que débutent les analyses et émergent les suppositions sur ce qui a pu provoquer cette hécatombe, les scientifiques découvrent des statues de pierre inuites qui les toisent comme un sombre présage. Le lendemain, un premier chercheur disparaît. Commence alors une angoissante traque dans l'immensité de la nuit polaire. De son côté, le shérif Sangilak se souvient d'une autre époque marquée elle aussi par d'étranges évènements. Quels liens relieraient les disparitions avec le crash d'un bombardier nucléaire américain en 1968, la disparition d'un village inuit et le Camp Century, ancienne base secrète américaine construite dans les années 60 ?

Un roman un brin oppressant de par l'environnement et sa rudesse. Très convaincant, car s'appuyant sur des faits avérés, il donne à réfléchir sur les conséquences du réchauffement climatique qui voit le permafrost fondre en laissant remonter à la surface des éléments enfouis depuis des milliers d'années. Ne doutons pas que le malheur des uns, les locaux mais aussi tout l'écosystème planétaire, fera le bonheur des autres, les grandes firmes industrielles et pétrolières déjà dans les starting-blocks. Si j'ai moins adhéré à un autre aspect du récit qui concerne le sort réservé à certains membres de la mission, ce livre reste un bon thriller qui vient rafraîchir l'ambiance surchauffée de notre été. Un roman d'actualité puisqu'on a relevé ces jours-ci plus de 30°C dans le grand Nord...

"Ici, sous la glace, s'étend un véritable eldorado de diamants, d'or, de zinc, d'uranium, de fer, de terres rares.... Un marché gigantesque et juteux.". Mais pas que...

Boréal     Sonja Delzongle     Editions Denoël 

 

permaune

 Source  ICI  avec des liens intéressants

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mardi 31 juillet 2018

Juillet, c'est plié !

music_instr_020Déjà la fin d'un mois d'été où le Souk a tourné au ralenti sous le soleil. Je travaille et lorsque je suis en repos je fais quelques escapades dans ma nouvelle maison encore en chantier et sans internet, beaucoup de kilomètres aussi et le soir, je pique rapidement du nez sur mon bouquin... Mais je tiens particulièrement à remercier Madame lit qui, grâce à son Défi littéraire, m'a permis de découvrir un nouvel auteur colombien pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur. J'ai deux autres de ses romans sous le coude et j'attends avec impatience la sortie poche de "Le corps des ruines", paru l'an dernier. Juan Gabriel Vasquez sera je crois, pour moi, la découverte de l'année.

Pour conclure ce voyage dans une Colombie qui peine à retrouver la sérénité, j'ai trouvé ce petit morceau léger et entêtant, interprété par ces artistes de la jeune scène colombienne. J'avoue craquer pour le côté chabadabada sirupeux de cette mélodie aux allures de tube de l'été. En duo ici Juan Pablo Vega  etCatalina García.

 

En route pour la prochaine étape, l'Allemagne est au programme, une autre musique...

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lundi 23 juillet 2018

Colombinades

9782757836057Il y a de ça des lustres, mon premier véritable coup de coeur littéraire, fut je crois "Cent ans de solitude". J'ai hésité à le relire pour le mois consacré à la Colombie, peur de ne pas retrouver l'engouement  qui m'avait transportée à l'époque. Aussi ai-je jeté mon dévolu sur un auteur dont j'avais entendu beaucoup de bien à la sortie du présent ouvrage.

En 1996, Antonio Yammara, jeune avocat et professeur d'université, se lie d'amitié autour d'une table de billard avec un certain Laverde, homme mystérieux et taiseux dont on dit qu'il sort de prison. Un soir, ce dernier est assassiné en pleine rue sous les yeux du narrateur qui, lui-même blessé, va tenter quelques années après d'en savoir plus sur ce Laverde tout en gérant ses propres angoisses post-traumatiques. Aidé par la fille de Laverde, il remontera peu à peu l'histoire de cet homme dont la mort s'enracine quelques décennies plus tôt quand Pablo Escobar régnait en parallèle sur une Colombie qu'il mit bientôt à feu et à sang. La mort de Laverde risque bien de changer la vie d'Antonio qui vient de devenir père.

" Le bouleversement d'un passé qu'on pensait immuable est sans doute ce qu'il y a de plus difficile et de moins acceptable."

Que voilà un roman intelligent comme je les aime, mêlant petite et grande histoire. Cette plongée dans les années 70-80 est abordée sous un angle intéressant, loin des épopées sanglantes des cartels de la drogue, celui du quotidien d'un homme, Laverde, qui se retrouve à réaliser un rêve, à fonder une famille et à devoir choisir comment faire perdurer le tout. Il y est question d'amour, de transmission, de choix de vie, de disparitions et de mort (je vous laisse découvrir à quoi se réfère le titre), le tout sur un fond historique passionnant dont mes seules connaissances se résumaient aux bulletins d'informations de l'époque concernant la guerre des narcotrafiquants. J'ai énormément apprécié le talent de l'auteur à conjuguer la banalité des hommes et la tragédie de son pays pour laisser en héritage, à ceux qui n'ont pas connu cette époque, le soin de transformer ce fardeau morbide et crapuleux en élan de vie. Une bien belle et émouvante histoire, avec en prime, une balade parfumée et colorée entre Bogotá la montagneuse et la moiteur de la vallée du Magdalena.

"En lisant dans le hamac, j'éprouvais plusieurs sensations, certaines indéfinissables, mais j'étais surtout troublé de découvrir que cette histoire qui ne mentionnait pas mon nom parlait de moi à chaque ligne. Les émotions qui me gagnaient ont fini par se réduire à un terrible sentiment de solitude dont l'absence de motif apparent induisait qu'il était sans remède. La solitude d'un enfant."

Le bruit des choses qui tombent    Juan Gabriel Vásquez  (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

510Rp65PQ-LCharmée par le talent de Juan Gabriel Vásquez, j'enchaîne sur un second roman qui, cette fois, nous entraîne dans la Colombie du XIXe siècle. Miguel Altamirano, un personnage idéaliste et fantasque pris dans les remous des guerres civiles qui s'enchaînent en Colombie depuis l'Indépendance espagnole, décide de s'installer au Panamá, alors province colombienne, dans la ville de Colón où il fera la connaissance de son fils José, le narrateur parti à sa recherche. Le choix d'Altamirano n'est pas fortuit. C'est qu'à cette même époque, le début des années 1880, les travaux du canal de Panama sont en plein essor sous l'égide du célèbre Ferdinand de Lesseps. Fasciné par ce Français et son projet grandiose, Miguel se fait par voie de presse le porte-parole du Progrès et des avancées du chantier, toujours positives, destinées à rassurer les actionnaires. Il n'hésite pas à falsifier la réalité jusqu'au scandale qui vit s'arrêter les travaux en 1889 et Miguel courir à sa perte. La communauté française est très présente et c'est en son sein que José rencontrera son épouse, Charlotte. La débandade française qui succéda au scandale, les catastrophes naturelles, les maladies, laissent la ville de Colón exsangue et peu à peu désertée. Seul, José persiste à y vivre alors que se déclenche en 1899 1a guerre des Mille Jours qui voit s'affronter une fois de plus les libéraux et les conservateurs. Elle prendra fin en 1902. L'année suivante, l'Indépendance du Panamá sera acquise à coup de dollars par les Etats-Unis qui lorgnent sur le canal qu'ils achèveront en 1914.

"Ainsi passait le temps, comme on le dit dans les romans, et la vie politique faisait des siennes à Bogotá. Le président poète auteur de l'hymne glorieux avait juste eu à tendre le doigt pour désigner son successeur : don Miguel Antonio Caro, illustre spécimen de l'Athènes sud-américaine qui faisait d'une main des traductions homériques et de l'autre des lois draconiennes. L'occupation favorite de Miguel Antonio consistait à ouvrir les classiques grecs et à fermer les quotidiens libéraux. Et aussi à exiler tous azimuts."

Voici donc l'histoire que nous livre José Altamirano. S'il tient à le faire, c'est surtout pour rétablir une vérité et révéler la trahison dont il s'estime victime de la part du célèbre romancier Joseph Conrad, trahison qui porte le nom de Nostromo, roman paru en 1904. Conrad y raconte l'histoire du Costaguana, un état imaginaire caribéen, qui lui a été inspirée par le récit d'un exilé colombien...

"Aujord'hui, 7 août 1924, alors que dans ma lointaine Colombie on célèbre les cent cinq ans de la bataille de Boyacá, l'Angleterre pleure cérémonieusement et en grande pompe la disparition du Grand Romancier. Alors qu'en Colombie on commémore la victoire des armées indépendantistes sur les forces de l'Empire espagnol, ici, sur le sol d'un autre empire, on vient d'enterrer l'homme qui m'a volé..."

Tout au long de Histoire secrète du Costaguana plane l'ombre de Conrad, dont l'auteur nous distille des éléments biographiques répondant comme en miroir à ceux de José Altamirano. D'hypothétiques correspondances qui liaient inexorablement les destins des deux hommes jusqu'au dénouement final. Une jolie trouvaille littéraire de la part de l'auteur qui non seulement rend hommage au célèbre écrivain voyageur, mais se réapproprie son histoire et venge ainsi son héros, José Altamirano !

Mêmes éloges de ma part que pour le précédent titre présenté. Un auteur qui tourne résolument le dos au réalisme magique sud-américain pour plonger sous les oripeaux d'une réalité historique où se dissimulent à la fois la force et la fragilité des personnages, de la Colombie et de son peuple. J'en redemande !

Histoire secrète du Costaguana     Juan Gabriel Vásques     (traduit de l'espagnol par I. Gugnon) Editions Points

Lus dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

 

logo-madamealu

 

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mercredi 18 juillet 2018

Chlorophylle

Arbres-remarquables-du-Finistere_3913C'est à une promenade pleine de chlorophylle que nous convie cet album merveilleusement illustré de photographies actuelles ou d'époque, car nous partons à la rencontre de géants parfois multicentenaires. Un itinéraire de balades en forme de jeu de piste à travers le Finistère pour découvrir les plus beaux arbres qui, contre vents et marées et aussi contre bêtise humaine, résistent vaille que vaille.

Pas facile de résumer ce livre qui donne autant à voir qu'à lire. On y apprend qu'un des patriarches des arbres européens est un châtaignier de plus de 1200 ans  qui se trouve en pays bigouden à Pont l'Abbé. 20 mètres de circonférence en 1932, avant qu'un idiot de chasseur  n'y mette le feu en enfumant des terriers à sa base, cet arbre a bien failli mourir. Mais la résilience se rencontre aussi chez nos amis les arbres, et à ce jour il poursuit sa vie grâce à des rejets qui, s'ils limitent désormais sa circonférence à 14 mètres, n'en font pas moins un survivant remarquable. A Roscoff, un figuier de 1610, palissé sur 600 m² (vieille carte postale impressionnante), a été abattu en 1987 pour permettre la construction d'une résidence...

Du pays de Brest en passant par la Cornouaille, les monts d'Arrée et le pays de Morlaix, voici donc un complet inventaire de notre patrimoine arboré. Plus de 200 "Arbres remarquables" (labels hélas qui ne les protègent pas toujours) et 80 portraits magnifiques agrémentés d'histoires, de légendes et d'émotions. Une bonne idée de balades à venir afin de partir à la découverte de ces trésors, le livre à la main. Si certains sont visibles gratuitement, d'autres se trouvent dans des lieux privés. Les célèbres enclos paroissiaux en abritent beaucoup, ainsi que les forêts de Huelgoat et du Cranou, mais on peut les croiser aussi au centre des villages ou au détour d'un petit chemin de campagne. Et quel plaisir d'en reconnaître certains ou de découvrir ceux de son village dans cet ouvrage ! Je suis toujours contente de passer chaque jour devant "mes" deux chênes pédonculés et de traverser la forêt de Huelgoat au gré des saisons, j'avoue que cela va me manquer lorsque je quitterai d'ici quelques temps ce paradis vert pour un autre, plus maritime.

Dernièrement, les livres consacrés aux arbres ont le vent en poupe, et c'est tant mieux. S'ils pouvaient parler, ils en auraient des choses à nous raconter ! Et moi je remercie Hélène des éditions Locus Solus pour cet envoi ainsi que Babelio pour ce partenariat. Un joli partage.

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Les textes sont de Mickaël Jézégou et les photographies de G. Bernard, M; Jézégou et Y. Morhan, bravo à eux. Pour en savoir plus et découvrir si un livre identique recense les arbres de votre région, un blog à visiter Les têtards arboricoles.

Quelques mots de Pierre-Jakez Hélias pour terminer "Le tronc d'un arbre est une grosse corde, il y a même des noeuds dedans. Mais à chaque bout, les fils de la corde se desserrent et s'élargissent pour s'accrocher au ciel et à la terre. On les appelle des branches, en haut, et des racines, en bas. Mais c'est la même chose. Les racines cherchent leur chemin dans le sol de la même manière que les branches cherchent leur chemin dans le ciel."

Arbres remarquables du Finistère       Editions Locus Solus

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Dans mon village, les deux Médicis plantés en 1589 à la mort de Catherine.

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Mon arbre remarquable à moi ! Une graine de frêne que j'ai rapportée par inadvertance lors de mon déménagement de Charente-Maritime, il y a sept ans. Depuis, en mode bonzaï bien que je ne le taille pas, il grandit lentement mais sûrement dans une petite auge de pierre. Je pense le mettre en pleine terre à l'automne lors de mon prochain déménagement en espérant qu'il apprécie la transition.

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samedi 7 juillet 2018

La petite dame de Saint-Lunaire

51jKJYK95GLRetrouvailles avec l'auteure que je n'avais pas lue depuis Julius aux alouettes.

Jeanne Devidal est morte centenaire et a eu une vie bien remplie. Née à Brest en 1908, elle y vécut jusqu'à ce que les bombardements de la Seconde Guerre mondiale l'y en chassent et qu'elle s'installe avec sa mère à Saint-Lunaire, à l'ouest de Dinard.  En disponibilité des P.T.T afin de s'occuper de cette dernière, elles tiennent un commerce de bimbeloteries et souvenirs. Est-ce à la mort de sa mère en 1954 que la solitude pousse Jeanne à se replier sur elle-même et à s'enfoncer doucement dans une forme de paranoïa qui l'incite à se protéger toujours davantage de l'extérieur ? C'est fort possible, sans compter qu'elle atteint l'âge où se développe cette pathologie. Toujours est-il que Jeanne commence à ériger une forteresse entre elle et le monde, truelle à la main, elle élève, consolide, renforce, isole, ce qui n'est au départ qu'un simple pavillon. Allant jusqu'à construire un mirador, qui causera d'ailleurs sa perte, elle scelle dans les murs des trophées aussi divers que variés ramassés sur la grève. Si elle se fiche du plan d'occupation des sols, sa maison empiétant sur le trottoir, elle n'en est pas moins respectueuse de la nature, se refusant à abattre le tilleul du jardin qui se retrouve au milieu du salon... Protégée par quelques personnalités haut-placées, les plaintes du voisinage resteront lettres mortes.

"Dès qu'il a vu la maison, l'homme en a compris la nature, il en a su l'usage. Des murs pare-feu contre la barbarie des hommes, contre leur incurie, leur puissance destructrice. Des murs écrans, blindés. Une armure pour faire barrage à leur démesure."

Côté barbarie, Jeanne a eu sa dose. Déjà hantée par les images des bombardements brestois, elle connaîtra la torture par électrochocs lorsqu'elle tombera aux mains de la Gestapo pour faits de résistance, d'où sans doute son délire autour des ondes qui lui vaudra plus tard un séjour à l'HP. Elle déplorera aussi la disparition de ses frères pendant la guerre. Seule survivante de sa fratrie, elle préfèrera la compagnie des morts, "ses Invisibles", à celle des vivants. Et la nature lui apportera bien plus de satisfactions que la fréquentation des humains.

"Aujourd'hui, la femme laisse son jardin en jachère. Et il en va de même pour sa mémoire. La nature invasive y fera son oeuvre. Elle l'emmaillotera dans un cocon d'herbes folles cousu de liserons blancs. Linceul parfumé. Elle, matière évidée, consentante, mêlée aux essences des arbres. Le front oint d'une pincée de pollen pour unique bénédiction."

J'ai retrouvé avec délectation l'écriture poétique de Fabienne Juhel, mise au service d'un double portrait émouvant, celui d'une femme tour à tour forte, cheminant vaille que vaille, mais tout aussi fragile funambule oscillant sur la corde raide tendue entre deux mondes, le réel et l'imaginaire. Je suis toujours subjuguée par la richesse des entrelacs que tissent les personnes délirantes, tricotant de petits arrangements entre leurs traumas et notre réalité afin de s'adapter et de se protéger "d'un monde qui chavire".   L'auteure s'y entend à mêler les deux univers . Et comment rester insensible à cette femme donnant droit de préemption à la nature, capable de rester assise sous son tilleul, guettant pendant des heures la chute de la dernière feuille avant de les ramasser toutes ? Jeanne Devidal est morte jour pour jour il y a dix ans, sa maison n'existe plus, le tilleul non plus.

C'est certain, ces deux-là étaient faites pour se rencontrer...Un grand merci à Fabienne Juhel de nous avoir permis de faire sa connaissance en lui rendant un si tendre hommage.

La femme murée     Fabienne Juhel     Editions du Rouergue

"Mirador. Pour regarder dehors. Regarder l'or du temps se coucher dans les draps ourlés d'écume."

Un court aperçu de "l'oeuvre" de Jeanne Devidal

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samedi 30 juin 2018

Juin, c'est déjà la fin !

music_instr_020Exceptionnellement, un morceau de musique dont j'ignore le titre et l'interprète pour clôre ce mois de Juin consacré à l'Algérie, pays à l'honneur du Défi littéraire de Madame lit.

Le dernier livre chroniqué m'ayant entraînée du côté de la peinture et de l'Orientalisme, voici un florilège d'oeuvres, dont malheureusement les auteurs ne sont pas cités non plus, sur une très jolie musique. On y retrouve entre autres Delacroix, Renoir, Bridgman. Si ces peintures rendent hommage à la beauté des femmes algériennes, elles n'en véhiculent pas moins une idée fantasmée, un imaginaire masculin avide d'érotisme en ces siècles pudibonds. L'exotisme de l'Orient débride leurs désirs de femmes indolentes et lascives toutes vouées au plaisir de ces messieurs. Mais la vie des femmes était loin de n'être que paresse et attente, elles étaient peu à rester allongées sur des divans à fumer le narguilée, boire du thé ou faire de la musique à longueur de journée, comme ces instantanés pourraient le laisser croire... Reste que d'un point de vue artistique, ces peintures sont des réussites. Colorées, sensuelles et chaleureuses, elles invitent au voyage, c'était le but. N'oublions pas qu'afin de motiver l'engagement des hommes dans la guerre coloniale, les autorités ont vanté la nécessité d'apporter "la civilisation" à "ces terres vacantes, peuplées de sauvages paresseux et où des femmes aux moeurs relachées se languissent de plaisirs" (je cite de mémoire ces mots tirés du bréviaire historique sur l'état du pays remis aux soldats). Si ça, ça ne motive pas l'instinc de mâles conquêtes !..

 

Promenade en musique et peinture dans la Casbah d'Alger avant de traverser l'Atlantique et de débarquer en Colombie pour le nouveau Défi littéraire de Juillet.

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jeudi 28 juin 2018

Gynécées

51EzDS5uh-LAvis mitigé pour ce recueil de nouvelles. C'est un genre que j'affectionne assez peu et sur les sept, seules deux ont retenu mon intérêt. Je ne sais pas trop ce que j'attendais de ce livre, peut-être plus de modernité, mais c'était sans compter que la première édition date de 1980, augmentée ici d'un texte de 2002, et que l'auteure siégeait à l'Académie française. Si la langue est souvent poétique, le style ne m'a pas complètement séduite. La chronologie est un peu brouillonne, et malgré un découpage annonçant "Aujourd'hui" et "Hier", je me suis régulièrement perdue.

Justement, "La Nuit du récit de Fatima", texte de 2002, est un de ceux que j'ai le plus apprécié. Récit à trois voix, entre transmission et évolution, il pointe la répétition d'un traumatisme et la lutte de la dernière génération afin d'y échapper. La modernité apportée par la colonisation y collisionne avec les traditions.

" Magdouda, ma grand-mère, m''embrassa, me garda sur ses genoux : je me souviens encore de son odeur, de son teint presque noiraud, de ses grands yeux allongés et globuleux qu'elle noircissait de khôl soutenu... Je fixai enfin son tatouage bleu qu'elle avait entre les sourcils : une rosace raffinée qui la rendait étrange. Avec ses multiples foulards de soie mauve et orange, elle paraissait une vielle reine sauvage, venue je ne savais d'où..."

"Femme d'Alger dans leur appartement"  date de 1978. Y sont évoquées ces femmes qui ont participé à la guerre de libération et qui en gardent encore des séquelles dans leurs corps, mais aussi dans leurs esprits, entre stérilité et folie, la prison et la torture se sont incrustées durablement. Fatma qui fut, avant de devenir la vieille masseuse et porteuse d'eau du hamman, une de ses porteuses de feu, nous offre à la fois un récit émouvant de sa vie et de sa douleur. Mais c'est aussi l'occasion de nous plonger dans une savoureuse évocation du rituel des bains publics, à une époque seule sortie au-dehors autorisée pour les femmes.

" Où êtes-vous les porteuses de bombes ? Elles forment cortège, des grenades dans les paumes qui s'épanouissent en flammes, les faces illuminées de lueurs vertes... Où êtes-vous, les porteuses de feu, vous mes soeurs qui aurez dû libérer la ville... Les fils barbelés ne barrent plus les ruelles, mais ils ornent les fenêtres, les balcons, toutes les issues vers l'espace..."

Enfin, la postface intitulée "Regard interdit, son coupé", nous ramène en 1832 lorsque Delacroix séjourne brièvement à Alger et pénètre dans l'univers interdit des femmes. "Cette abondance de couleurs rares, ces noms aux sonorités nouvelles, est-ce cela qui trouble et exalte le peintre ?" Ce tableau sert de point de départ à une fine analyse de la claustration féminine, rôle du regard interdit à l'étranger, limité au père, frère, mari, fils, ou limité par le voile pour la femme s'aventurant à l'extérieur. Le "dévoilement", lui, équivaut à une mise à nu. "Une femme - en mouvement, donc "nue" - qui regarde, n'est-ce pas en outre une menace nouvelle à leur exclusivité scopique, à cette prérogative mâle ?" . Seule la figure de la mère est sans danger, corps sans jouissance, elle peut regarder et être regardée. Quant à la voix, entre chants et papotages seuls autorisés, elle se fit entendre à l'extérieur lors de la guerre et par le biais des récits des viols commis à leur encontre, soudant de façon illusoire les deux sexes avant que le silence envahisse à nouveau l'espace.   

"- Je ne vois pour les femmes arabes qu'un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d'hier et d'aujourd'hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. Parler entre nous et regarder. Regarder dehors, regarder hors des murs et des prisons !..."

Omniprésente dans ces nouvelles, la main mise de l'homme sur la femme, le père d'abord, présidant à la destinée des filles via des mariages précoces, les frères prenant le relais si besoin, et le mari, séducteur puis tyran. Cet univers oppressant d'enfermement et de parole castrée laisse des relents d'angoisse et d'amertume bien après avoir terminé ce livre, d'autant que s'impose à ma mémoire le silence de plusieurs tantes, pourtant nées en France mais mariées à leurs seize ans, contre rémunération, à des hommes inconnus d'elles et expédiées dans un pays dont elles ne savaient rien mais où mon grand-père retournait régulièrement. L'Indépendance fut également pour elles une libération ; divorce à la clef, elles regagnèrent la France avec une partie de leurs enfants et personne n'entendit jamais le récit de leur vie au pays de leur père, si ce n'est pour haïr les Arabes et voter FN...

Lu dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit

Femmes d'Alger dans leur appartement     Assia Djebar     Editions Le Livre de Poche

 

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lundi 25 juin 2018

El-Djezairi

103927_couverture_Hres_0Lorsqu'on évoque la guerre d'Algérie, on pense surtout à celle de la Libération, comme on la nomme de l'autre côté de la Méditerranée, occultant celle, bien plus lointaine, de la colonisation. C'est pourtant une période incontournable pour comprendre la génèse et ce qui en découla, c'est aussi une période qui m'intéresse à titre personnel. Comme le dit si bien René Char, cité en exergue par l'auteur,"Seules les traces donnent à rêver". Avoir des ancêtres nomades d'Oranie aiguise l'imagination mais laisse aussi pas mal d'interrogations surtout lorsque les descendants font table rase de l'histoire familiale. Donc je me prends à rêver que peut-être, au fil des pages de récits pré-coloniaux, je tomberais par inadvertance sur un nom propre qui serait mien, perdu au milieu des patronymes à rallonge portés par les hommes des tribus qui luttèrent contre l'envahisseur français en cette première moitié du XIXe siècle...

Le récit présenté aujourd'hui nous transporte au 24 décembre 1847, date à laquelle et suite à sa reddition, l'émir Abd el-Kader, en compagnie de quatre-vingt seize de ses proches, attend d'embarquer sur Le Solon pour un exil qui doit le conduire à Alexandrie ou à Saint-Jean d'Acre. La voix des meddahs et les témoignages de personnalités militaires ou diplomatiques françaises vont nous conter ce qui a présidé à cette guerre de conquête et témoigner de cette période qui n'a rien à envier à celle qui dans le futur embrasera le pays à partir de 1954.

meddahs

"Debout près des grands feux qui allongeaient leurs ombres, ces bardes, ces récitants enturbannés, racontaient, pour les sauver de l'oubli, des histoires de vie, de mort, d'amour et de fidélité. Graves, drôles ou ironiques, le verbe pétri d'argile et de miel, le visage couvert de sueur et de pollen, ils tentaient de les transmettre de tribu en tribu, de génération en génération."

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Désolée pour la chronologie qui va suivre, et qui sans doute intéresse peu de monde, mais ordonner le tout a été la seule façon de me repérer dans l'imbroglio historique qui règnait alors dans le pays, et de comprendre le déroulement des événements, d'autant plus que la narration du récit n'est pas linéaire.

L'histoire commence sous la Régence ottomane d'Alger, déjà marquée par un climat de fréquentes rebellions contre les représentants du Sultan. L'émir nait en 1808 dans dans l'ouest algérien près de la ville de Mascara. Il est le fils d'un maître religieux adepte du soufisme et, après de brillantes études à Oran, se prédispose à embrasser la même carrière que son père. Mais en 1827, devant le refus français d'honorer une dette ancienne qui a pourtant  sauver, d'abord les soldats de la campagne d'Egypte, puis la France de la famine en ce début de siècle, le Bey d'Alger perd ses nerfs et assène quelques légers coups de chasse-mouches sur l'épaule du consul de France, personnage fourbe au demeurant.

Le_coup_d_eventail_1827Le Bey refusant de s'excuser, les hostilités sont déclenchées, une surenchère diplomatique monte en épingle ce cassus belli qui sert surtout de prétexte à redorer le blason du chef de gouvernement français de Charles X, mais qui n'aboutit pas moins au débarquement du corps expéditionnaire français en Juin 1830, entraînant ainsi l'Algérie dans 132 années de colonisation. Le père d'Abd el-Kader s'engage alors contre l'envahisseur chrétien venus chasser les Ottomans d'Alger. En 1832, son fils prend le relais, à vingt-quatre ans il est proclamé Émir par les tribus de l'Oranie et se retrouve à la tête de la résistance. En 1834, son autorité est reconnue par les Français qui comptent sur lui pour pacifier l'arrière-pays où des guerres tribales ont lieu et dans lesquelles la France n'a pas envie de s'engager. Il sera ainsi fourni en hommes et matériel militaire afin d'assurer cette mission. Les choses se détériorent au gré des différents commandements français et les "alliés" d'hier deviennent les ennemis de demain. Dans les années qui suivent, se succèdent périodes de trêves et de batailles, qui permettront à Abd el-Kader de contrôler les deux tiers du pays luttant sur tous les fronts afin de maintenir l'unité de son peuple. En 1839 la guerre totale est à nouveau déclarée des deux côtés, elle durera jusqu'en 1847.

"C'était donc le 16 Mai 1943, l'air était léger et la lumière du printemps avait la douceur de la soie. Sous le ciel d'un bleu limpide, on sentait l'odeur des lenquistes, des genêts, de l'armoise, de l'aloès et de l'herbe écrasée. Soudain, le ciel bascula, la sève se figea dans le corps des arbres, dans les veines des plantes, et, en quelques secondes, le paysage se déchira comme une vieille étoffe."

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Prise de la Smala d'Abd el-Kader par le duc d'Aumale  Horace Vernet

La prise de la Smala, gigantesque ville itinérante de sept mille tentes, avec son administration, ses écoles et bibliothèque, ses artisans et son armée, fit "Mille cinq cents morts, plus de cinq mille prisonniers, des viols, le pillage des biens et la réquisition de quarante mille têtes de moutons endeuillèrent cette journée printanière. Dans la grande nuit qui enveloppait le charnier, la lune, d'habitude pleine et luisante, avait la blancheur pâle d'un linceul."

L'émir, absent lors de cet événement, continua la lutte. Se révélant fin stratège, pratiquant la guérilla, et doté d'un humanisme reconnu, il forcera l'admiration et le respect de ses ennemis. Les Français ne respecteront pas pour autant la promesse de l'exiler en terre arabe. L'émir sera d'abord emprisonné avec les siens à Toulon puis au château d'Amboise, alors prison insalubre, jusqu'en 1852. Il s'installe alors à Damas où il se consacre à l'étude et l'enseignement du soufisme, entre quelques escapades occidentales. Il y meurt en 1883. Sa dépouille repose en Algérie depuis 1966.

"L'homme qui aimait Dieu, les livres, les chevaux et le désert où "chaque grain de sable est habité par mille et un soleils", comme l'écrivait Djalal al-Din Roumi, le fondateur de l'ordre des derviches tourneurs, n'oublierait pas non plus le Sahara et la beauté des palmeraies avec leurs sources revigorantes. Depuis sa naissance jusqu'au temps où il était devenu, dirait-il, semblable à la saison d'hiver, il était resté attaché à la fraîcheur des oasis et aux campements de printemps et d'été où il avait planté sa tente."

J'aime décidément beaucoup le talent de conteur d'Abdelkader Djemaï. Il réussit une fois de plus à mêler intelligemment le destin de ces deux pays, l'Algérie et la France, en un va et vient permanent entre vérités historiques et récit poétique, le tout délivré d'une plume simple et pudique. Contraint lui-même à l'exil en 1993, sa nostalgie des paysages et des parfums d'Oranie fait écho à celle de l'émir. On sent sa sympathie pour le personnage. Il brosse un portrait émouvant de la figure emblématique que fut Abd el-Kader, mais nous renseigne aussi sur les opinions de certaines personnalités de l'époque face à cette longue guerre de conquête qui était loin de faire l'unanimité en métropole.

L'auteur évoque plus rapidement, sans développer ni prendre position, qu'Abd el-Kader n'a pas que des partisans au sein même de l'Algérie. Pour certains, il a entraîné son pays vers la guerre alors que la France n'envisageait pas une colonisation complète. Pour d'autres, les Kabyles, il est un traître, ayant préféré la reddition à la mort au combat, qui a bien profité des largesses de son ancien ennemi ; ses amitiés françaises lui seront reprochées, de même que la Légion d'honneur qu'il reçoit pour avoir sauvé en 1860 des chrétiens d'un massacre perpétué par les Druzes lors de son exil syrien. Le jeune pouvoir algérien a-t-il instrumentalisé sa mémoire en rapatriant sa dépouille à Alger alors que le souhait de l'émir était de reposer à Damas auprès du maître de tous les Soufis ? Que connaissent les jeunes générations de ce personnage et quelle image en ont-ils ? Il semble qu'il reste beaucoup à découvrir sur cet homme qui n'était pas qu'un chef guerrier mais un mystique, un penseur qui avait le goût des sciences autant que de la sagesse. Sa correspondance et ses écrits sont nombreux mais restent encore à recenser et étudier.

"Un hadith appris de son père ne dit-il pas qu'un savant dont la science est profitable à tous a plus de mérite que mille adorateurs d'Allah ? Un autre souligne que son encre est plus précieuse que le sang des martyrs."

Ne reste plus qu'à se pencher sur des ouvrages plus spécialisés pour se faire sa propre idée. Et moi, je vais continuer à rêver devant les quelques lignes manuscrites, à l'orthographe parfois incertaine, d'un livret de famille aux branches élaguées et au tronc un peu déraciné...

Lu dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit.

La dernière nuit de l'émir     Abdelkader Djemaï     Editions Seuil

 

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L'émir Abd el-Kader en 1852 © AFP

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jeudi 21 juin 2018

Tout à l'égo !

4141hpxKeULQuand on aime les polars et les écrivains un tel titre ne peut qu'attirer l'attention, même s'il ne vous est pas chaudement recommandé par l'auteur lui-même. Autant le dire d'emblée, côté polar faudra repasser, on est loin du suspense des Dix petits nègres auquel ce livre emprunte la trame ; par contre, côté écrivains, là nous sommes gâtés, quelle brochette... Que des auteurs que je ne lis pas ! Aïe, ça commence mal.

Dix auteurs sont invités par Un Cognito à  une rencontre littéraire, le temps d'un week-end dans le monastère de Saorge dans l'arrière-pays niçois.. Un lieu paradisiaque où "(...) dans la journée il fallait prendre garde aux scorpions, araignées - grosses comme des mygales - et autres serpents -vipères, couleuvres. Que ce soit dans les chambres, les parties commune ou le jardin. Sans oublier les crapauds par temps de pluie, les moustiques et les mouches en cas de canicule, les loups en cas de disette et les fantômes tout au long de l'année."  C'est bien connu, les écrivains travaillent toujours dans des conditions déplorables et les afters sont douloureux ...

Augustin Traquenard animera les débats entre Frédéric Belvédère, Michel Ouzbec, Yann Moite, David Mikonos, Jean de Moisson, Amélie Latombe, Kathy Podcol, Christine Légo, Delphine Végane et Tatiana de Roseray. Rien ne se découlera comme prévu, ou plutôt si, puisqu'ils sont tombés dans un piège qui vise à leur disparition. Sous son grand chapeau, Amélie Latombe s'acharne à mener l'enquête face aux disparitions et événements bizarres qui s'enchaînent.

La première partie du roman m'a bien fait rigoler. Les portraits des auteurs sont particulièrement réussis, difficile de les départager, et leurs petits problèmes d'égo et de rivalités sentent le vécu ; le monde de la presse et de l'édition n'est pas épargné non plus. Pour le reste, j'ai un peu décroché au fur et à mesure que le neveu d'Oscar Wilde rentre en scène et que l'intrigue se transforme en histoire d'âmes errantes et de fantômes.

Au final, un pastiche sympathique où le lecteur traque le vrai du faux et l'auteur s'amuse à brocarder un monde qu'il connaît bien puisqu'il a pas mal bourlingué dans celui des médias. J'ai pu lire çà et là quelques avis ulcérés concernant le traitement réservé aux écrivains et autres personnages de ce livre. Pour ma part, j'avoue n'avoir pas pris cette farce pour un règlement de comptes de la part de Guillaume Chérel qui n'est pas le dernier à se moquer de lui-même. Le bonhomme joue avec les mots, a le langage fleuri et l'ironie facile, plutôt le genre à se damner pour un bon mot que méchant. Et même si cette sauce aigre-douce relève quelques vérités qui font aussi, sans doute,  le charme de ces chers auteurs, on sait que l'important finalement, c'est qu'on parle d'eux... surtout de leur vivant !

"  ─ On dirait Guillaume Charal ! s'exclama Belvédère.

   ─ Qui ça ? demanda Yann Moite.

  ─ Guillaume Charal, un illustre inconnu à qui j'ai eu la faiblesse d'accorder un peu de mon attention, à ses débuts, et qui m'a chié dans les bottes au moment de mon manifeste sur les putes. Il m'a écrit une lettre ouverte dans Libé et Rue 89. C'est un auteur pauvre et méconnu qui envie les auteurs comme nous : riches et célèbres."

Un bon écrivain est un écrivain mort     Guillaume Chérel     Editions J'ai lu

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Site de l'auteur pour découvrir ses autres publications

 

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dimanche 17 juin 2018

Le Marabout de l'eau

41FOSFcdxcLRecherchant des romans ne faisant référence ni à Camus ni à la guerre d'Indépendance, c'est ainsi que j'ai découvert Abdelkader Djemaï et son abbé Lambert. Et quelle histoire étonnante que celle de ce curé défroqué, fumeur, amateur de femmes et d'anisette, sourcier, voyageur et maire d'Oran pendant sept ans !

"Il pleuvait fort quand, vers 19 heures, l'abbé Lambert, qui avait la réputation d'être un grand sourcier, débarqua à Oran en novembre 1932, l'année où l'Etat créa les allocations familiales, la société Moulinex le presse-purée et la société Ricard le pastis. Il était accompagné de sa secrétaire et maîtresse officielle, Mme Clara Pardini."

Né en 1900 à Villefranche sur Mer, Gabriel Irénée Sépharin Lambert poursuivit ses études avec succès en Auvergne au séminaire de Saint-Flour. Docteur en théologie et philosophie, il intégra l'armée pour ses obligations militaires, ce qui eut le don de le rendre antimilitariste. Initié à la radiesthésie pour laquelle il se découvrit des dons certains, il partit rapidement exercer ses talents aux quatre coins de l'Europe, là où sa réputation grandissante l'appelait. S'éloignant de plus en plus de la vie religieuse, ses prises de positions, ses publications et son goût de la polémique et des mondanités finirent par l'exclure de l'Eglise, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à porter la soutane. C'est ainsi qu'après un passage au Maroc, sa réputation de sourcier l'appelle en Algérie et plus précisément à Oran, où les cent soixante mille habitants souffrent de la salinité de l'eau courante et mettent en péril la réélection prochaine du maire en place. La vie trépidante de l'abbé Lambert prend un nouveau tournant quand, en 1934, il est élu maire et que se profile la Seconde Guerre mondiale. Personnage à première vue plutôt sympathique, il deviendra plus ambigu, puis finira par s'engager du mauvais côté au fur et à mesure que se rapproche les bruits de bottes. Rentré en France à l'Indépendance, il meurt en 1970 à Antibes.

A travers l'histoire étonnante de ce personnage, c'est aussi l'occasion pour l'auteur de rendre un bel hommage à Oran la radieuse, dont il est originaire, et d'entrainer le lecteur dans une balade historique de la ville, tour à tour andalouse, ottomane, française mais finalement toujours algérienne. On y apprend un tas d'autres choses, notamment à propos de personnages y ayant séjourné, comme par exemple Miguel de Cervantes après sa libération du bagne d'Alger en 1582, ou le célèbre Robert Houdin, père de la prestidigitation, venu en 1856 contrer par ses tours de magie l'influence des Marabouts. On parcourt les différents quartiers de la ville, du centre européen et haussmannien aux faubourgs populaires, jusqu'au Village Nègre (voir l'article ICI) , on visite les principaux monuments, la corniche et les plages des communes environnantes. L'écriture est colorée et laisse s'échapper des parfums de fleurs, de cuisine, de marchés, de nostalgie aussi. Quelques belles envolées concernent la radiesthésie.

"Il s'arma cette fois non pas de son pendule en forme d'oeuf qui pesait trois cents grammes, mais de sa baguette de coudrier, dont il empoigna fermement les deux branches, la pointe vers l'avant. Les paumes levées vers le ciel, les pouces vers l'extérieur, le bas de sa soutane battu par l'herbe, il se mit lentement à marcher, en tapant parfois sur le sol avec son pied droit. Retenant sa respiration, faisant le vide en lui pour renouer avec son sixième sens et se remplir de l'esprit des eaux, il vit, deux minutes plus tard, sa baguette soudain frémir, vibrer, bouger, s'agiter et se tordre comme une couleuvre entre ses mains blanchies par l'effort. C'était le signal tant espéré. Tel un délicieux et inoffensif venin, le murmure, la musique, le chant de la belle endormie montèrent alors dans ses veines avant d'irriguer toutes les fibres de son corps."

Si la lecture nous plonge principalement dans le monde colonial de cette époque, l'auteur n'en oublie pas la misère, l'analphabétisme, les maladies, dont souffre une grande partie de la population, celle des colonisés relégués dans les quartiers pauvres, manoeuvres, journaliers au service des colons. Ville multicolore et multiculturelle, Oran s'est enrichie de ses différents occupants et en garde encore les traces. Et j'ai énormément apprécié cette promenade très vivante dans une ville que j'adorerais visiter un jour peut-être à la recherche de quelques uns des miens.

Lu dans le cadre du Défi littéraire de Madame lit consacré en ce mois de Juin à la littérature algérienne.

 

La Vie (presque) vraie de l'abbé Lambert     Abdelkader Djemaï     Editions Seuil

 

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dimanche 10 juin 2018

Un dimanche à la page

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A défaut de plage, un petit dimanche sympathique parmi des auteurs que l'on retrouve avec plaisir de salon en salon, comme Marie Sizun, toujours aussi douce et lumineuse ; Fabienne Juhel, plus que jamais en verve et pas avare de confidences ; Jean-Luc Coatalem, à qui j'ai pu dire tout le bien que je pensais de " Le dernier roi d'Angkor ". Du côté des troublions, Erwan Larher paraissait un peu éteint (pour une fois) mais Guillaume Chérel, lui, semblait au mieux de sa forme. Sinon, du beau monde, Olivier Adam, Tobie Nathan, Véronique Olmi, Jean Teulé, Danièle Sallenave, Philippe Jaenada, Vladimir Fedorovski, Katherine Pancol, Bernard Weber, pour ne citer qu'eux...  Un mauvais point à Michel Onfray qui n'a pas voulu se casser la tête pour juste une heure de dédicaces en ce dimanche après-midi. Au rayon polars, point vus non plus Caryl Férey, Bernard Minier (pas grave, on a déjà discuté plusieurs fois avec eux, pff, blasées que nous sommes...) mais Olivier Norek était là et a toujours un flingue au bout des doigts entre deux signatures, vieux réflexe de flic sans doute. Par contre, j'ai fait connaissance avec la sympathique Sonja Delzongle dont j'ai adoré la trilogie (pas chroniquée). Et bien sûr, notre Johnny national qui a même un certain don d'ubiquité puisqu'il était présent sur deux stands à la fois, mais on ne l'a pas vu...  Au final, seulement quatre livres achetés, nous avons été plus que raisonnables. J'étais bien sûr accompagnée de Margotte qui, si elle ne blogue plus pour le moment, n'en a pas délaissé la lecture pour autant, bien au contraire... Pas de photos, désolée j'ai complètement oublié !

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vendredi 8 juin 2018

Adieu Sultan, Vizirs, Pachas et cetera !

51GnHUueABL On ne sait pour quelle raison, puisque le traducteur est le même, l'orthographe des noms propres diverge quelque peu,  mais n'en voici pas moins la suite de Comme une blessure de sabre.

Le vieil Osman tient toujours conciliabule avec ses morts : Hikmet Bey, convalescent suite à une tentative de suicide après le départ de son épouse, la belle Mehpare restée à Salonique, filant le parfait amour avec Constantin le Grec. De retour à Istanbul, il retrouve petit à petit le goût de vivre, entouré de son père, Reşit Pacha, toujours médecin du Sultan, et de sa mère, Mihrişah la scandaleuse, rentrée à nouveau de Paris avec ses petits enfants. De son côté, le commandant Ragip Bey, cantonné à Istanbul, fait la connaissance de la belle Dilara Hamin et délaisse son épouse, une des filles du Cheikh Yusuf Effendi, lui-même toujours aussi empreint de sagesse.

Nous sommes au début de l'année 1909. Le Sultan règne encore sur l'Empire ottoman, mais le mouvement des Jeunes-Turcs et le Comité Union et Progrès, qui ont permis le rétablissement de la Constitution de 1876, peinent à appliquer leur programme de modernisation des institutions et de la société. L'anarchie s'installe au sein de l'armée infiltrée par des religieux favorables au Sultan qui instrumentalisent également les populations, une contre-révolution ne tarde pas à éclater qui verra enfin la destitution du Sultan et son exil.

" ─ Il est absurde de penser que le peuple puisse être un symbole alors que lui-même a tant besoin d'un... comment dirais-je, d'un idéal. Qu'est-ce que le peuple ? Qui est le peuple ? Que symbolise-t-il ?... Le peuple, c'est tout le monde et personne à la fois... Par contre, vous pouvez affirmer oeuvrer pour son bien ; il y a eu de tout temps des gens qui se sont proclamés défenseurs du peuple, mais qu'avez-vous vraiment fait pour lui ? Est-il plus riche, plus libre ? Ce n'est pas vous qui aidez le peuple, c'est lui qui vous aide à conquérir le pouvoir."

Bien que cette suite évoque l'épisode de la contre-révolution de 1909, la lutte des réformateurs unionistes contre les partisans de la charia, comme le titre l'indique, l'auteur s'attache surtout à l'évolution sentimentale de ses personnages, à leurs tourments émotionnels qu'engendrent l'hypocrisie et la tradition. D'une écriture toujours aussi sensuelle, il nous livre au passage un aperçu des conditions de vie des femmes des harems de la bonne société. L'atmosphère de fin de règne, les atermoiements, les scissions et rivalités unionistes face à un avenir à construire, l'immiscion de l'armée dans la vie politique, sont rendus de façon romanesque mais avec justesse. Si je l'ai trouvé un peu redondant côté intrigues amoureuses, ça reste un beau roman qui a l'avantage de nous instruire sur la période d'avant-guerre qui a conduit cet empire, réduit comme peau de chagrin, à s'allier à l'Allemagne et permis à Mustafa Kemal d'attendre son heure.

"Telles des plantes bizarres et magiques, les amitiés comme les amours croissent et s'épanouissent rapidement dans des climats extrêmes. En ces temps marqués par de grandes menaces, de multiples dangers et de profondes angoisses, les événements de l'histoire contraignent les hommes à vivre dans une serre imaginaire close sur elle-même, créant une atmosphère propice à la floraison précoce de sentiments qui, à l'image du lierre colonisant un mur, se cramponnent fortement aux autres."

Et un grand merci à l'éditeur pour les merveilleuses couvertures. Celle du second tome n'a rien à envier à la Judith de Klimt. Il s'agit du magnifique portrait d'Ottilie Godefroy, autre viennoise célèbre plus connue sous le nom de Tilla Durieux, interprétant la Circé de Pedro Calderon de la Barca. Magicienne, ensorceleuse au regard mutin, de par ses charmes et le plaisir, elle a le don de transformer les hommes. Assurément les femmes dans l'oeuvre d'Amhet Altan n'en sont pas dépourvues, changent-elles les hommes pour autant ? Ça, c'est une autre histoire...

L'Amour au temps des révoltes     Ahmet Altan  (traduction A. Depeyrat)     Editions Actes Sud   

 

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Femmes et eunuques, harem du palais de Topkapi, 1908. (source ACPI )

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dimanche 3 juin 2018

Charisme, chavisme et charivari

41c-y4zZR2LPendant que les résultats de la dernière élection présidentielle au Vénézuela font polémique, Hugo Chávez s'en fout puisqu'il repose en paix, mais gageons que, s'il y a un ailleurs, il me manque pas de vitupérer à sa façon contre tous ces gringos qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, alléchés qu'ils sont par l'odeur du pétrole....

Mais revenons en arrière. Juin 2011, à deux reprises le Commandant se fait opérer à Cuba, puis annonce qu'il est tiré d'affaire. La révolution bolivarienne peut continuer entre deux bulletins de santé. Certains s'en réjouissent, d'autres le déplorent. Octobre 2012, Chávez est réélu. Le 8 Décembre, il repart à Cuba annonçant que c'est plutôt son cancer qui a gagné la grande élection, sans doute grâce au soutien de l'Empire yankee qui tente, au moyen de technologies novatrices, de décimer les leaders sud-américains les uns après les autres, Cuba, Guatemala, Argentine, Brésil (voir article ICI ). Puis ce fut silence radio, bien que les nouvelles se succèdent via les officiels qui informent, rassurent, rectifient, contestent les rumeurs, mais plus de Chávez à l'écran, plus de discours-fleuves. Le grand vide. Enfin, le 18 Février, le "lider" rentre à Caracas mais personne ne le voit, ni lui, ni l'ambulance censée le conduire à l'Hôpital militaire. Le 5 Mars son décès est annoncé (mais il serait mort fin décembre).

"Il tenait un registre qui rendait manifeste la façon dont Chávez avait, dès le début, en 2011, mis en marche la sacralisation de sa maladie."

Ce condensé chronologique va nous être distillé tout au long du roman par l'intermédiaire d'une poignée de personnages vivant à Caracas. Le docteur Sanabria, cancérologue à la retraite qui se retrouve dépositaire de vidéos compromettantes, et sa femme Beatriz suivent les événements d'un oeil sceptique ; Fredy Lecuna, journaliste au chômage, voit là l'occasion de chasser le scoop qui lui permettra d'écrire un best-seller ; Andreína Mijares, exilée à Miami rentre au pays et tente de récupérer un appartement dont elle est propriétaire ; Aylín Hernández, cubaine et camarade coopérante à Caracas  espére bien trouver un mari vénézuélien qui lui permettra de quitter définitivement Cuba ; Madeleine Butler, journaliste européenne qui a suivi la dernière campagne présidentielle ; Maria, une fillette de 9 ans, déscolarisée par une mère obnubilée par la violence de la ville qui vit quasiment cloîtrée dans son appartement. Et la télévision, personnage à part entière, qui fonctionne quasi en continu par ces temps d'incertitude, et dont Chávez a su faire bon usage, se rendant ainsi omniprésent dans les foyers. Son cancer va déclencher un charivari dans l'existence de chacun, et l'absence du Commandant plus encore.

"Tout cela n'est pas une révolution. C'est juste un simulacre, marmonna Sanabria sans quitter des yeux l'écran de la télévision."

Un roman choral animé qui a de quoi séduire par son air de ne pas y toucher, un ton plutôt léger utilisé pour nous décrire un quotidien pas très gai. Déliquescence d'un pays, violence et corruption, que l'on soit pour ou contre Chávez, car il faut être pour ou contre*, on est assez fasciné par l'engouement que le personnage génère. Militaire mégalomane, provocateur, démagogue, logorrhéique, il a su créer un mythe.

"Les gens l'écoutaient, émus, les larmes aux yeux. Ce qu'il disait était vrai, d'une vérité affective, irrémédiable. Cette relation était le charisme. Ce lien que Chávez avait réinventé. "Tu es Chávez" avait été l'un des slogans pendant la campagne électorale de cette année-là. Il est Chávez, elle est Chávez, les enfants sont Chávez, les mères sont Chávez, nous sommes tous Chávez. "Parce que je ne suis plus Chávez" avait-il crié en poussant sa voix au plus fort, pendant l'un des meetings de clôture de campagne. " Je suis un peuple, bordel ! "

Le vide qu'il laisse est à la hauteur de son omniprésence. Et le talent de l'auteur réside bien dans l'analyse du charisme de ce personnage adoré ou haï. Pendant que le Commandant agonise, deux gamins tombent amoureux via Internet, se raccrochant l'un à l'autre afin de se protéger du charivari tourneboulant les adultes, ce qui ne les empêche pas de se poser la même question qu'eux. " Alors, qu'est-ce qu'on va faire ? Où est-ce qu'on va aller ? "

Le marasme actuel est la réponse et la suite logique du roman. Un joli livre, sous forme d'une émouvante balade au coeur de la société vénézuélienne tout au long de laquelle transparaît la tendresse de l'auteur pour son peuple. Un livre qui donne envie de se pencher sur le sujet de façon plus approfondie.

* Il a pu au début développer des programmes sociaux et éducatifs envers les plus pauvres grâce au pétrole, le niveau de vie du pays a été relevé et les inégalités réduites pendant une période ; il a ainsi permis à une frange de la population de retrouver sa fierté. Ses prises de positions anti-impérialistes l'ont également rendu sympathique aux yeux des divers courants de gauche et/ou altermondialistes. Mais il a été aussi l'ami de gens peu recommandables, a confié la sécurité intérieure de son pays aux Cubains, n'a lutté ni contre la corruption ni contre le narco-trafic, bien au contraire, et mené des réformes économiques désastreuses ; et s'il a enrichi surtout les militaires, il s'est mis lui aussi pas mal de pétrodollars dans les poches. Une de ses filles est actuellement la personne la plus riche du Vénézuela, 850 milliards de pétrodollars détournés dont une partie du pactole placé aux Etats-Unis, pendant que la paupérisation affecte 83% de la population (info tirée de l'article de Laurence Debray, qui n'est pas complètement neutre puisque fille d'une mère vénézuélienne et qu''elle prend le contre-pied de son ex-révolutionnaire de papa. Je rigolais en lisant sa bio sur wkpd, arf, faites des mômes ! ). Bref, comme souvent, c'est beau au début la révolution, mais ça vieillit mal et trop vite, comme toujours. Et quand ça fonctionne, on l'étouffe... Impression qu'on s'en sortira jamais, et ça m'attriste, ça m'énerve tout ce gâchis.

Les derniers jour du Commandant     Alberto Barrera Tyszka   (traduction  Robert Amutio)      Editions Gallimard

 

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(source Libération)

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jeudi 31 mai 2018

¡ Adios Mayo !

music_instr_020Je n'ai pas été très productive en terme de livres lus pendant ce mois de Mai consacré à l'Espagne. Seulement deux titres, cependant, le nombre de pages compense, près de 2200, ce n'est pas si mal. Et j'ai été ravie de découvrir Almundena Grandes grâce au Défi littéraire de Madame lit.

Alors pour conclure, toujours un peu de musique. J'aurais pu choisir un air de Carmen, verser dans le flamenco ou les chansons engagées de la Guerre civile, mais j'avoue un faible pour ce petit mec sympatique et militant qui, à bientôt 57 ans, a toujours le sens de la fête et la même pêche qu'à ses débuts (vu l'an dernier aux Vieilles Charrues, je confirme).

 Parfait pour mettre Madame lit dans l'ambiance et lui souhaiter un beau voyage ! Et de l'Espagne à l'Algérie, il n'y a qu'un pas. Prochaine étape en Juin du Défi littéraire.

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vendredi 25 mai 2018

Du premier au dernier.

281747_11558576Je n'ai lu que trois livres d'Annie Ernaux. Les armoires vides, que j'avais acheté en 1984, sans doute pensais-je au début, plus pour sa couverture au regard de la page 99 cornée qui laisse supposer que je n'étais pas allée au-delà ; Les Années, que j'ai dévoré mais non chroniqué ; et Mémoire de fille, que je viens de terminer, lu sans ennui mais sans enthousiasme excessif non plus, m'attendant peut-être à retrouver le plaisir de lecture du précédent. J'ai ressorti Les armoires vides et l'ai lu, cette fois en entier.

Pure autofiction, comme on dit aujourd'hui, puisque qu'Annie Duchesne s'y nomme Denise Lesur, l'auteure n'en décrit pas moins l'univers dans lequel elle a grandi, l'épicerie buvette de ses parents, l'absence d'intimité, son parcours scolaire, son adolescence et le fossé qui se creuse entre elle et les siens, son avortement et surtout la honte qu'elle éprouve envers ses parents et le milieu dont elle est issue. Et puis, en relisant la 4ème de couverture, "(...)Fallait encore que je me mette à mépriser mes parents. Tous les péchés, tous les vices. Personne ne pense mal de son père ou de sa mère. Il n'y a que moi.", je me suis dis que ces mots, plus que la couverture, avaient sans doute motivé mon achat de l'époque car il est difficile, enfant déjà, d'être confronté à l'existence d'un ailleurs auquel on souhaiterait appartenir, de garder pour soi la répugnance que vous inspire la femme qui vous a mis au monde et l'incompréhension que deux êtres aussi dissemblables puissent être, au moins un temps donné, vos parents. Alors oui, il y a les livres, l'école et la réussite scolaire qui procurent une certaine fierté, effacent ces si mauvaises pensées et restaurent un peu l'estime de soi. Mais ne changent rien à l'affaire, on reste la fille de et le travail est long à s'en désengluer et à se découvrir autre. Le principal étant, plus tard, de transformer la honte, de la sublimer, comme l'a si bien réussi Annie Ernaux de par son travail d'écriture.

41jAp94nzYLL'année 58 voit l'auteure aborder ses dix-huit ans, l'éloignement physique du milieu familial qui caractérise cet âge et l'entrée dans la sexualité. On n'est plus dans l'autofiction, l'auteure a fait de sa vie son oeuvre et tente ici de combler des blancs laissés entre 58 et 60, entre ELLE et JE.

Il y est aussi question de honte, non plus tant celle de ses parents, que la sienne dont elle prend conscience quelques années après. Honte de désirer, d'être désirée, d'être objet plus que sujet, confrontée à un corps qui vie sa propre vie et ne se contrôle pas. C'est encore grâce aux livres (S. de Beauvoir), aux films, à la philosophie, qu'elle va apprivoiser ce que féminité signifie.

"Une honte historique, d'avant le slogan "mon corps est à moi" dix ans plus tard. Dix ans, une durée faible au regard de l'Histoire, immense dans la vie à son début, représentant des milliers de jours et d'heures où la signification des choses vécues reste inchangée, honteuse."

Entre idéal de soi et réalité, Annie Ernaux balaie le début des années 60, écrit comme on pense, d'association en association, passant d'un extrême à l'autre, accompagnant la fille de 58 dans un long travail de maturation et de recherche d'identité qui ne peut s'inscrire que dans le temps. Et puisant toujours dans la mémoire car "c'est l'absence de sens de ce que l'on vit au moment où on le vit qui multiplie les possibilités d'écriture."

Malgré la différence de générations, et un contexte d'informations et de lois bien différent de nos jours, le devenir femme reste encore difficile et parfois  douloureux. Le corps, l'image, la nourriture, la sexualité, le prix de la réussite, autant de questionnements féminins intemporels, auxquels les filles de 68 se sont attaqués mais qui en laissent encore pas mal démunies en 2018.

J'aime l'honnêteté de cette auteure mais son style, désaffecté, observateur, neutre, sociologisant, dit-on, qui sied si bien à un livre tel que Les années, me laisse moi aussi à distance et toujours ambivalente face à ma lecture. Absence d'émotions dans l'écriture, certes, mais qui a cependant le don d'en faire surgir à foison par ce mélange de l'intime et de la temporalité collective. J'ai finalement plutôt apprécié ces deux livres, le premier et le dernier, mais n'ai pas pour autant l'envie de découvrir l'entre-deux.

Aifelle en parle , et Cathulu ICI

Les armoires vides et Mémoire de fille      Annie Ernaux     Editions Folio

 

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lundi 21 mai 2018

Rafales

indexJe poursuis ma découverte d'Almudena Grandes avec ce roman paru en 2002, avant Le Coeur glacé. Epoque, ambiance, intrigue, personnages totalement différents. Histoire d'un trio que rien ne prédisposait à se rencontrer, et pourtant...

"Mais les vies difficiles font des adultes difficiles, et la facilité est fluente, onctueuse, confortable, utile, et ne coûte presque rien, elle est souvent imprévisible et laisse dans la mémoire une empreinte profonde, durable."

Juan, médecin madrilène approchant la quarantaine, quitte la clinique réputée où il exerçait et vient s'installer dans un lotissement cossu d'une banlieue balnéaire du golfe de Cadix. Il est accompagné d'Alfonso, son frère cadet handicapé mental, et de Tamara, sa nièce de 11 ans, orpheline suite à la disparition de ses parents par accident. "Depuis qu'il avait admis qu'il ne lui appartenait pas de décider, Juan Olmedo ne s'était jamais attardé à planifier sa vie privée."

Sara, discrète retraitée madrilène, célibataire et quinquagénaire, est d'origine modeste. Mais dorénavant à l'aise financièrement, elle est arrivée depuis peu dans la région et occupe la maison qui fait face à celle de Juan. "Jusqu'à ce moment-là, elle avait vécu pour se venger. Désormais, il lui fallait apprendre à survivre aux conséquences de la vengeance."

Maribel est la femme de ménage de Sara, elle est gironde, nature, peu cultivée mais enjouée malgré une vie laborieuse. Elle élève seul Andrès, son fils de 11 ans qui sympathise vite avec Tamara. Maribel devient également l'employée de Juan. "Vous voyez, j'en sais, des choses, tout un tas... Mais si je vis avec tout ce que je sais, j'en crève, c'est là le problème, mon problème."

Du passé de chacun, au gré des "vents contraires" qui balaient la côte, émergent petit à petit blessures, mensonges et trahisons qui nourrissent ces trois solitudes. Telles des boules de billard, leurs trajectoires, lorsqu'elles se croisent, permettront aux protagonistes de se révéler dans des chamboulements peut-être salutaires.

Ce roman est encore un pavé de presque 900 pages, si je lui ai trouvé quelques longueurs, je n'ai pu pour autant le lâcher. J'ai retrouvé le talent de l'auteure à décortiquer les âmes, à fouiller les conséquences des choix et des petits arrangements avec la vie permettant aux personnages de poursuivre leur chemin. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire de vents, le Levant et le Ponant, qui perturbent les humeurs des humains (et des mouettes !) dont le souffle va modeler cette grande histoire d'amitié.

" ̶  Pour que vous vous fassiez une idée, dans les tribunaux de cette région, on admet le levant comme circonstance atténuante dans les procès pour coups et blessures, mauvais traitements, et même homicides. Et le pourcentage de malades mentaux sur le littoral de Cadix, plus particulièrement dans la zone du détroit, où les vents soufflent encore plus fort qu'ici, crève le plafond des statistiques nationales, exception faite de la Costa Brava, où souffle la tramontane (...)."

Je ne vous conseille pas de lire les critiques de Babelio, dans l'ensemble elles sont bonnes, mais certaines en dévoilent beaucoup trop. Et pour les réfractaires, sachez que la Guerre civile y est évoquée de façon parcellaire. Ce n'est pas non plus une gentille histoire à la Gavalda, la narration est parfois complexe, la chronologie capricieuse et les bons sentiments absents. C'est une lecture qui se mérite et dont on n'oublie pas facilement les personnages.

Seconde contribution au mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Vents contraires     Almudena Grandes (traduction G. Iaculli)   Editions Le Livre de Poche

 

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lundi 14 mai 2018

Pataquès au Potala

9782290029817Bastien, vieux gardien lyonnais à la retraite, pratiquant le tai-chi, féru de langues orientales, de mandalas et de bouddhisme tibétain, vit dans le même immeuble que Rose, mère d'un petit Paul et historienne passionnée par Alexandra David-Néel. Ces deux-là étaient forcément faits pour s'entendre et se retrouver à fouler ensemble le sol de Lhassa. Cette aventure nous est contée via Paul, devenu adulte et écrivain, qui envoie à sa mère les épreuves de son roman qu'elle commente, rectifie et enrichie, se remémorant cette année 1986 et son escapade tibétaine improvisée en compagnie de Bastien, dont le passé trouble va peut-être se révéler au pied du Potala.

"Si vous vous intéressez un peu au Tibet, vous savez que les coïncidences n'existent pas, il n'y a que des rencontres nécessaires."

De part son format court, à peine 150 pages, ce texte est plus proche de la fable que du roman. J'avoue que plusieurs centaines de pages supplémentaires, dans la même veine que L'île du Point Némo, n'auraient pas été pour me déplaire et je me serais volontiers laissée embarquer pour un roman d'aventure délirant auquel, à mon humble avis, le Tibet se prêtait bien. Mais tel n'était pas le propos de l'auteur. En place de quoi, ce texte a pour ambition de nous donner à réfléchir à la fabrication et la place de la fiction dans notre vie mais aussi dans l'Histoire. Car c'est autour des supposées Brigades tibétaines du IIIe Reich que tourne le mystère de Bastien.

L'auteur s'y entend à merveille pour démonter, références historiques et littéraires à l'appui, la construction d'un mysticisme nazi s'enracinant dans les sociétés secrètes qui fleurissent dès le XVIIe siècle jusqu'à une littérature ésotérique, en pleine essor au début du XXe, qui prône déjà l'existence d'un surhomme germanique. Littérature fallacieuse et sans aucun fondement historique mais qui fascinera Himmler. On connait la suite. Et on pense, hélas, que ce ramassis d'élucubrations alimente encore de nos jours certains groupuscules, aussi primaires que dangereux, ou le discours de personnalités plus en vue, qui croient encore à la véracité des Protocoles de Sion, pour ne citer que cette référence. Donc, exit les Brigades tibétaines, même si une expédition scientifique allemande a bien eu lieu dans les années 30. 

"Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, dit-il en soupirant, ce n'est pas qu'ils ne croient plus en rien, c'est qu'ils sont prêts à croire en tout… Une remarque de Chesterton, si j'ai bonne mémoire."

Ce livre évoque en arrière-fond la présence chinoise et sa politique de tabula rasa. Ici, l'extrait évoque un des plus anciens sanctuaires détruit en 1959, L'Ecole de médecine sur Chakpori - la colline de fer - (une des collines sacrées du Tibet central), et depuis remplacé par une antenne-relais :

"Vingt-sept ans après la destruction du temple, les Tibétains s'y pressaient toujours par milliers ; sans rien changer à leurs habitudes, ils suspendaient leurs prières aux montants du pylône, brûlaient leurs bâtonnets d'encens, se prosternaient devant lui avec une dévotion intacte. Le temple de la médecine n'avait pas été rasé, il était seulement devenu invisible, immatériel."

Un petit livre qui se lit très vite. Une sympathique digression sur le mensonge et la fiction et qui nous rappelle que, s'il ne faut pas croire tout ce qu'on nous raconte ni tout ce qu'on lit, leurs pouvoirs, s'ils se révèlent parfois néfastes, peuvent aussi aider... Et en prime, un aperçu du Tibet d'où l'auteur a rapporté quelques instantanés alors qu'il enseignait en Chine dans les années 80.

"Les étals regorgent d'outres de beurre, de barates effilées comme des carquois, de quartiers de viande posés sur des cartons gorgés de sang ; peaux de moutons, cuirs de yacks, briques de thé séché débordent des sacs en jute. Dans les odeurs de tourbe et de beurre rance, un arracheur de dents chinois exerce son métier sur un apache, torsade amarante dans les cheveux, qui repousse la fraise pour mieux tirer sur son mégot. La tête enfouie dans une toque de fourrure géante, à croire qu'il a trois renards vivants entortillés sur le crane, un Tibétain parcheminé vend sa camelote de faux jade. Ici, des petites pommes enrobées de caramel rouge, là des colliers de fromage en rondelles, dures comme de la pierre. Les sourds mugissements d'un groupe de moines avec cloches et tambourins à boules fouettantes dominent cette cohue."

La montagne de minuit     Jean-Marie Blas de Roblès     Editions J'ai lu

 

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Le Chagpori, fondé en 1695, avant sa destruction en 1959  (source ici)

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Et après  (source ici)

 

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mercredi 9 mai 2018

Morte la bête, mort le venin ?

51SGsB1qYfLDepuis l'édition poche en 2010, je lorgne sur la photo de Robert Capa qui illustre le premier livre inaugurant cette saga, hésitant toujours à franchir le pas ; c'est enfin chose faite. 

En deux tomes, et sur plus de 1300 pages, est retracé le destin de deux familles espagnoles, l'une républicaine, l'autre franquiste, lors d'une traversée du XXe siècle passionnante. Le pont qui les relie est incarné par une jeune gestionnaire à la Caja Madrid, Raquel, qui fut la maîtresse d'un vieillard de 83 ans puis, à la mort de ce dernier, de son fils Alvaro, physicien et prof de fac. Curieux héritage, me direz-vous. C'est qu'il recouvre bien d'autres choses lorsqu'on sait que Raquel est issue d'un clan républicain, exilé en France suite à la victoire fasciste, et qu'Alvaro est le dernier fils du vieil homme qui a fait fortune sous la dictature de Franco. A partir de là, les conjectures qui président à leur rencontre et alimentent leur liaison, sont nombreuses...

41cIs9NkV+LEt c'est avec brio, et dans un complexe montage chronologique, que l'auteure va nous livrer les éléments qui nourrissent cet amour pour le moins inattendu. De la bataille de Madrid en 1936 en passant par les camps de réfugiés républicains du sud de la France en 1939 et le front de l'Est où la División azul, composée de phalangistes, partit se battre en 1941 sous uniforme de la Wehrmatch contre les armées de Staline, puis des maquis où durant la dernière guerre syndicalistes et républicains luttèrent au côté des Français, jusqu'à la mort de Franco en 1975 et les années suivantes qui virent le retour des exilés, c'est une plongée passionnante dans l'Histotre que nous offre Almudena Grandes. Histoire espagnole certes, mais aussi Histoire française, guère à notre honneur au regard du traitement inhumain que l'on infligea aux réfugiés qui n'hésitèrent pas pour autant à nous aider à vaincre le fascisme allemand avec l'espoir déçu qu'ensuite les Alliés les débarrasseraient de Franco.

Deux figures sont omniprésentes, Ignacio, grand-père de Raquel, "Ignacio Fernández Muños, alias l'Avocat, défenseur de Madrid, capitaine de l'Armée populaire de la République, combattant antifasciste lors de la Seconde Guerre mondiale, rouge et espagnol, décoré deux fois pour avoir libéré la France." et Julio, père d'Alvaro, "Plus jamais Julio Carrión González ne retournera auprès de ceux qui perdent, se promit-il à cet instant. Jamais, plus jamais". Forts de leurs convictions ou de leurs promesses, ces deux-là se croiseront peu de temps, juste assez pour préparer le terreau sous lequel s'enracinera le destin de leur descendance.

Une histoire parmi tant d'autres, histoire d'une ville, Madrid, histoire de guerre et de paix, de deuils et d'amours, de solidarité et de pouvoir, de trahisons et de vengeance, c'est surtout une fresque foisonnante où la fiction se nourrit de la réalité comme l'attestent les notes de l'auteure qui sont tout aussi passionnantes. De plus, l'écriture fait la part belle à l'introspection de la jeune génération et nous invite à réfléchir à la notion de transmission et d'héritage, ou comment gérer l'ambivalence de nos attachements à des êtres aimés tout autant que détestables et assumer le poids du passé.

"Le temps a fait son oeuvre, me direz-vous, et vous aurez raison, mais nous portons tous encore la poussière de la dictature sur les chaussures, vous aussi, même si vous ne le savez pas."

L'exposition de Guernica, vue récemment, et notamment les archives présentées, m'ont enfin donné envie de lire ce roman.

 

Pendant l'Occupation, de nombreux réfugiés ont contribué à la construction du Mur de l'Atlantique et des bases sous-marines de Brest ou de Lorient, d'autres étaient réquisitionnés pour le STO en Allemagne, beaucoup furent envoyés dans d'autres camps, allemands ceux-là. A la Libération, ce sont encore les républicains et les anarcho-syndicalistes qui sont entrés les premiers dans Paris avec La Nueve, la 9ème compagnie de la 2ème DB du Gal Leclerc, ce que curieusement les livres d'histoire ne mentionnent jamais. Et puis d'autres sont restés là où La Retirada les avait emportés, comme les familles de la video, tout près de chez moi, devenues un peu bretonnes... Un article à ce sujet ICI.

Lu dans le cadre du mois espagnol du Défi littéraire de Madame lit.

Le Coeur glacé     Almudena Grandes    (traduit par Marianne Millon)   Editions Le Livre de Poche

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